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Chronique   

Gaupa – Myriad


Les Suédois de Gaupa ne perdent pas de temps : après un EP en 2018, ils se font remarquer dans leur pays avec leur premier album, Feberdröm, en 2020, et tapent au passage dans l’œil de Nuclear Blast, rien que ça. Il faut dire que leur mélange de stoner et de voix tantôt puissante, tantôt cristalline, s’il tranche sur les sorties habituellement très metal du label, est rafraîchissant et les distingue des groupes d’occult rock dont ils semblent à première vue faire partie. En effet, pas d’atmosphère sombre et de sorcellerie ici : l’ambiance est plus volontiers féerique, teintée d’obscurité à l’occasion, certes, mais aussi de lumière, et puise autant dans les années 1970 que dans les années 1990. Attendu au tournant avec ce deuxième album qui a tout pour être celui de l’explosion pour le quintette, Gaupa n’a rien laissé au hasard, et Myriad montre à la fois l’étendue de sa palette et les progrès accomplis depuis ses premiers pas…

Dès le premier titre, « Exoskeleton », les plus grandes qualités du groupe brillent : un sens de l’accroche certain, des riffs qui rappellent le desert rock de Kyuss ou Queens Of The Stone Age, et la voix protéiforme d’Emma Näslund. Plutôt que dans la lignée des chanteuses rock, c’est du côté de Beth Gibbons de Portishead, d’Alison Goldfrapp, et surtout de Björk que Näslund semble puiser son inspiration, qu’elle susurre, murmure ou assène. Elle a la part belle tout au long du disque et est pour beaucoup dans son aspect changeant, presque chatoyant, mais les musiciens ne sont pas en reste. Avec des compositions un peu plus resserrées et maîtrisées que par le passé et sa production claire, Myriad explore en un peu plus de trente-cinq minutes ambiances, nuances et styles sans jamais perdre son fil. Le canevas de riffs élaboré par les deux guitaristes, Daniel Nygren et David Rosberg, est tissé de passages plus psychédéliques – dans le long morceau final « Mammon », par exemple –, de rock des années 1970 – le côté Led Zeppelin de « My Sister Is A Very Angry Man », le solo de « Diametrical Enchantress » – et d’une coloration par moments presque grunge, que ce soit dans le chant sur « Diametrical Enchantress » avec ses échos de Nirvana (clin d’œil volontaire au célèbre refrain d’« Heart-Shaped Box » ?) ou dans l’atmosphère à la Soundgarden de « Ra ». Le groupe se permet aussi quelques pauses, comme l’ouverture lente et mélancolique de « Moloken » qui aboutit à un crescendo explosif, l’un des moments forts de Myriad, ou le morceau acoustique chanté en suédois « Sömnen » porté par l’expressivité de Näslund et des harmonies vocales particulièrement soignées. Tout au long de ces différentes déclinaisons de Gaupa, le sens du groove de la section rythmique (Erik Sävström à la basse et Jimmy Hurtig à la batterie) n’est jamais mis en défaut.

Tout sonne étrangement familier dans Myriad, les sonorités comme les ambiances et le propos, mais l’ensemble frappe par sa fraîcheur. Il y a quelque chose d’unique dans sa façon de glisser entre les influences et les styles, entre des refrains entêtants et des passages plus progressifs, entre la lourdeur et la légèreté. Son talent pour faire fonctionner ensemble des éléments qui pourraient sembler hétéroclites fait de Myriad un album susceptible de plaire à un large panel de mélomanes, à la fois facile d’accès et qui se prête bien à des écoutes répétées. De nouvelles teintes se révèlent à chaque fois, du break scintillant d’« Exoskeleton » au solo crissant d’« Elden ». Véritable kaléidoscope, Myriad porte bien son nom : multiple, riche et lumineux, dynamique et nuancé, il prouve l’étendue du potentiel des Suédois, et fait résolument de Gaupa un groupe à suivre.

Chanson « Exoskeleton » :

Lyric vidéo de la chanson « Moloken » :

Chanson « Diametrical Enchantress » :

Clip vidéo de la chanson « RA » :

Album Myriad, sorti le 18 novembre 2022 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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