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Interview   

Flown : spontané et inattendu


On aurait tendance à croire qu’écrire de la musique spontanément c’est écrire de la musique facile. La musique comme le parcours de Flown n’ont rien de facile ou d’attendu. Pourtant comme Flo, chanteur mais aussi multi-instrumentiste au sein du groupe, le rappelle à plusieurs reprises dans cette interview, Flown ne prémédite rien et fait les choses de manière très spontanée.

Au sein de ce duo qui, avec le temps, s’est transformé en quatuor, tous les musiciens sont sur la même longueur d’onde artistique. Du coup, le croisement d’influences variées, le travail sur la dynamique au sein des compositions ou d’un disque et, plus globalement, la dimension inattendue du groupe lui vient naturellement. L’album Make Believe est sorti le 30 septembre 2015, découvrez notre interview.

« Jouer de tous les instruments […] peut aussi être un défaut et un frein car on a tendance à vouloir entendre sonner l’instrument comme nous on le ferait sonner »

Radio Metal : Au départ, le projet Flown était un duo. Qu’est-ce qui vous a amenés à pousser les murs de cette formation à deux pour que cela devienne un projet plus électrique et avec plus de monde ?

Flo Gargaro (chant/guitare) : Le groupe est né de manière complètement spontanée. J’étais batteur à l’origine dans des formations de rock-metal avant de rencontrer Jack, le bassiste de Flown. On s’est rencontrés en 2008 par le biais du boulot, et en échangeant, il était musicien, je l’étais aussi, on s’est fait écouter nos projets… Du coup, un jour, je lui sors des titres que j’avais dans un tiroir, et il me dit « Mais attends, c’est vachement cool ! T’as pensé à faire des choses avec ça ? ». Je lui ai dit que non, que je grattouillais et chantais un petit peu et que je ne pensais même pas monter un groupe en tant que guitariste-chanteur, donc je lui ai dit que s’il voulait, on pouvait bosser ensemble et voir ce qui en découlait. Du coup, très vite, ça s’est super bien passé, on a bossé, on a maquetté des titres, et puis on s’est dit que ça serait bien d’enregistrer. On a donc enregistré le premier album tous les deux, et par la force des choses on se disait « Ce morceau-là est super sur album, mais on a envie de monter sur scène, de faire quelque chose », et c’est pour ça qu’à deux c’était un petit peu compliqué. Donc on a regardé autour de nous parce qu’on voulait garder ce côté humain au sein du projet, et on a fait appel à Loïs, un pote d’enfance, à la batterie, et Alex qui est un guitariste qu’on connaissait depuis des années pour intégrer le projet. Et du coup, ça se passe super bien, on est tous vraiment à fond dans le projet, autant au niveau investissement qu’au niveau artistique, donc c’est super plaisant car c’est né d’une manière complètement saine et simple, et puis ça le reste aujourd’hui donc c‘est vraiment cool.

Avec le temps la configuration du groupe a changé puisque vous étiez deux au départ avant que du monde se rajoute. Ce ne sont pas seulement de nouvelles personnes mais aussi de nouveaux instruments qui se sont rajoutés à Flown. Qu’est-ce que cela a changé en termes d’écriture collective et de dynamique de groupe ?

On n’a pas rajouté des instruments, on va dire qu’on a rajouté des interprètes, dans le sens où Jack et moi étions instrumentistes tous les deux, donc on a pu bosser sur les morceaux et les albums de cette manière. Par contre, indéniablement, c’est une valeur ajoutée importante pour le groupe d’avoir Alex et Loïs parce qu’à travers leur influence et leur façon de jouer, ils ont apporté quelque chose de plus, de façon naturelle. En particulier au niveau des arrangements en ce qui concerne Alex, qui a apporté une sorte de papier cadeau à la plupart des titres qui étaient déjà trouvés. Ils ont vraiment apporté quelque chose de différent, Loïs a vraiment une frappe très lourde au niveau de la batterie, ça s’entend sur les morceaux. Et encore une fois, c’est Alex qui a fait le gros des arrangements et qui a embelli les titres existant déjà.

Tu joues plusieurs instruments. Au départ, tu es batteur, mais là tu assures avant tout le chant et la guitare. Est-ce que tu penses que le fait de jouer plusieurs instruments est un plus en tant que compositeur ? Parce que du coup, ça te permet de penser vraiment plus à la musique qu’à ton propre égo, à ton propre instrument…

Oui et non. C’est un plus dans la façon de communiquer avec les autres parce qu’on parle le même langage. Après, ça peut aussi être un défaut et un frein car on a tendance à vouloir entendre sonner l’instrument comme nous on le ferait sonner, donc c’est ça qui était compliqué. J’avais une idée, niveau batterie en tout cas, tellement précise, que j’ai eu du mal à me défaire de ces idées-là. Par contre, j’ai beaucoup été aidé par Loïs parce qu’il avait une façon de jouer qui était très proche de la mienne, et ça s’est fait complètement naturellement, tout simplement. Je pense que Flown, avec un autre batteur, cela aurait été un petit peu plus compliqué car j’avais du mal à écouter ensemble les morceaux qui sonnaient d’une manière différente de celle que moi j’avais jouée.

Et ça ne te démange pas de faire un peu de batterie sur les morceaux de Flown ?

Sur le premier album, c’est moi qui fais la batterie, sur le deuxième album aussi. Il n’y a que sur le troisième où c’est Loïs qui a fait tous les titres, sauf un. Donc bien sûr, ça me démange un petit peu, mais moi, ce que j’aime c’est faire de la musique. Après, que ce soit à la guitare, au piano ou à la batterie, peu importe.

Après l’album Gravity, vous avez sorti un DVD live, ce qui est un choix qui peut être étonnant, car le DVD live n’est pas forcément quelque chose que l’on sort si rapidement dans sa carrière. Peux-tu nous dire pourquoi vous l’avez fait ?

C’est pareil, ce n’était pas forcément prémédité, dans le sens où on a enregistré Gravity très rapidement après avoir sorti Child In A Box, et lors de la release party de Gravity au Réservoir, on a eu la chance de bosser avec une équipe de photographes et de vidéastes qui nous ont proposé de filmer le live. Donc on a mis des moyens au niveau de l’enregistrement pour avoir vraiment un son de qualité, puis on s’est dit que ça pouvait être bien car on n’avait pas de clip ni d’images pour promouvoir le groupe au niveau visuel, donc on en a profité. Et puis, quand on a vu le résultat du shoot, on s’est dit que c’était génial, et que ça serait vraiment bien de marquer le coup et de coucher ça sur un DVD. Le but étant de pouvoir le proposer aux gens qui étaient là de manière à les remercier pour être venu. C’est ce qu’on a fait, tout simplement.

Après cela vous avez fait un break de trois ans. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur les raisons de cet arrêt et sur ce que vous avez fait à ce moment-là ?

En fait, on a pas mal bougé depuis la sortie de ces albums, on ne s’est pas arrêtés, on a vraiment avancé à fond. Juste derrière cette date au Réservoir, on a fait quelques concerts tous les quatre et puis je suis devenu papa, donc ça a un petit peu freiné mes ardeurs, le batteur aussi, et puis de manière involontaire on a pris un petit peu de recul par rapport au projet. Et puis finalement c’est bien tombé parce qu’on voulait vraiment bosser sur un troisième album de manière différente, et inclure Loïs et Alex à part entière dans le processus de composition. C’est pour ça qu’il y a quand même eu un laps de temps assez important mais pas parce qu’on a rien fait – on est restés juste quatre mois sans bosser -, mais à part ça, on a quand même travaillé sur le troisième album, ça a pris un peu plus de temps parce qu’on était tous les quatre à bosser dessus. Et en plus de ça, dans ce laps de temps-là, on a bossé sur un album acoustique qu’on a mis de côté pour le moment, qu’on reprendra, avec des versions alternatives des premier et deuxième album.

« Moi, ce que j’aime c’est faire de la musique. Après, que ce soit à la guitare, au piano ou à la batterie, peu importe. »

Et tu penses que ce laps de temps vous a permis de faire un album un peu mieux poli, un peu plus mûr ?

Oui, je pense, parce qu’on a un regard un peu différent d’il y a quelques années. Maintenant, je pense qu’on a surtout gagné au niveau des arrangements. Les morceaux restent ce qu’ils sont dans les influences qu’on a et qu’on aime et qui sont clairement affichées sur nos albums. Par contre, on a laissé un petit peu plus d’arrangements, il y a des côtés atmosphériques/aériens qu’on avait un petit peu bâclés sur le premier et le deuxième album. Du coup, on a pris un peu plus le temps parce qu’on avait les personnes pour les faire, on a pris le temps de bien les rentrer dans notre composition et dans nos titres.

Il y a un titre dans cet album qui s’appelle « Child In A Box » et qui fait donc référence à votre ancien disque. Est-ce que c’était important pour vous de montrer en permanence que vous n’oubliez pas ce que vous avez été au départ ?

C’est clairement ce qu’on a voulu montrer sur ce troisième album. C’est vrai que c’était un titre phare du premier, c’est le nom de l’album, et l’idée du texte et du morceau c’est vraiment le début de Flown, et sur ce troisième album on a voulu faire un clin d’œil en faisant la suite de ce morceau qui était déjà un peu épique sur le premier album. C’est aussi pour ça que la pochette rappelle l’histoire de ce morceau-là du premier album. C’était aussi pour rappeler un peu ce côté sombre qu’il y a dans notre musique et qu’on a perdu sur le deuxième album, car c’est comme ça qu’il a été conçu, et c’était aussi une manière de nous rapprocher un peu de nos origines, on va dire.

Vous faites une musique qui est assez aérienne, assez éthérée avec pas mal d’ambiances. C’est un style de musique risqué car on peut très vite tomber dans l’ennuyeux si on n’y fait pas gaffe. Alors, vous, comment est-ce que vous travaillez pour arriver à un compromis entre les ambiances, le côté planant, etc, avec votre côté un peu plus heavy, rock et accrocheur ?

Justement on essaye de ne faire aucun compromis, aucune concession. On choisit de faire une musique heavy, sans limite et sans barrière, et c’est pour ça qu’on retrouve parfois de gros riffs, parfois des côtés planants, des côtés atmosphériques, parce que c’est comme ça qu’on pense les morceaux, qu’on avance dans l’écriture, sans se dire « Tiens, on va faire un passage atmo, tiens on va faire un passage avec un gros riff… ». Que ce soit le processus de composition ou d’écriture, c’est vraiment très spontané et très libre. C’est donc pour ça qu’on se retrouve parfois avec des morceaux qui n’ont pas grand-chose à voir les uns avec les autres. Le seul lien qu’ils peuvent avoir c’est le fait que ça sort vraiment de nos tripes et qu’on le fait vraiment avec cœur et avec les influences avec lesquelles on avait envie.

Il n’y a donc pas de démarche consciente de votre part sur les variations d’intensités de l’album ?

Non, tout ça est complètement involontaire, c’est une fois que les morceaux sont couchés et mixés qu’on se dit « C’est cool ! Là il y a des parties plus planantes que d’autres ! ». Quand on écrit un morceau et qu’on est en train de l’arranger, on ne réfléchit pas à des parties, on réfléchit au morceau dans sa globalité. C’est pour ça que, comme nous avons des influences qui sont un peu différentes les unes des autres, mais toujours avec des racines très fortes qui sont communes à tous les quatre, ça ne va jamais très loin, car nous ne sortons jamais du chemin qui est le nôtre. C’est ce qui nous permet d’avoir la force d’aller explorer des influences assez différentes tout en gardant notre identité et le fil conducteur de notre musique.

Concernant les thèmes abordés par votre musique, c’est également des thèmes assez aériens et parfois mêmes un peu abstraits, du coup, quelle est l’idée derrière ce disque-là ? Y a-t-il une idée commune qui rassemble les chansons ?

Non, pas vraiment. Tous les morceaux et tous les textes sont faits de manière indépendante. Après, c’est vrai qu’on a une façon de dire et d’écrire qui est assez commune entre les titres. Du coup, la plupart du temps, ça permet de pouvoir tirer un trait, un lien entre chaque texte. Les idées principales sont écrites par Jack, le bassiste, la plupart du temps. Il parle de vécu personnel, d’histoires à lui, car c’est toujours plus facile de parler de soi. Et dès que l’imagination lui fait un peu défaut, on se rattache à des films ou des séries, mais c’est toujours imagé et romancé de telle façon que les personnes qui écoutent les morceaux puissent s’identifier à leur manière à chaque histoire, en fonction de leur vécu et des choses qu’elles ont pu découvrir ou côtoyer dans leurs vies.

Interview réalisée par téléphone par Philippe Sliwa.
Retranscription : Robin Collas.
Introduction : Philippe Sliwa.

Site officiel Flown : Flownrock.com.



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