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Chronique   

Funeral Mist – Hekatomb


Encore une sortie impromptue pour rafraîchir un été qui s’annonce torride : comme de plus en plus de groupes qui, en réaction peut-être aux plans de communications bien rodés qui inondent le marché, lancent leurs dernières productions dans le monde sans plus de cérémonie qu’un certain effet de surprise, les Suédois de Funeral Mist proposent Hekatomb quinze jours à peine après une annonce succincte de leur label historique Norma Evengelium Diaboli. De quoi causer pas mal d’émoi dans le microcosme du black metal : en effet, le groupe, fer de lance aux côtés de Deathspell Omega et d’Ofermod, entre autres, de ce qu’on appelle depuis black metal orthodoxe (intense, intransigeant, et résolument sataniste), géniteur du désormais classique Salvation sorti en 2003, s’est créé en quelques sorties une aura ténébreuse et quasi culte. Avec Hekatomb, il brise un silence de près de dix ans. Arioch, tête pensante du projet, aura donc eu le temps de peaufiner ses morceaux entre deux albums de Marduk, où il officie sous le pseudonyme de Mortuus depuis 2004, et qui a aussi fait du bruit en juin avec un Viktoria mené tambour battant. Après un Maranatha reçu de manière contrastée en 2009, les attentes sont élevées, multiples voire contradictoires. C’est par la force que Funeral Mist a décidé d’y répondre.

En effet, Hekatomb, qui porte bien son titre, fait pleuvoir les coups dès les premières minutes de l’album, et frappe par sa relative brièveté : avec une quarantaine de minutes, on est loin des longs développements des albums précédents. Difficile de ne pas faire le parallèle avec la petite demi-heure de Viktoria ; mais si la comparaison avec Marduk est tentante, d’autant plus qu’Arioch s’est adjoint au son les talents de son collègue Devo, bassiste et producteur de Marduk, et à la batterie, ceux de Lars Broddesson, ancien batteur du groupe, elle s’épuise rapidement : point de péripéties martiales ici. Hekatomb est délesté de la plupart des audaces qu’on percevait dans Maranatha, et rappelle souvent l’agressivité primitive de Salvation. On pense au Mayhem des débuts, à une sorte de distillat de black metal de la deuxième vague. Pour autant, Arioch se permet des fantaisies, prévisibles – les chants grégoriens de « Metamorphosis », grand classique voire cliché du black metal orthodoxe, les claviers inquiétants à la Burzum sur fond de blizzard de « Cockatrice » – ou plus surprenantes, comme les débuts de « Naught But Death », dont les vocalises et la batterie rock semblent tout droit sorties d’un morceau d’Urfaust, ou l’étrange voix enfantine qui hante le redoutable « Pallor Mortis » sur lequel se clôt l’album.

Alors, Hekatomb, album d’un juste milieu entre la brutalité de Salvation et les développements de Maranatha ? Le disque semble en effet équilibré et il est soutenu par une production idéale, comme si après une bonne vingtaine d’années d’existence, Funeral Mist avait trouvé sa formule. Mais est-ce vraiment de l’équilibre que l’on attend d’un tel groupe ? Si Hekatomb peut pâtir de l’éclat de ses prédécesseurs, celui-ci ne doit pas faire oublier ses mérites indubitables ; en effet, si on peut s’habituer aux imprécations bibliques des paroles du groupe (un peu comme celui de Deathspell Omega, le satanisme de Funeral Mist s’exprime à travers un épluchage méticuleux et un renversement systématique des propos de la Bible), impossible de se faire à la voix stupéfiante d’Arioch, avec laquelle, sans doute plus libre ici que chez Marduk, il se permet tous les excès, et qu’il décrit assez aptemement lui-même comme celle de « milliers de tombes ouvertes ». Psalmodies, grognements hargneux, hurlements à la mort : les huit morceaux d’Hekatomb s’abattent sur l’auditeur comme les sept plaies d’Égypte, et prouvent que Funeral Mist n’a pas perdu le feu sacré. Plus accessible que ses prédécesseurs dont on regrette parfois la sauvagerie et la dimension iconoclaste – mais quel groupe a révolutionné un style plusieurs fois dans sa carrière ? –, Hekatomb est une œuvre au noir habitée qui fera les délices de tous ceux qui ne l’attendaient même plus.

Album en écoute intégrale :

Album Hekatomb, sorti le 15 juin 2018 via Norma Evangelium Diaboli. Disponible à l’achat ici



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