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Interview   

Geoff Tate, l’optimiste


Sans aller jusqu’au traditionnel « de toute façon les politiques, c’est tous des pourris », la confiance ou ne serait-ce que l’espoir en les hommes politiques, ou plus généralement les personnes ou institutions du pouvoir, n’est pas une idée à la mode. Qui n’a jamais prononcé ou alors entendu cette conviction exprimée de manière presque mécanique attribuant tous les torts à la société de consommation, aux marchés financiers, aux hommes politiques corrompus et à la technologie dont le développement nous éloigne les uns des autres.

S’il ne nie pas qu’il y a une vérité dans ce discours – et ce serait d’ailleurs une erreur de penser le contraire – Geoff Tate semble faire partie des rares en qui un espoir indéfectible subsiste. L’homme est capable de grandes choses et donc de résoudre ses problèmes. En travaillant, en réfléchissant et en dialoguant. La musique de Geoff Tate, sans avoir la prétention de régler les problèmes, cherche simplement à être une étincelle déclenchant une réflexion, une remise en question, voire une discussion sur un thème.

Dans l’entretien qui suit, Geoff Tate se montre comme un optimiste qui cherche à être en paix avec le monde qui l’entoure, suivant le proverbe « Priez Dieu, buvez le vin, et laissez le monde être lui-même », point de départ du titre ‘These Glory Days’, issu de son prochain album solo. Une carrière solo dont il déclare qu’elle est maintenant sa priorité, bien qu’il faille probablement attendre l’année 2013 et la décision de la justice quant à l’utilisation du nom Queensrÿche. Un épisode juridique et une séparation tout sauf glorieux entre ses anciens collègues et lui, sur lequel il revient brièvement en fin d’interview.

« Il est bénéfique, quand tu crées dans un art, de réaliser une pièce controversée si tu peux, ou au moins qui pousse les gens à parler. Les solutions découlent de discussions et de la communication : si personne ne dit rien, on ne fait rien. C’est le devoir de l’artiste. »

Radio Metal : Ton premier album était diversifié et reflétait des influences que tu n’exploitait pas dans Queensrÿche, comme le jazz. Kings And Thieves se concentre exclusivement sur ton côté rock, pourquoi ce choix ?

Geoff Tate (chant) : Je voulais enregistrer un album plus rock afin de pouvoir le jouer live. Je souhaitais également me concentrer sur mes performances solo cette année. Enregistrer cet album était une manière d’équilibrer ce que je vais présenter en live : j’aime emmener le public à travers des ambiances différentes lors d’un concert.

Ces influences jazz et blues seront-elles de nouveau présentes sur un futur album ?

Oh… On ne sait jamais, tu sais ! (rires) Peut-être, peut-être pas… J’aime explorer de nouveaux horizons musicaux à chaque album et expérimenter de nouvelles choses. En règle générale, je ne refais jamais deux fois la même chose.

Le groove de Kings And Thieves peut rappeler l’approche du dernier album de Queensrÿche : certaines chansons de ton album solo étaient-elles prévues au départ pour figurer sur un prochain album de Queensrÿche ?

Non. J’ai commencé à écrire et enregistrer Kings And Thieves en janvier avec l’unique objectif de créer un album solo.

« Dark Money » parle du gouffre existant entre les riches et les pauvres aux États-Unis. Il décrit des riches abondamment riches et des pauvres très pauvres. Comment expliques-tu ce fossé ?

En fait, c’est très compliqué. C’est vraiment la première fois au cours de notre histoire que cette situation commence réellement à devenir intolérable pour beaucoup de personnes. Je crois qu’il est bénéfique, quand tu crées dans un art, de réaliser une pièce controversée si tu peux, ou au moins qui pousse les gens à parler. Les solutions découlent de discussions et de la communication : si personne ne dit rien, on ne fait rien. C’est le devoir de l’artiste.

Attends-tu avec impatience les élections présidentielles américaines de novembre et crois-tu qu’elles apporteront de réels changements ?

Je pense que chaque élection présidentielle possède en elle-même une certaine effervescence, ainsi qu’une réelle attente de changement. Toutefois, à mon âge, je réalise que les changements se produisent très lentement, que rien ne va changer en une nuit et que ces changements sont si lents parfois que tu ne peux même pas les percevoir. Je n’ai pas de grands espoirs qu’un réel changement se produise après les élections de novembre : j’espère juste que mon pays se rassemblera et réalise combien la situation est dure. En faisant cela, nous pourrons faire face aux défis et travailler ensemble.

Ton avis est intéressant car aujourd’hui les hommes politiques sont plutôt critiqués et les citoyens n’ont plus confiance en eux. Toi, au contraire, tu parais plus patient et tu gardes espoir.

Je crois en le progrès de la nature humaine. Je pense que l’être humain est très puissant en termes d’imagination, de réalisations et d’intelligence. Par exemple, regarde ce que nous avons accompli en tant que civilisation mondiale depuis plus de cinquante ans : c’est incroyable ! Certains vieux préjudices disparaissent, la ségrégation a été éliminée, les gens, à un niveau global, parlent de la religion et de ses effets sur les êtres humains et leur nature, etc. Nous pouvons faire tout cela car la technologie nous a donné la possibilité de communiquer à l’échelle mondiale et ce de manière immédiate. Des informations, des thèmes différents sont traités chaque jour à un niveau global, ce qui, auparavant, était inimaginable. Peut-être pourrons-nous effectuer un changement global et ce à un rythme plus rapide que tout ce que nous aurions pu imaginer : c’est très excitant !

Ce point de vue est original car beaucoup de personnes considèrent que c’est en fait la technologie qui, aujourd’hui, tue la communication entre les gens.

Je ne pense pas que la technologie limite nécessairement la communication entre les personnes : en fait, ce sont les gens eux-mêmes qui limitent la communication. Nous contrôlons les machines, c’est donc à nous de prendre les bonnes décisions quant à leur utilisation. La technologie est là pour que l’on en tire son meilleur potentiel. Tu sais, les gens ne sont pas tous nés égaux : ils ne proviennent pas du même milieu intellectuel, religieux ou idéologique. Chaque jour, nous faisons face à cette masse d’informations et essayons de créer notre propre système de croyances. Cependant, plus le progrès avance, plus nous réalisons que la vérité n’existe pas. La vérité est un concept maîtrisé par ceux qui détiennent le pouvoir : c’est donc difficile pour beaucoup de gens de comprendre cela car nous avons tendance à toujours vouloir considérer les choses en noir et blanc, ou en bien ou en mal. Ce n’est pas comme cela que cela marche. Ma réponse a été longue, désolé ! (rires)

« Je crois en le progrès de la nature humaine. Je pense que l’être humain est très puissant en termes d’imagination, de réalisations et d’intelligence. Par exemple, regarde ce que nous avons accompli en tant que civilisation mondiale depuis plus de 50 ans : c’est incroyable ! »

La chanson « These Glory Days » véhicule un certain espoir. Penses-tu que cette situation économique difficile va changer ? Et si oui, comment ?

Cette chanson a plus été inspirée par un proverbe disant « Priez Dieu, buvez le vin, et laissez le monde être lui-même ». J’ai toujours aimé ce sentiment, cette idée d’accepter le point de vue des autres. Cela ne veut pas dire qu’il faut que tu sois d’accord avec ce que les autres pensent mais simplement accepter que ceux-ci puissent avoir d’autres opinions que les tiennes. Mais que cela ne te préoccupe pas non plus : profite de la vie, bois le vin et comprends que les autres auront des pensées différentes et accepte le.

On a vraiment l’impression que « These Glory Days » est la chanson la plus importante de l’album : en effet, elle semble exprimer ta vision du monde.

Peut-être, oui. Au niveau des paroles, elle aborde un sujet sur lequel une opinion peut être émise. C’est ce que j’essaie de faire lorsque je compose. Écrire des chansons est une activité à multiples facettes : par exemple, tu peux écrire à propos d’une situation banale et avoir un effet très puissant sur le public ou tu écris quelque chose de très profond et tu n’obtiendras aucune réaction. Je crois que tu as besoin d’écrire à propos de ce qui te passionne : c’est la règle qui marche le mieux. Écris sur ce que tu connais le mieux et ce sur quoi tu te sens le plus fort.

Tu as dit à propos de l’album : « La beauté d’un album solo est qu’il n’y a pas d’attente, qu’il peut être sa propre chose et qu’il ne dépend pas d’un succès que tu as eu il y a trente ans : cela peut-être libérateur. » Il semble donc que tu préfères écrire des albums solos qu’être dans un groupe. À partir de maintenant, ta carrière solo est-elle ta priorité ?

Oui, clairement. J’ai passé la plus grande partie de ma vie adulte d’artiste avec Queensrÿche. Cela était toujours ma priorité. Toute mon imagination, mes idées, ma pensée lui était dédiée. Les choses ont changé aujourd’hui, bien sûr, et je veux faire ce que je veux sans compromettre ma manière de penser ou mes actions. Je suis très excité par rapport au futur et très content du présent. Je suis très satisfait de mon album. Je suis aussi très excité à l’idée de partir en tournée : je commence ma tournée américaine la semaine prochaine.

Les anciens membres de Queensrÿche, par une décision de justice, ont été autorisés à garder ce nom. Mais quelques semaines plus tard, tu as aussi présenté un projet s’appelant Queensrÿche : peux-tu faire le point sur ce qu’il en est, légalement de cette histoire ?

Au début, quand nous nous sommes séparés, les autres ont commencé un projet qui s’appelait Rising West, pendant que je faisais mon album solo. Nous nous étions mis d’accord sur le fait que nous pouvions tous faire des side-projects ou des albums solos, tant que cela n’interférait pas avec Queensrÿche. Mais lorsqu’ils ont décidé qu’ils ne pourraient pas booker une tournée sous le nom Rising West, car ils ne pourraient pas trouver de promoteurs pour les faire jouer, c’est alors qu’ils m’ont viré et essayé d’utiliser le nom de Queensrÿche. Toutefois, ils ne pouvaient pas le faire légalement car nous sommes une sorte de corporation avec ses propres règles, si tu veux. Je leur ai donc fait un procès pour obtenir une injonction qui leur dirait : « Bon, écoutez, tant que nous ne sommes pas parvenus à un accord, aucune des deux parties ne devrait utiliser le nom de Queesnsrÿche ». C’est juste équitable. Mais le juge n’a pas suivi et déclaré : « Je pense que les deux parties devraient utiliser le nom de Queensrÿche jusqu’au prochain jugement en novembre 2013 ». Donc, après cela, j’ai moi-même fait ma version de Queensrÿche et je vais partir en tournée au printemps prochain. Je suis très excité : ça va être une tournée vraiment fun.

Si on te comprend bien, cela veut dire qu’il y a deux Queensrÿche et qu’après le prochain jugement en 2013, un des deux groupes devra changer de nom ?

Oui, c’est cela, en novembre 2013.

« Tu peux écrire à propos d’une situation banale et avoir un effet très puissant sur le public, ou tu écris quelque chose de très profond, et tu n’obtiendras aucune réaction. Je crois que tu as besoin d’écrire à propos de ce qui te passionne : c’est la règle qui marche le mieux. »

Beaucoup de choses très dures ont été dites entre toi et les anciens membres de Queensrÿche pendant que ces actions judiciaires étaient en cours : on a vu beaucoup de réactions de désillusion de la part des gens, ce n’est pas ce qu’ils ont envie de voir dans la musique. Qu’en penses tu ?

Je suis d’accord : c’était une situation horrible et que je ne voulais pas voir arriver. Tout cela est arrivé sans aucun avertissement, comme un lapin qui sort d’un chapeau. Je pense que ce genre de choses arrive car Internet existe : tout est public. Généralement, un procès devient toujours difficile ; les deux parties se disent des choses. Dans le passé, ce genre d’affaires restait privée. Maintenant, c’est sur la place publique et les gens lisent les déclarations sur Internet. C’est horrible, oui.

Certaines situations décrites dans vos déclarations à tous sonnaient à vrai dire très surréalistes, comme quand ils ont viré ta femme (NDLR : Susan Tate était le manager de Queensrÿche) et qu’ils t’ont dit, juste avant de monter sur scène, que tu serais le prochain.

Oui, je sais. La manière dont tout cela est arrivé est étrange et n’a aucun sens, en fait. Par exemple, nous avons tous la cinquantaine et avons raisonnablement devant nous encore dix années créatives : alors pourquoi prendre ce groupe immensément respecté et à succès qu’est Queensrÿche pour le détruire et tout recommencer à zéro ? Cela n’a pas de sens, c’est de la folie. Ceci peut arriver à un nouveau groupe, après la sortie d’un album, mais pas à un groupe qui est resté ensemble pendant trente ans. Recommencer de zéro à 50 ans, quand tu es dans ce business, c’est difficile ! (rires) Toute personne saine d’esprit avec un minimum de sens du business pourrait voir cela et protègerait le nom, l’entité, ne laverait pas le linge sale en public et ne laisserait pas des commentaires se faire là-dessus. C’est horrible, mais tu dois avancer.

Que nous réserve, au niveau musical, ta version de Queensrÿche ?

Eh bien, je ne sais à quoi m’attendre, honnêtement : j’essaie de vivre ma vie avec peu d’aspirations. Ainsi, je suis toujours surpris ! (rires) Ce Queensrÿche est très intéressant : je connais Rudy (NDLR : Rudy Sarzo, basse) et Bobby (NDLR : Bobby Boltzer, batterie) depuis plus de trente ans et on a parlé de faire de la musique ensemble. C’est notre première opportunité de réaliser cela. Je crois que lorsque nous serons dans une pièce, la musique viendra d’elle-même. Peut-être ferons-nous un disque. Mais avant cela, la première étape, ce sera la tournée. On commencera en mars et nous viendrons en Europe pour jouer du Queensrÿche partout où cela sera possible.

Quelle va être la contribution des nouveaux membres ?

Vraiment, je ne sais pas. Nous devrons nous asseoir tous dans une pièce et voir ce qui arrive. Je pense que cela va être intéressant car tous les gars sont d’incroyables musiciens ; c’est la raison pour laquelle je les ai choisis. D’abord, j’ai aimé leur jeu, ensuite, je voulais des gars que j’apprécie. Rassembler leurs personnalités était un gros truc pour moi. Si tu as un groupe de personnes qui font la fête ensemble et qui ont en commun un sens de l’humour et une vision du monde, cela engendre une incroyable et joyeuse atmosphère créative.

« J’essaie de vivre ma vie avec peu d’aspirations. Ainsi, je suis toujours surpris ! (rires) »

L’année dernière, pour ta résolution du Nouvel An, tu as dit que tu arrêterais de boire du vin. Tu ne l’as pas fait : vas-tu prendre une autre résolution pour l’année prochaine ? (rires)

(Rires) Non, Je crois que je n’arrêterais jamais de boire du vin ! (rires) C’était une analogie drôle car les gens prennent toujours ce genre de résolutions pour le Nouvel An ! (Rires)

Interview réalisée en octobre 2012
Retranscription et traduction : Jean Martinez – Traduction(s) Net

Site internet officiel de Geoff Tate : geofftate.com
Site internet de Queensrÿche : www.queensryche.com

Album Kings & Thieves, sortie le 29 octobre 2012 via InsideOut Music



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  • GT raconte des conneries… Lui et sa femme ont vraiment foutu la merde.. Les droits du nom de grp sont à Scott Rockenfield et son frère Todd (Drum tech). En attendant je vous invite à écouter le teaser demo du prochain QR 2012.. Enfin du vrais..

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  • C’est le genre d’affaire où personne n’a raison, je crois… concentrons-nous sur la musique: on dirait qu’il a retenu la leçon le petit père ! Même si ça ne vaut pas les succès de ses débuts (The Warning c’était quand même un chouette album !), c’est nettement moins chiant et plus écoutable qu’American Soldier !

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  • ba, tu n es pas seul

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  • Je ne comprend définitivement plus rien à cette affaire!

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