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Chronique   

Frank Carter & The Rattlesnakes – End Of Suffering


End Of Suffering va demander quelques efforts de la part des amateurs de Frank Carter & The Rattlesnakes. La formation, identifiable par sa tonalité hardcore et punk, s’est hissée au rang de bête de scène, à même de se produire avec des monuments du rock tels que Foo Fighters. Après une longue et éprouvante tournée afin de promouvoir Modern Ruin (2017), l’ancien frontman de Gallows et Pure Love a décidé de lever le pied, juste le temps de souffler avant de se remettre à écrire avec son comparse, le guitariste Dean Richardson. End Of Suffering est perçu comme un palier par le groupe, celui du troisième album synonyme d’une certaine stabilité et de la liberté créatrice. End Of Suffering n’est effectivement pas ce que l’on attend de Frank Carter & The Rattlesnakes. L’horizon musical est plus large, la rage est laissée de côté pour privilégier une toute nouvelle sensibilité.

Frank Carter en avait assez d’être catégorisé et cloîtré dans un registre punk-hardcore, alors qu’il ne recouvre qu’une infime partie de sa culture musicale. End Of Suffering est bien davantage qu’un pas en avant, c’est un saut risqué et parfaitement assumé. Le choix de l’entourage du groupe pour ce troisième album reflète la volonté de forger un nouveau son : le producteur pop Cam Blackwood (George Ezra, London Grammar) a été sollicité et le mix a été opéré par Alan Moulder (Nine Inch Nails, Queens Of The Stone Age). Si Blossom (2015) traitait de la thématique de la perte et Modern Ruin des fondations diverses (de la société et des relations) qui s’effritent, End Of Suffering, tiré du concept bouddhiste de l’illumination, s’attarde sur les deux dernières années du frontman, en particulier des défis auxquels il a été confronté. Indéniablement, End Of Suffering se veut l’album le plus intimiste et honnête de Frank Carter. L’introduction de l’opus, « Why A Butterfly Can’t Love A Spider », a de quoi décontenancer au premier abord : un groove blues, des arrangements de rock alternatif et cette voix claire de Frank Carter omniprésente. Les passages énergiques d’End Of Suffering n’ont pas la même agressivité, ils se rapprochent davantage d’un rock à la Queens Of The Stone Age avec une rythmique simple et efficace, à l’instar du très Muse « Tyrant Lizard King » qui profite de la participation de Tom Morello et de son inimitable style de solo. Frank Carter a tout de même conservé des traits de son essence punk, à l’image de la rythmique enlevée d’« Heartbreaker » – tout de même brisée par une soudaine accalmie – ou celle de « Kitty Sucker » (où Frank Carter revendique son identité en scandant « I’m a punk rock renegade »). Seulement, le groupe se trouve bien plus proche de l’énergie retenue d’un Arctic Monkeys, œuvrant pour des refrains accrocheurs. D’une certaine façon, Frank Carter & The Rattlesnakes a privilégié une approche très FM sur certains titres tels que « Supervillain » et « Latex Dreams », sans pour autant perdre en qualité d’écriture, tandis que le hit « Crowbar » avec sa dynamique fait office de synthèse.

Là où la magie d’End Of Suffering opère réellement, c’est lorsque le groupe privilégie des approches plus douces de sa musique. « Anxiety » a des airs de parenté avec le Radiohead des premières heures avec un refrain qui saura fédérer en live. « Love Games » a un groove irrévérencieux et sensuel porté par un crunch de guitare. « End Of Suffering » est une douce ballade acoustique qui clôt l’album de façon à la fois chaleureuse et crépusculaire avec la participation de Mercy, la fille de Frank Carter. Si l’intention est touchante, le titre embrasse davantage les poncifs du genre et le pathos qui s’en dégage est presque excessif. Peu importe, End Of Suffering a une pléthore de moments gracieux qui font vite oublier certaines facilités, à l’image d’« Angel Wings » à la rythmique très Massive Attack ou Nine Inch Nails contemporain. Frank Carter réussit la prouesse de captiver sans s’adonner à des effusions en tout genre : l’interprétation et la mélodie suffisent amplement. C’est la réussite d’End Of Suffering : prouver que Frank Carter & The Rattlesnakes est infiniment plus qu’une formation « énervée », sans pour autant se transformer en une entité inédite.

End Of Suffering est un album varié, une fenêtre sur la véritable identité de Frank Carter & The Rattlesnakes. Ces derniers ont mué, en dépit des risques inhérents à assumer une posture complètement honnête vis-à-vis de leur musique. L’aspect pop/rock alternatif sied parfaitement à Frank Carter qui réalise l’une de ses prestations vocales les plus abouties à ce jour. Il n’y a pas la même fougue, il y a bien davantage de puissance.

Chanson « Anxiety » :

Clip vidéo de la chanson « Crowbar » :

Album End Of Suffering, sortie le 3 mai 2019 via International Death Cult. Disponible à l’achat ici



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