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Live Report   

Le final grandiose de Gojira à Paris


Cela fait plus de vingt ans que Gojira sillonne le monde du metal et expérimente. De leur petit village du sud-ouest de la France, le groupe a fini par ouvrir pour Metallica au Stade de France et partager les affiches des groupes les plus prestigieux à travers le monde. Quel chemin parcouru ! Leur dernier album en date, Magma, aura même permis à la formation landaise de bénéficier d’une exposition supérieure sur le plan médiatique notamment avec plusieurs passages à la télévision.

Pour soutenir l’album, en plus des festivals, une tournée européenne à commencer il y a plus d’un mois passant par la Pologne, l’Angleterre, l’Allemagne et un nombre important d’autres pays pour des dates affichant régulièrement ‘Sold-Out’. Mais pour conclure cette grande tournée, et ainsi faire place aux festivals d’été, c’est à Paris que Gojira a décidé de poser ses valises pour deux shows dans la salle mythique qu’est L’Olympia. L’occasion pour le quatuor d’avoir son nom affiché avec les mythiques lettres de néons rouge, ce qui est déjà une forme d’accomplissement en soi.

Artistes : GojiraCar Bomb / Code Orange
Date : 1er & 2 avril 2017
Salle : Olympia
Ville : Paris [75]

Car Bomb

Car Bomb, groupe qui ouvre pour Gojira sur la date du samedi, est une formation dont les influences se voient directement sur son merchandising : un mathcore très influencé par The Dillinger Escape Plan, Meshuggah ou encore, justement, Gojira – leur dernier album est d’ailleurs co-produit par Joe Duplantier, qui chante également sur disque sur deux de leurs chansons. Le rendu visuel est, lui, épileptique et à la fois très sombre, et si l’on ne sait pas si cela est dû à un souci technique ou à un choix du groupe, aucune lumière de façade n’est proposée. En conséquence, les membres du groupe apparaissent finalement peu, en étant cachés sur scène. Ce concert s’avère d’ailleurs très redondant, car on a un peu l’impression d’être devant un morceau de quarante minutes pendant lequel quelqu’un nous met une lampe torche dans les yeux de manière répétitive ! Le public le ressent et le set ne profite d’aucun réel mouvement de foule et d’aucune réelle énergie, même comparé à la moyenne des premières parties. Et impossible de penser au groupe sans les comparer à ceux dont ils prennent l’exemple. Car Bomb paraît donc se chercher encore un peu.

Pour le 2 avril, le public parisien a eu droit à un groupe très attendu, Code Orange, que l’on va également retrouver en France en tant que première partie de System Of A Down. Le groupe propose un punk-hardcore dont la motivation de tous les membres appellent le public à beaucoup plus de mouvement que la veille. Par rapport au 1er avril, c’est littéralement le jour et la nuit car les lumières proposées par Code Orange se situent à l’exact opposé de Car Bomb : entièrement de couleur unie, en l’occurrence rouge. Une couleur qui sied parfaitement à la violence de la musique, même si, choix discutable, elle restera la même durant ces quarante minutes de concert. Malgré les larsens, la motivation et l’énergie du groupe font plaisir à voir et le public paraît apprécier observer ces musiciens sauter partout sur scène et motiver la foule. Notamment lorsque le groupe crie à la salle : « Je m’en fiche de comment vous vous sentez, je veux voir tout le monde bouger ! »

Musicalement le groupe arrive à varier le propos, notamment au chant où c’est avant tout le batteur qui assure la plupart des parties, même si les musiciens de Code Orange participent tous au chant à la manière d’un Mastodon. Il est à noter que la présence d’une voix féminine et de mélodies plus douces permettent de souffler quelques instants alors que la fosse forme déjà de beaux circle-pit. Tout cela préparant de la meilleure des manières le concert de Gojira.

Mario Duplantier, Gojira

Lorsque l’on écoute Gojira la première fois, il est possible que l’on ait besoin d’un certain temps d’adaptation afin d’assimiler la richesse des chansons. Et il n’est d’ailleurs pas impossible qu’à un moment donné les titres que vous aimiez le moins deviennent en fait ceux que vous écoutez le plus souvent ! Mais durant une prestation live, l’énergie accroche tout de suite. Ainsi les mouvements de têtes et l’envie de sauter dans la fosse vous prend dès les premières notes, comme une évidence. Alors pendant que les images sur l’écran derrière la batterie de Mario Duplantier apparaissent, la foule se met déjà en énergie et scande le nom de Gojira. Car bien plus que le simple fait de voir un concert de metal, ici on est devant Gojira qui est aujourd’hui devenu, pour beaucoup, la plus grande fierté à l’internationale. Et même s’il ne faut pas occulter le reste de la scène française qui a fière allure, c’est toujours un charme particulier de voir ce quatuor se donner sur scène et nous assommer à chaque rencontre live. Est-ce pour cette raison que Gojira a décidé de finir sa tournée européenne à Paris, comme un symbole ? Ce qui est certain, c’est que quand Mario s’installe derrière sa batterie, la foule crie a tout rompre son nom. Car les membres de Gojira sont un peu comme cette famille que tout le monde connait et que l’on n’hésitera pas à remercier.

Et ce sont donc sur les coups de batterie de « Only Pain », chanson de son dernier album, que Gojira lance son set avec des membres qui bondissent sur scène, plein de fougue, et prêts à en découdre pendant 1H30 de concert intense. Le groupe allie, comme toujours, à la fois violence extrême, riffs pesants, expérimentations de guitares, une voix gutturale pleine de rage et des passages plus expérimentaux voire planants. Le tout lors de chansons scandées en chœur par une salle en transe. Un Olympia composé évidemment de Parisiens mais également de fans venus de toute les régions, sans oublier un nombre important d’étrangers. Cette atmosphère donne la pêche au groupe qui ne s’arrête pas et enchaîne avec des titres de plus en plus phares. Mais le malheur avec Gojira, c’est que, comme peut le faire Machine Head, il leur faudrait un concert de plus de deux heures pour pouvoir contenter tout le monde en termes de setlist ! Car ce soir, par exemple, pas de « From The Sky » ou encore de « The Gift Of Guilt ». Et pour conclure le show on aurait pu espérer un poignant « Low Lands » mais on ne va pas épiloguer sur cette setlist car tout cela, comme vous le savez, est éminemment subjectif.

Jo Duplantier, Gojira

Alors on profite à fond de « Silvera », « Stranded », de « L’Enfant Sauvage » ou de « Toxic Garbage Island ». Les nostalgiques ont droit à « Clone », « Love », ou à « Backbone ». Et lorsque le bruit d’une baleine se fait entendre pour « Flying Whales », il n’en faut pas plus pour déclencher l’hystérie collective. Car dès que les frères Duplantier jouent l’introduction du morceau, un mur de la mort se prépare dans la foule. Le vent venu de cet album de Gojira (qui, pour beaucoup de fans, atteint la perfection) sera fort, très fort. Ainsi lorsque l’accord ultime est joué, toutes les personnes présentes dans la fosse se rencontrent et forment une mer déchaînée en pleine tempête, allant de gauche à droite de manière unie. Une fosse durant un concert de Gojira est toujours quelque chose de particulier à éprouver. On se souvient d’ailleurs des concerts des vingt ans du groupe l’année dernière au Download Festival France ou au Hellfest – et cette impressionnante masse qui se tenait devant eux – où il était difficile de voir le groupe tellement le mouvement de foule nous emportait d’un bout à l’autre de l’espace ! D’ailleurs le morceau le plus puissant de la soirée fut sûrement « Backbone », qui déclenche un headbang incontrôlé comme un élément naturel faisant partie de nous.

Le concert se termine sur « Vacuity », un des titres les plus oppressants de leur discographie et contenant un break mémorable, permettant un dernier au revoir dans les règles de l’art, avec à la clé un ultime sursaut pour une fosse épuisée mais qui repousse ses limites. En ce qui concerne la gestion de la lumière, les Français ne font pas comme tout le monde. Au-delà de « simplement » faire des effets visuels et accompagner la musique, ici on créé un nouvel univers. Cela peut-être des détails comme une lumière bleue durant « Flying Whales » ou orange durant « L’Enfant Sauvage ». La surprise vient également de ces grands faisceaux qui enferment le groupe et agrandissent la scène devenue cocon, ou de cette lumière quasiment divine projetée derrière Mario durant son solo. Il est clair que pour Gojira, un soin particulier est apporté au light show et à l’atmosphère générale, notamment par la présence d’une fumée en fond de scène. Notons également ces jets de fumées devant la scène, où Joe a le plaisir de jouer au plus près, donnant encore plus de force à son charisme.

Christian Andreu, Gojira

Et pour combler le tout, un écran qui domine le groupe, afin d’offrir de magnifiques illustrations durant les morceaux, allant des effets d’orage, de volcan en éruption, où évidemment les illustrations, sans doute œuvres de Mario. Cette mise en scène permet certains moments magiques, notamment lorsque sur la fin d’ « Oroborus » un oiseau noir bat des ailes en rythme avec la frappe du batteur. Une forme de poésie assez rare durant un concert de metal. Le groupe est heureux d’être là et prend le temps de parler, d’exprimer sa gratitude à son public et à leur famille. La voix de Jo est pleine de joie et cela vient du cœur. De son coté, Christian Andreu est toujours aspiré par sa musique et respire sa passion en jouant souvent les yeux fermés. Il prend le temps de s’amuser avec le public en offrant notamment un medley improvisé de Metallica, comprenant « Enter Sandman » et « Sad But True », tandis que le bassiste Jean-Michel Labadie enchaîne sur la basse de « My Friend Of Misery ». Et chacun vient à la fin remercier le public, faisant remarquer qu’ils avaient réussi à remplir la salle avec du metal.

Le titre « The Heaviest Matter Of The Universe » correspond parfaitement à Gojira, un groupe ô combien efficace en live. On a rarement vu des concerts aussi intenses, aussi passionnés, et allant au-delà du simple show habituel. C’est une cohésion impressionnante qui se fait entre le public, le visuel, la musique et le groupe. Après un tel concert, on ne peut être que fiers d’avoir dans notre scène française une formation ayant un tel succès mais surtout se montrer aussi sincère et efficace.

Setlist :

Only Pain
The Heaviest Matter Of The Universe
Silvera
Stranded
Flying Whales
The Cell
Backbone
Terra Inc.
L’Enfant Sauvage
The Shooting Star
Toxic Garbage Island (sur la date du 1er avril)
Love (sur la date du 2 avril)
Pray
Rappels :
Clone
Oroborus
Vacuity

Live reports : Matthis Van Der Meulen.
Photos : Aline Meyer.



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  • Un article qui donne l’impression d’avoir vécu la cohésion de la foule, c’est beau et ça donne envie de vivre ça avec le reste de la salle !

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  • Ça doit être LE concert que je regrette le plus d’avoir raté ces dernières années, celui-là. Voir Gojira à l’Olympia, après les avoir vus dans une toute petite salle à 300 places, puis au Zénith, puis à l’Elysée-Montmartre, puis au Stade de France, ça aurait été une suite logique.

    Tant pis, j’ai plus qu’à attendre qu’ils y repassent 🙂

    [Reply]

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