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Live Report   

Gala de black metal à la Cigale


En ce 9 février, la population parisienne doit affronter la pluie, le froid et le vent. Heureusement Behemoth, Abbath, Entombed A.D. et Inquisition viennent réchauffer l’atmosphère avec leurs valises pleines de riffs et de charisme. A l’origine prévu au Bataclan, le concert aura finalement lieu dans le mythique théâtre du dix-huitième arrondissement qu’est La Cigale. Il aurait en effet été dommage de louper ces quatre ténors de la scène black et death, qui rappelons-le, ont tous au moins vingt-cinq ans de bouteille derrière eux.

La salle affichant sold-out ce soir, c’est donc une foule venue en masse qui pénètre le sanctuaire. Pour ouvrir cette soirée, ce sont les Colombiens d’Inquisition qui sont motivés pour en découdre. Pour ceux qui ne connaissent pas les deux compères, il faut savoir que leur nom résume parfaitement leur musique avec des compos venues de l’Enfer ! La voix du chanteur Dagon (inspiré d’Abbath et de Kermit la grenouille) est impressionnante et le duo guitare-batterie est aussi bruyant que cinq instruments en même temps.

Artistes : BehemothAbbathEntombed A.D.Inquisition
Date : 9 février 2016
Salle : La Cigale
Ville : Paris [75]

C’est toujours un plaisir de voir Inquisition, ce groupe crée en 1988 qui passe d’ailleurs régulièrement dans notre contrée. Il est un peu plus de 17H30 passé quand la fumée et la musique de fond lance les hostilités. « Force Of The Floating Tomb », premier morceau du set tiré du dernier album Obscure Verses For The Multiverse (2013) est une synthèse parfaite de ce qu’on va avoir ce soir : des couplets ravageurs et ultras rapides, des riffs techniques et des interludes plus lents. Une tambouille qui ravira plus d’un fan de trve black metal. La puissance de la musique et la précision technique de Dagon et Incubus sont impressionnantes. Le son, excellent dans cette salle, met bien en avant toutes les notes de guitares et la voix très particulière de Dagon.

Sur le morceau « Dark Mutilation Rites », on découvre une autre facette du groupe, avec une batterie plus lente mais très rythmée et un jeu de guitare plus simple. Incubus est d’une telle aisance technique, surtout aux pieds, qu’il se permet des changements de structures sans arrêt, passant d’un coup de tempos rapides effectués par des blast beast ravageurs à un rythme plus lent, comme on peut le voir sur « Master Of The Cosmological Black Cauldron ». Les deux musiciens font l’unanimité et reçoivent un grand soutien du public, très à l’écoute. Le manque de basse n’est même pas choquant tellement le groupe en jette, quelle intensité ! Voir deux gars balancer autant sur scène relève du génie. Qu’on ne vienne pas nous dire après ce set que le black metal n’est « que » norvégien.

Setlist :

Force Of The Floating Tomb
Ancient Monumental War Hymn
Dark Mutilation Rites
Master Of The Cosmological Black Cauldron
Embraced By The Unholy Powers Of Death And Destruction
Command Of The Dark Crown
Infinite Interstellar Genocide

EntombedAD

Entombed A.D.

Après cette prestation réussie, c’est au tour d’un autre pilier de monter sur scène, Entombed A.D.. Un groupe né des cendres d »Entombed, groupe suédois et patron du death metal fondé dans les années 80. La rupture s’est faite après le départ en 2013 de l’un des deux membres d’origine, Alex Hellid. Après un premier album sorti dans les bacs en 2014, les Suédois viennent défendre leur nouvel opus, Dead Dawn. On attend beaucoup de ce concert pour voir comment le combo a rebondi après sa dissolution, et forcément les fans attendent eux beaucoup de morceaux de Entombed. Le premier est un extrait de leur nouvel album, « Midas In Reverse », qui lance parfaitement le concert et voit aussi Lars Göran Petrov arrivé clope au bec et bière à la main, le sourire aux lèvres. Il n’aura pas fallu longtemps au groupe pour jouer un morceau d’origine, « Stranger Aeons » de l’album Clandestine, pour mettre tout le monde d’accord. La voix de Lars est toujours aussi puissante sur ce morceau qui nous en met plein la tête.

Le bijou « Chief Rebel Angel » est un morceau compliqué à exécuter et on sent moins de facilité pour Olle Dahlstedt qui lâchera une ou deux pêches à la batterie pendant le concert. Même pour Lars ce morceau est difficile à chanter. En revanche pour ce qui est de « Living Dead » et « Chaos Breed » il n’y a aucun souci. Les morceaux très rapides sont joués avec une justesse impressionnante. Sur le deuxième extrait de Morning Star, « I For An Eye », on voit encore une exécution du morceau un tout petit peu plus approximative que les autres. Pas grave, ce concert est très enjoué et convivial avec une setlist aux petits oignons comme ce « Revel In Flesh » extrait du premier album Left Hand Path, référence du genre, interprété à toute vitesse. Le milieu metal connaît Entombed, le milieu metal connait également la musique culte « Left Hand Path », un gros morceau de bravoure qui avait projeté le groupe au premier plan il y a vingt-cinq ans de cela. Une démonstration instrumentale et notamment un solo de guitare incroyable qui donne de vrais frissons.

Encore une prestation très propre d’un groupe qui déçoit de toute façon rarement et qui a le feeling pour faire passer un très bon concert à n’importe quel public metalleux. Donc rien que pour ça, chapeau messieurs !

Setlist :

Intro
Midas In Reverse
Stranger Aeons
Second To None
Living Dead
Pandemic Rage
Chief Rebel Angel
Chaos Breed
I For An Eye
Revel In Flesh
Wolverine Blues
Left Hand Path
Outro

Abbath

Déjà deux prestations et il est tout juste 19H. Maintenant la salle est plus que remplie car personne ne veut manquer le premier show d’Abbath en salle à Paris (il avait déjà joué au Fall Of Summer l’année dernière). Cet homme qui est considéré comme un demi-dieu par une grosse partie de fan de black metal, est un Zébulon de la scène. En froid avec Immortal qu’il a définitivement quitté il y a quelques mois, Abbath est l’initiateur de nombreux projets comme I avec qui il a sorti un album où Bömbers (où il joue de la basse), groupe de reprise de Motörhead et maintenant son groupe éponyme. Abbath sait s’entourer des meilleurs, c’est ainsi King Ov Hell de Gorgoroth qui a d’ailleurs été choisi pour assurer la basse dans ce nouveau groupe. Le riff de guitare de « To War ! » démarre et Abbath arrive sur scène avec son armure et corpse paint habituel. Le premier morceau est déjà une référence pour le public qui s’est déjà bien fait saigner les oreilles avec ce premier bébé. Malheureusement, dès le début du concert on constate que le son de l’instrument du deuxième guitariste est très bas. Cela n’empêche pas l’audience de noter la très bonne homogénéité entre King et Abbath sur le morceau « Winter Bane ». Le remplaçant à la batterie de Kevin Foley (ex-Benighted), Gabe Seeber se défoule comme un beau diable sur ses caisses même si son jeu est moins impressionnant que son prédécesseur.

Néanmoins tout fonctionne plutôt bien, avec un Abbath qui n’en fait pas des tonnes mais juste ce qu’il faut pour introduire le premier morceau d’Immortal de la soirée, « Nebular Ravens Winter ». Forcément, la réaction de la salle est importante et on voit bien qu’Abbath se donne vraiment à fond et qu’il ne veut pas décevoir sur ce genre de titre. Le seul extrait de I, « Warriors », est de grande qualité avec King qui s’en donne à cœur joie sur ce titre qu’il connait comme sa poche. La différence de réaction du public entre des morceaux d’Abbath et ceux d’Immortal est telle qu’il est presque décevant qu’il n’y ait que quatre morceaux d’Immortal sur scène. Le fabuleux « Tyrants », extrait de Sons Of Northern Darkness (un album mythique du genre), est incroyable. Malheureusement, les interludes de guitares sont presque inaudibles compte tenu du manque de puissance de son de la deuxième guitare. Dommage ! Malgré tout, « Endless » et « Root Of The Mountain » sont bien interprétés et l’album est dans l’ensemble très bien reçu par le public. L’obligatoire « All Shall Fall », met le chaos dans la Cigale. Un titre idéal pour clôturer une prestation de ce calibre.

Voir sur scène Abbath, un musicien insupportablement doué et plein de charisme, est monstrueux. Histoire de combler définitivement les fans, Abbath et King donneront même une séance d’autographes quinze minutes après leur prestation. Un pur plaisir !

Setlist :

To War
Winter Bane
Nebular Ravens Winter
Warriors
Ashes Of The Damned
Fenrir Hunts
Tyrants
One By One
Count The Dead
Root Of The Mountain
Endless
All Shall Fall

Behemoth

Cette soirée endiablée continue avec les Polonais de Behemoth particulièrement attendus. Après la petite séance de dédicace avec Abbath et King, l’heure est venue de célébrer le rituel polonais. Le concert est particulier ce soir car le groupe va interpréter dans son intégralité son dernier album sorti en 2014, The Satanist. Jouissant d’une belle réputation depuis maintenant plus de deux décennies, Nergal et sa troupe vont tout faire pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Définitivement débarrassé de ses problèmes de santé (Nergal était atteint d’une leucémie), le chanteur/guitariste expliquait que l’album The Satanist était un tournant dans sa carrière et plus précisément, dans sa vie. C’est donc avec beaucoup d’envie et de passion qu’on attend les Polonais ce soir. « Blow Your Trumpets Gabriel » introduit parfaitement le concert par son rythme assez lent et mélodique, une mise en bouche idéale. L’album est joué dans l’ordre donc pas de surprise dans la setlist. De grands serpents servent de pieds de micro au trois choristes et une estrade avec des marches supplante la scène où le batteur Inferno est installé. Rajoutez à cela beaucoup de fumée, du corpse paint et vous avez l’identité visuelle de Behemoth.

Le morceau « Messe Noire » porte d’ailleurs très bien son nom car on a vraiment l’impression d’assister à un culte donné pour Satan ! Le solo de ce morceau est exécuté à merveille. L’utilisation de voix, d’effets ou de sons brouillons est utilisé dans une grande partie de l’album, comme sur le morceau « Ora Pro Nobis Lucifer ». Le son est de grande qualité, ce qui rend le jeu aux doigts d’Orion très agréable à l’écoute. Ce morceau est le mélange parfait du black/death dévastateur des grandes années du groupe. L’album The Satanist n’est peut-être pas le plus réussi ou le plus violent mais le rendu en live est impeccable, la force des grands groupes. Par ailleurs on est heureux de voir Nergal aussi en forme et aussi rassembleur qu’à la belle époque. Un beau fuck à la maladie donné par l’un des leaders les plus charismatiques de la scène metal. Exemple de changement dans la composition : « In The Absence Ov Light » passe d’un couplet brutal à des arpèges de guitare comme sur une ballade, c’est fort, très fort et honnêtement le rendu est somptueux (encore plus en live que sur CD).

La classe

La fin de l’album est représentée par le morceau « O Father O Satan O Sun », moment choisi par le groupe pour se coiffer de son fameux masque à cornes, de se mettre en triangle et de ne pas bouger pendant l’exécution de la deuxième partie du morceau, partie plus qu’épique. Le public reprend à l’unisson avec la voix off « O Father O Satan O Sun » et à ce moment-là du concert un seul dieu existe : Behemoth ! Heureusement pour nous le concert ne se termine pas là-dessus et le groupe va en fait exécuter quatre derniers morceaux dont le très black « Pure Evil And Hate » puis les deux monstres que sont « Conquer All » et « Chant For Eschaton 2000 », extraits respectivement de Demigod et Satanica, qui placent Behemoth sur la montagne élevée des artistes dont les prestations live sont hallucinantes. Un groupe sur un nuage, sûr de son jeu, dont l’application est sans faille.

Jouer après de tels artistes n’était pas simple mais Behemoth a relevé le défi avec brio. Le groupe polonais, qui a failli arrêter définitivement son activité à cause de problème de santé, aura montré qu’il est au sommet de son art, aussi bien musicalement qu’humainement.

Setlist :

Intro
The Satanist
Blow Your Trumpets Gabriel
Furor Divinus
Messe Noire
Ora Pro Nobis Lucifer
Amen
The Satanist
Ben Sahar
In The Absence Ov Light
O Father O Satan O Sun!
Rappels :
Pure Evil And Hate
Antichristian Phenomenon
Conquer All
Chant For Eschaton 2000

Live report : Philippe Dory.
Photos : Philippe Bareille (Music Waves).



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  • Phucking Phiphi dit :

    Une petite précision : si Inquisition a bel et bien vu le jour en Colombie, où vivait Dagon quand il était jeune, lui et son batteur sont américains et le groupe a été relocalisé à Seattle depuis de nombreuses années. Inquisition est donc bel et bien un groupe 100% US et non Colombien, comme on peut le lire trop souvent ici et là.

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