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Metalanalyse   

Fleshgod Apocalypse : l’art périlleux de la démesure


Fleshgod Apocalypse fait partie de ces groupes dont la notoriété s’est littéralement envolée en l’espace de cinq ans. Les Italiens ont réussi une véritable incursion dans la scène metal internationale avec seulement deux opus à leur cartouchière : Oracle en 2009 et Agony en 2011, ce dernier ayant d’ailleurs considérablement remué les amoureux d’extrême, musicalement parlant, orchestrant de manière imposante (excessive diront certains) un death metal poussé dans les limites du physiquement faisable et réalisable. Agony a posé une base musicale solide depuis laquelle le groupe entretient et orchestre ce phénomène Fleshgod ; phénomène qui en impose et qui s’observe telle une pièce de théâtre.

Fleshgod Apocalypse a toujours pour ambition d’être le plus imposant que possible. C’est de ce postulat qu’est né Labyrinth, la nouvelle galette du combo. D’après Francesco Paoli, batteur de la formation italienne, « Labyrinth va être THE album pour Fleshgod Apocalypse. Il est la combinaison parfaite de tous nos points forts et de la meilleure production que nous ayons jamais eue. C’est la chose la plus ‘Fleshgod’ que nous ayons jamais pensée, avec les riffs les paroles, les mélodies, les parties de batterie, les solos, etc. les plus ‘Fleshgod’… […] Pour être honnête, il a fallu tellement de travail et de temps pour en arriver à ça que maintenant je me dis : ‘OK, le prochain coup, ça va être dur d’atteindre ce point ! ».

Ainsi, Labyrinth – album concept construit autour du mythe du Labyrinthe de Cnossos – se place avec cohérence et logique à la suite d’Agony. D’une part par cette volonté du groupe de se concentrer, à travers des concept-albums, sur la condition humaine et sur certains de ses traits individualistes. D’autre part, on y retrouve cette même nécessité d’aller vite, ces mêmes orchestrations, ces mêmes lignes de clavier, ces mêmes chants suraigus qui interviennent ici et là. Tout est fait pour replacer l’auditeur en terrain conquis et connu. Musicalement, Fleshgod Apocalypse ne pouvait pas être plus cohérent avec lui-même. « Pathfinder » ou encore « Elegy », à titre d’exemples, n’auraient en aucun cas dépareillé sur le précédent opus du combo. Cette quête de cohésion et apparent désir d’asseoir son identité musicale peuvent toutefois, au premier abord, conduire à penser que ce Labyrinth n’est qu’une redite d’Agony. Car ce qui a marqué les esprits il y a deux ans est ici réutilisé à la lettre.

« Notre carrière est un concept » nous avouait récemment Tommaso Riccardi (chant et guitare) en interview. Et c’est là qu’est la clé de voûte de l’architecture du combo : quelque peu complexe et particulièrement démesurée mais entièrement conceptualisée et donc, de facto, anticipée. A l’image du site de Cnossos qui est, aujourd’hui, le plus grand site archéologique minoen connu, Labyrinth est une œuvre « titanesque » et pensée pour l’être. Une oeuvre peut-être plus directe, aux caractéristiques exacerbée, encore plus inspiré par la démesure d’un Septic Flesh (la fin de « Minotaur (The Wrath Of Poseidon) ») que précédemment, poussant même le combo à ajouter la voix d’une chanteuse lyrique dans son arsenal déjà très chargé (même si cette dernière avait déjà fait une petite apparition sur « The Egoism » issu d’Agony). Or cette démesure, justement, pourrait bien finir par mettre en exergue les limites du combo. En visant haut, le groupe prend des risques, consciemment. Le risque de provoquer l’indigestion de l’auditeur, le risque aussi de voir les compositions s’effondrer sous une masse d’arrangements trop lourds à porter. D’ailleurs, ici, la production chargée de samples noie littéralement les guitares, celles-ci pouvant en devenir difficilement audibles voire brouillonnes, comme le démontre « Kingborn » dès l’ouverture de l’album. A contrario d’un Carach Angren qui, dans la scène black metal s’attelle à la même tâche (ce même art de la mise en scène), Fleshgod étale son arsenal en essayant de former d’un bloc massif une arme destructrice. Là où l’autre ne fait que tenir le cap en rôdant son discours quitte à le rendre linéaire.

Mais au-delà du son, Fleshgod Apocalypse demeure un groupe qui sait où aller. De Mafia à aujourd’hui, la formation transalpine montre qu’elle a faim d’en découdre et Agony n’était que le préambule à cette épopée. Il n’était qu’une fenêtre médiatique sur le groupe. Car paradoxalement, bien qu’offrant une musique extrême bercée avant toute chose par le death metal, Fleshgod Apocalypse est un groupe qui a le vent en poupe depuis 2011. Son avant-dernier opus représente ce format accessible dans la caste du metal extrême. Preuve en est avec « The Violation », le tube du combo. Preuve en est, encore, avec sa récente tournée en compagnie de Carach Angren et de Septic Flesh. Ainsi, Labyrinth est l’album que le groupe se devait de sortir pour s’installer de manière définitive dans le cœur de la scène extrême. Toute prise de risque n’aurait sans doute, à ce stade, pas été vue d’un bon œil. Car Fleshgod Apocalypse est apprécié pour son sens de la démesure, à la limite de la caricature, et ce death technique orchestré déboulant à toute allure. Labyrinth est un produit qui a été conçu pour plaire et dont l’appétit est immense. Plutôt que se perdre dans un dédale sans fin, Fleshgod avance tête baissée et coupe à travers champs pour atteindre son but.

Labyrinth, sorti le 16 août 2013 chez Nuclear Blast.



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