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Interview   

Fear Factory : la machine qui (se) dérouille


Fear Factory est devenu l’exemple type du groupe rongé par les rancœurs et les problèmes relationnels. Après des débuts fulgurants qui auront marqué au fer-blanc le metal industriel, c’est à partir de Digimortal que les choses ont commencé à se gâter : splits, divorces entre membres, procès… C’est à se demander comment Dino Cazares, depuis son retour après sept ans d’absence en 2009, est parvenu à tenir la barque et à réaliser les quatre derniers albums du groupe. Il a même passé ces quatre dernières années empêtré dans les procédures judiciaires pour récupérer la marque Fear Factory et sortir Aggression Continuum, bloqué depuis son enregistrement initial en 2017. Puis, alors que l’album doit enfin voir le jour, nouveau coup de théâtre : le chanteur Burton C. Bell jette l’éponge accusant tous ses anciens collègues.

Pas de quoi décourager le guitariste qui tient bon, fier d’un des albums les plus hargneux du groupe. Il a d’ailleurs pris la peine de le peaufiner et de l’améliorer grâce au financement des fans. Maintenant, il regarde vers l’avenir, prêt à écrire un nouveau chapitre de Fear Factory. Nous avons échangé avec lui ci-après pour qu’il nous parle de tout ceci, donnant sa vision des choses concernant le nouvel album, ses anciens collègues et les processus juridiques.

« On ressent toute cette tension dans le couplet et tout d’un coup, on voit la lumière au bout du tunnel quand le refrain arrive. C’est un peu mon cheminement de pensée parfois. »

Radio Metal : Le nouvel album de Fear Factory, le successeur de Genexus, voit enfin le jour, après des années de retard à cause du procès avec les anciens membres et de problèmes juridiques. Quel est ton sentiment aujourd’hui ?

Dino Cazares (guitare) : Je me sens vraiment soulagé que nous ayons enfin pu faire bouger Fear Factory. Ça a été quatre grosses années de batailles juridiques entre 2016 et 2020. Ce n’est qu’en juillet 2020 que j’ai pu regagner les droits légaux sur le nom Fear Factory pour que nous puissions l’utiliser et sortir l’album. Fut un moment où nous nous sommes dit que peut-être il n’allait pas sortir en tant que Fear Factory mais sous un autre nom, mais j’ai décidé de me battre jusqu’au bout. Et nous voilà aujourd’hui, il sort enfin. J’ai hâte que tout le monde entende l’album final. Les gens ont eu un avant-goût avec le premier single, mais l’album est bien plus que ce premier single. J’ai hâte que les gens entendent le côté épique de certaines chansons, surtout l’une de mes préférées, « Recode », qui est un morceau d’ouverture assez épique. « Aggression Continuum » est heavy et groovy. Une chanson comme « Collapse » sonne vraiment comme un immeuble qui s’effondre. Il y a tellement d’éléments différents dans cet album que je suis surexcité à l’idée que les gens l’entendent enfin en juin !

N’y a-t-il pas eu des moments où tu as perdu ta passion pour le groupe, où tu as pensé que ça ne valait pas tous ces problèmes, sacrifices et drames ?

Je n’ai jamais connu le moindre moment où j’ai perdu mon amour pour Fear Factory. Pas depuis le premier jour où mon colocataire a trouvé le nom Fear Factory. Je n’ai jamais perdu ma passion, ce que ce groupe signifiait pour moi et pour d’autres gens, même lorsque je n’étais plus dans le groupe. J’étais hors du groupe [entre 2002 et 2009] mais j’avais quand même créé Demanufacture, Soul Of A New Machine, Obsolete et Digimortal. L’amour pour ces chansons ne meurt jamais. Puis j’étais libre de faire d’autres choses, et c’est là que j’ai fait Divine Heresy, Asesino et que je suis revenu dans Brujeria, donc je pouvais toujours contribuer à créer des choses. Donc tout valait la peine ; tout ce que j’ai traversé, au final, a valu la peine pour moi. Je ne suis pas en train de dire que je voulais vivre tout ça, clairement pas. C’était très difficile, mentalement, d’un point de vue stress et physiquement, mais au bout du compte, cet album est en train de sortir et je pense que les gens seront très contents, et c’est ce qui importe.

Le titre de l’album, Aggression Continuum, est très approprié : c’est clairement l’un des albums de Fear Factory les plus énervés. Rien que les cris de Burton C. Bell sont terrifiants. Comment vous êtes-vous retrouvés à injecter autant de colère ? Qu’essayiez-vous d’exorciser avec cette musique ?

Nous abordons toujours chacun de nos albums différemment, autant que nous le pouvons. Pour moi, l’album qui, à mon sens, se rapprocherait le plus de celui-ci serait probablement Mechanize. Mechanize était aussi assez énervé, mais celui-ci l’est peut-être encore plus. Je pense que c’est juste à cause de la période à laquelle nous avons composé l’album. En 2017, le climat politique était très stressant. L’Amérique et le monde vivaient une période très stressante, avec la présidence et ce genre de chose. Et ce n’était pas que nous, mais les gens en général étaient énervés et stressés. Combien y avait-il d’émeutes et de manifestations ? C’était dingue. C’était une période très stressante dans le monde. Je pense que ça a un peu déteint sur cet album. Il y a des paroles à connotations politiques dans « Disruptor » ; ce n’est pas forcément un morceau politique à proprement parler, mais ça parle de ne pas se conformer, d’être anticonformiste. Ce sont des sujets sur lesquels nous chantons depuis Demanufacture, mais de toute évidence, l’histoire se répète. Je pense qu’une grande partie de cet album reflète le monde à ce moment-là.

Même si cet album a originellement été fait il y a quatre ans, est-ce que cette rage te parle d’autant plus aujourd’hui, après avoir vécu ce que tu as vécu avec le groupe ces dernières années ?

[Rires] On peut dire ça, c’est clair ! Mais ne te méprends pas, le metal et le fait de créer de la musique agressive, c’est en moi. Ça ne partira jamais. J’ai aussi une facette plus calme, de même que Fear Factory. Evidemment, nous aimons toujours mettre de belles mélodies vocales dans les refrains. On ressent toute cette tension dans le couplet et tout d’un coup, on voit la lumière au bout du tunnel quand le refrain arrive. C’est un peu mon cheminement de pensée parfois. Quand tu vis ces procès, faillites et divorces, parfois les choses peuvent paraître peu réjouissantes. Durant cette période, nous avons beaucoup enduré. Nous essayons toujours de communiquer ça au travers de la musique, on lit dans nos émotions comme dans un libre ouvert parfois et ça s’entend.

« En coulisses, [Burton C. Bell] avait déjà un peu démissionné. Il avait arrêté de communiquer avec moi et l’équipe de Fear Factory, donc nous avons supposé qu’il avait déjà quitté le groupe et qu’il ne l’avait simplement pas encore annoncé. »

L’album sort aujourd’hui dans ce que les gens voient presque comme une période dystopique, avec la pandémie, mais aussi les émeutes, les questions écologiques et les sociétés numériques qui régissent de plus en plus nos vies. Penses-tu que nous vivons une époque dont Fear Factory, et cet album en particulier, est la bande-son parfaite ?

Je trouve en effet que c’est la bande-son parfaite de l’époque et de ce qui se passe, car au fil des années, nous avons chanté sur l’obsolescence des choses et la dépendance croissante de l’homme à la technologie. Durant le Covid-19, parce que tout le monde était chez soi, nous sommes devenus beaucoup plus dépendants de notre technologie. C’est dur d’expliquer à quel point les portes se sont ouvertes pour d’autres trucs. OnlyFans, Patreon… tout ça a vraiment explosé. Amazon est devenu encore plus gros parce que tout le monde était assis chez soi, sur son téléphone, à commander à manger, à commander des choses sur internet. Nous avons parlé par le passé du fait que nos boulots allaient devenir obsolètes, or aujourd’hui, les espaces de bureaux sont en train de devenir obsolètes. Tout le monde peut travailler de chez lui. Ils ne sont plus obligés d’aller au bureau ou de prendre la voiture. Ça ne va pas arrêter d’évoluer et de changer. La technologie sera omniprésente.

L’année dernière, tu as décidé de revoir la musique que vous aviez enregistrée en 2017. Tu as déclaré qu’il y avait « certaines choses qui manquaient sur cet album et que [tu] voulais améliorer ». Qu’est-ce qui n’allait pas dans ces enregistrements initiaux ? Comment se fait-il qu’ils n’aient pas été faits « comme il faut » dès le départ ?

Encore une fois, nous faisions face à beaucoup de difficultés. Ça nous a empêchés de vraiment travailler au sein du groupe. Nous avons délaissé plusieurs choses. Nous avons notamment laissé tomber la batterie live pour utiliser une batterie programmée, mais quand l’album a été mis en suspens, j’ai réalisé que c’étaient des choses sur lesquelles il nous fallait revenir et améliorer. Quand j’ai pu regagner les droits sur la marque, j’ai parlé au label et nous nous sommes tous les deux mis d’accord pour dire que les améliorations étaient vraiment nécessaires. Au début, nous avions de la batterie programmée, donc j’ai fait venir Mike Heller – qui est dans le groupe depuis neuf ans et demi – au studio et nous avons enregistré de la batterie live. Pour moi, ça fait une grande différence. Je pense qu’on ressent aussi l’énergie dans l’album. Deuxièmement, nous voulions faire revenir notre producteur Damien Rainaud. C’est un Français originaire de Nice qui vit ici depuis ces dix dernières années. Il nous avait aidés à produire Genexus, donc j’ai voulu le ravoir sur cet album pour m’aider à faire cette nouvelle version. Une fois que tout ceci était fait, nous avons tout préparé pour le mix d’Andy Sneap. La première fois que nous avions fait appel à Andy Sneap, c’était pour Genexus et il avait fait du super boulot, j’adore le son de cet album. C’est un excellent mixeur et producteur, donc j’ai décidé de refaire appel à lui pour Aggression Continuum. Je pense que ce que nous avons fait a grandement amélioré l’album. Je ne suis pas en train de dire que l’album était nul avant, mais je voulais changer des choses et ne pas réitérer certaines erreurs du passé. Quand nous avons fait The Industrialist en 2012, cet album avait de la batterie programmée et il semblerait que les fans n’ont pas du tout aimé, donc je ne voulais pas refaire la même erreur. Voilà pourquoi je me suis remis sur l’album et nous avons réenregistré la batterie.

Tu as levé des fonds via une campagne GoFundMe pour réaliser ces nouveaux enregistrements. Ne pouvais-tu pas te faire aider par le label pour financer ces coûts de production supplémentaires ?

Tous les problèmes juridiques que nous avons traversés et tout le reste ont épuisé tout l’argent que nous pouvions avoir. Le seul moyen que j’avais de faire ces améliorations, c’était en prenant mes propres responsabilités et en le faisant moi-même, c’est ce que je devais faire. Heureusement que la campagne GoFundMe a été un succès, malgré toutes les fausses rumeurs qui l’entouraient. Nous avions réussi, les fans ont été au rendez-vous, donc nous avons pu faire ces améliorations. Je pense qu’à ce moment-là, les gens voulaient juste entendre de la musique. Les fans étaient prêts à aider pour que ça sorte enfin. Il n’est resté aucun argent. La campagne GoFundMe a entièrement financé ce que nous avons fait pour l’album, c’est-à-dire, en gros, aller en studio pour enregistrer la batterie live, embaucher Damien Rainaud et payer Andy Sneap pour le mixage. C’est pile ce qu’il fallait. J’ai budgété exactement notre besoin pour faire ces améliorations.

« [Christian Olde Wolbers] a eu des opportunités [de reformation] et il ne les a pas saisies. C’est très simple : laisse tomber le procès et réunissons-nous. Tu ne veux pas laisser tomber le procès ? Alors je suppose que ça n’arrivera pas. C’est aussi simple que ça. »

Apparemment, Burton n’a pas bien compris cette campagne GoFundMe. N’était-il pas dans la boucle concernant cette décision ?

En coulisses, il avait déjà un peu démissionné. Il avait arrêté de communiquer avec moi et l’équipe de Fear Factory, donc nous avons supposé qu’il avait déjà quitté le groupe et qu’il ne l’avait simplement pas encore annoncé. Il n’y avait aucune communication de sa part, donc il n’a pas été mis dans la boucle.

Burton a annoncé son départ du groupe à la fin de l’année dernière. Nous avons parlé à Burton et il a expliqué que « trop, c’est trop. […] Ce sont des années d’accumulation. C’en est arrivé à un point où [il] ne pouvai[t] plus le supporter ». Ça veut dire que ça ne date pas d’aujourd’hui, mais de ton côté, l’as-tu vu venir ?

Nous avons beaucoup enduré. Encore une fois, ça remonte aux problèmes juridiques. Certaines personnes arrivent à combattre et tenir sur la durée et d’autres n’y arrivent pas. Je peux commenter uniquement sur la base de ce qu’il a dit publiquement car ça fait des années que je ne lui ai pas parlé, donc je ne sais pas ce qui se passe dans sa tête. Je ne peux que citer ce qu’il a dit dans la presse et les médias, mais il a dit que « trop, c’est trop », donc je suppose que c’est le cas. Est-ce que je l’ai vu venir ? C’est dur à dire. Je peux dire qu’il a quitté le groupe plusieurs fois par le passé, donc oui. Il est officiellement passé à autre chose et nous devons nous aussi respectueusement passer à autre chose.

Burton a perdu ses droits sur le groupe parce qu’il a oublié de déclarer les cinquante pour cent qu’il détenait de la marque Fear Factory en tant qu’actif dans son dossier de faillite. Après des années de bataille juridique contre Raymond Herrera et Christian Olde Wolbers, au final, tu as réussi à récupérer l’intégralité des droits. On dirait que c’est en partie la raison pour laquelle il t’en veut. Ne pouvais-tu pas trouver un arrangement avec Burton pour qu’il récupère sa part des droits ?

Tu crois que nous n’avons pas essayé ? [Rires] Certaines choses restent personnelles, mais oui, nous avons contacté ses avocats et ses gens pour essayer de faire des offres, mais aucune réponse. Il est passé à autre chose. Nous avons fait des offres substantielles et justes.

On dirait que Burton et toi avez toujours eu une relation assez difficile au fil des années…

Oui et non. Peut-être pour lui. Pour moi, ça a aussi été difficile, mais je ne suis pas du genre à le prendre personnellement. Je suis du genre à dire : « On a des problèmes. Essayons de les résoudre et de se remettre en route. » Certaines personnes gèrent ça différemment. Je ne peux pas aller dans sa tête, il faudra lui demander quels sont ses problèmes. Mais je suis là, j’aime le groupe, j’aime Fear Factory depuis le premier jour. Comme je l’ai dit plus tôt, tout ce que j’ai traversé a valu la peine au final. Bien sûr il y a fallu faire des sacrifices, mais c’est la vie. Toutes les relations ne sont pas faites pour durer éternellement. Je sais que les fans sont très déçus de la tournure des choses, mais les gens prennent leurs propres décisions. Si c’était sa décision et qu’il refuse de parler à qui que ce soit, c’est sa décision. Je n’y peux rien. Il y a des limites à ce qu’on peut faire. On ne peut pas forcer quelqu’un à faire quelque chose qu’il ne veut pas faire, même si les médias et les fans poussent constamment. Je ne peux rien faire de plus que ce que j’ai déjà essayé de faire.

Mais tu as raison avec ce que tu as dit plus tôt… Je veux clarifier quelque chose : ce qui lui est arrivé dans sa propre procédure judiciaire n’a rien à voir avec moi, même s’il y a eu des rumeurs et de fausses histoires. Les gens aiment me tenir pour responsable, parce que Burton m’a accusé et a accusé tout le monde. Tout ce que je raconte là maintenant n’est pas nouveau. Si vous voulez lire à ce sujet, vous pouvez aller sur internet et lire tout ce que je suis en train de vous dire concernant sa procédure judiciaire. Tout ce qui lui est arrivé est sa responsabilité, ça n’a à voir avec la responsabilité de personne d’autre que lui. Il faut comprendre que la marque a été mise aux enchères. Ça veut dire que n’importe qui aurait pu l’acheter. Et des gens ont enchéri. Je savais que Burton ne pouvait pas l’avoir à cause de ce qui s’est passé au tribunal, donc le mieux était que je l’achète pour que nous puissions continuer à avancer. Ce qui s’est passé ensuite était sa propre décision. Comme je l’ai dit, nous avons fait une offre juste et correcte via ses avocats, mais encore une fois, il est parti. On n’y peut rien, il est passé à autre chose.

« Ce n’est qu’avec Digimortal que Christian a joué un plus grand rôle dans un album et que les choses sont arrivées à un point critique, que les gens ont commencé à se prendre la tête. […] Peut-être qu’il y avait trop de gens, trop de décisions, trop d’idées en l’air et c’est devenu plus confus. »

Le point positif, c’est que j’ai hâte de voir ce que le futur nous réserve. Je ne peux pas arrêter ce que je fais parce qu’une personne décide de partir. Vas-tu quitter ton boulot parce que ton ami est parti ? Non, tu vas devoir continuer. L’amour et la passion que j’ai pour Fear Factory, du premier jour à aujourd’hui, sont l’une des raisons pour lesquelles je continue. Deuxièmement, ce sont les fans, parce que si je décidais d’arrêter, il n’y aurait plus de Fear Factory, plus de nouvel album, plus rien. Je pense que tous ceux qui sont fans et aiment cette musique sont – j’espère – reconnaissants de ce que j’ai pu accomplir et de ce que j’ai dû traverser pour sortir cet album.

En décembre 2016, malgré les batailles juridiques, Christian a déclaré qu’il essayait de vous tendre la main pour qu’une reformation ait lieu, en disant qu’il n’y aurait rien de mieux pour ce groupe qu’une réconciliation entre vous. Qu’est-ce qui rendait – et rend toujours – cette réconciliation impossible ?

Il a eu un tas d’occasions de prendre la bonne décision et il n’y a eu aucune décision de prise. Il n’y a eu aucune réconciliation lors des procédures judiciaires. Donc je ne sais pas exactement de quoi il parle, mais il a eu des opportunités et il ne les a pas saisies. C’est très simple : laisse tomber le procès et réunissons-nous. Tu ne veux pas laisser tomber le procès ? Alors je suppose que ça n’arrivera pas. C’est aussi simple que ça. En plus, je ne sais pas trop ce qui se passe du côté de Raymond. Ça fait dix ans que je ne l’ai pas entendu faire de musique. Des gens m’ont dit qu’il s’était retiré, je ne sais pas si c’est vrai. Nous avons tendu la main à Raymond à un moment donné mais il a refusé.

D’après toi, quelle a été la source de toutes ces tensions au départ ?

Juste l’argent et la propriété légale, c’est à peu près tout ! Nous avions des contrats avec les deux autres membres et tout allait bien. Puis tout d’un coup, nous nous sommes retrouvés en procès. C’est un peu dur à expliquer, c’est une longue explication, mais c’était une longue bataille. En 2009, quand je suis revenu dans le groupe, Burton a poursuivi ces gars en justice pour le nom, puis nous avons trouvé un accord. Le contrat stipulait qu’une fois que Burton et moi aurions acheté les droits complets sur le nom, celui-ci nous appartiendrait. Ensuite, nous devions payer Raymond et Christian pendant X années. A un moment donné, pour être honnête avec toi, nous avons eu une rupture de contrat. Nous avons été escroqués en Australie en 2015 ou 2016 – je ne sais plus exactement quelle année. Nous ne pouvions pas payer les deux autres membres parce que nous n’avons pas été payés, donc ils nous ont poursuivis en justice sur la base d’une rupture de contrat. A partir de là, c’est devenu incontrôlable. Procès après procès… C’était quatre années de procès et de motions. Ça m’a obligé à me mettre en faillite et ça a obligé Burton à se mettre en faillite parce que nous avons dépensé beaucoup d’argent. Raymond et Christian bénéficiaient de conseillers juridiques gratuits, d’avocats gratuits – ils n’avaient pas à débourser un centime pour leurs avocats. Nous étions pieds et poings liés. Il n’y avait pas grand-chose que nous puissions faire. Nous avons essayé de négocier à plusieurs reprises pour que le groupe se reforme, mais ça n’a pas marché, donc nous avons été obligés de faire d’autres choses.

Inversement, qu’est-ce qui a fait que ce groupe marchait à l’époque de Demanufacture et Obsolete, qui sont considérés comme l’apogée de Fear Factory ?

C’est probablement parce que Raymond et moi étions les compositeurs principaux. Christian n’était pas vraiment dans le groupe à l’époque de Demanufacture. Il était là, mais il n’était pas dans le groupe, ce n’était pas un membre officiel. Raymond et moi avions déjà composé Demanufacture avant qu’il ne soit vraiment dans le groupe, donc il n’y a rien de lui. C’était principalement moi, Raymond et Burton, je pense que ça fonctionnait comme ça. Pendant Obsolete, la majorité venait encore de Raymond et moi. Je crois que notre bassiste était en tournée avec Cypress Hill, donc il n’était pas là. Il n’y avait que deux compositeurs principaux, et évidemment, Burton est arrivé et a ajouté son chant. Ce que j’ai appris au fil des années, c’est que lorsque je compose de la musique, j’essaye de faciliter la tâche du chanteur afin qu’il sache quoi faire. Je compose l’intro, le couplet, et ensuite un refrain, et tu peux voir à quoi ressemblera le refrain – ce sera un refrain heavy ou ce sera un refrain mélodique. Quand Raymond et moi composions la musique et arrangions tout, c’était facile à comprendre grâce à la connaissance que j’ai en matière d’arrangement et de composition. Raymond et moi faisions en sorte que tout soit facilité pour un chanteur.

« Honnêtement, je ne crois pas que Burton soit encore capable de faire ça. Nous avons eu de nombreux problèmes avec son chant en live. […] S’il prend sérieusement en main son chant et s’occupe de sa gorge, alors je réfléchirai à le réintégrer, mais en matière de prestation live, il faut une amélioration. »

Christian a composé trois ou quatre trucs dans trois ou quatre morceaux d’Obsolete. Ce n’est qu’avec Digimortal que Christian a joué un plus grand rôle dans un album et que les choses sont arrivées à un point critique, que les gens ont commencé à se prendre la tête. « Trop de chefs en cuisine », c’est l’expression qui résumait bien la situation. Je ne sais pas exactement, mais peut-être qu’il y avait trop de gens, trop de décisions, trop d’idées en l’air et c’est devenu plus confus. C’était un petit peu plus facile quand il n’y avait que Raymond et moi dans une pièce et que nous pouvions nous concentrer tout de suite sur les choses. Mais quand tu as un autre gars qui dit « eh, ceci et cela », puis un autre qui dit « eh… », t’es là : « Oh, fait chier… » Cet album est devenu très frustrant. La maison de disques a elle-même mis son nez dans Digimortal, ils voulaient que nous composions des chansons plus accessibles. Il y a de nombreux facteurs qui ont joué sur cet album. Je reste très fier de l’album. Il déchire. Je l’aime toujours, mais comparé aux albums d’avant, il y avait plein d’influences différentes qui venaient à droite et à gauche. Donc pour Soul Of A New Machine, Demanufacture et Obsolete, c’était principalement Raymond et moi qui avons composé la musique.

Aggression Continuum se termine sur la chanson « End Of Line ». Ce n’était sans doute pas son sens initial, mais ça sonne presque prophétique. Vois-tu Aggression Continuum comme une fin pour Fear Factory, la fin d’une époque en l’occurrence ?

Peut-être la fin d’une époque, bien sûr, mais je ne pense pas forcément que ce soit la raison pour laquelle cette chanson a été écrite comme ça. C’est peut-être juste le « terminus » de l’histoire de cet album. Mais à la fin de l’album, ça passe sur le discours de Fear Is The Mindkiller, et ça revient à dire que je vais continuer. Ca dit aussi que je ne devrais pas avoir peur d’avancer, je n’ai pas peur du changement. Donc même si la chanson « End Of Line » sonne comme une sorte de fin, elle commence aussi quelque chose de nouveau à la toute fin en disant que je vais de l’avant.

Burton a été la voix de Fear Factory pendant trente ans, donc ce ne sera probablement pas une tâche facile pour toi de lui trouver un remplaçant et pour son successeur. Comment gères-tu ceci ? Quels sont tes critères ?

Il y en a beaucoup. Evidemment, la personne devra avoir du talent. Je ne m’attends pas à ce qu’elle sonne comme Burton, mais je m’attends vraiment à quelqu’un de très motivé, qui est prêt à y aller, qui sera capable de consacrer son temps à Fear Factory, qui sera capable de gérer le fait d’être sur la route sur de longues périodes de temps. Certaines personnes ne sont pas prêtes pour ça. Il y a des gens qui croient être prêts, mais ils ne le sont pas. Ils peuvent être talentueux, mais à la minute où ils partent pour un mois, deux mois ou six mois, ils n’arrivent pas à le gérer. Fear Factory est un groupe qui tourne beaucoup. Nous faisons deux fois le tour du monde sur un cycle d’album. Il me faut donc quelqu’un disposé à gérer cette alchimie. Il faudra que je voie comment nous fonctionnons ensemble et si nous nous entendons. Ce pourrait être un homme ou une femme, peu importe tant que la personne est capable de gérer ça. Ceci dit, nous avons réduit la sélection. Nous avons eu plein de gens venant de partout dans le monde, tu serais surpris. Je dirais que nous avons eu deux cents soumissions sérieuses et quelques soumissions pas sérieuses en plus. Les gens aiment faire des blagues et des trucs marrants. Nous aimons beaucoup ça, genre un gars qui pète dans un microphone, c’est complètement fou ! [Rires] Certains trucs étaient vraiment hilarants. Nous avons donc réduit la sélection à quelques personnes et ce n’est qu’une question de temps. Dès que les restrictions dues au Covid-19 seront levées pour certains pays, nous pourrons aller vers les gens et passer un peu de temps avec eux, mais je vais clairement prendre mon temps pour décider.

Tu as dit il y a plusieurs mois que la porte était ouverte pour un retour de Burton. Cette porte est-elle toujours ouverte ?

C’était il y a six mois [rires]. La porte est clairement fermée, mais elle n’est pas fermée à clé. A partir du moment où j’aurais avancé et choisi le chanteur, ce sera fini. Mais honnêtement, je ne crois pas que Burton soit encore capable de faire ça. Nous avons eu de nombreux problèmes avec son chant en live. Sur album, c’est une chose, il y a plein de logiciels de studio qui peuvent faire que quelqu’un sonne bien et même extraordinairement bien. Je ne suis pas en train de dire qu’il est nul en studio, pas du tout, mais le studio et le live, ce sont deux choses différentes. En live, on peut entendre la personne et comment elle sonne de manière honnête. S’il prend sérieusement en main son chant et s’occupe de sa gorge, alors je réfléchirai à le réintégrer, mais en matière de prestation live, il faut une amélioration. Si j’en venais à envisager un jour de le faire revenir, ça demanderait beaucoup de travail sur son chant en live.

Interview réalisée par téléphone le 29 avril 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Stephanie Cabral.

Site officiel de Fear Factory : fearfactory.com

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  • incroyable de voir des types qui se connaissent depuis plus de 30 ans et qui ont fait le tour du monde plusieurs fois ensemble se parler par avocats interposés.C’est la vision americaine des rapports humains fassent aux problemes.Toujours de super interviews Gricourt

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  • burton chante complétement faux comme une patate
    en live les parties claires sont catastrophiques
    et çà empirait au fil des ans, au printemps de bourges en 2001 ça défouraillait sec mais lorsque j’ai revu le groupe au HF quelques années après c’était horrible, presque malaisant que les autres fassent comme si de rien n’était alors.

    [Reply]

  • c’est catastrophe…

    [Reply]

    PanzerSam

    C’est la catastrophe ou c’est catastrophique même? Bref. 😄
    Mais je rejoins vos avis, je les ai vus à Lausanne chez moi en Suisse il y a pile 11 ans aujourd’hui (coïncidence constatée lors de ma rapide recherche Gogole) et le chant clair était plutôt…mmmmh…approximatif 😅.
    Pour ma part, ça ne m’avait gâché ce concert qui avait même été assez monstrueux. On avait vraiment pris notre pied! (Littéralement, un pote avait ôté une de ses chaussures pour la balancer de joie dans la fosse) 🤣

  • Dommage car le chant clair en live s’est catastrophe

    [Reply]

  • Threshold dit :

    Le petit clash sur le qualité du chant de Burton en Live je kiffe tellement c’est vrai 😀

    [Reply]

    Threshold

    Oupsi « la » et non « le » qualité

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