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Chronique   

Fleshgod Apocalypse – Veleno


Rien ne semblait freiner Fleshgod Apocalypse après le cap franchi avec King en 2016 et les tournées qui se sont ensuite enchaînées pour les Italiens. Leur empreinte musicale était affinée et perfectionnée et leur notoriété n’a cessé de croître auprès d’un public plus large. Puis, coup de tonnerre : on apprend fin 2017 que le chanteur-guitariste Tommaso Riccardi et le guitariste lead Cristiano Trionfera ont quitté le groupe en plein vol. Pour autant, la bête est toujours vivante et fait peau neuve. Enfin, si on peut dire, puisque le leader et principal compositeur Francesco Paoli, batteur depuis huit ans, redevient frontman et reprend le poste de chanteur-guitariste comme aux débuts du groupe. Dans ce contexte est né Veleno, signifiant poison : un nouvel album concept traitant globalement du rapport nocif et mortifère que l’homme entretient avec la nature dans une dynamique d’autodestruction.

Alors, doit-on redouter d’une manière ou d’une autre ce nouveau pas dans la carrière des Italiens, et craindre une évolution de direction artistique avec Veleno ? Fleshgod Apocalypse répond dès les trois premiers titres de l’album : absolument pas. « Fury » se dispense de toute introduction et poursuit le chemin entamé par King, avec un titre immédiat, rentre-dedans et massif. Le niveau du jeu de batterie sautera aux oreilles tant il semble encore plus poussé qu’à l’accoutumée, toujours assuré par le frontman, secondé par des percussions sur un passage à la puissance inouïe. Quasiment sans transition et avec une logique implacable s’ensuivent « Carnivorous Lamb » et son introduction celtique à la cornemuse irlandaise : un relâchement mélodique qui ne dure qu’un temps avant de relancer la machine à blast de plus belle. On retrouve en outre le chant clair grandiloquent de Paolo Rossi qui rajoute son grain de sel à l’intensité des morceaux. Ne perdant pas le tempo, « Sugar », présenté en single, se veut le hit de l’album avec un refrain qui frappe fort et des « push ! » taillés pour être repris en chœur, tandis que l’auditeur s’est déjà (ré)habitué au chant death de Paoli. Lourdeur, violence, technicité, arrangements orchestraux imposants, on retrouve dans Veleno un ensemble de paramètres familier : aucun doute, Fleshgod Apocalypse ne s’est pas dénaturé.

Pour autant, dans cette furie symphonico-brutale, Veleno démontre que Fleshgod Apocalypse a plus d’une corde à son arc. Plongé dans une ambiance inquiétante, « Monnalisa », précédé de son introduction « The Praying Mantis’ Strategy », arrive à point nommé et plonge l’auditeur dans une esthétique gothique rafraîchissante, à coups de chœurs lumineux sur le refrain et de subtiles lignes de piano. Paoli dévoile une nouvelle facette vocale, plus théâtrale, avec des murmures inquiétants. Le final du morceau n’est pas sans rappeler les pères spirituels Dimmu Borgir, entre symbiose heavy-symphonique salvatrice et riff black : effet garanti. « Absinthe », qui évoque ce fameux poison que l’homme fabrique et ingurgite pour s’évader, largement porté par le chant cathartique de Rossi et les chœurs qui l’accompagnent, présente les vertus d’un titre de death progressif et surprendra par son développement mélodique central et ses solos aériens. « The Day We’ll Be Gone », pris en étau entre l’impétueux « Pissing On The Score » (aux lignes pianistiques classiques virtuoses) et la longue envolée épique d’« Embrace The Oblivion », joue l’apaisement. Une montée en intensité symphonique graduelle jusqu’à l’ivresse, où le piano de Francesco Ferrini et les susurrements gutturaux malsains de Paoli accompagnent le chant lyrique délicat de Veronica Bordacchini.

Certes, Fleshgod Apocalype est toujours aussi opulent et grandiloquent, mais il poursuit son processus de maturation et d’affinement, loin de se laisser déstabiliser par les remaniements de line-up. Veleno est son album le plus digeste, le plus dynamique et le plus équilibré entre l’emploi des orchestrations et sa base metal, permettant au riffing de mieux se dessiner. Une œuvre riche grâce à laquelle les Italiens parviennent à éviter l’usure et la lassitude. Si le conservatisme musical et le manque de renouvellement sont le poison de nombreux groupes, Fleshgod Apocalypse ne semble pas encore affecté, ayant trouvé en Veleno son antidote.

Lyric vidéo de la chanson « Carnivorous Lamb » :

Clip vidéo de « Sugar » :

Album Veleno, sortie le 24 mai 2019 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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  • Superbe album des italiens en effet ! Petite erreur dans la chronique : Riccardi est mentionné (2 fois) comme étant le chanteur, alors qu’il s’agit désormais, comme précisé en intro d’ailleurs, de Francesco Paoli. Sinon chouette chronique qui rend bien justice à l’album !

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