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Interview    Titre À Titre   

Freak Kitchen : Mattias « IA » Eklundh décrypte la recette de Cooking With Pagans


Freak Kitchen sort cette semaine son huitième album, intitulé Cooking With Pagans, et son premier en pas moins de cinq ans. Alors pour marquer le coup, et en attendant l’interview complète qui devrait arriver dans quelques jours, nous vous proposons aujourd’hui un titre à titre où le guitariste, chanteur et leader du groupe Mattias « IA » Eklundh passe en revue chaque chanson et nous donne les ingrédients de son nouveau plat de pop metal pour allumé.

Comme nous en parlions dans la chronique de l’opus il y a plusieurs jours, derrière l’humour – autant dans la musique que dans les paroles – évident du trio, se cache des sujets parfois bien sérieux, et en particulier des critiques acerbes de notre monde et notre société occidentale. Un moyen donc, d’entrer dans le mode de pensée et la psychologie de ce musicien – vous en conviendrez – éclairé.

01. Professional Help

« Avec celle-ci, il est vraiment question de comprendre ta propre mortalité. J’ai quarante-quatre ans et je vis dans la campagne suédoise, dans ma merveilleuse maison avec ma famille, j’ai un studio et quelques voitures, j’ai une guitare signature et je connais Steve Vai… J’ai tout ce que tu pourrais vouloir ! Et ensuite tu te rends compte : « Oh, nom d’un chien ! Peut-être que je viens de faire la moitié du chemin dans la vie, si j’ai de la chance ! » Le truc c’est que, dans la vie tu meures, jour après jour, et il n’y a personne à appeler pour obtenir une aide professionnelle. [Rires] Et dès que tu te rends compte de ça, tu profites d’autant plus de chaque instant – pour verser un peu dans le cliché. »

02. Freak Of The Week

« Celle-ci bénéficie d’une adorable vidéo faite par Juanjo Guarnido, mais tu auras certainement des questions plus tard à ce sujet. [Rires] Celle-ci est – encore une fois – à propos du court temps d’attention qu’ont les gens de nos jours et du fait qu’ils font beaucoup de choses pour être reconnu dans quoi que ce soit, n’importe quoi leur irait, en commençant pas des putains de choses stupides pour attirer l’attention. Il y a dix ans, il y avait les gars de Jackass et tout, mais aujourd’hui, c’est un tout autre niveau. Si tu regardes sur YouTube, c’est du genre : ‘Ok, je vais me jeter du haut de cet immeuble de dix étages et m’éclater la tête, et ce sera en full HD !’ Et ensuite il devient le nouveau phénomène de la semaine. »

03. Sloppy

« ‘Sloppy’ parle grosso-modo des écoutes de masse, un peu d’Edward Snowden et la NSA et tous ces trucs, le fait que nous sommes constamment surveillés dans quoi qu’on fasse, etc. Nous venons de filmer un clip samedi dernier pour ‘Sloppy’. Je vais directement après cette interview travailler sur les premières coupes. »

04. Goody Goody

« Ensuite il y a ‘Goody Goody’ qui est une sorte de chanson classique de swing datant de 1936 [il chante]. On avait ça en tant qu’intro à une époque. Pour je ne sais quelle raison nous avions commencé à dire ‘goody goody’ ; je crois d’ailleurs que ça avait commencé en France ! Et ça marchait vraiment bien, je ne sais pas pourquoi ! Et je me souviens une fois sur les Champs Elysées, lorsque je faisais des sessions d’autographes au Virgin Megastore et il y avait trop de gens, du coup ils ne pouvaient pas le faire à l’intérieur et j’ai dit : ‘Rien à péter, allons dans la rue et comme ça je pourrais le faire !’ Et tous ces gars et l’agent de sécurité qui me suivait, ils ne connaissaient pas mon nom. Ils n’en avaient rien à foutre mais ils étaient là pour [il prend une voix grave amusante] me protéger ! Ils étaient donc là : ‘Suivez monsieur goody goody ! Suivez monsieur goody goody !’ Nous nous sommes donc dit que si nous devions un jour faire une reprise, ce devait être ‘Goody Goody’. Nous avons donc fait cette version punk sophistiquée. J’aime cette chanson, elle est super. »

05. (Saving Up For An) Anal Bleach

« Ensuite nous avons ‘(Saving Up For An) Anal Bleach’, qui a un charmant titre. [Rires] C’est une chanson dégoûtante de bien des façons. Elle a d’horribles, très dures, très sombres paroles et elles mettent en évidence le fait de blanchir son anus à l’eau de javel. Mais elles parlent surtout d’être aujourd’hui un parent très blasé et cynique. Ca dit : ‘des parents fanas d’iPad, la batterie est morte, tous mes enfants se sont noyés pendant que je vérifiais mes emails stupides, je ferais ci et ça et, bien sûr, je vais me faire blanchir l’anus.’ Donc le blanchiment d’anus est évidemment un symbole par rapport à là où nous en sommes aujourd’hui et à quel point les choses sont devenues complètement déglinguées. J’aime aussi cette chanson, elle est un peu groovy et nous allons bientôt la prendre avec nous sur la route, en France ! »

06. Private Property

« Christer est au chant sur celle-là. C’est une chanson très groovy également. Ca parle grosso-modo du train-train quotidien, de travailler dur et d’être en quelque sorte coincé dans la vie et dans notre entreprise, et tu as le logo tatoué sur ta tête et tout… Chris a écrit cette chanson. »

07. Mathematics Of Defeat

« C’est aussi à propos de comprendre la vie autant que possible, c’est comme les grandes philosophies. [Rires] C’est une chanson étrange car le riff principal est basé sur un rythme indien avec des tonalités occidentales. Et ensuite il y a un couplet qui est basé sur une gamme symétrique qui n’est pas du tout commerciale. Ensuite il y a des paroles et une mélodie très pop dans le refrain, puis cette sorte de section très étrange au milieu où Bjorn fait un solo de batterie. Il y a d’ailleurs pour la première fois dans l’histoire de Freak Kitchen un solo de batterie et non un solo de guitare ! Pas de solo de guitare ! Bon dieu ! [Rires] Et celle-ci n’était pas supposé être la première à être mise en écoute pour les gosses, mais quelqu’un sur un site américain l’a fait fuiter, et pas de problème, on n’y peut rien tu sais. C’est fini, le mal est fait, en quelque sorte… Tu ne peux plus vraiment protéger tes trucs. Une fois que c’est là dehors, ça y reste. »

08. I Don’t Want To Golf

« Ouais, je ne veux pas jouer au golf ! C’est de ça que ça parle ! [Rires] Lorsque tu as atteint cet âge mur, ta barbe devient un peu grisonnante et tu as ce statut social, quel qu’il soit… Je le vois avec les gens autour de moi, tu sais, mon fils à sept ans, je l’amène à l’école et je vois tous les parents qui courent partout avec leurs stupides smartphones et le weekend ils ont leur golf ou ils vont dans un spa… Ca parle du symbole de ce statut superficiel qui ne signifie rien. Et jamais je ne porterai un T-Shirt rose et un pantalon blanc pour taper dans une balle de golf. Et il n’y a rien de mal avec le golf en soit. C’est plus une métaphore ! Ce n’est pas le sujet, c’est à propos de tout ce que l’on s’attend que tu fasses et ce genre de choses. Il se peut que nous fassions une vidéo avec celle-ci aussi, pour voir le groupe courir sur un terrain de golf, à harceler les pauvres golfeurs, nous verrons. [Rires] Des gens dans le metal qui essayent de faire du golf : [avec une voix menaçante] l’herbe va s’assombrir ! De l’herbe noire… »

09. Hide

« C’est la seule sorte de ballade sur l’album et ça parle de s’extraire du bruit ambiant qui nous entoure. Je vis à la campagne et, lorsque j’ai acheté ma maison il y a quatorze ans, je pense que ça m’a de bien des façons, en quelque sorte, sauvé la vie. Car le fait d’avoir à faire au quotidien à toutes les conneries de la vie métropolitaine requiert beaucoup d’énergie, tu sais. Lorsque j’étais un jeune homme, j’essayais toujours de convaincre les gens et j’étais là à monter sur mes grands chevaux : ‘Oh, bah bah bah, c’est ça qu’il faut faire !’ Et à faire ça tu te consumes et tu te rends compte que : ‘Ok, il faut que je me recharge les batteries, ensuite je dois aller sur la route, pour faire de bonnes choses, pour véhiculer des ondes positives, parler aux gens, leur serrer la main et ensuite il faudra que j’aille me cacher, j’ai besoin de me protéger d’une planète très étrange.’ Je suis, d’une certaine façon, un type cynique constructif, car je comprends ce qui marche et ce qui ne marche pas dans la manière dont le monde est en quelque sorte organisé. Donc, ça parle vraiment de ça : ‘Hey, allons nous cacher ensemble ! Allons nous amuser et profiter des bonnes choses de la vie et non des mauvaises choses.' »

10. Come Back To Comeback

« Ce sont des paroles idiotes mais ça traite vraiment de ces ‘combien de tournées d’adieu peux-tu faire ?’ et ‘combien de tournées de reformation peux-tu faire ?’ et ‘ceci est notre deuxième tournée d’adieu et maintenant nous sommes soutenus par McDonalds ! Ou Burger King !’ et ‘hey ! Nous allons splitter le groupe et nous allons ensuite le reformer à nouveau !’ et tout ça… Je suis la personne la moins nostalgique que tu pourras imaginer, tu sais. Je veux aller de l’avant. Je ne veux pas regarder en arrière. C’est un peu stupide, tu sais. Mais encore une fois, c’est ce qui attire énormément d’audiences et tout, et Live Nation doit bien remplir tous les stades, donc hey, faisons une autre tournée d’adieu ! [Rires] Mais je trouve que c’est un peu ringard. »

11. Ranks Of The Terrified

« Ensuite on a ‘Ranks Of The Terrified’ qui est, encore, pour prendre position, dire ce qu’on pense et ne pas simplement suivre et rejoindre les rangs des terrifiés : osez dire non, poliment vous opposer, protester… »

12. Once Upon A Time In Scandinavistan

« Cette dernière piste est étrange, elle s’appelle ‘Once Upon A Time In Scandinavistan’ et est basée sur un livre du même nom, dans sa version anglaise. En suédois ça s’appelle ‘Tandoori Älgen’, ce qui veut dire l’ ‘élan tandoori’. Et c’est un livre hilarant et dérangeant écrit par un ami à moi qui s’appelle Zac O’Yeah, qui a aussi écrit les paroles. C’est une lecture très, très, très sympa, très tordue à propos de lorsque les Indiens s’empareront de Göteborg en Suède, [rires] et qu’ils la renommeront Gautampuri. Elle a en fait été écrite parce qu’il y avait une chance qu’ils en fassent un film et une série télévisée. Désormais le projet a été suspendu, mais j’ai fait cette chanson et elle est cool. Je l’aime bien. C’est une fin honnête. »

Propos recueillis le 26 août 2014 via téléphone.



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