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Live Report   

Fields Of The Nephilim donne une leçon


Que reste-t-il des grandes heures de la scène gothique des années 80 ? Certes, son héritage est assuré : la dernière décennie a vu pulluler les groupes de post-punk, y compris à la périphérie du metal, qu’on pense à Grave Pleasures voire à She Past Away qui se produira au Roadburn l’année prochaine. Mais du côté des pionniers, les temps sont durs : les prestations récentes de Christian Death ou Sisters of Mercy n’ont pas vraiment marqué les annales, et pire encore, on a appris il y a quelques semaines que le légendaire Peter Murphy (Bauhaus) venait de réchapper d’une crise cardiaque. Si on a raté la tournée des festivals de The Cure, qui semblent quant à eux dans une forme olympique, il était hors de question de manquer les rares Fields Of The Nephilim qui, cet été, s’éloignaient enfin un peu de leur Angleterre natale le temps d’une poignée de dates.

Surtout que sur leur route pour apparaître dans quelques festivals allemands, ils avaient prévu un arrêt dans une salle au nom prometteur (De Cacaofabriek, la fabrique de cacao !) d’une petite ville relativement obscure du centre des Pays-Bas, Helmond. L’occasion rêvée pour un voyage dans le temps.

Artiste : Fields Of The Nephilim
Date : 10 août 2019
Salle : De Cacaofabriek
Ville : Helmond [Pays-Bas]

Et c’est d’ailleurs sur un car de retraités qu’on tombe en arrivant sur les lieux. Hasard du calendrier, certes, mais la foule tout de noir vêtue qui attend sagement devant la salle a elle aussi quelque chose de la réunion d’anciens combattants : les fans de la grande époque se sont réunis nombreux (le groupe jouera à guichets fermés) pour se replonger qui dans son adolescence, qui dans sa jeunesse. Le temps de vérifier l’adage de l’un de nos collègues (les foules gothiques sentent bon le parfum raffiné), on croise donc pas mal de cinquantenaires qui ont revêtu leurs plus beaux atours – vestes longues et chapeaux de cow-boy, Fields Of The Nephilim oblige – et qui discutent joyeusement avec leurs anciens camarades retrouvés, des jeunes corbeaux, une poignée de metalleux (rappelons que le leader du groupe, Carl McCoy, a sorti dans les années 90 avec The Nefilim un mémorable album de metal gothique) et même quelques couples pères-fils venus partager ensemble une tranche d’obscurité ésotérique. Pas de première partie : la foule est calme, mais un frisson d’excitation la parcourt quand les lumières s’éteignent.

Dans un nuage de fumée retentissent les notes d’harmonica morriconesques qui ouvrent l’album Dawnrazor, et le groupe se met en place pour entamer l’enlevé « Preacher Man ». Autour d’un Carl McCoy ténébreux et charismatique, les musiciens apparaissent comme des silhouettes mystérieuses et sans âge. Le set fera la part belle à la mémorable trilogie Dawnrazor-Fields Of The Nephilim-Elizium, pour le plus grand plaisir du public qui se déhanche avec enthousiasme. La sonorisation de la salle est idéale, la basse de Tony Pettitt (seul membre du line-up original avec McCoy) entêtante, et la voix du frontman, rendue encore un peu plus râpeuse par l’âge, plus ensorcelante que jamais. Sur le crowleyien « Love Under Will », la magie du groupe éclate en arpèges éclatants et riffs majestueux : ce qui a toujours distingué Fields Of The Nephilim dans une scène particulièrement florissante, c’est, derrière une allure de cow-boys harassés par la route, un penchant marqué pour l’ésotérisme et les atmosphères cérémonieuses, qui leur a d’ailleurs valu l’admiration de nombreux groupes de metal extrême, Watain en tête, qui a accordé une place de choix à Carl McCoy sur « Waters Of Ain », le titre épique qui ferme Lawless Darkness.

Le public se recueille, respectueux, à l’exception de quelques fans allemands légèrement imbibés et à l’évidence très contents de se retrouver. « Moonchild » et « The Watchman » à l’inverse donnent l’occasion à tout le monde de ressortir ses pas de danse les plus sophistiqués : les Anglais n’ont rien perdu de leur superbe et les tubes sont en live plus incisifs et irrésistibles que jamais. Mais c’est aussi en cavaliers de l’Apocalypse qu’on les aime, silhouettes menaçantes semblant surgir d’un roman de Cormac McCarthy, faisant résonner dans la salle un « Mourning Sun » de fin du monde avant de se retirer après de sobres remerciements. Le temps que notre voisin nous informe qu’il suivait les Anglais sur toutes les dates de l’été et que son enthousiasme n’était pas près de tarir, et le groupe revient sur scène sous les acclamations pour un rappel bien mérité.

Au programme : le très récent « Prophecy » de 2016, et l’imparable « Last Exit For The Lost ». Atmosphérique et poignant avec sa longue montée en puissance à donner la chair de poule, il fait monter la tension d’un cran dans la fosse qui exulte (on frôle même le pogo !). Après le dernier « closer… » murmuré par Carl McCoy, les musiciens se retirent, cette fois définitivement, et à l’heure du bilan, difficile de ne pas être bluffé tant par le groupe, qui semble avoir conservé sa vigueur et sa passion de jeunesse, que par le public, dont la joie et l’amour pour Fields Of The Nephilim sont aussi rayonnants que jamais. Bref, un moment de partage musical mémorable, et une sacrée leçon pour les groupes qu’ils n’ont sans doute pas fini d’inspirer…

Setlist :

Intro (The Harmonica Man)
Preacher Man
Endemoniada
Love Under Will
Dawnrazor
Moonchild
The Watchman
For Her Light
At the Gates Of Silent Memory
Mourning Sun

Rappel :
Prophecy
Last Exit For The Lost



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