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Live Report   

La folie ravageuse de Benighted


Le 17 février dernier, Benighted sortait son dernier album, l’un de ses plus aboutis à ce jour : Necrobreed. Un album concept basé sur un schizophrène qui coud des animaux morts sur son abdomen dans un rituel, afin de leur donner naissance et construire sa propre famille morbide (pour en savoir plus, rendez-vous dans notre interview de Julien Truchan). Et dans tout son côté raffiné, Benighted n’a pas attendu bien longtemps pour lancer sa tournée de promotion de l’album, et le 23 février, le groupe est revenu faire quelques salutations aux Parisiens afin de détruire l’intérieur du Petit Bain.

Pour accompagner le groupe on retrouve W.I.L.D et Svart Crown. Deux groupes qui vont nous permettre de nous préparer psychologiquement à l’expérience Benighted en concert.

Artistes : BenightedSvart CrownWILD
Date : 23 février 2017
Salle : Petit Bain
Ville : Paris [75]

W.I.L.D démarre les hostilités, n’accompagnant Benighted que pour cette date à Paris. Il leur faut donc donner la meilleure performance possible car il n’y aura pas de seconde. Mais normalement peu de risque, car le thrash/death que le groupe sert est une valeur sûre qui garantit de passer un bon moment.

Un guitariste qui s’agite dans tous les sens et donne toute sa passion dans son jeu, un chanteur qui remercie régulièrement le public, des morceaux violents qui installent doucement l’ambiance, on peut difficilement critiquer la performance du groupe. Ils en profiteront pour inviter un ami, James Kano (Hectic Patterns), sur scène afin de chanter en duo une reprise de Gojira, « Lizard Skin », de l’album Terra Incognita. C’est évidemment un set relativement court, en tant que première partie de cette soirée à trois noms, mais il n’en faudra pas plus pour être séduit par la formation et sa sincérité sur scène, malgré le peu de monde en cette heure peu avancée. Après tout, le but de W.I.L.D est de chauffer le public avant la tête d’affiche et il le fait à merveille. On attend donc la sortie en mai prochain du nouvel album des Français.

Revenant tout droit des États-Unis, après avoir accompagné Incantation et Marduk, les Français de Svart Crown prêtent maintenant main forte à cette tournée de Benighted. Dans un registre davantage black, tout aussi violent, le groupe apportera ce côté professionnel en plus à la soirée, avec un concert maîtrisé. C’est lors de leur set que le Petit Bain commence véritablement à se réveiller, en même temps que le groupe, qui par moments n’a de cesse de bouger, aucun membre ne restant vraiment à la même place. Notons également l’arrivée sur scène les cheveux mouillés, avec à la clé un effet visuel saisissant lors des headbangs, et une petite douche gratuite pour le public, qui commence à avoir bien chaud et appréciera cette délicate attention !

Cette claque d’énergie brusque est toutefois contrebalancée par certains morceaux plus calmes, qui sont comme une bonne bouffée d’air dans le chaos de la soirée, accompagnés par une ambiance très sombre et reposante. Quand bien même il est à noter, de façon assez étonnante d’ailleurs, que le groupe n’a pas l’air très enjoué par le public parisien. Une audience qui certes aurait pu être plus nombreuse mais qui semble pourtant apprécier la performance. Néanmoins, force est de constater que le style de Svart Crown est réellement différent de Benighted. Les ambiances de W.I.L.D ou de Benighted étant davantage dans la libération totale de soi, plus spontanées et proches du public, tandis que Svart Crown fait lui dans le remerciement classique que l’on voit à chaque concert. Ainsi, malgré une performance maîtrisée de bout en bout et la qualité de leur show, on ne ressent pas l’authenticité ni la même connexion avec le public. La salle, en tout cas, se remplira bien davantage quelques minutes avant l’arrivée sur scène de Benighted.

C’est l’heure de l’apocalypse au Petit Bain, préparez-vous physiquement, le soundcheck vient d’avoir lieu, Benighted s’apprête à débarquer sur scène. Le groupe présente donc son line-up tout neuf, étant donné qu’Olivier Gabriel a quitté l’aventure il y a peu, et qu’à la batterie Romain Goulon (Necrophagist) a rejoint les rangs. On est donc en droit de s’attendre à une performance folle de la formation remise à neuf, et performance folle il y a eu. Mais on en vient vite à se demander à qui revient l’honneur pour la soirée : la foule ou Benighted ? Car si le public était assez modéré pour les deux premières parties, c’était pour se garder davantage d’énergie afin d’offrir au groupe de tête d’affiche, une soirée que les murs de la péniche ne sont pas prêts d’oublier.

Dès que le morceau de Sepultura qui faisait office de musique d’attente, en l’occurrence « Biotech Is Godzilla », s’arrête, les lumières nous plongent dans le noir pendant que nos Français, héros de la soirée, font leur entrée sur scène. Le set démarre de la même manière que l’album, avec cette petite comptine sinistre portée par la voix unique d’Asphodel, tandis que sur scène, sous des lumières rouges qui posent le décor, dans une ambiance morbide, Julien Truchan fait semblant de bercer un bébé dans ses bras. « Libérez les cochons » hurle le public. Et dès le début de « Reptilian », ouvrant l’album et le concert, les premiers rangs vont faire tout leur possible pour repousser l’assaut qui vient sur eux, alias la horde des pogoteurs acharnés. Les slams démarrent très tôt et ne ralentissent pas de toute la soirée, les circles pits s’enchaînent et quelques wall of death sont même de la partie. C’en est même presque comique que Julien demande à plusieurs reprises au public de foutre encore plus le bordel dans la salle, tellement on se demande comment cela pourrait-il être pire ! Et même en sueur, fatigué, détruit par les vagues de pogo, personne dans la foule n’arrêtera à un seul moment de montrer au groupe de quoi Paris est capable. A tel point que Benighted a choisi de jouer un rappel, « Jekyll », afin de contenter le public.

La setlist est d’ailleurs relativement centrée sur quelques albums, les plus récents du groupe. Évidemment Necrobreed, ce qui permet de s’assurer de la qualité en live des chansons de l’album, dont l’efficacité n’est donc plus à prouver, bien que, venant de Benighted, on ne s’attendait à rien de moins. L’album Carnivore Sublime, coup de cœur des fans, sera également mis en avant, ou encore l’excellent Asylum Cave, où le public attaque des titres en chœur comme « Let The Blood Spill Between My Broken Teeth ». La performance de Julien au chant ne laisse pas l’ombre d’un doute quant à la passion qu’il met en Benighted, l’énergie qu’il déploie sur scène, et la sincérité qu’il a envers le public. Une même force vocale en live qu’en studio, pour un chant si complexe, qu’il arrive tout de même à varier, cela force rapidement le respect, surtout qu’il va sans dire que c’est bien la voix brute de Julien que l’on entend, sans aucun effet appliqué.

Un concert de Benighted est une des expériences les plus éprouvantes physiquement que l’on peut connaitre, mais également l’une des plus jouissives. C’est une heure de carnage absolu, entouré de véritables fans, du mouvement constant, et des dizaines de personnes qui passent au-dessus de votre tête pour atterrir sur scène et headbanguer quelques instants avec leur groupe favori. Alors on a certes mal partout, mais le premier réflexe en sortant du concert est d’écouter à nouveau du Benighted et de guetter quand est-ce que l’on pourra revoir le groupe. Un vrai concert, fait par des Français, pour des Français, à l’écoute des fans et reconnaissants envers eux.

Survolté serait un terme bien insuffisant pour qualifier le public et la soirée. C’était une véritable anarchie qu’a connue le Petit Bain ce jeudi soir de concert et personne n’en est sorti vraiment indemne, notamment la multitude de slammeurs qui se sont mal reçus au sol. Benighted est définitivement une valeur sûre qui trouvera toujours son public. À peine sorti, l’album est déjà un classique pour les fans, qui en scandent d’ores et déjà les paroles par cœur. La dévotion des fans au groupe, qui n’a d’égale que celle du groupe à ses fans, et la brutalité de cette soirée, sont les deux éléments qui marquent le plus en fin de concert. Et pour tout ça, ce serait bien volontiers qu’on retournerait dans la salle pour un second round de metal « made in France ».

Setlist :

01. Reptilian
02. Reeks Of Darkened Zoopsia
03. Let The Blood Spill Between My Broken Teeth
04. Carnivore Sublime
05. Collapse
06. Slut
07. Versipellis
08. X2Y
09. Noise
10. Necrobreed
11. Forgive Me Father
12. Hostile
13. Stay Brutal
14. Asylum Cave
15. Experience Your Flesh
16. Jekyll



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  • WhoDoYouThinkIAm dit :

    « Un vrai concert, fait par des Français, pour des Français, »…hum, hum, par les temps qui courent, la formulation ne serait-elle pas ambigüe ? 😉

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