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Chronique   

Fleshgod Apocalypse – King


Fleshgod Apocalypse - KingPeu nombreux sont les groupes comme Fleshgod Apocalypse qui se sont démarqués ces dernières années par une ascension fulgurante dans un court laps de temps, grâce à un concept musical orignal et singulier. King est l’étape suivante du défi que s’est fixé le combo italien : lier des arrangements orchestraux empruntés à la musique classique, à des compositions de death metal technique. Le successeur de Labyrinth (2013) est à nouveau un album conceptuel qui prétendra aller encore plus loin dans la démarche, en ne proposant non plus une alliance entre deux musiques distinctes, mais un véritable ensemble homogène, comme le souligne le frontman Tommaso Riccardi, se contentant de ranger sa musique sous le qualificatif généraliste d’ « orchestral ».

Fleshgod Apocalypse dresse cette fois-ci le tableau d’ « un vieux monde arrivant lentement à sa fin. » L’histoire contée se déroule dans une monarchie. On y retrouve des éléments ordinaires d’une vie de château, avec des personnages comme le fou du Roi (par « The Fool » et son intro au clavecin), mais aussi les passions amoureuses au sein de la royauté oscillant entre adultère et amour impossible. Le Roi est quant à lui « le symbole de l’intégrité, la justice et la sagesse », et tente de résister face à un monde « corrompu par l’ignorance et la médiocrité. » Car c’est avant tout une monarchie en crise qui s’effondre, et un peuple qui se meurt. D’abord car c’est un royaume en guerre, comme l’illustre « Healing Through War », qui semble imager une armée se préparant à combattre : rythmes martiaux et riffs sombres, complétés par la tension de l’orchestre (cuivres, cordes, percussions, etc.). Tout, y compris le chant clair grandiloquent, est fait pour mettre en exergue tout au long de l’opus un climat dramatique. Un deuxième fléau mortel est celui de la maladie – à l’instar de la peste noire qui s’installe lentement et de manière très agressive – illustré ici par le morceau « Syphilis », qui dépeint une ambiance pesante portée par une cantatrice sur les refrains, un son de clavier lugubre, un riff mélancolique solitaire en milieu de morceau (qui résonne comme l’annonce d’une fin inévitable pour le condamné) et une conclusion en fondue, signifiant l’abréviation des souffrances endurées.

King renvoie aux comédies musicales historico-fantastiques, par son récit et par sa musique puissante qui a le pouvoir d’amener l’auditeur à créer ses propres images, tant chaque titre est riche et évocateur. L’album a été travaillé et assemblé semblablement à une pièce de théâtre : le placement de chaque morceau a été réfléchi pour proposer une construction cohérente, comme des scènes qui se suivent. La production de l’album permet d’entendre un ensemble orchestral réinventé, où guitares électriques, basse et batterie font partie de l’orchestre au même titre que les instruments classiques. Dans cette logique s’alterneront pour les voix le growl, le chant clair, le chant d’opéra et même la voix parlée, afin de représenter l’écriture de lettres (vraisemblablement destinées au Roi). Certains verront encore une surenchère, si ce n’est une forme de vanité, dans cette superposition d’un death metal épais et le poids de l’ensemble orchestral. Heureusement, Fleshgod Apocalypse parvient à mieux endiguer cette sensation que dans ses œuvres précédentes, et dissémine des moments de grâce (le refrain de « Cold As Perfection ») et quelques temps instrumentaux plus calmes. Salvateur dans le cas du pivot « Paramour (Die Leidenschaft Bringt Leiden) » – chanson d’opéra interprété par un piano et une chanteuse lyrique – qui s’enchaîne sans détour sur le rapide et brutal « And The Vulture Beholds », comme pour marquer le bouleversement du récit. L’album s’achève sur le morceau éponyme, un épilogue apaisé, uniquement joué au piano et qui marque le contraste avec l’instrumental d’introduction. La monarchie touche à sa fin. Rideau.

Avec King, Fleshgod Apocalypse a franchi le cap et réussi à produire une véritable symbiose. Les structures sont confondues. Quand ce n’est pas le death metal qui appelle la musique classique, c’est la musique classique qui influe sur le death metal. Le groupe déclarait avoir passé énormément de temps en studio pour produire King ; le résultat en témoigne. C’est un travail millimétré par sa technique, par sa production, par ses constructions, mais également par son univers imaginaire complet, s’inspirant d’un parallèle entre notre époque et celle du Moyen-Âge. Car il s’agit bien d’une critique du XXIe siècle qui est développée à travers cette œuvre qui, par l’apport de la musicalité du death metal, métaphorise de manière judicieuse une satire de notre société actuelle.

Ecouter la chanson « The Fool » :

Album King, sortie le 5 février 2016 via Nuclear Blast.



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