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Chronique   

Finntroll – Vredesvävd


Si Finntroll paraît loufoque en apparence, rien n’est aisé dans sa conception. Le succès se mérite au prix de l’effort constant, c’est ce qu’a appris la formation après vingt-trois ans de carrière. Les Finlandais ont depuis longtemps dépassé le statut de curiosité en s’évertuant à varier les registres et à ne pas s’enfermer dans une formule systématique. Preuve en est : sept ans de silence depuis l’album Blodsvept (2013). Les tentatives d’écriture ont très vite avorté, jugées trop faibles pour figurer sur un album de Finntroll. La solution a été de regarder en arrière et de revenir sur l’essence de Finntroll, un mélange exubérant et direct de folk et de black metal. Vredesvävd devient ainsi le septième opus de la carrière des trolls, articulé autour de la notion de colère et de courroux à travers des voyages spirituels et des manifestations physiques. Un programme explicite : les trolls ont faim.

Vredesvävd est auto-produit, supervisé par le claviériste Henri « Trollhorn » Sorvali et le chanteur Mathias « Vreth » Lillmåns. Finntroll a accordé une très grande attention à l’équilibre des guitares et des nappes de clavier avec pour dessein de laisser les six-cordes prendre le dessus et accentuer le cachet agressif de l’album. Cette orientation musicale prend soin de se laisser découvrir progressivement. L’introduction instrumentale « Väktaren » emprunte aux élans cinématographiques chers au groupe en misant sur la tension des cuivres, les crescendos de cordes et les percussions martiales. Finntroll insiste sur le fait qu’il se prépare au combat, en prenant soin de respecter une certaine féerie via des accalmies de violons et des chœurs qui font partie intégrante de son univers. « Att Döda Med En Sten » amorce les hostilités et tranche subitement dans le vif: une déferlante de brutalité propre au black metal où tous les curseurs sont au maximum et que seuls un clavier simili-symphonique old school et un break dansant viennent nuancer. Effectivement, Finntroll propose bel et bien un retour en arrière en faisant la part belle au riffing. « Ormfolk » délaisse légèrement la gravité du vocabulaire black pour emprunter une rythmique plus enjouée (typiquement associée à un son d’accordéon) et un thème mélodique festif. Vreth ne cesse cependant pas de s’égosiller, garant de l’agressivité des compositions. « Gränärs Väg » suit un modus operandi similaire, introduit par quelques notes de guitare folk avant de lorgner vers le punk de beuverie et son traditionnel « hey » scandé.

Pour ce qui est de mêler riffing qui tache et ambiance de fête bourrine, Finntroll n’a rien perdu de sa superbe. Vredesvävd a pour lui d’être effectivement plus direct et tranchant. Finntroll est avant tout dans la recherche d’une énergie brute, assez éloignée des arrangements audacieux. Le riffing lourd de « Forsen » est tout juste supporté par les nappes de clavier. On retrouve tout de même quelques élans grandiloquents sur « Vid Häxans Härd » où tous les instruments se retrouvent parfois à l’unisson et où le « nouveau » batteur Heiki « Mörkö » Sarri s’en donne à cœur joie. « Mask » et « Ylaren » se réservent eux-aussi quelques secondes d’épique. Le groove d’« Ylaren », qui se démarque par son tempo relativement lent (gare à l’accélération à la fin, d’autant plus redoutable…), mêlé à une mélodie folklorique discrète est le témoin le plus éloquent du savoir-faire de Finntroll en la matière. Le voyage en terres inhospitalières proposé par Finntroll n’est cependant pas aussi varié qu’il le prétend. Trop souvent, cette recherche d’agressivité prend la même forme : des guitares qui écrasent les mélodies ; heureusement, le clavier est parfois là pour percer à travers aux forceps. Tout dépend de ce qu’on recherche en écoutant Finntroll, mais Vredesvävd ravira davantage les excités du pit que les auditeurs avides de longues mélodies évocatrices.

Oui, Finntroll a fait preuve de nostalgie en mettant ses racines black (et thrash-punk) à l’honneur, quitte à parfois reléguer son folklore au second plan de la production. Vredesvävd est bel et bien une sorte de synthèse entre Nattfödd (2004) et Nifelvind (2010), pour reprendre les dires de Trollhorn. Le groupe conserve (retrouve ?) son sens de l’accroche et son talent pour écrire des hymnes festifs, il a simplement donné davantage aux trolls les plus vigoureux et un peu moins à ceux qui apprécient parfois un tantinet de subtilité.

Clip vidéo de la chanson « Forsen » :

Chanson « Ormfolk » :

Album Vredesvävd, sortie le 18 septembre 2020 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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