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Interview   

Garmonbozia : 20 ans à travers la France


En 1998, Fred Chouesne fonde une association spécialisée dans l’organisation de concerts. Vingt ans plus tard, Garmonbozia fait partie des acteurs clés du paysage metal français, s’occupant de la mise en avant de nombreux groupes de la scène extrême. En effet, c’est grâce à Garmonbozia que nous pouvons par exemple profiter d’artistes comme Mantar, Abbath, Havok, Primordial, Sepultura et tant d’autres groupes. Cette année, pour fêter son anniversaire en beauté, Gamonbozia organise dans sa ville natale, Rennes, un festival indoor à l’affiche très alléchante. Au programme : Carcass, Amenra, Enslaved, My Sleeping Karma, Stoned Jesus seet d’autres noms importants.

Pour évoquer cet événement, nous avons discuté avec le fondateur de Garmonbozia afin de revenir sur l’histoire de cette organisation, les difficultés rencontrées et plus globalement le monde des concerts.

De gauche à droite : Lorène (chargée de production et billetterie), Nico (président de l’asso), Fred (fondateur, directeur, programmateur) et Pierre (vice-président de l’asso)

« En ce qui concerne la scène metal extrême live au milieu des années 90, c’était un peu le désert. Il y avait parfois des dates ou des festivals, néanmoins des groupes d’ampleur comme Marduk ou Immortal ne jouaient pas forcément en dehors de Paris. »

Radio Metal : Cette année Garmonbozia fête ses 20 ans. L’aventure a commencé pour toi en 1998 lorsque tu devais valider ton BTS en organisant un concert. Depuis, Garmonbozia est l’un des acteurs majeurs du monde metal, notamment à Paris où tu organises la plupart de tes événements. En 2013, pour les quinze ans de l’orga, vous n’étiez « que » sur Paris, Rennes et Nantes. Or depuis vous avez atteint Lyon, Toulouse, Marseille, etc. Que s’est-il passé ces cinq dernières années ?

Fred Chouesne : Nous avions déjà l’habitude de travailler avec des organisateurs locaux un peu partout en France depuis une bonne quinzaine d’années. Mais il est vrai que la situation était moins fréquente qu’à l’heure actuelle. L’activité est de plus en plus importante, et donc prenante, chaque année avec à la clé de plus en plus de concerts et de sollicitations. Nous refusons même pas mal de choses. Nous produisons à l’année entre 70 et 80 concerts, des événements qui sont gérés par notre équipe à 100%. Après, il y a également toutes ces dates ailleurs en France qui sont coproduites avec des salles et des organisateurs.

Lorsque l’on se renseigne sur le nom Garmonbozia, on a l’impression que tu es fan soit de Twin Peaks, soit d’alcool ! Quelle est la vérité derrière ce nom ?

En effet, il s’agit d’une référence à Twin Peaks de David Lynch. Ce dernier étant une influence artistique énorme, même si par rapport à notre activité il n’y a aucun rapport. Le fait est que Twin Peaks m’a beaucoup marqué, ainsi que d’autres personnes de notre association. À l’origine l’association s’appelait Heic Noenum Pax, ce qui était un peu compliqué à retenir pour certains. Même si le nom Garmonbozia n’est pas mieux ! Donc c’est une grosse référence à Twin Peaks et au film Fire Walk With Me où le terme est évoqué deux fois. Je suis un fan de tout ce que David Lynch peut sortir. Je ne peux pas dire que c’est mon mentor, car les activités n’ont pas de lien, mais c’est une personne qui m’inspire énormément sur sa façon de travailler. Pas uniquement sur ses œuvres cinématographiques mais également sur la peinture, la musique…

D’ailleurs, pourquoi un petit Raptor en guise de logo ?

En fait il s’agit d’un roi Lézard, il faut le savoir [rires]. La musique qui me plaît le plus est celle de The Doors. Et comme Jim Morrison se faisait appeler le Lizard King… Garmonbozia est un mix de Twin Peaks et de Jim Morrison.

Depuis que Garmonbozia organise des concerts en Bretagne, car vous êtes de Rennes à la base, as-tu constaté un changement dans les associations et organisations de concerts avec plus de concerts au rendez-vous ?

Lorsque l’on a commencé à faire des concerts, il n’y avait pas grand-chose en France en dehors de Paris en ce qui concerne le black, le death et le thrash. Le metal plutôt mainstream était présent un peu partout. En ce qui concerne la scène metal extrême live au milieu des années 90, c’était un peu le désert. Il y avait parfois des dates ou des festivals, néanmoins des groupes d’ampleur comme Marduk ou Immortal ne jouaient pas forcément en dehors de Paris. En tant que fans, nous nous déplacions systématiquement sur Paris pour voir les groupes que nous aimions. Et nous plaisantions sur le sujet en nous disant : « Pourquoi ne ferait-on pas de concerts sur Rennes ? » Ce constat est donc apparu, cela faisait quatre ou cinq ans qu’il n’y avait plus de concert metal sur Rennes ou en Bretagne. Et je crois même que ce constat était également valable sur la Bretagne. Je me souviens d’un concert en 1993 de Bolt Thrower, Grave et Entombed qui avaient joué à Rennes. Mais c’est tout. C’était organisé par ATM (Association Trans Musicales) qui gère le festival des Transmusicales. Elle n’est pas du tout metal mais le producteur Jean-Louis Brossard voulait produire quelques dates metal. En discutant plus tard avec lui, j’avais appris qu’en fait cela ne lui plaisait pas du tout et qu’il l’avait fait pour rendre service. A l’époque, il n’y avait pas encore le Fury fest qui deviendra Hellfest, donc la Bretagne était un peu une zone désertique. Mais comme tu le disais, l’idée est venue dans le cadre de mes études. Il s’agissait d’une date avec les Belges d’Enthroned, un groupe de black metal. Le concert avait très bien marché, faisant même complet. Quelques jours plus tard, nous avons officiellement lancé l’association.

Une belle réussite pour une première !

Oui, même si cela n’a pas été évident. C’était en vue de mon BTS où l’on devait faire une action commerciale parrainée par des professionnels. Donc j’avais cette idée de concert de black metal. Sauf qu’aucun professionnel de la musique n’était intéressé. Certains se demandaient encore ce que c’était. Il y avait même encore beaucoup de préjugés. Et finalement un label plutôt porté hardcore, Hard Side Connection, avait été intéressé par le fait de nous parrainer en prenant en charge le risque financier. Mais nous les avions rassurés en disant que nous allions faire le plein, même si nous n’en savions rien du tout ! Donc même dans le cadre de mes études, cela n’a pas été simple de proposer ce concert.

Mothership – Petit Bain – 27 septembre 2018

« Ce n’est pas toujours évident, mais chaque matin en me levant, je me dis que j’ai beaucoup de chance de faire ce boulot. Donc le côté passion reste là avant tout. »

Des associations vous ont-elles emboîté le pas ?

Oui. Après, si nous n’avions rien fait, je n’ai aucune idée si d’autres associations ne seraient pas arrivées. Au début des années 2000, plusieurs associations sont apparues en Bretagne pour proposer de nombreux concerts de death, black ou grindcore. Et puis après est arrivée l’équipe de Ben Barbaud avec le Furyfest, qui a changé beaucoup de choses sur la manière dont on considérait le metal extrême en présentant des groupes sympathiques et aucunement dangereux. Cela a quand même fait évoluer pas mal de choses, même si nous avions dû nous battre avec les salles qui ne voulaient pas du tout de nos concerts au départ. Les a priori étant très négatifs. En voyant que ces concerts se déroulaient de super bonne manière avec un public adorable, très respectueux, les mentalités ont pu changer. Mais au départ nous avions l’impression d’arriver devant les salles rennaises avec un ovni, d’autant plus que les salles étaient gérées pour une bonne partie d’entre elles par les mairies.

Avais-tu rencontré des soucis avec ce premier concert d’Enthroned ?

Pas sur celui-là, car c’était organisé dans un café-concert, qui n’existe malheureusement plus, qui s’appelait Les Tontons Flingueurs. C’était LE lieu vraiment rock’n’roll de Rennes. Le premier vrai concert de l’association était Marduk. Beaucoup de salles avaient refusé après avoir rapidement regardé ce qu’était ce groupe aux tatouages douteux, etc. Il a donc fallu beaucoup vendre le truc pour être accepté. Alors qu’à présent il y a une bonne relation entre nous et une confiance aveugle. À Paris, la plupart des salles sont privées alors qu’en province beaucoup de salles appartiennent aux mairies. Au départ, nous disions « oui c’est plutôt du rock, hard rock », alors que c’était du black metal ! On peut dire qu’il a fallu un peu mentir pour s’imposer ! [rires]

Aujourd’hui vous soutenez également d’autres organisations. Je pense à Suden Promotion pour le slam-death ou Stoned Gatherings pour le stoner/doom. Tu considères que cela a toujours été important de s’entraider ? Comment sont venues ces collaborations ?

Elles sont venues de manière naturelle, car c’est surtout le côté humain qui a été important, en rencontrant les personnes des structures que tu cites. Et le courant est super bien passé. On voit que nous sommes tous un peu dans le même bateau. Cela reste une ambiance « rock’n’roll », nous pouvons faire le boulot sans toujours nous prendre au sérieux. Il y a un côté convivial de bosser avec eux et c’est toujours un plaisir.

As-tu ressenti une forme de routine en ce qui concerne ton activité ?

Il y a toujours cette passion, mais c’est vrai qu’avec les années, plus on vieillit, moins on est efficace [rires]. Donc il y a quand même une certaine routine qui s’installe, car dans tous les concerts programmés, le déroulement est toujours le même. Et ce peu importe le style musical. Le concert se confirme ; le processus de promotion démarre ; on travaille le concert jusqu’au jour J : c’est un peu toujours le même process. Donc ce n’est pas toujours évident, mais chaque matin en me levant, je me dis que j’ai beaucoup de chance de faire ce boulot. Le côté passion reste là avant tout. Et heureusement car, comme je te le disais, c’est un peu toujours la même chose quels que soient les groupes. Il faut donc se motiver. Mais en prenant du recul, je me dis que c’est une chance énorme de faire cela et qu’il ne faut pas se plaindre.

Le public extrême peut noter que Garmonbozia a régulièrement des affiches très alléchantes. C’est aussi une forme de réussite pour vous.

Oui, c’est vrai. Néanmoins, parfois nous travaillons avec des artistes où tout se passe bien mais finalement, pour une raison x ou y, nous ne travaillons plus ensemble. Parce que les groupes peuvent, par exemple, changer de manager ou de tourneur.

« Au départ, nous disions ‘oui c’est plutôt du rock, hard rock’ alors que c’était du black metal ! On peut dire qu’il a fallu un peu mentir pour s’imposer ! [rires] »

C’est ce qu’il s’est passé avec Behemoth, par exemple ?

Exactement ! Nous en avons même rediscuté au Motocultor pour notre dernière date officielle avec le groupe. Les agents et tourneurs me l’ont dit : tout s’est très bien passé mais c’est juste qu’ils ont envie d’autres choses. Après on verra, rien n’est jamais vraiment acquis. Il y a des groupes avec qui nous travaillions qui sont partis, puis sont revenus. Mais c’est dommage, car en général ce sont des groupes avec qui nous travaillions depuis longtemps. L’exemple de Behemoth est très bon car notre première date avec eux remonte à 2000 ! Je me souviens que nous avions fait 120 entrées à Rennes avec Behemoth en tête d’affiche deux ans plus tard. Et tu vois qu’au bout de vingt ans, leur public a été multiplié par dix. Alors parfois on se dit qu’on a fait progresser le groupe en France. Et voir ainsi certains groupes partir, c’est un peu dommage. Après, il s’agit d’un renouvellement. Nous ne sommes pas une grosse structure comme Live Nation ou Gérard Drouot Productions. Nous serons toujours une organisation qui fera tout pour faire évoluer un groupe, même si cela peut avoir un côté frustrant de le voir ensuite partir. On va dire que c’est le business musical qui veut ça.

Comment le choix des groupes s’est-il fait pour célébrer les vingt ans de Garmonbozia ?

C’est un peu comme pour les quinze ans où nous voulions absolument faire des groupes qui nous tiennent à cœur musicalement et également humainement parlant. Même si, par exemple, pour Tormentor et Master’s Hammer il s’agit de leur première date en France. Donc je ne peux pas dire qu’on ait déjà travaillé avec eux. Mais on a déjà travaillé avec le chanteur de Tormentor, Attila, via Mayhem. Nous avons également beaucoup d’affinités avec l’agent de Master’s Hammer qui est également responsable du Brutal Assault (festival en République tchèque). Et ce sont des groupes qui me parlent beaucoup sur le plan musical. Donc avec cet anniversaire, le but est déjà de nous faire plaisir nous-mêmes, en espérant que cela plaise au public. Néanmoins, nous savons très bien que nous nous mettons en difficulté puisque ce ne sont pas des groupes très connus du grand public. Nous aurions par exemple pu mettre des groupes comme Korpiklaani ou Alestorm avec qui nous travaillons. Cela me fait également penser au choix du Fall Of Summer, qui a une programmation assez pointue. Nous n’allons pas faire des milliers de personnes avec cette affiche mais nous nous serons fait plaisir.

Pourquoi ne pas avoir programmé uniquement des groupes Garmonbozia pour ces vingt ans ?

Il y a des groupes que l’on peut programmer au niveau local à Rennes, mais pas au niveau national. Tous les groupes ont été calés avec des agents avec qui nous nous entendons très bien et des bookers français. Par exemple, Carcass travaille avec Rage Tour qui sont nos voisins, car ils sont basés à Rennes. On aime beaucoup Carcass, mais je ne suis pas sûr que nous les aurions programmés si les négociations avaient dû se faire avec une structure qui nous était inconnue. Tout cela englobe un copinage avec des gens avec lesquels on aime travailler. Il n’y avait pas trop le choix, il fallait passer par d’autres structures pour choisir des groupes que l’on aime.

Quelle est la plus grosse difficulté concernant l’organisation d’un concert ? Financière ou relationnelle ?

Je pense tout d’abord qu’elle est financière. Nous sommes une association très peu subventionnée en comparaison d’autres structures. La Mairie ou la Région ne nous donnent pas beaucoup d’argent et cela se répercute forcément sur les coûts des concerts et les tarifs en billetterie, qui peuvent être un peu plus élevés en comparaison d’autres structures. Donc il y a toujours la problématique d’équilibrer les soirées. Il y a des concerts où l’on sait d’avance qu’on fera une date à perte, mais comme c’est un groupe que l’on aime… passons ! Il y a aussi d’autres groupes avec lesquels nous sommes moins proches mais qui vont faire salle pleine. Nous assurons malgré tout des concerts qui sont perdants financièrement, car nous savons que cela fera plaisir à un public ciblé. Et puis, il y a également des artistes avec lesquels nous sommes peut-être moins fiers de dire que l’on va les faire jouer. Alors peut-être même que l’on va se moquer de nous, mais nous sommes obligés pour pouvoir continuer de proposer des choses très variées. C’est une obligation pour payer tous les salariés de l’association. Car il faut quand même suffisamment de rentrées d’argent sur l’année pour que tout puisse rouler.

Alcest – La Gaîté Lyrique – 25 septembre 2018

« Nous serons toujours une organisation qui fera tout pour faire évoluer un groupe, même si cela peut avoir un côté frustrant de le voir ensuite partir. On va dire que c’est le business musical qui veut ça. »

Tu es au cœur de l’industrie musicale. À ce titre, quelle est ta vision face au flux de groupes ayant besoin de tourner pour vivre, étant donné que les disques ne suffisent plus ?

Je ne sais pas si c’est la raison pour laquelle les groupes tournent de plus en plus et ont également des cachets de plus en plus élevés. Mais il y a aussi un fait à prendre en compte, c’est que l’on s’aperçoit que les groupes se professionnalisent de plus en plus, ce qui sous-entend plus de personnel et d’intermédiaires. Ce qui est vraiment une bonne chose. Je me souviens d’années où les groupes n’avaient pas de manager, où c’était vraiment du Do It Yourself. Aujourd’hui il y a beaucoup plus d’intermédiaires et de gens rémunérés pour un groupe : management, éditeurs, tourneurs, mais aussi les personnes qui gèrent très bien le travail au quotidien d’un groupe. Les groupes doivent ainsi faire des concessions sur les montants qu’ils perçoivent puisqu’ils rémunèrent plus de personnes qu’avant. Le point négatif est donc que certains cachets deviennent n’importe quoi. On voit, dans cet ordre d’idée, des groupes qui, deux ans après la précédente tournée, demanderont deux fois plus d’argent et qui ne feront pas plus de monde. Après, je n’ai pas une vision à 360 degrés car je ne m’occupe vraiment que d’une partie précise. Je note simplement que nous avons de plus en plus d’interlocuteurs différents selon que l’on programme un groupe sur un concert ou un festival. Les groupes se trouvent un peu le cul entre deux chaises, entre vouloir se professionnaliser énormément sans forcément avoir tout de suite le public qui suit derrière. Tout cela peut donc être problématique. De notre côté, parfois nous allons donc devoir augmenter le tarif en billetterie et faire des places à 30 euros, alors que nous n’avons que trois cents personnes qui viennent. C’est un équilibre qui n’est pas évident à trouver. Sans vouloir être pessimiste, cela fait un peu peur pour l’avenir car le portefeuille du public n’est pas non plus extensible. Globalement, tout augmente. Si je revois le budget d’un concert il y a vingt ans, la part en promotion n’est pas la même. Il y a un côté exponentiel qui peut faire un peu peur.

Comment gères-tu les déboires de certaines dates telles que Korpiklaani au Trabendo où le chanteur était, par exemple, arrivé complètement ivre sur scène ?

L’organisateur est le principal responsable de ce qui arrive dans le lieu. Pour revenir à Korpiklaani, c’était au Trabendo il y a à peu près deux ans et c’était pitoyable. C’était une tournée où nous avions six dates avec le groupe, donc on les a revus plus tard sur d’autres concerts où tout s’est bien déroulé. Mais se mettre dans un état minable sur la date parisienne, où tous les médias sont présents, cela n’a pas fait beaucoup de publicité au groupe. On l’a justement vu lors de la dernière tournée de février, une date qui s’est déroulée à l’Élysée Montmartre et a été, bizarrement, la date en France qui a le moins bien marché pour eux… Notamment parce qu’il y a eu un boycott des gens qui ne voulaient plus voir le groupe. Alors que pour les autres dates, le public est venu en masse. Après, chaque groupe fait ce qu’il veut, mais il faut penser au public… Nous avons eu des retours à la fin du concert du genre : « C’est scandaleux ! » Et au final c’est nous qui avons pris [rires]. Il y a également le manager du groupe qui est aussi le tourmanager et ingé son du groupe. Si je me souviens bien, il a même coupé le son du micro du chanteur… Je me disais qu’après le concert il allait pousser une bonne gueulante auprès du groupe mais en fait pas du tout [rires]. Et le dernier concert donné en 2018, j’ai regardé la fin du set et on m’a dit qu’il était temps que cela se finisse, car il était un peu fébrile ! Donc, en effet, ce sont des situations difficiles à gérer.

Est-ce qu’organiser un concert en été, c’est organiser un concert en sachant que vous allez perdre de l’argent ?

Pour ce genre de groupes, oui. Avec la multitude de festivals, les groupes font de plus en plus de tournées en été. Du coup, ils ont besoin de dates en salle entre deux festivals. Nous ne sommes pas très chauds pour faire cela. Déjà parce qu’en été nous aimons bien faire un break. Mais si on ne le fait pas, quelqu’un d’autre le fera puisque c’est toujours l’agent du groupe qui a le dernier mot. Dying Fetus avait un concert entre le Summer Breaze et le Motocultor, donc ce n’est pas une surprise d’avoir fait ce concert à perte. C’était également le cas la semaine d’avant avec Toxic Holocaust au Gibus. Néanmoins, parfois il y a également quelques bonnes surprises. Je me rappelle ainsi de Municipal Waste avec Insanity Alert, il y a quelques années, qui avait fait salle comble au Divan Du Monde, et la fois précédente au Nouveau Casino. D’ailleurs pour ce mois d’août 2018, ils ont joué au Gibus le même soir que Dying Fetus. Il est de toute façon évident que les concerts en été sur Paris, ou sur d’autres villes majeures, sont beaucoup plus risqués avec les vacances. Puis les gens se disent qu’ils vont à tel festival et ne vont donc pas forcément voir les groupes à la même période. J’ai quand même l’impression que plus les années passent, plus il y a de concerts qui se font l’été. Ce n’est pas évident à gérer et, en même temps, nous avons très peu de choix, car si on dit non, le groupe va aller bosser avec quelqu’un d’autre.

Même si vous êtes orientés metal, vous avez tout de même quelques artistes bien plus rock tels que Uli Jon Roth, Riverside, The Pineapple Thief ou Dizzy Mizz Lizzy. Est-ce que ton but est de diversifier encore davantage Garmonbozia ?

Au début, l’association a été créée pour des concerts de death, black et thrash. Sur le plan personnel, mes goûts musicaux sont très larges et vont du rock seventies au jazz. Par exemple, au début des années 2000 nous avons même fait un festival de jazz à Rennes qui s’appelait « Jazz à Rennes ». A l’époque, le nom n’existait pas et depuis une autre structure a repris ce nom. Au-delà du fait que nous aimons la musique, le critère est de faire jouer des formations qui sont rock, ou dans le milieu de la musique électronique, et qui sont des groupes ayant un petit côté fou, ce quelque chose que l’on ne voit pas forcément toujours. Nous avons beaucoup bossé avec des groupes comme Magma ou Gong par le passé. Magma est tout de même une formation très atypique dans le jazz ou le rock. Il y a cette folie, cette musique très forte, que l’on peut ressentir en concert. Magma est, je trouve, un groupe à voir au moins une fois dans sa vie. Donc nous ne sommes pas du tout fermés au metal. Il faut avant tout que l’artiste nous plaise. Et s’il est sympa, c’est encore mieux ! Nous sommes toujours partants de proposer des choses qui peuvent changer.

« En Bretagne, si un groupe joue à Rennes ou à Saint-Malo, presque tout le public breton va venir de Brest, Vannes, Lorient, etc. Nous voyons les mêmes têtes sur un périmètre d’une centaine de kilomètres. »

Récemment nous observons davantage de concerts Garmonbozia dans des villes proches de capitales comme les Cuizines à Chelles. Est-ce qu’il est plus facile d’organiser des concerts là-bas que dans de grandes villes ?

Pour les dates en banlieue parisienne, il s’agit surtout d’une démarche venant des salles, comme L’Empreinte à Savigny-le-Temple ou Le Forum à Vauréal. C’est souvent les programmateurs de ces salles qui nous contactent en nous disant que sur tel trimestre ils n’ont rien en rock/metal, pour voir si nous avons quelque chose à leur proposer. C’est vrai que les salles de musique actuelles essayent de proposer une programmation très variée avec de la pop, des soirées DJ mais aussi des choses plus rock’n’roll. Par contre, par exemple pour Seyssinet-Pariset à côté de Grenoble avec qui nous travaillons, l’organisateur est Metallian Productions, un magazine dont nous sommes partenaires et nous connaissons Yves Campion, son fondateur/directeur, depuis très longtemps. Donc nous nous associons avec lui pour proposer des concerts dans sa région.

Est-ce que cela ne se ressent pas dans la fréquentation des salles ?

Si un groupe ne joue pas à Paris sur la même tournée, le score reste tout de même assez bon. Mais cela dépend aussi du jour. Il est certain qu’un concert va beaucoup mieux marcher un week-end qu’en semaine. Alors que sur Paris il y a très peu de différence entre un samedi et un lundi. Par contre, je remarque que pour des concerts à Savigny-le-Temple, à Vauréal ou à Chelles, il y a très peu de Parisiens intra-muros qui se déplacent. Sauf si c’est un groupe qu’ils aiment énormément. Mais, globalement, les programmeurs de ces salles nous disent que pour eux ce n’est pas une surprise. Je me dis que pour certaines dates tous les Parisiens vont venir, mais cela n’a pas l’air si simple. A la base, je tiens ce discours parce qu’en Bretagne, si un groupe joue à Rennes ou à Saint-Malo, presque tout le public breton va venir de Brest, Vannes, Lorient, etc. Nous voyons les mêmes têtes sur un périmètre d’une centaine de kilomètres. Bien sûr, des gens viennent aussi d’en dehors de Paris, mais je trouve que la mobilité à Paris est plus réduite par rapport à la province où les gens sont peut-être prêts à faire plus de kilomètres.

Est-ce que le surplus de concerts ne joue pas en défaveur des organisations ?

Si. Ce n’est pas toujours évident, car lorsque nous annonçons un concert, nous nous disons qu’il n’y a rien en même temps, et puis finalement une annonce peut arriver plus tard. Le souci est, justement, que nous prévoyons qu’il peut y avoir de gros concerts de metal en même temps et que, par voie de conséquence, moins de gens vont venir. Mais si je n’ai pas d’autres dates possibles… Par exemple, le 3 décembre nous avons annoncé Mournful Congregation, un groupe pas très connu de doom metal. Et quand nous avons annoncé cette date, il n’y avait pas grand-chose pour faire concurrence. Puis, quelques semaines après, il y a eu la date réunissant Kreator, Dimmu Borgir, Hatebreed et Bloodbath confirmée ! Forcément, nous nous disons que cela va faire mal [rires]. Cela reste un petit concert où nous ne nous attendions pas à faire beaucoup de monde. Mais je me dis que la trentaine de personnes qui va hésiter risque d’aller vers l’autre. Et sur un concert où nous attendons 150 personnes, nous ne serons peut-être que 100 au final. Hors Paris, il est tout de même beaucoup plus évident d’avoir une visibilité sur ce qui se fait, car il y a beaucoup moins de concerts. Par contre, sur Paris nous pouvons nous retrouver avec trois ou quatre concerts le même soir. Comme ce soir où nous avons Pineapple Thief qui joue à La Maroquinerie, Kamelot à l’Élysée Montmartre, et il y a également Sale Freux au Klub. Après, sur de grosses villes, il y a quand même la place pour faire plusieurs choses. Mais dès que c’est une programmation un petit peu pointue, il y a toujours un risque de se vautrer.

Garmonbozia souhaite-t-il faire son festival à l’année, ou vous comptez rester sur un événement unique pour célébrer l’anniversaire ?

Nous avons beaucoup réfléchi sur cette question et c’est très tentant. Mais nous nous sommes dit que se spécialiser sur l’organisation de festival aurait pour conséquence de mettre plein de concerts de côté… Là c’est un festival en salle, donc c’est bien différent, ce n’est pas la même infrastructure qu’un festival en plein air. C’est tout de même énormément de boulot de faire une trentaine de concerts en un ou deux mois. C’est très problématique niveau organisation. Donc je ne pense pas que nous ferons des festivals à l’année, même si cela pourrait être sympa.

Interview réalisée en face à face le 15 septembre 2018 par Matthis Van der meulen.
Transcription : Matthis Van der meulen et Amaury Blanc.

Photo 1 : Ronan Thenadey

Photos de concerts : Matthis Van der meulen



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