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Interview   

Feu d’artifice final pour Avantasia




Radio Metal : Peux-tu nous décrire un peu le processus typique d’un disque d’AVANTASIA ? Dans quel ordre se font les choses ? Par où commencer ? Paroles, musique, chasse aux invités ?

Tobias Sammet : Le travail se fait en parallèle, il n’y a pas d’ordre précis. Généralement, la musique vient en premier, avant les paroles. Il arrive que la musique soit inspirée par les invités auxquels je pense lorsque je compose. Lorsque j’ai eu confirmation que Michael Kiske allait participer à l’album, j’ai eu l’idée de « Wastelands », une mélodie avec des notes très élevées et très longues. Pour Bob Catley, mon subconscient était complètement imbibé de MAGNUM. C’était une grande source d’inspiration. C’est donc parfois le chanteur qui m’inspire une chanson, mais le plus souvent, la musique vient en premier. Ensuite, il y a l’histoire, et les paroles doivent refléter cette histoire.

Cet album est le plus impressionnant au niveau de la notoriété des invités. Est-ce que cela n’a pas été difficile à gérer ? Y a-t-il eu des égos plus gros que d’autres ?

Il n’y a pas eu le moindre problème. Pour être franc, aucun invité n’avait un ego démesuré. En revanche, ils ont dû composer avec mon propre ego ! Plus sérieusement, les chanteurs ont toujours un énorme ego, mais cette fois, ils étaient tous relativement raisonnables. Il n’y a eu aucun problème.

Est-il arrivé, au cours de ces collaborations, que les invités apportent à la musique une couleur différente de celle que tu avais imaginée, voire meilleure ?

Jorn Lande est un individu qui bouleverse toujours tout ce que vous aviez prévu. Quand nous travaillions ensemble en studio, je me suis dit : « Mon dieu, il change absolument tout… mais c’est cool ! » Vous lui donnez une ligne directrice, et lui vous répond : « Ça ne colle pas trop avec la voix, faisons ça autrement. » Donc oui, c’est déjà arrivé. Mais la plupart du temps, je me retrouve avec ce que j’avais à l’esprit. J’ai l’habitude de créer de petites démos, où je chante en me mettant dans la peau d’un autre chanteur, puis je transmets la démo au chanteur en question et ils font leur propre version. Généralement, leur version est bien meilleure, car après tout, ils n’ont pas besoin de faire semblant ! C’est toujours mieux que ce que je leur fournis, c’est ce que je leur demande, mais les chanteurs apportent toujours une couleur différente. Mais personne n’a changé les mélodies, ou quoi que ce soit.

Puisque l’on parle de Jorn Lande, celui-ci chante beaucoup sur l’album. Pourquoi ?

Parce qu’il a un rôle clé dans l’histoire. D’une certaine façon, il est mon alter ego, le Méphistophélès de l’histoire, le prince de la tentation. C’est pour cela qu’il est si présent, il n’y a pas d’autre raison – même si Jorn est une valeur sûre, car il a une voix formidable.

Quand on écoute le travail des invités, comme Klaus Meine ou Tim Owens, sur cet album, on se rend compte qu’il sont restés très fidèles à leur style tout en collant parfaitement à l’ambiance d’AVANTASIA. Ce genre d’alchimie doit être difficile à obtenir… Avais-tu déjà le résultat en tête en faisant appel à ces chanteurs ou te demandais-tu si tout ça allait coller ?

La plupart du temps, on sait à quoi s’attendre. J’ai fait tellement d’albums d’AVANTASIA que je sais comment transposer la voix de quelqu’un dans ma tête. Lorsque l’enregistrement commence, c’est toujours extraordinaire de voir son intuition confirmée. C’est génial d’entendre tous ces chanteurs qui vous ont tellement inspiré et d’avoir leur voix enregistrée sur disque dur. Quand j’ai entendu Klaus Meine chanter, ma mâchoire s’est décrochée et je suis resté bouche bée.

Y a-t-il des personnes que tu aurais souhaité contacter mais auxquelles tu n’as pas fait appel, justement parce que ça n’aurait pas collé ?

On pense toujours à certaines personnes… J’avais envisagé de demander à Tony Kakko, le chanteur de SONATA ARCTICA, de participer, mais je ne l’ai pas fait. Pas parce que sa voix ne collait pas, mais parce qu’il était très occupé avec son propre album et que je devais prendre des décisions à court terme. Au final, je me suis dit qu’il valait mieux l’inviter plus tard. Le disque était déjà tellement encombré ! J’avais quelques vagues idées en tête, mais faire appel à un nouveau chanteur aurait été excessif. Mais Tony et moi nous connaissons depuis longtemps, alors il sera peut-être présent sur un potentiel future album.

Au cours de toute l’aventure AVANTASIA, y a-t-il eu, à l’instar d’Arjen Lucassen qui a essayé pendant toute sa carrière, sans succès, de contacter son idole Alice Cooper, un chanteur avec lequel tu aurais rêvé de travaillé et que tu n’as pas pu avoir ?

Bien sûr : Bruce Dickinson ! C’est une plaisanterie récurrente entre Arjen et moi, car j’ai réussi à avoir Alice Cooper, et pas lui, tandis que lui a eu Bruce Dickinson. J’ai toujours voulu l’avoir sur un album, mais il est trop occupé à piloter des avions. Il n’avait pas l’air très intéressé par le projet, et je peux le comprendre : si j’avais vendu 60 ou 70 millions d’albums et passé la moitié de ma vie sur scène, j’aurais sans doute moi aussi envie de faire autre chose de mon temps libre. Bruce a 50 ans, il connaît toutes les scènes du monde, il a donné des milliers de concerts… Je peux comprendre qu’il préfère passer son temps libre dans son cockpit plutôt que d’enregistrer d’autres albums.

Pourquoi y a-t-il autant de soli de guitare sur le nouvel album ?

Il n’y a pas vraiment de raison, c’est simplement que les chansons avaient besoin de ces soli. Enfin, peut-être pas besoin – c’est arrivé, c’est tout. Inconsciemment, sans vraiment y penser, c’est arrivé. Nous avons brusquement réalisé qu’il y avait de plus en plus de soli de guitare, de plus en plus de guitaristes. Nous avons trois extraordinaires guitaristes sur cet album : Sascha Paeth, Oliver Hartmann et Bruce Kulick. Au final, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait beaucoup de longs passages de guitare, mais nous ne les avons pas coupés car il y a une histoire dans chacun de ces soli. Il y a parfois des batailles de soli, c’est très old school. Généralement, quand on fait un album metal épique, on utilise des éléments très rentre-dedans, que j’aime énormément et qui m’ont pour ainsi dire fait connaître. Ce type de musique n’est pas très axé guitare. La plupart du temps, il y a des claviers, des gros ch?urs et des paroles qui parlent de dragons. Je n’ai pas voulu des dragons. J’ai de gros claviers, de grosses orchestrations et des ch?urs épiques, mais je ne voulais pas oublier d’où je viens : je viens du metal, pas de « Carmina Burana ».


« Les racines, c’est bon pour les imbéciles qui cèdent à ceux qui leur disent qu’ils devraient y retourner. »
Cet album apparaît comme un mélange des deux premiers albums d’AVANTASIA et du troisième. Avais-tu l’intention de faire un résumé de la carrière d’AVANTASIA, pour dire aux nouveaux auditeurs : « AVANTASIA, c’est ça » ?

Non. Pour moi, c’était la continuation logique de The Scarecrow. C’est drôle, mon meilleur ami, qui a co-écrit l’histoire de The Metal Opera à l’époque et avec qui j’ai passé des heures à écouter l’album en jouant à la PlayStation, a dit exactement la même chose. Mais je n’y avais vraiment pas pensé. Je n’ai pas envie de « revenir à mes racines ». Les racines, c’est bon pour les imbéciles qui cèdent à ceux qui leur disent qu’ils devraient y retourner. Je ne veux retourner nulle part : je suis passé par là, pourquoi vouloir y retourner ? Je sais que ce n’était pas exactement le sens de ta question, et j’ai bien compris où tu voulais en venir. C’est sans doute vrai, d’ailleurs, étant donné que mon meilleur ami a dit la même chose. Selon lui, il y avait beaucoup de vieux éléments d’AVANTASIA, comme sur « Blizzard On A Broken Mirror ». Personnellement, je n’y avais jamais pensé, mais si c’est le cas, ça me va !

L’histoire semble être arrivée à son terme. Ça ne va pas te manquer ?

Oh que si. On m’a demandé récemment si j’étais heureux que tout ça soit terminé, maintenant que le disque est prêt à sortir. Tout va plutôt bien, maintenant, parce que la plus grosse partie de la pression a disparu. Je ne parle pas de pression en termes de ventes ou d’attente du public, mais de pression créatrice. La pression émotionnelle qui accompagne le processus créatif a disparu, et je n’en suis pas fâché. Maintenant, je traverse une espèce de vide post-partum. Pendant longtemps, j’ai eu quelque chose à faire chaque matin en me levant. Même si je n’avais rien à produire ce jour-là, je pouvais au moins penser à la façon dont faire les choses, j’avais un but. Et soudain, tout ça a disparu. Ça, ça me rend un peu triste.

Tu as déclaré que ce nouveau chapitre d’AVANTASIA était « peut-être le dernier album épique que je ferai », et que tu voulais que ce soit « le plus gros projet sur lequel j’ai travaillé jusqu’à maintenant ». A posteriori, maintenant que l’album est prêt, penses-tu avoir atteint cet objectif ? S’agit-il de ton chef-d’?uvre ? As-tu la sensation d’avoir tout donné ? Est-ce l’accomplissement de toute une vie, pour toi ?

Sans aucun doute. Ça a été une aventure émotionnellement très intense, j’ai tellement travaillé là-dessus… J’ai travaillé dur sur chaque album, et je suis toujours fier du résultat. Il y a évidemment eu quelques ratés, mais c’est tout de même une source de fierté. Sur ces deux derniers albums, ce qui me rend fier, c’est que j’ai donné le meilleur de moi-même, comme d’habitude, mais cette fois, ça comptait double ! Il y a 22 chansons au total, et une seule d’entre eux, « Promised Land », n’est pas inédite. Les autres sont complètement nouvelles, et le concept est énorme. Personne ne se doute de ce que produire 21 chansons signifie. Personnellement, je trouve toutes ces chansons formidables, et je n’en sacrifierais aucune. Si j’avais pensé que certaines de ces chansons n’étaient pas assez solides, j’aurais préféré faire un seul album plutôt que d’avoir à faire une sélection. La quantité de chansons, leur qualité… Nous avions tellement d’arrangements, tellement de choristes… Chaque fois que nous avions besoin d’un nouvel invité, nous le contactions. Si Sascha avait besoin de chanteurs, on les payait. S’il voulait un studio, on y allait. Nous avons passé deux semaines sur le mastering – et je parle bien de mastering, pas de mixage ! C’était dément !

Aucun regret, donc ?

Absolument aucun. Nous avons dépensé beaucoup d’argent, mais je n’ai aucun regret !

Que vas-tu faire maintenant ?

Je ne sais pas. EDGUY, ça c’est sûr. Nous allons partir en tournée, puis nous allons travailler sur le nouvel album. Nous allons prendre tout notre temps, nous n’allons pas nous presser, nous n’allons pas pondre un album en quelques mois. Nous prendrons le temps qu’il nous faudra, jusqu’à ce que je finesse par voir la lumière au bout du tunnel et que je me dise : « Voilà le successeur idéal à Rocket Ride et Trinitus Sanctus ».

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Certains artistes ou certains amateurs de musique ont tendance à considérer qu’après un disque reconnu pour être un chef-d’?uvre, il vaut mieux s’arrêter pour ne pas prendre le risque de faire quelque chose de moins bien et de casser le mythe. Que penses-tu de ce genre de réflexion ? N’est-ce pas manquer de courage ?

Écouter l’opinion des autres est complètement idiot. Je ne dis pas aux gens ce qu’ils devraient faire ou pas, du moment que leurs actions ne portent préjudice à personne. Je veux simplement être heureux, et ce n’est pas en tout arrêtant que je le serai. Tout arrêter parce que quelqu’un pense que c’est ce que je devrais faire, ce serait vraiment idiot. Personne ne devrait faire ce que les autres attendent. Faites ce qui vous rend heureux, à condition que ça ne porte préjudice à personne. Je n’arrêterai pas parce que quelqu’un pense que je devrais le faire. On n’est pas aux JO, je veux simplement prendre du bon temps, produire de nouveaux albums et m’amuser avec le processus de production. Et si le prochain album que je ponds donne dans la fusion-jazz, et bien je le ferai quand même ! Ou pas, en fait, parce que je déteste la fusion-jazz…

À quand le film ou la série télé AVANTASIA avec Tobias Sammet dans le rôle principal ?

Ça n’arrivera jamais ! Je déteste tourner des clips vidéo, je déteste me trouver devant une caméra. Tout le monde pense que je recherche désespérément l’attente, mais j’ai horreur des caméras. En revanche, la vidéo que nous avons tournée pour « Dying For An Angel » était super sympa, pour deux raisons : d’abord parce que Klaus Meine était avec moi sur le tournage, et ensuite parce que j’étais déguisé. Je portais un haut-de-forme, on aurait dit Charlie de Charlie Et La Chocolaterie ! Ce n’était plus vraiment moi, j’avais un alter ego. C’est la raison pour laquelle j’ai accepté de jouer la comédie dans cette vidéo. Mais en règle générale, je hais les caméras.

Pour finir, on a appris récemment que les SCORPIONS arrêteraient leur carrière après la prochaine tournée. Toi qui as travaillé avec Klaus, étais-tu au courant ? Qu’en penses-tu ?

Klaus n’en a jamais parlé, j’ai appris la nouvelle dans les journaux. En fait, c’est ma copine qui a lu la nouvelle et qui m’en a ensuite parlé. Pour moi, en tant que fan, c’est très triste. Mais je respecte totalement leur décision, car elle n’a pas dû être facile à prendre. J’en ai discuté avec Klaus, qui a affirmé que les membres du groupe allaient rester amis, ce qui n’est jamais gagné d’avancé, même après toutes ces années. Continuer ad vitam aeterman aurait sans doute détruit la légende du groupe. Tout doit se terminer un jour. Je pense que c’était une décision très courageuse, et je la respecte totalement.

Entretien réalisé par Metal’O Phil le lundi 8 mars 2010
Site Internet AVANTASIA : www.myspace.com/tobiassammet




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