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Interview   

Freddy aussi a les boules


On vous a suffisamment gonflé dans ces colonnes avec notre insupportable ouverture d’esprit. Y en a marre de ces journaleux de mes deux qui s’émerveillent dès que le monde du metal interagit avec un artiste d’un autre univers musical, même s’il ne présente aucune qualité. C’est à se demander s’ils aiment vraiment le metal. Rassurez-vous on n’utilisera donc pas le projet Hip Hop de Freddy Cricien, chanteur de Madball pour rabâcher ça.

Qui n’aime pas les querelles entre musiciens par presse interposée ? Certainement pas les lecteurs avides de potins de ce Voici du rock totalement assumé qu’est Radio Metal. Ainsi, nous avons abordé avec Freddy les raisons du départ du batteur Jay Weinberg, qu’il trouvait inapte au style de vie du groupe. Un communiqué du fils de Max Weinberg, batteur de Springsteen, ayant été publié quelques jours après cette interview, nous avons choisi de l’inclure afin que vous puissiez bénéficier des deux versions. Alors, laquelle est la plus plausible ? Les votes sont ouverts.

Nous avons également fait un point sur la carrière de Madball et sur son dernier album Empire.  Un album produit par Erik Rutan, à l’origine spécialisé dans le Death, et ce qui fut visiblement une bouffée d’air frais pour le producteur qui, Freddy nous l’apprendra, se chargera dans la foulée du prochain Agnostic Front.

(NDLR : à propos de Jay Weinberg) « En ce qui concerne ce groupe ou même ce type de vie, ce type de tournée et voire même en ce qui concerne le simple respect, il a beaucoup à apprendre. »

Radio Metal : Tout d’abord, y a-t-il du nouveau par rapport à votre recherche de batteur ?

Freddy Cricien (chant) : Oui ! Tout va bien de ce côté-là ! Nous n’avons pas encore de remplaçant permanent, mais nous ne sommes pas non plus activement en train d’en chercher un. Un ami à nous va s’occuper du poste pour l’instant. C’est un super batteur que nous connaissons depuis des années. Il sera avec nous pour notre prochaine tournée européenne. Et ensuite, nous avons une liste de gens à voir. Donc, on va gérer ça une année à la fois, mec.

Tu dis que vous n’êtes pas en train de chercher un batteur permanent. Pourquoi cela ?

Ce que je veux dire c’est que le prochain type qui jouera avec nous ne sera pas forcément notre batteur permanent. Ce n’est pas que je ne sois pas en train de chercher un nouveau batteur parce que, vraiment, on cherche. Mais le cœur du groupe est maintenant solide depuis un bon moment avec Hoya, Mitts et moi. On est ensemble depuis maintenant bien, bien longtemps. Malheureusement, ça n’a jamais été aussi simple que ça pour la position du batteur. Bien sûr, tous les batteurs qui ont joué avec nous étaient bons et on a toujours su trouver quelqu’un pour faire le job. C’est juste que ça a été dur de trouver quelqu’un qui puisse être avec nous pour longtemps. Donc je ne vais pas faire de promesses.

Tu as déclaré par rapport à Jay Weinberg « Je ne suis pas sûr qu’il soit fait pour ce type de vie-là ». C’est très définitif comme opinion ! Qu’est-ce que tu voulais dire par là et qu’est-ce qui te fait penser qu’il n’a aucune chance de s’habituer à ce type de vie ?

Ça ne te semblerait pas si définitif si tu avais vécu ce qu’on a vécu avec Jay. Tu comprendrais alors exactement ce que je veux dire par là. Néanmoins, je ne vais pas pourrir ce mec : il n’est pas là pour se défendre. De plus, je n’ai pas dit que ça ne pourrait jamais arriver. J’ai simplement dit que je ne suis pas sûr qu’il soit prêt, qu’il puisse s’ajuster à certaines situations. Il vient d’un autre milieu et il gère les choses différemment de nous. Mais encore une fois, ce n’est que mon opinion et, vraiment, je ne souhaite rien de mal à ce type. Je ne lui souhaite que du bien et je lui souhaite d’avoir du succès. Mais en ce qui concerne ce groupe ou même ce type de vie, ce type de tournée et voire même en ce qui concerne le simple respect, il a beaucoup à apprendre.

Mais quel est le problème ? Est-ce qu’il n’est pas fait pour jouer de ce type de musique ou bien n’est-il pas fait pour partir en tournée ?

Je ne suis pas en train de dire qu’il ne sait pas jouer de ce type de musique, ça n’était pas le problème. Visiblement son jeu nous allait bien puisqu’on l’a fait rejoindre le groupe et enregistrer un de nos albums. Il joue très bien de la batterie. Pour nous, c’était plus un problème lié à son caractère. Mais encore une fois, je ne veux pas rentrer dans les détails.

Le cas Jay Weinberg :

Cet entretien a été réalisé avant la publication par Jay Weinberg d’un communiqué présentant son point de vue sur ce split. Nous avons donc choisi de l’inclure dans cet article, dans la plus pure tradition du Droit de Réponse de Radio Metal :

« Beaucoup de choses ont été dites sur le net à propos de mon départ de Madball – et pour la plupart déformées – et je voulais vous dire comment je vois les choses. Tout le monde pourra ainsi se faire une opinion. Freddy a récemment décrit de manière incorrecte ma participation au dernier album Empire. Pendant les longs mois de répétitions et de composition, j’ai été pleinement investi dans l’album. Si les paroles de Freddy sont importantes sur le disque, lui n’était là qu’à de rares occasions lors de ces phases de pré-enregistrement. […] Freddy a grossièrement décrit mon caractère dans la presse. Je n’avais pas répondu à ces déclarations jusqu’à maintenant.

Je suis d’accord sur le fait que quelqu’un d’autre s’adapterait mieux à leur style de vie. Si j’ai apprécié de jouer cette musique, je ne cautionne pas leur style de vie. Durant le mois d’août dernier, certains événements m’ont indiqué qu’il était temps pour moi de partir. Au cours de la tournée au Canada, en septembre, j’ai informé Freddy, Mitts et Hoya que j’allais quitter le groupe. Mais pas avant qu’ils n’aient trouvé un remplaçant.

Le lendemain, Freddy annonçait qu’il m’avait renvoyé. Ce qui n’est pas possible ! Chacun ses opinions bien sûr, mais les faits sont les faits ! […] On ne peut évidemment pas être viré après avoir quitté le groupe.

[…]Pour finir, écoutez Empire, j’en suis très fier, Madball a de quoi en être fier et les fans l’adoreront ! »

(NDLR : à propos du producteur Eric Rutan) « Il était très excité à l’idée de faire un album de hardcore parce qu’il n’était vu que comme un pur artiste de death metal alors qu’il est beaucoup plus diversifié que ça. »

Alors parlons de l’album plutôt. Son titre, « Empire », fait référence à votre statut médiatique. Tu as dit « Nous avons l’impression de nous être construit un petit empire avec notre groupe, notre marque et toutes nos initiatives ». Mais les empires, ça peut chuter ! Penses-tu que Madball est intouchable sur la scène hardcore ?

Non, je ne sous-entendais pas ça. Les empires apparaissent et les empires s’effondrent comme tout le reste. On vit, on meurt, tu sais. Ça n’était pas une remarque hautaine et, pour être franc, ça n’était pas fait pour être compris comme ça. Bien sûr, « empire », c’est un terme qui te donne de l’énergie. Et effectivement, on a fait du chemin, depuis le temps où on n’était qu’une bande de gosses faisant du hardcore à New York, pour être aujourd’hui des représentants connus mondialement dans le hardcore. Pour autant, on ne se sent pas meilleur que quiconque. C’est plus un sentiment d’accomplissement. On se sent bien avec ce que l’on a déjà accompli et avec ce que l’on continue de construire. Cela va au-delà de Madball avec par exemple ma maison de production Black N Blue productions. Ces projets sont des extensions de Madball. Madball a toujours été notre catalyseur. C’est à ça que je faisais référence. Je faisais référence à l’aspect « famille » et à l’inspiration de la ville de New York, l’Empire State, etc. Le terme « empire » renvoie à beaucoup de choses, plus qu’on ne peut le croire.

Penses-tu que tous les groupes ont une phase de croissance, une apogée et une phase de déclin ? Ou bien est-il possible d’aller crescendo tout au long de sa carrière ?

J’espère qu’il est possible de continuer crescendo pendant toute sa carrière (rires) ! Je l’espère vraiment, mais tous les groupes sont différents. Certains ont eu du succès très tôt et ont décliné énormément.  D’autres en ont bavé mais à l’arrivée ils ont obtenu la reconnaissance qu’ils méritaient alors que d’autres groupes ont surfé sur la vague. Donc peut-être que notre apogée est encore à venir pour nous ou peut-être que notre groupe va crescendo comme tu disais. Tout ce que tu peux faire c’est d’essayer de faire de la bonne musique et d’agir du mieux que tu peux.

L’album a été enregistré à St. Petersburg (Floride, USA). Pourquoi avoir choisi de vous déplacer là-bas pour l’enregistrer ?

Tout simplement parce que le type avec qui on est parti travailler a son studio là-bas. On nous a présenté à Erik Rutan et comme il travaille à St. Petersburg, on l’a rejoint là-bas. Et ça nous allait très bien : c’était cool de sortir un peu de New York.

Comme Erik Rutan a plutôt l’habitude d’enregistrer des artistes de death metal, tu penses que ça lui a fait du bien de vous produire, de toucher à un autre univers ?

C’est clair ! En ce qui concerne la production, le hardcore était nouveau pour Erik. Mais au niveau de la musique, Erik connaissait déjà Madball. En fait, il était un grand fan de notre musique. Quand on discutait, il était très excité à l’idée de faire un album de hardcore parce qu’il n’était vu que comme un pur artiste de death metal alors qu’il est beaucoup plus diversifié que ça. Donc il était vraiment à la recherche d’une occasion de faire quelque chose de différent. Il vient du New Jersey et il a grandi en allant à des concerts de hardcore et de Madball. J’avais déjà rencontré le gars sur une tournée et je savais que c’était quelqu’un de très bien en plus d’être un bon producteur.

Est-ce que tu penses qu’il en avait assez de produire tout ces groupes de death metal et que vous avez été la lumière au bout du tunnel ?

(Rires) Je ne dirais pas qu’il en avait assez car il aime vraiment faire tout ces trucs. Mais on était clairement quelque chose de frais pour lui, quelque chose de différent voire même de carrément différent pour certains aspects comparé à ce qu’il fait d’habitude. Donc oui, il a vraiment apprécié notre venue. En fait, il veut essayer d’aller dans différentes directions avec sa carrière.

Et penses-tu que c’est pour lui comme un nouveau début pour sa carrière ?

Je crois oui ! Je lui ai dit que j’allais lui faire venir d’autres groupes de hardcore et j’ai déjà tenu parole. Le prochain Agnostic Front se fera dans son studio et je le produirai avec Erik.

Super ! Que peux-tu nous dire là-dessus sur cet album ?

J’étais tout simplement heureux de ce qu’Erik a fait avec Madball et on avait beaucoup de commentaires positifs sur Empire. Plus particulièrement, les gars d’Agnostic Front ont adoré comment ça rendait. Ils étaient en train de voir comment aller de l’avant de leur côté. A mon sens, peu de gens auraient pu rendre justice à Agnostic Front et Erik était l’un d’entre eux. Ils ont donc décidé de lui donner sa chance, à Erik, et je pense que cela va lui ouvrir des portes et lui permettre de se faire connaître par plus de metalleux.

As-tu déjà commencé à bosser sur ce nouvel album ?

Oui. Ils ont treize ou quatorze chansons toutes prêtes. J’ai déjà commencé avec la pré-production et j’ai pris des notes. Il est déjà prévu qu’ils rentrent en studio en novembre.

Et les chansons sont bien (rires) ?

Oh mon Dieu oui, elles le sont ! Agnostic Front a un bon potentiel avec ce nouvel album, j’en suis convaincu.

« Nous avons d’autres mediums pour faire les autres trucs musicaux que nous voulons faire. Donc je n’ai jamais pensé ‘Je ne peux pas faire tout ce que je veux au sein de Madball !’. « 

Tu as déclaré : « On est connus pour un certain son et, si on veut évoluer, nous devons également conserver à l’esprit que Madball représente un certain standard dont on doit préserver l’intégrité ». Pour toi, un groupe qui changerait radicalement de style ne serait pas intègre ?

Au bout du compte, c’est un choix des individus formant chaque groupe. Je ne peux parler que pour le cas de Madball. Et nous prenons cela très au sérieux. Imagine si notre prochain album sonnait comme… un album country par exemple ! Pour moi, ça ne serait plus du Madball. Je ne veux pas juger ce que les autres font mais en ce qui concerne Madball, si on changeait radicalement notre style, je pense que ça remettrait notre intégrité en question. Si on se transformait en groupe country ou pop, ça serait un peu bizarre. Maintenant, si on commençait un autre groupe sous un autre nom ou s’il s’agissait de faire un album solo, alors pas de problème bien sûr. On a de la créativité à revendre après tout. J’ai un projet de hip-hop, par exemple. En fait, j’aime toutes les musiques. Mais en ce qui concerne Madball, si on changeait radicalement notre style, je pense que ce serait manquer de respect pour tout ce que le groupe représente, tu vois.

D’accord, mais des groupes l’ont pourtant fait et les fans n’ont rien eu à y redire : Metallica, Helloween (NDLR : qui faisait du thrash au départ)… Donc pourquoi ces groupes pourraient le faire et pas vous ?

On a le droit, bien sûr ! Madball a le droit de faire ce qu’il veut. Mais c’est juste qu’on n’en a pas envie. Malgré tout, ne te méprend pas : on évolue. Chaque album est un autre chapitre dans l’histoire de Madball. Si tu fais attention, tu verras qu’on évolue et que l’on progresse tout le temps. Mais nous sommes connus pour jouer un certain style et on aime représenter ça, mec. D’ailleurs, ce n’est pas non plus comme si Metallica avait arrêté le metal. Ce n’est pas comme s’ils s’étaient transformés en Johnny Cash. Donc oui, leur musique s’est assagie et leurs chansons sont un peu plus commerciales mais ça reste le même genre de musique. Je pense que c’est la meilleure manière de le dire. Car vraiment, ces groupes que tu as cités, je ne crois pas qu’ils aient fondamentalement changé. Pour moi, un changement radical serait de changer de genre de musique et ça, je ne pense pas qu’aucun de ces groupes l’ait fait. Il y a toujours de la place pour évoluer. Mais cela doit être fait avec goût.

N’avez-vous jamais senti une certaine frustration par rapport au fait de restreindre votre évolution musicale pour garder le « son traditionnel » de Madball ?

Non, pas du tout car nous avons d’autres mediums pour faire les autres trucs musicaux que nous voulons faire. Donc je n’ai jamais pensé « Je ne peux pas faire tout ce que je veux au sein de Madball ! ». Comme je le disais, nous continuons d’évoluer et nous faisons des choses qui sonnent un peu différemment. Mais lorsque tu nous écoutes, tu nous reconnais immédiatement et c’est une bonne chose.

Justement, à propos de ces autres exutoires musicaux, tu me parlais de hip-hop. Peux-tu nous en dire plus ?

En fait, je me fais tout simplement appeler Freddy Madball. C’est le surnom par lequel beaucoup de monde me connaît, et pas seulement dans le hardcore, mais dans la musique en général. Mon DJ s’appelle Stress. Il gère également les beats. Mon album s’appelle Catholic Guilt et il est dispo partout sur internet mais également dans certaines boutiques. J’en suis vraiment très content. J’ai toujours été un grand fan de hip-hop et j’ai toujours été impliqué dans cette scène d’une façon ou d’une autre. Donc c’est une autre direction musicale dans laquelle je compte continuer à m’investir.

Et que penses-tu de l’évolution du hardcore avec cette vague de hardcore technique, presque progressive menée par des groupes comme The Dillinger Escape Plan ?

Je n’en sais rien. Il y a des groupes que certains considèrent hardcore alors que je ne les considère pas comme hardcore. Donc c’est dur à dire. Peut-être que ces groupes-là ont leur ligue à eux. Personnellement, je n’ai aucun problème avec les groupes qui font ce qu’ils veulent faire, mais je ne sais pas si je les considèrerais comme appartenant au genre tel qu’on le voit de manière traditionnelle. Mais ça ne veut pas dire que tous les groupes hardcore ont le même son parce que, vraiment, ça n’est pas le cas. Certains font manifestement du hardcore mélodique. D’autres sont influencés par des sons plus métalliques. D’autres font du hardcore traditionnel… Il y a beaucoup de diversité dans le genre et il y en aura toujours. Pour autant, tout ce qui sonne lourd ne peut pas pour autant être qualifié de hardcore. Il faut mettre la limite quelque part.

La question con de l’interview : puisque l’album s’appelle Empire, je suis obligé de te poser une question sur Star Wars. Alors, pour ou contre Hayden Christensen ?

(Rires) Suis-je pour ou contre Hayden Christensen ?… Elle est bien bonne celle-là !… … Je suis pour !

Parfait ! Passe une bonne journée !

Merci beaucoup mon pote !


Entretien réalisé en Octobre 2010 par phoner.

Traduction : Thomas

Myspace MADBALL : www.myspace.com/madball
Myspace FREDDY MADBALL & DJ STRESS : www.myspace.com/freddymadball



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