
Cet album est le plus impressionnant au niveau de la notoriĂ©tĂ© des invitĂ©s. Est-ce que cela n’a pas Ă©tĂ© difficile Ă gĂ©rer ? Y a-t-il eu des Ă©gos plus gros que d’autres ?
Il n’y a pas eu le moindre problème. Pour ĂŞtre franc, aucun invitĂ© n’avait un ego dĂ©mesurĂ©. En revanche, ils ont dĂ» composer avec mon propre ego ! Plus sĂ©rieusement, les chanteurs ont toujours un Ă©norme ego, mais cette fois, ils Ă©taient tous relativement raisonnables. Il n’y a eu aucun problème.
Est-il arrivĂ©, au cours de ces collaborations, que les invitĂ©s apportent Ă la musique une couleur diffĂ©rente de celle que tu avais imaginĂ©e, voire meilleure ?Jorn Lande est un individu qui bouleverse toujours tout ce que vous aviez prĂ©vu. Quand nous travaillions ensemble en studio, je me suis dit : « Mon dieu, il change absolument tout… mais c’est cool ! » Vous lui donnez une ligne directrice, et lui vous rĂ©pond : « Ça ne colle pas trop avec la voix, faisons ça autrement. » Donc oui, c’est dĂ©jĂ arrivĂ©. Mais la plupart du temps, je me retrouve avec ce que j’avais Ă l’esprit. J’ai l’habitude de crĂ©er de petites dĂ©mos, oĂą je chante en me mettant dans la peau d’un autre chanteur, puis je transmets la dĂ©mo au chanteur en question et ils font leur propre version. GĂ©nĂ©ralement, leur version est bien meilleure, car après tout, ils n’ont pas besoin de faire semblant ! C’est toujours mieux que ce que je leur fournis, c’est ce que je leur demande, mais les chanteurs apportent toujours une couleur diffĂ©rente. Mais personne n’a changĂ© les mĂ©lodies, ou quoi que ce soit.
Parce qu’il a un rĂ´le clĂ© dans l’histoire. D’une certaine façon, il est mon alter ego, le MĂ©phistophĂ©lès de l’histoire, le prince de la tentation. C’est pour cela qu’il est si prĂ©sent, il n’y a pas d’autre raison – mĂŞme si Jorn est une valeur sĂ»re, car il a une voix formidable.
Quand on Ă©coute le travail des invitĂ©s, comme Klaus Meine ou Tim Owens, sur cet album, on se rend compte qu’il sont restĂ©s très fidèles Ă leur style tout en collant parfaitement Ă l’ambiance d’AVANTASIA. Ce genre d’alchimie doit ĂŞtre difficile Ă obtenir… Avais-tu dĂ©jĂ le rĂ©sultat en tĂŞte en faisant appel Ă ces chanteurs ou te demandais-tu si tout ça allait coller ?La plupart du temps, on sait Ă quoi s’attendre. J’ai fait tellement d’albums d’AVANTASIA que je sais comment transposer la voix de quelqu’un dans ma tĂŞte. Lorsque l’enregistrement commence, c’est toujours extraordinaire de voir son intuition confirmĂ©e. C’est gĂ©nial d’entendre tous ces chanteurs qui vous ont tellement inspirĂ© et d’avoir leur voix enregistrĂ©e sur disque dur. Quand j’ai entendu Klaus Meine chanter, ma mâchoire s’est dĂ©crochĂ©e et je suis restĂ© bouche bĂ©e.
Y a-t-il des personnes que tu aurais souhaitĂ© contacter mais auxquelles tu n’as pas fait appel, justement parce que ça n’aurait pas collĂ© ?On pense toujours Ă certaines personnes… J’avais envisagĂ© de demander Ă Tony Kakko, le chanteur de SONATA ARCTICA, de participer, mais je ne l’ai pas fait. Pas parce que sa voix ne collait pas, mais parce qu’il Ă©tait très occupĂ© avec son propre album et que je devais prendre des dĂ©cisions Ă court terme. Au final, je me suis dit qu’il valait mieux l’inviter plus tard. Le disque Ă©tait dĂ©jĂ tellement encombré ! J’avais quelques vagues idĂ©es en tĂŞte, mais faire appel Ă un nouveau chanteur aurait Ă©tĂ© excessif. Mais Tony et moi nous connaissons depuis longtemps, alors il sera peut-ĂŞtre prĂ©sent sur un potentiel future album.
Au cours de toute l’aventure AVANTASIA, y a-t-il eu, Ă l’instar d’Arjen Lucassen qui a essayĂ© pendant toute sa carrière, sans succès, de contacter son idole Alice Cooper, un chanteur avec lequel tu aurais rĂŞvĂ© de travaillĂ© et que tu n’as pas pu avoir ?Bien sĂ»r : Bruce Dickinson ! C’est une plaisanterie rĂ©currente entre Arjen et moi, car j’ai rĂ©ussi Ă avoir Alice Cooper, et pas lui, tandis que lui a eu Bruce Dickinson. J’ai toujours voulu l’avoir sur un album, mais il est trop occupĂ© Ă piloter des avions. Il n’avait pas l’air très intĂ©ressĂ© par le projet, et je peux le comprendre : si j’avais vendu 60 ou 70 millions d’albums et passĂ© la moitiĂ© de ma vie sur scène, j’aurais sans doute moi aussi envie de faire autre chose de mon temps libre. Bruce a 50 ans, il connaĂ®t toutes les scènes du monde, il a donnĂ© des milliers de concerts… Je peux comprendre qu’il prĂ©fère passer son temps libre dans son cockpit plutĂ´t que d’enregistrer d’autres albums.
Pourquoi y a-t-il autant de soli de guitare sur le nouvel album ?Il n’y a pas vraiment de raison, c’est simplement que les chansons avaient besoin de ces soli. Enfin, peut-ĂŞtre pas besoin – c’est arrivĂ©, c’est tout. Inconsciemment, sans vraiment y penser, c’est arrivĂ©. Nous avons brusquement rĂ©alisĂ© qu’il y avait de plus en plus de soli de guitare, de plus en plus de guitaristes. Nous avons trois extraordinaires guitaristes sur cet album : Sascha Paeth, Oliver Hartmann et Bruce Kulick. Au final, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait beaucoup de longs passages de guitare, mais nous ne les avons pas coupĂ©s car il y a une histoire dans chacun de ces soli. Il y a parfois des batailles de soli, c’est très old school. GĂ©nĂ©ralement, quand on fait un album metal Ă©pique, on utilise des Ă©lĂ©ments très rentre-dedans, que j’aime Ă©normĂ©ment et qui m’ont pour ainsi dire fait connaĂ®tre. Ce type de musique n’est pas très axĂ© guitare. La plupart du temps, il y a des claviers, des gros ch?urs et des paroles qui parlent de dragons. Je n’ai pas voulu des dragons. J’ai de gros claviers, de grosses orchestrations et des ch?urs Ă©piques, mais je ne voulais pas oublier d’oĂą je viens : je viens du metal, pas de « Carmina Burana ».

« Les racines, c’est bon pour les imbĂ©ciles qui cèdent Ă ceux qui leur disent qu’ils devraient y retourner. »
Non. Pour moi, c’Ă©tait la continuation logique de The Scarecrow. C’est drĂ´le, mon meilleur ami, qui a co-Ă©crit l’histoire de The Metal Opera Ă l’Ă©poque et avec qui j’ai passĂ© des heures Ă Ă©couter l’album en jouant Ă la PlayStation, a dit exactement la mĂŞme chose. Mais je n’y avais vraiment pas pensĂ©. Je n’ai pas envie de « revenir Ă mes racines ». Les racines, c’est bon pour les imbĂ©ciles qui cèdent Ă ceux qui leur disent qu’ils devraient y retourner. Je ne veux retourner nulle part : je suis passĂ© par lĂ , pourquoi vouloir y retourner ? Je sais que ce n’Ă©tait pas exactement le sens de ta question, et j’ai bien compris oĂą tu voulais en venir. C’est sans doute vrai, d’ailleurs, Ă©tant donnĂ© que mon meilleur ami a dit la mĂŞme chose. Selon lui, il y avait beaucoup de vieux Ă©lĂ©ments d’AVANTASIA, comme sur « Blizzard On A Broken Mirror ». Personnellement, je n’y avais jamais pensĂ©, mais si c’est le cas, ça me va !
L’histoire semble ĂŞtre arrivĂ©e Ă son terme. Ça ne va pas te manquer ?Oh que si. On m’a demandĂ© rĂ©cemment si j’Ă©tais heureux que tout ça soit terminĂ©, maintenant que le disque est prĂŞt Ă sortir. Tout va plutĂ´t bien, maintenant, parce que la plus grosse partie de la pression a disparu. Je ne parle pas de pression en termes de ventes ou d’attente du public, mais de pression crĂ©atrice. La pression Ă©motionnelle qui accompagne le processus crĂ©atif a disparu, et je n’en suis pas fâchĂ©. Maintenant, je traverse une espèce de vide post-partum. Pendant longtemps, j’ai eu quelque chose Ă faire chaque matin en me levant. MĂŞme si je n’avais rien Ă produire ce jour-lĂ , je pouvais au moins penser Ă la façon dont faire les choses, j’avais un but. Et soudain, tout ça a disparu. Ça, ça me rend un peu triste.
Tu as dĂ©clarĂ© que ce nouveau chapitre d’AVANTASIA Ă©tait « peut-ĂŞtre le dernier album Ă©pique que je ferai », et que tu voulais que ce soit « le plus gros projet sur lequel j’ai travaillĂ© jusqu’Ă maintenant ». A posteriori, maintenant que l’album est prĂŞt, penses-tu avoir atteint cet objectif ? S’agit-il de ton chef-d’?uvre ? As-tu la sensation d’avoir tout donnĂ© ? Est-ce l’accomplissement de toute une vie, pour toi ?Sans aucun doute. Ça a Ă©tĂ© une aventure Ă©motionnellement très intense, j’ai tellement travaillĂ© lĂ -dessus… J’ai travaillĂ© dur sur chaque album, et je suis toujours fier du rĂ©sultat. Il y a Ă©videmment eu quelques ratĂ©s, mais c’est tout de mĂŞme une source de fiertĂ©. Sur ces deux derniers albums, ce qui me rend fier, c’est que j’ai donnĂ© le meilleur de moi-mĂŞme, comme d’habitude, mais cette fois, ça comptait double ! Il y a 22 chansons au total, et une seule d’entre eux, « Promised Land », n’est pas inĂ©dite. Les autres sont complètement nouvelles, et le concept est Ă©norme. Personne ne se doute de ce que produire 21 chansons signifie. Personnellement, je trouve toutes ces chansons formidables, et je n’en sacrifierais aucune. Si j’avais pensĂ© que certaines de ces chansons n’Ă©taient pas assez solides, j’aurais prĂ©fĂ©rĂ© faire un seul album plutĂ´t que d’avoir Ă faire une sĂ©lection. La quantitĂ© de chansons, leur qualitĂ©… Nous avions tellement d’arrangements, tellement de choristes… Chaque fois que nous avions besoin d’un nouvel invitĂ©, nous le contactions. Si Sascha avait besoin de chanteurs, on les payait. S’il voulait un studio, on y allait. Nous avons passĂ© deux semaines sur le mastering – et je parle bien de mastering, pas de mixage ! C’Ă©tait dĂ©ment !
Aucun regret, donc ?Absolument aucun. Nous avons dĂ©pensĂ© beaucoup d’argent, mais je n’ai aucun regret !
Que vas-tu faire maintenant ?Je ne sais pas. EDGUY, ça c’est sĂ»r. Nous allons partir en tournĂ©e, puis nous allons travailler sur le nouvel album. Nous allons prendre tout notre temps, nous n’allons pas nous presser, nous n’allons pas pondre un album en quelques mois. Nous prendrons le temps qu’il nous faudra, jusqu’Ă ce que je finesse par voir la lumière au bout du tunnel et que je me dise : « VoilĂ le successeur idĂ©al Ă Rocket Ride et Trinitus Sanctus ».
Écouter l’opinion des autres est complètement idiot. Je ne dis pas aux gens ce qu’ils devraient faire ou pas, du moment que leurs actions ne portent prĂ©judice Ă personne. Je veux simplement ĂŞtre heureux, et ce n’est pas en tout arrĂŞtant que je le serai. Tout arrĂŞter parce que quelqu’un pense que c’est ce que je devrais faire, ce serait vraiment idiot. Personne ne devrait faire ce que les autres attendent. Faites ce qui vous rend heureux, Ă condition que ça ne porte prĂ©judice Ă personne. Je n’arrĂŞterai pas parce que quelqu’un pense que je devrais le faire. On n’est pas aux JO, je veux simplement prendre du bon temps, produire de nouveaux albums et m’amuser avec le processus de production. Et si le prochain album que je ponds donne dans la fusion-jazz, et bien je le ferai quand mĂŞme ! Ou pas, en fait, parce que je dĂ©teste la fusion-jazz…
Ă€ quand le film ou la sĂ©rie tĂ©lĂ© AVANTASIA avec Tobias Sammet dans le rĂ´le principal ?Ça n’arrivera jamais ! Je dĂ©teste tourner des clips vidĂ©o, je dĂ©teste me trouver devant une camĂ©ra. Tout le monde pense que je recherche dĂ©sespĂ©rĂ©ment l’attente, mais j’ai horreur des camĂ©ras. En revanche, la vidĂ©o que nous avons tournĂ©e pour « Dying For An Angel » Ă©tait super sympa, pour deux raisons : d’abord parce que Klaus Meine Ă©tait avec moi sur le tournage, et ensuite parce que j’Ă©tais dĂ©guisĂ©. Je portais un haut-de-forme, on aurait dit Charlie de Charlie Et La Chocolaterie ! Ce n’Ă©tait plus vraiment moi, j’avais un alter ego. C’est la raison pour laquelle j’ai acceptĂ© de jouer la comĂ©die dans cette vidĂ©o. Mais en règle gĂ©nĂ©rale, je hais les camĂ©ras.
Pour finir, on a appris rĂ©cemment que les SCORPIONS arrĂŞteraient leur carrière après la prochaine tournĂ©e. Toi qui as travaillĂ© avec Klaus, Ă©tais-tu au courant ? Qu’en penses-tu ?Klaus n’en a jamais parlĂ©, j’ai appris la nouvelle dans les journaux. En fait, c’est ma copine qui a lu la nouvelle et qui m’en a ensuite parlĂ©. Pour moi, en tant que fan, c’est très triste. Mais je respecte totalement leur dĂ©cision, car elle n’a pas dĂ» ĂŞtre facile Ă prendre. J’en ai discutĂ© avec Klaus, qui a affirmĂ© que les membres du groupe allaient rester amis, ce qui n’est jamais gagnĂ© d’avancĂ©, mĂŞme après toutes ces annĂ©es. Continuer ad vitam aeterman aurait sans doute dĂ©truit la lĂ©gende du groupe. Tout doit se terminer un jour. Je pense que c’Ă©tait une dĂ©cision très courageuse, et je la respecte totalement.
Entretien rĂ©alisĂ© par Metal’O Phil le lundi 8 mars 2010
Site Internet AVANTASIAÂ : www.myspace.com/tobiassammet
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