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Interview   

Geneviève Roy : l’entretien qui résume tout


Une interview longue n’est pas forcément signe de qualité et une interview courte peut être très évocatrice. C’est exactement ce qu’il s’est passé quand nous avons rencontré dans les coulisses du Hellfest Geneviève Roy, la veuve du célèbre député metal Patrick Roy décédé le 2 mai dernier. Le bref échange ci-dessous avait été rajouté sur le site à posteriori de l’événement, en format audio dans notre fil rouge du Hellfest (journée de samedi), et comme vous êtes peut-être passés à côté, nous avons décidé de le retranscrire pour lui donner la visibilité qu’il mérite. D’ailleurs, au cours de ce fil rouge une interview audio du fils de Patrick Roy, Kévin, est également disponible.

Dans l’entretien qui nous intéresse aujourd’hui, Geneviève parle aussi bien de l’amour de la famille Roy pour Devin Townsend que des derniers jours de son mari avec des détails et des ressentis personnels qui nous ont vraiment beaucoup touchés… Par la mise en ligne de cette conversation nous en profitons également pour saluer une nouvelle fois la mémoire de Patrick Roy, un homme en qui la communauté metal conservera une reconnaissance éternelle. Et qui ne l’oubliera jamais.

Voici en audio l’échange spontané que nous avons eu avec Geneviève Roy, ainsi que son compte-rendu.

Version audio de l’entretien :

[audio:Hellfest 2011/Genevieve_Roy.mp3|titles=Geneviève Roy au Hellfest]

(A propos de Devin Townsend) « Quand j’ai besoin d’être boostée, lorsque je n’ai pas trop envie de travailler : je mets ça et ça me donne des ailes. Et comme je le disais à mon mari, il y a même certains morceaux qui me font dresser les poils tellement ils sont magnifiques. Il est capable d’avoir une voix d’opéra et puis d’avoir une voix de metalleux avec des cris. »

Radio Metal : Est-ce que le metal était une passion que vous partagiez avec votre mari ?

Geneviève Roy : C’était plutôt lui, mais je la partageais également. En vivant ensemble on a tout suivi, j’ai eu un excellent professeur (rires).

Y’a-t-il des groupes que vous appréciez ?

Devin Townsend. Le faire venir aux Metallurgicales (ndlr : le festival de metal organisé sur l’initiative de Patrick Roy à Denain), c’est un plaisir qu’il m’a fait. Quand j’ai su qu’il était libre au moment du festival je lui ai dit : « Ecoute, fais-moi plaisir, fais-le venir ».

Il a donc fait venir Devin Townsend pour vous !

Oui, enfin pour les fans aussi ! Sinon j’aime aussi beaucoup tout ce qui est metal symphonique : Epica, Therion, j’adore ça.

Vous allez voir des concerts au Hellfest ?

Oui je vais aller voir un peu comment ça se passe. Déjà, je trouve que le village est extraordinaire, fabuleux, et les sculptures en métal dans l’espace backstage sont très réussies, ça sort de l’ordinaire.

(ndlr : Metalo à Spaceman…) Elle est fan de Devin Townsend !

Oui quand j’ai besoin d’être boostée, lorsque je n’ai pas trop envie de travailler : je mets ça et ça me donne des ailes. Et comme je le disais à mon mari, il y a même certains morceaux qui me font dresser les poils tellement ils sont magnifiques. Il est capable d’avoir une voix d’opéra et puis d’avoir une voix de metalleux avec des cris. C’est génial, il ne faut pas y toucher !

L’année dernière son show au Hellfest était magnifique. C’est aussi un personnage très intéressant, très décalé. Avez-vous eu l’occasion d’écouter ses deux derniers albums qui sortent la semaine prochaine ?

Non pas encore, par contre quand il est venu aux Metallurgicales il a dû en jouer une grosse partie car il y avait des morceaux que je ne connaissais pas.

A-t-il fait comme à Paris où il y avait deux sets, un acoustique puis un autre électrique…?

Non car il n’avait qu’une heure dix.

En tout cas c’était une bonne idée de l’inviter. Avec lui, on n’est jamais déçu.

Tout à fait. On prend son pied comme on dit (rires).

En plus, pour l’avoir rencontré, il est vraiment sympathique.

Oui, j’ai même râlé après mon fils qui m’a nargué et qui est parti le voir après le concert pour lui faire signer des papiers. Je lui ai dit qu’il aurait pu m’appeler (rires) !

« Je me souviendrai toujours du mercredi après-midi où le professeur m’a pris la main et m’a dit : « Faites revenir votre fils ». Au début je n’avais pas capté du tout. Du mercredi au samedi je ne voyais ni l’urgence ni l’importance. J’ai donc dit : « Oui, il revient samedi », c’est alors que le professeur m’a pris la main et m’a dit : « Non Madame Roy, c’est tout de suite ». »

Si ce sujet vous intéresse, nous avons fait une interview de lui qui est assez complète et assez intéressante car il va vraiment très loin dans la psychologie de ses albums, etc. On se demande ce qu’il y a dans sa tête, ça a l’air très alambiqué.

Oui il est atypique ! Mon mari était atypique également, mais Devin Townsend aussi. D’ailleurs, pour en revenir à mon mari, il y aura deux stèles sur sa tombe et dans celle de droite sera gravée la guitare sur laquelle il a joué avec Mass Hysteria. Elle sera sculptée dans le marbre. Sur la pointe de la guitare, il y aura sa veste rouge qui sera déposée. A homme exceptionnel, une tombe atypique.

Ca va devenir un monument qui sera visité par tous les metalleux du monde entier ! Un lieu de pèlerinage. C’est incroyable comme son fils lui ressemble, le visage mais aussi le parler…

Oui tout à fait, comme je lui disais : il ne peut pas le renier.

Le T-Shirt rouge c’est fait exprès, j’imagine ? (ndlr : Kévin portait un T-shirt rouge au Hellfest de cette année)

Oui, tout à fait. Et demain il portera même la veste rouge de son père. Il n’a pas voulu la mettre aujourd’hui car il avait chaud mais comme nous repartons demain, il la portera. Demain nous revenons car des journalistes veulent faire une interview de mon fils et moi. Mais nous devons impérativement partir à 17h car nous avons un train et demain il passe son bac.

Ah d’accord ! Il passe la philo demain ?

Non il l’a passé avant-hier, hier c’était l’histoire-géo. Maintenant il lui reste des gros morceaux, les maths, l’espagnol, l’anglais, physique, chimie et les sciences de l’ingénierie qui est coeff 9 et qu’il ne faut pas rater.

C’est sympa que vous le laissiez aller au Hellfest ! Je n’y serais jamais allé moi… !

Il travaille tellement qu’il a besoin de décompresser. Honnêtement, il travaille comme un fou… Puis, avec l’année qu’il a eue, il en a besoin. Au mois de décembre son père était annoncé mort… Je me souviendrai toujours du mercredi après-midi où le professeur m’a pris la main et m’a dit : « Faites revenir votre fils ». Au début je n’avais pas capté du tout. Du mercredi au samedi je ne voyais ni l’urgence ni l’importance. J’ai donc dit : « Oui, il revient samedi », c’est alors que le professeur m’a pris la main et m’a dit : « Non Madame Roy, c’est tout de suite ». Donc là vous n’avez aucun son qui sort de votre bouche pendant une éternité, puis j’ai finalement demandé : « Attendez, c’est une question d’heures, de jours ? » et ils m’ont répondu qu’ils ne savaient pas.

J’ai donc appelé mon fils, je suis allé le chercher et je lui ai demandé de préparer ses affaires car nous remontions voir son père. Et là, c’était tortueux pour moi. Je me suis posé la question : « Quand on est maman, comme dit-on ça à son fils ? Est-ce qu’il faut le dire, ne pas le dire ? Comment faut-il le dire ? Est-ce qu’on dit tout ? ». Ca a été horrible pour moi. Horrible. Finalement j’ai opté pour tout lui dire. Et je lui ai mis une condition en plus : « Ne parle pas à ton père comme si tu allais vivre les derniers instants avec lui parce qu’il dit toujours qu’il va s’en sortir » et il l’a fait remarquablement. On est resté dans sa chambre de l’hôpital jusqu’à 23h. Mais quand nous sommes retournés à l’Assemblée nationale, jusqu’à deux heures de matin on a pleuré.

C’est vrai qu’il avait un sacré mental, il avait même dit qu’il avait « 40% de mental, 40% de médical et 20% de metal ». Il l’a vraiment toujours dit.

Oui, mais à un certain moment il ne voulait pas (tout dire). Mais je lui ai dit que c’était trop lourd pour moi seule, c’est trop lourd à porter. Nous avons donc réfléchi, on a parlé puis il a finalement dit que de toute façon il n’avait rien de mal et qu’il n’y avait pas de honte à ça. C’est ce que j’ai dit la semaine dernière lors d’une interview car j’ai remis tous les dons que j’avais eus lors de l’enterrement. J’avais fait venir le président du comité nord de la ligue contre le cancer. Il faut dédramatiser le cancer. Ce n’est pas une honte. Ça me fait penser à l’époque où on parquait les lépreux.

Quand le parlementaire, tout le monde saura qui c’est car il n’y en a qu’un, disait que ce que faisait mon mari, d’en parler, c’était « indécent », de la part d’un médecin qui plus est, on se demande qui est indécent… Honnêtement, il ne faut pas se voiler la face, nous allons tous disparaître, mais il y en a qui partent plus tôt que d’autres, c’est tout. « Un rhume c’est contagieux, on peut en mourir. Un cancer, ce n’est pas contagieux, on peut en guérir », c’est ce que j’avais dit dans l’interview dont je vous parle. Il faut dédramatiser tout ça, et j’adore la publicité : « je ne suis pas un cancer, je suis une personne » car ça résume tout ce que j’ai vécu avec mon mari. C’est horrible ce regard-là des gens, et pas seulement sur le cancer mais aussi sur les autres maladies graves, la sclérose en plaques, etc.

Interview réalisée le 18 juin 2011 par Spaceman et Metal O’ Phil en face-à-face.



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  • J’habite pas loin de Denain et je peux vous dire que déjà si t’es UMP tu rases les murs, et si Debré osait se pointer, je n’ose imaginer ce qui se passerait.

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  • Oui merci pour l’interview, j’ai simplement une question, ou Patrick Roy a t-il été enterré ?

    [Reply]

  • « Si ce sujet vous intéresse, nous avons fait une interview de lui qui est assez complète et assez intéressante car il va vraiment très loin dans la psychologie de ses albums, etc. On se demande ce qu’il y a dans sa tête, ça à l’air très alambiqué. »

    ça a 😉

    Et euh…

    « Je n’oublierais jamais un mercredi après-midi où le professeur m’a pris la main et m’a dit : « Je me souviendrai toujours du mercredi après-midi où le professeur m’a pris la main et m’a dit : « Faites revenir votre fils ». Au début je n’avais pas capté du tout. Du mercredi au samedi je ne voyais ni l’urgence ni l’importance. J’ai donc dit : « Oui, il revient samedi », c’est alors que le professeur m’a pris la main et m’a dit : « Non Madame Roy, c’est tout de suite ». »

    Faut virer la première phrase non ?

    Sinon merci, c’était une bonne idée de retranscrire l’interview.

    [Reply]

    Doc'

    Merci pour tes corrections, c’est fait !

  • Merci beaucoup pour l’interview !

    [Reply]

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