ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Freak Kitchen – Cooking With Pagans


Le temps se dilate chez Freak Kitchen. Déjà qu’il aura fallu attendre quatre ans pour voir Land Of The Freak arriver en 2009, et c’est désormais cinq années qui séparent ce dernier du nouvel album du trio suédois Cooking With Pagans. En même temps, en y réfléchissant bien, ce n’est pas plus mal. Dans un monde qui va toujours plus vite, qui nous inonde en permanence de sons et d’images le plus souvent formatés, à en avoir la nausée et être anesthésié, il est bon de voir des artistes se faire désirer et revenir offrir une bouffée de fraîcheur avec leur patte originale. Freak Kitchen est clairement aujourd’hui de ceux-là.

Sans doute que si la bande de gentils fêlés menée par le guitariste Mattias IA Eklundh enchaînait rapidement les sorties, on n’en tirerait pas autant de plaisir dans les retrouvailles. Car le rock pop heavy barré de Freak Kitchen revient au naturel, sans changement majeur. Après tout, pourquoi chercher à changer une marque de fabrique qui en plus offre déjà toutes les libertés ? Le summum de la liberté étant, en sus, de choisir la retenue. Le « naturel », voilà une qualité qui prend d’autant plus son sens en 2014. Lorsque la tendance est soit aux bidouillages électroniques, soit – à l’opposé direct – à adopter une posture vintage, le trio se met à nu le plus simplement du monde, dans un son clair et brut, avec cette tonalité de guitare si identifiable. Eklundh se montre toujours aussi inventif sur son manche, sortant des plans originaux voire improbables de sa Caparison branchée à vif, ou presque, même si l’on connaît désormais (trop) bien sa palette de mimiques. Avec lui, les compères Christer Örtefors et Björn Fryklund assurent un groove punchy et bien senti (« I Don’t Want To Golf » et son couple basse-batterie qui mène littéralement la danse), avec même quelques percussions sur l’énergique et énervé « Freak Of The Week » ou le bipolaire – entre la lourdeur des couplets et la légèreté des refrains – « Mathematics Of Defeat ». Et comme il est devenu coutume depuis son arrivé dans le groupe, Örtefors donne de ses cordes vocales sur un titre, « Private Property » à l’allure quasi arena rock mais affublé d’un pont très sous-accordé.

Avec sa bonne humeur qui rayonne à travers l’album, Freak Kitchen continue à dissimuler sa créativité, sa technique et autres intonations jazzy sous la fausse naïveté d’une musique pop (la ballade « Hide ») couplée à l’efficacité de riffs entraînants et heavy. Une musique en faux semblant, parfois faussement dramatique (« (Saving Up for An) Anal Bleach ») ou, inversement, cachant sous ses contours drolatiques une pensée très sérieuse. Car l’humour fait encore et toujours partie intégrante de l’œuvre de Freak Kitchen : « Sloppy » et son chant déjanté haché façon disque rayé, « Once Upon A Time » qui lorgne fortement du côté de chez Primus avec son côté cartoon ou le classique de Benny Goodman, datant de 1936, « Goody Goody » cuisiné à la sauce Freak, en clin d’œil à la plus célèbre et historique des interactions scéniques d’Eklundh. Cooking With Pagans présente un concentré brut de Freak Kitchen qui devrait étancher la soif des fans. D’autant que le groupe prévoit d’augmenter l’ « expérience » de l’album via une collaboration avec le dessinateur de bandes dessinées espagnol Juanjo Guarnido (auteur de la série Blacksad, ayant travaillé pour les studios Walt Disney et qui signe déjà l’artwork de l’opus), grâce à une campagne Kickstarter ayant rassemblé pas moins de 140 000 euros. L’art à la fois ultra fun et intelligent a encore de beaux jours avec Freak Kitchen !

Ecouter la chanson « Mathematics Of Defeat » :

Album Cooking With Pagans, sortie le 2 Septembre 2014 chez Laser’s Edge



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    In Flames @ Lyon
    Slider
  • 1/3