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Interview   

Fkliemfest Asso : une orga DIY face à la crise


2020 est décidément une année particulière avec l’impact général qu’a l’épidémie du coronavirus sur le monde. La musique est un secteur particulièrement touché, et cela, à plusieurs niveaux. Il est indéniable que l’ensemble des artistes, dont les divers revenus ont été impactés, éprouvent quelques difficultés à « sortir la tête de l’eau ». Assurément il ne s’agit pas d’être réducteur, car bon nombre d’entre eux ressentent tout autant le manque des représentations, mais c’est un fait. Les annulations de concerts, nombreuses, et les reports de sorties d’albums sont légion depuis plusieurs mois.

Mais c’est tout l’univers qui entoure ces musiciens qui est également affecté. En effet, les suppressions de festivals touchent l’ensemble de ce microcosme musical. Tout comme les nouveaux talents qui ressentent une certaine difficulté à exister ces derniers temps, les associations musicales le sont tout autant. Entretien avec Pierre, membre fondateur de Fkliemfest Asso, organisateur de concerts et maison de disques, qui nous parle à cœur ouvert des impacts du confinement ainsi que de la scène française actuelle.

Radio Metal : Pourrais-tu présenter l’association Fkliemfest ?

Pierre : Fkliemfest Asso est une orga DIY (Do It Yourself) originellement basée à Paris, puis plus récemment à Lille. On organise des soirées, concerts ou encore festivals dans le grand spectre de la musique dite alternative.

Pourquoi l’avoir créée ?

L’association a été fondée en juillet 2018 par mon collègue Louis (et moi-même), lors de l’organisation du Fkliemfest : un festival pour l’anniversaire de notre groupe Fkliemwo. Nous avions besoin d’une base légale pour organiser la soirée, donc nous avons déposé les papiers nécessaires pour créer l’association à la mairie. Puis nous avons tellement pris de plaisir à organiser ce festival que nous avons décidé de rempiler un an plus tard avec le MAM>TAM Shitfest #1, et l’amusement était toujours là ! Nous avons donc décidé de nous mettre à organiser plus de concerts, de soirées… La démarche était aussi de pouvoir jouer un maximum de groupes qui le voudraient, « faire vivre la scène locale » si on veut.

Comment vit Fkliemfest ?

L’association fonctionne d’une manière auto-suffisante : le seul argent qui rentre, c’est celui des préventes et des participations aux frais. On se rembourse les divers frais si nécessaire, puis tout le reste va aux groupes. On prend zéro pour cent des recettes, puisqu’on fait avant tout ça pour le plaisir ! S’il y a un investissement à faire, ça vient de notre poche. On se débrouille toujours pour tout faire nous-mêmes, et pour que cela nous coûte le moins possible. Pour exemple, avec certains partenaires (8.6 pour ne pas les citer), on s’épargne les frais de bars, de communication… Donc l’association est « rentable » dans quatre-vingt-dix-neuf virgule quatre-vingt-dix-neuf pour cent des cas.

Quel est ton regard sur la scène émergente française ?

Avec l’accélération des home studios et d’internet, il y a énormément d’artistes qui arrivent à se faire connaître bien plus facilement qu’avant, et je trouve ça vraiment super. Surtout en France, où dans le metal (de manière globale) la scène est très développée. Tu en as vraiment pour tous les goûts, et mine de rien, c’est grâce à cela aussi que de plus en plus de salles mettent un peu à jour leurs programmations. Maintenant, en théorie plutôt, c’est de plus en plus facile de voir des groupes de metal. C’est aussi un peu pour cela que nous avons créé l’association. La scène est tellement vivante et il y a tant de nouveaux groupes qui veulent jouer, c’est une opportunité pour eux comme pour nous.

Comment as-tu vécu ce premier semestre 2020 ?

Franchement… mal. L’année avait très bien débuté avec le Lille City Winter Shitfest en janvier ainsi que quelques concerts fin janvier et début février (Aguirre, Master Crow…). Nous étions sur les chapeaux de roue pour continuer sur notre lancée, et une tripotée d’évènements prévus entre mars et juillet, sur lesquels nous avions bien travaillé. Puis le confinement est arrivé, avec les règles sanitaires qui vont avec. Dur. Nous avons dû tout annuler. Autant des soirées déjà datées que des projets mort-nés. Depuis, c’est l’attente : avec les échéances de reprises de concerts, qui reculent toutes les semaines, ça en devient frustrant. Outre les pertes financières, la musique est notre passion au dessus de tout : se voir privé de sa passion, ça craint.

Certaines conditions sont mises en place pour l’accueil du public dorénavant dans les salles. Quel est ton ressenti vis à vis de cette situation ? (entretien réalisé avant le re-confinement, NDLR)

Cela ne nous fait pas plaisir, mais on s’y pliera… s’il le faut ! Cependant il faut être honnête, cela me paraît difficile d’imaginer deux cents coreux qui moshent à un mètre de distance, chacun avec des masques ! L’industrie du spectacle ne peut pas rester arrêtée pour toujours, nous stagnons actuellement. Le problème majeur restant malheureusement les jauges imposées dans les salles. Comment organiser des concerts avec des jauges à cinquante pour cent et être rentable ?

Justement, avez-vous des aides, des soutiens autres que vos partenaires de scène ?

Aucune ! Enfin si, celle de notre public qui nous motive et nous envoie des messages de soutien « hyper mignons », sinon non. Heureusement pour nous, l’association n’est pas notre moyen de vivre, les vraies pertes sont plus morales que matérielles ou financières. Malheureusement, je connais de grosses organisations qui, vivant des retombées des soirées organisées, sont totalement sinistrées. C’est assez fou comme le gouvernement reste impuissant devant tout ce secteur, arrêté depuis plus de six mois. Nous attendons juste le feu vert, mais qui recule tous les dix jours, pour repartir.

Comment se prépare « l’après » ?

Au risque de me répéter, il se prépare dans l’attente. Nous se savons pas quand on pourra recommencer à faire des concerts, ni dans quelles conditions nous devrons les encadrer. Nous pensions que « l’après » était septembre, puis au final on se retrouve à annuler encore une fois tous nos évènements. Nous espérons une solution pour pouvoir monter le MAM>TAM Shitfest #2, prévu le 31 octobre. Mais encore une fois, rien n’est sûr. I guess we just wait and see now… (Je suppose que nous attendons juste de voir).

En tant que maison de disques, comment vois-tu le devenir du CD face aux différents sites de musiques dématérialisées ?

Je pense que la dématérialisation est indéniablement le futur de la musique. Le CD reste une madeleine de Proust pour pas mal de personnes, mais l’accès universel à toute la musique du monde en un clic, c’est quand même vraiment chouette. Bien que le disque soit un support qui continuera de vivre parce que les fans continueront d’en acheter, je pense que la dématérialisation est l’une des meilleures choses qui soient arrivées à la musique ces vingt dernières années. Le seul problème qu’il reste à régler (il faut bien en trouver), c’est de parvenir à concevoir un modèle économique viable pour les artistes, plus proche de celui de Bandcamp que celui de Spotify.

Interview réalisée par Antoine Patteyn.

Facebook officiel de Fkliemfest Asso : www.facebook.com/fkliemfestasso



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  • « parvenir à concevoir un modèle économique viable pour les artistes, plus proche de celui de Bandcamp que celui de Spotify. »

    Yep. Et je pige pas pourquoi tant de médias font comme si, dès qu’on se sépare des CD, on devait forcément aller vers le streaming pur et dur gratuit-ou-presque. Comme si, entre les deux, il n’y avait pas les albums dématérialisés (pas si nouveaux que ça, en plus). Alternative qui semble plutôt naturelle et qui est souvent passée sous silence… Certains partent même dans des délires genre « il faudrait créer une plateforme comme ceci et comme cela » sans se rendre compte qu’ils sont juste en train de décrire ce qui existe déjà. Chelou. :shrug:

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