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Interview   

Finntroll : un groupe à part


Finntroll est un groupe à l’identité particulièrement forte, ce qui en fait un fer de lance et non un simple suiveur de la scène folk metal. L’expression la plus évidente de cette différence consiste notamment pour le groupe finlandais à chanter en suédois, afin de faire perdurer les bribes de la culture suédoise qui tend à disparaître en Finlande.

Le folk, surtout dans sa scène actuelle, les membres de Finntroll n’en sont pas tant férus que ça, se considérant avant tout comme des passionnés de punk, de metal extrême et de musique traditionnelle. Un goût pour le punk qui se ressent particulièrement dans ce nouvel album Blodsvept, plus agressif et qui revient à un son plus brut, pour aller à l’encontre des productions américaines « léchées ».

Pour Finntroll, avoir deux albums qui sonnent de manière identique serait une honte, une insulte. Pour cette raison, le groupe se remet constamment en question, au point d’avoir eu, avant d’écrire ce nouveau disque, quelques appréhensions sur sa capacité à se renouveler. Ceux qui n’ont jamais douté sont-ils allés loin ?

Finalement, tout s’est éclairci pour le groupe après l’écriture de ce disque, nous confie un Mathias ‘Vreth’ Lillmans (chanteur) rassuré.

Radio Metal : Tout d’abord, parlons de votre version de « The God That Failed » de Metallica, sortie en 2011, qui apparaît sur l’édition spéciale de Nifelvind et sur un tribute au « Black Album ». Cette reprise est assez intéressante, car elle est très différente de la version originale. Penses-tu qu’une bonne reprise est celle qui se révèle totalement différente ?

Mathias ‘Vreth’ Lillmans (chanteur) : Oui, bien sûr. Je pense que cela n’a aucun sens si ta reprise est exactement la même que l’originale. Lorsque tu fais une reprise, elle doit refléter le groupe qui s’y attaque. Metallica est si éloigné du son de Finntroll que nous devions faire notre version de la chanson, en ajoutant ou enlevant certaines parties ici et là, par exemple. Nous avons eu de très bon retours sur notre reprise : tout le monde en parle. Elle est sortie sur le Black Album’ 20th-Anniversary Tribute de Metal Hammer : certaines chansons sortent du lot mais, en règle générale, elles sonnent pareil, mais avec un chanteur différent.

Est-ce que Metallica est une de vos influences ? Que représente pour vous le « Black Album » ?

Tu sais, tout le monde dans le groupe, à un moment ou à un autre, a écouté du Metallica ! (rires) Ils sont si énormes. Pour moi, le « Black Album » ne représente pas grand-chose en fait, car j’aimais énormément ce qu’ils avaient fait avant. Il y a quelques bonnes chansons sur le « Black Album », mais je crois qu’à cette époque, Metallica n’était plus vraiment mon truc. J’aime Master Of Puppets, …And Justice For All, ou Kill’Em All : ce sont des albums vraiment cools. Le « Black Album » n’a pas de signification particulière pour moi, même si je l’ai écouté beaucoup de fois et qu’il fait remonter des souvenirs d’ado de cette époque.

Donc, tu n’aimes pas ce qu’ils ont fait sur Load, Reload, St Anger ou l’album avec Lou Reed ?

Non. Je n’ai même jamais écouté l’album avec Lou Reed. J’ai écouté Death Magnetic une fois : c’était comme si on prenait les bon riffs des vieux albums, en les changeant un peu, tout en faisant les mêmes chansons. Ce n’est pas mon truc, c’est tout.

« Je n’apprécie pas vraiment la scène folk et je n’écoute pas ce genre de musique : je suis plus dans les groupes norvégiens dits ‘classiques’. »

Tu as déclaré, à propos de votre nouvel album Blodsvept, que « la production était moins léchée et bizarre ». En as-tu assez des albums surproduits ?

Oui. Je ne crois pas que cela soit bénéfique à Finntroll d’avoir ce type de « son américain hyper léché ». En fait, l’album aurait dû sonner un peu plus « sale », mais comme les claviers étaient propres, nous n’avons pas pu les mixer avec le son bien brut des autres instruments. Nous avons donc dû trouver un équilibre entre tout cela et cela a donné ce résultat : c’est un son vraiment cool, naturel. L’album est moins sombre et moins produit que Nivelfind, par exemple.

Il semble que beaucoup de groupes ne sortent plus ces albums hyper léchés : penses-tu qu’on est allé trop loin en produisant ce genre d’albums ?

Oui. Beaucoup de ces albums sonnent faux. C’est une chose que, en tant que groupe, nous n’aspirons pas à faire. On est plus dans le truc style old-school.

Cet album est aussi plus agressif. D’où vient cette agressivité ?

Nous avons commencé avec la pré-production des chansons : on a travaillé sur deux ou trois d’entre elles, mais nous n’étions pas satisfaits. Ensuite, nous avons travaillé sur un autre titre qui était « Blodsvept » et là, tout le monde a dit : « Yes ! C’est cette direction qu’il faut prendre ! ». On a donc travaillé sur les premières chansons que nous avions faites et les avons ré-arrangées sur la base de « Blodsvept ». Tu sais, c’est un bon équilibre entre le bien et le mal. Cet album possède des aspects les plus sombres, les plus heavy que nous ayons jamais enregistrés, mais aussi les plus mélodiques. Par exemple, le deuxième titre, « Ett Folk Förbannat », est un titre vraiment entraînant, presque une chanson punk irlandaise : c’est plus The Pogues que du metal ! (rires)

Avez-vous des influences punk ?

Oui, un peu. Les paroles sont un peu punk, dans un certain sens. Quelquefois, l’album a même un feeling rock.

« Au début de la pré-production, nous pensions que nous étions en train de faire un Nifelvind Part 2. On a beaucoup douté sur le fait d’arriver à accoucher de quelque chose de frais. Mais lorsque nous avons terminé ‘Blodsvept’, l’horizon s’est dégagé. »

Il semble que vous avez le souci de présenter, pour chaque chanson, cet équilibre entre le côté agressif et mélodique de Finntroll.

Oui, c’est vrai. Lorsque nous avons enlevé pas mal de parties de claviers, nous voulions garder les mélodies simples. Je crois que c’était la bonne direction à prendre.

Penses-tu que ce contraste entre agressivité et mélodie est une des forces de Finntroll ?

Oui, je le pense aussi. Cela a aussi été plus ou moins le cas avec nos précédents albums, excepté Jaktens Tid qui était plus mélodique. Sur Ur Jordens Djup et Nifelvind, les mélodies étaient cachées au milieu d’instruments acoustiques, des percussions et des claviers.

Tu as écrit via ton blog que tu t’es demandé, lors de l’enregistrement de l’album, « comment garder le son de Finntroll frais, mais toujours familier, après six albums et quinze années de carrière ? ». As-tu douté de tes capacités à faire cela ?

Oui. Au début de la pré-production, nous pensions que nous étions en train de faire un Nifelvind Part 2. On a beaucoup douté sur le fait d’arriver à accoucher de quelque chose de frais. Mais lorsque nous avons terminé « Blodsvept », l’horizon s’est dégagé et nous savions à quoi allait ressembler l’album. Nous voulions avoir une véritable section cuivres et des musiciens sont venus au studio. Cela a aussi contribué à rendre l’ensemble plus frais. Aucun groupe de metal n’a un orchestre de swing sur ses albums de nos jours, tu sais.

Au début de la pré-production, lorsque vous avez écouté les chansons et n’étiez pas satisfaits d’elles, avez-vous eu peur d’avoir des difficultés à continuer votre carrière ?

On a pensé que nous n’étions pas assez créatifs et que les gens pourraient penser que le nouvel album sonnerait comme tous les autres albums de Finntroll. C’était la pire critique que nous pouvions recevoir. Century Media s’occupe de la promotion de l’album et les retours sont très bons. Nous savons que nous avons fait un très bon album.

« La culture suédoise est en train de mourir en Finlande. Elle est intégrée à la finlandaise. C’est important pour moi de garder la culture suédoise vivante. Finntroll est probablement le seul groupe qui met en lumière celle-ci de cette manière : c’est un gros enjeu. »

Que penses-tu de la scène folk-metal ?

Les gens nous associent à cette scène, car nous avons certaines influences folk, mais il y a quelques années, on a tourné avec Belphegor, Nile et Six Feet Under : on avait parfaitement notre place dans l’affiche et on a fait quelques shows vraiment bons. On peut se fondre dans la scène death, un peu aussi dans la scène black, même si on ne pourrait pas jouer avec des groupes de « true black ». Je n’apprécie pas vraiment la scène folk et je n’écoute pas ce genre de musique : je suis plus dans les groupes norvégiens dits « classiques », comme Isengard, par exemple.

Finntroll écrit des chansons uniquement en suédois depuis le début de sa carrière : pourquoi ?

Tu sais, la culture suédoise est en train de mourir en Finlande. Elle est intégrée à la finlandaise. C’est important pour moi de garder la culture suédoise vivante. Finntroll est probablement le seul groupe qui met en lumière celle-ci de cette manière : c’est un gros enjeu. Je pense aussi que le son de la langue suédoise est nécessaire à celui du groupe. Si nous changions pour l’anglais, nous apparaîtrions comme des vendus, d’une certaine manière. La langue finnoise est trop discordante : cela n’irait pas avec nos mélodies.

Ne serait-il tout de même pas intéressant pour vous d’écrire en anglais pour que vos fans du monde entier comprennent ce que vous chantez ?

Oui, bien sûr, mais ce n’est pas vraiment un problème, car avec Internet maintenant, si tu es vraiment intéressé pour avoir la traduction de « Blodsvept », par exemple, tu peux l’avoir grâce à Google.

As-tu un jour pensé écrire en finnois ?

Non, pas vraiment. Toutefois, sur le EP Visor Um Slutet, certaines chansons possèdent un titre en finnois.

Est-ce vos fans en Finlande ne sont pas un peu déçus par le fait qu’en tant que groupe finlandais, vous ne chantiez pas en finnois ?

Certains Finlandais n’aiment pas la minorité suédoise de leur pays. Il y a longtemps, les Finlandais devaient apprendre le suédois à l’école, et cela a crée beaucoup de ressentiment. Tu sais, on n’est pas énormes en Finlande, on est juste un petit groupe.

Penses-tu qu’écrire en suédois et non en anglais est ce qui vous a permis d’être populaire à l’extérieur de votre pays ?

Eh bien, dans un certain sens, cela a rendu le groupe unique. Finntroll a été fondé en 1997 et à l’époque il était considéré comme normal pour les groupes de black metal comme Dimmu Borgir ou Satyricon de chanter en norvégien. Depuis, les gens se sont plus ouverts et peuvent mieux accepter d’écouter des chansons dans une autre langue.

Avez-vous des shows de prévu ? Nous savons déjà que vous allez jouer au Hellfest, par exemple.

On va annoncer notre tournée européenne très bientôt : elle sera plus courte mais les concerts seront plus gros. On jouera beaucoup de chansons du nouvel album. On ira dans des capitales européennes et on fera bien entendu des festivals comme le Hellfest ou le Rockhard. Au fait, je voudrais à cette occasion remercier nos fans français : ils sont un des meilleurs publics en Europe.

Interview réalisée par téléphone le 8 février 2013
Retranscription et traduction par Jean Martinez – Traduction(s) Net

Site internet officiel de Finntroll : www.finntroll.net

Album Blodsvept, sorti le 25 mars 2013 chez Century Media Records



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  • hâte d’être le 12 mai !

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  • Interview intéressante, aucun album de Finntroll ne se ressemble et ça les rend unique contrairement à certain groupe où il m’arrive de me dire « rooh encore un album ».
    Par contre je ne comprend pas trop ce qu’il entend par « son américain hyper léché », c’est un son pas compliqué et qui plaît à tout le monde ?
    Vous en pensez quoi ?

    [Reply]

  • thrasher44 dit :

    j’ai franchement hâte de les voir au hellfest !

    [Reply]

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