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Chronique   

Forgotten Tomb – Nihilistic Estrangement


Depuis vingt ans, les Italiens de Forgotten Tomb ont davantage changé de forme que de fond. Ceux qui se sont fait un nid dans la scène extrême underground ont d’abord puisé dans un black metal à tendance dépressive avant de basculer vers le doom tout en conservant une affinité certaine et assumée pour leurs racines. Le groupe n’a d’ailleurs pas changé son propos nihiliste et désespéré même s’il fait évoluer sa musique, comme le prouve le triptyque torturé formé de …and Don’t Deliver Us From Evil (2012), Hurt Yourself And The Ones You Love (2015) et We Owe You Nothing (2017). Aujourd’hui le groupe ouvre un nouveau chapitre avec Nihilistic Estrangement, abandonnant le blackened doom agonisant pour user de couleurs nouvelles. L’artwork de Paolo Girardi, qui tranche véritablement avec ses prédécesseurs teints de noir, blanc et rouge, illustre à sa manière le nouveau pas musical et les expérimentations des Italiens qui, pour autant, délivrent un discours pas moins misanthrope.

Pour sûr, Nihilistic Estrangement déconcertera son auditorat habituel dès ses premiers instants. Le titre d’ouverture, « Active Shooter », a pour vocation d’éclairer la nouvelle voie prise par les Italiens. Lancé par un riff heavy puissant, un lead de guitare rétro-rock et un sens du groove affirmé, le frontman Herr Morbid dévoile son affinité pour le hard rock des années 70-80. La nostalgie d’une époque révolue qui s’illustre également sur un plan plus technique : l’opus a été enregistré avec des microphones vintage datant des années 60 et 70 et a été interprété avec des instruments du début des années 80. L’œuvre volontairement plus organique se veut être un contre-pied à la modernité et peut-être à une certaine facilité de composition de notre époque. Les harmonies mélancoliques et dissonantes, et surtout les vocalises caverneuses de Herr Morbid apportent un contrepoids à l’aspect parfois plus entraînant et lumineux des compositions. La prestation du frontman se montre toujours aussi incisive, faisant davantage écho aux origines black metal de Forgotten Tomb. Les Italiens ne renient donc pas leur passé musical, qu’il soit lointain ou récent : les atmosphères angoissantes du diptyque « Iris House », à la fois lancinant et agressif, sont sans doute ce qui se rapproche le plus des dernières œuvres du combo.

Le défi de Nihilistic Estrangement, autre que de faire du neuf avec du vieux, est aussi de ne pas dénaturer l’esprit viscéral et nihiliste de Forgotten Tomb. Avec ses influences dark blues à la sauce metal extrême, comme sur le très entraînant « Distrust³ », les Italiens opèrent certes une évolution, mais pas nécessairement une fusion innovante dans le milieu du metal extrême ; les mastodontes de Satyricon et Darkthrone ont par exemple très bien su s’accaparer ces codes pour faire évoluer le style en l’espace de trois décennies. Cependant, le coup d’éclat de Forgotten Tomb tient à son ambiguïté. A cet égard, le morceau éponyme se montre faussement optimiste, presque joyeux par ses arpèges légers de guitares, voire prend des allures de post-rock ; faussement optimiste, car nuancé par une base rythmique accablante. Une chanson symbole d’une liberté et d’un bonheur qu’on ne trouve finalement que par l’isolement et notre propre excommunication, comme le sous-entendent les textes. C’est d’ailleurs par un véritable cri de haine contre l’humanité que la tempétueuse « RBMK », avec ses riffs hypnotiques et son blast beat effréné dans la plus pure des traditions, que s’achèvent ces quarante minutes qu’on ne voit finalement pas s’écouler.

Forgotten Tomb s’est construit avec Nihilistic Estrangement son propre cocon, une tanière bien isolée du monde, se refusant à se conformer au moindre diktat musical. Les Italiens délivrent une œuvre rafraîchissante et intemporelle. Elle démontre que Forgotten Tomb est heureux là où personne ne l’attend et va le chercher, n’invitant pas forcément l’auditeur à le rejoindre mais à simplement se construire sa propre cabane pour y trouver son réconfort. Un tour de force réussi pour un album qui, sans trahir l’esthétique et l’identité du groupe, apporte une proposition nouvelle. Qu’elle plaise ou non à son public n’a pas la moindre importance, puisque les œillères de Forgotten Tomb sont fermement placées pour évoluer en toute liberté.

Album en écoute :

Album Nihilistic Estrangement, sorti le 8 mai 2020 via Agonia Records. Disponible à l’achat ici



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