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Interview   

George Lynch à plein régime


Le guitariste George Lynch est depuis quelques temps un boulimique créatif, il bouffe du projet à longueur de temps (au point de ne pas quitter son pyjama pendant une semaine !), il est inarrêtable ! Lui même esquisse un rire lorsqu’il mentionne avoir actuellement pas moins de sept groupes en activité, dont la plupart préparent de nouveaux disques prévus pour cette année ou l’année prochaine. Et s’il les évoquent tous plus ou moins dans l’entretien qui suit, c’est bien de KXM, qui vient de sortir son second album Scatterbrain, composé et enregistré en dix jours à peine, dont il s’agissait de discuter.

Et comme d’habitude avec George Lynch, la discussion prend parfois des tangentes pour dévier sur de nombreux autres sujets. De l’art de l’impro qui lui tient à cœur, au modèle démocratique de la Confédération Iroquoise, en passant par sa grande frustration de ne pas savoir chanter, George Lynch se montre passionnant voire un brin philosophique, en tout cas, il inspire beaucoup de sympathie. Et s’il y a un sujet qu’on ne pouvait décemment écarter, c’est celui de la reformation quelque peu inespérée de Dokken, le groupe qui a fait sa gloire dans les années 80, quand bien même ce ne fut que pour une poignée de dates japonaises. Il a partagé avec nous son sentiment sur le sujet, y compris par rapport à sa relation à au chanteur Don Dokken, avec qui il n’a pas toujours été très tendre.

« Mon autre inspiration, c’est que si j’échoue à faire de la musique, alors je vais devoir aller pointer à six-heures trente du matin et travailler cinq jours par semaine, avec mon casse-croûte dans une boite, dans la mine à creuser des trous, donc j’essaie de travailler deux fois plus en tant que musicien, de façon à pouvoir continuer à être musicien. »

Radio Metal : Le processus pour Scatterbrain était le même que pour le premier album, c’est-à-dire que vous avez écrit toutes les chansons sur place au studio et les avez tout de suite enregistrées, sans « pré-production, sans répétition, sans chanson pré-composée. » Dirais-tu que cette façon de faire assez spéciale et inhabituelle de créer un album fait partie intégrante de l’identité du groupe ?

George Lynch (guitare) : Ouais, ça n’aurait pas été le même album si nous l’avions fait autrement ; nous y aurions trop réfléchi et nous l’aurions analysé à mort, et je ne pense pas que ça l’aurait rendu meilleur ! L’idée était que pour chaque album que nous faisons au cours de notre carrière, on dirait qu’on se dit toujours que l’idée initiale qu’on a eue était meilleure que le résultat final, alors ensuite, on se retrouve à passer du temps et dépenser de l’argent à essayer d’y revenir. Donc nous nous sommes dits : « Pourquoi on ne fait pas directement ça [rires], en laissant tomber tout ce qui arrive habituellement après ?! » Nous avons essentiellement obtenu ce qu’il nous fallait en procédant ainsi, sans tous les trucs qui viennent en plus et alourdissent le tout, nous avons obtenu l’essence de ce qui nous définit, nous l’avons capturée. Tu sais, ce n’est pas un album parfait, ce ne sont pas des chansons parfaites. Lorsque je l’écoute, je fais la grimace en entendant certaines parties, je me dis « oh, on aurait pu réfléchir plus à ceci, on aurait pu faire mieux cela… » mais ça ne finit jamais ! Et c’est comme ça que tu obtiens ces albums, que ce soit par vanité ou parce que ce sont des artistes très connus, ils passent des années et des années et dépensent des milliers et des millions de dollars dessus ! Et puis ils ne sont jamais terminés ! C’est comme la maison Winchester, cette maison qu’une folle-dingue a construite et n’a jamais fini de construire ! Elle a continué à construire encore et encore, et la maison n’a jamais été terminée jusqu’à sa mort. Il faut simplement savoir quand arrêter, tu sais. Je pense qu’il y a une grande différence entre le moment créatif et le moment re-créatif, et ce que nous essayons de faire avec KXM c’est capturer le moment créatif et garder le moment re-créatif pour les tournées live [petits rires], au lieu que ça se passe dans le processus de création de l’album lui-même. Ça revient à poursuivre une chimère.

Au tout début, nous avons débattu pour savoir si nous allions faire l’album de façon plus traditionnelle mais nous n’avons pas eu à y réfléchir longtemps, car c’est sûr que c’est ce qui nous définit, la façon dont nous composons, enregistrons et interagissons. Mais nous y avons effectivement pensé parce que ça aurait été plus sûr, d’y aller et assurer nos arrières, car un second album est très révélateur, car plein de groupes se sont cassé la figure sur leur second album parce qu’ils n’ont pas réussi à être à la hauteur du premier, et nous avions un peu de cette pression de devoir être à la hauteur du premier album qui avait été fait en dix jours. Donc nous nous sommes dit : « Bon, il faut qu’on soit courageux et qu’on se fasse confiance, qu’on ne se mette pas nous-même des bâtons dans les roues et qu’on laisse l’alchimie faire effet. » Et elle a fait effet ! Je veux dire que dès l’instant où nous nous sommes branchés, ça a commencé à venir tout seul ! C’était dingue ! [Petits rires] Et nous l’avons immortalisé, nous avions un vidéaste avec nous, donc nous allons sortir ces images des coulisses du studio, pendant que nous composions et enregistrions, qui montrent tout le processus. Ce sera vraiment amusant à voir. Je suis content que nous ayons fait les choses ainsi.

Nous nous sommes donné deux jours de plus cette fois et nous l’avons fait dans un studio légitime, alors que le premier album a été fait dans une maison sur une colline, quelques kilomètres au nord de Los Angeles, ça s’appelle Sound Mountain, et nous avons pris cette maison pour la réaménager en studio temporaire et vécu dedans. Nous avions de la nourriture, nos instruments et une toute petite équipe, et nous y sommes restés pendant dix jours. Ce que nous avons fait cette fois, c’est que nous avons été dans un vrai studio d’enregistrement, qui s’appelle le Steakhouse à North Hollywood. Donc c’était sympa. C’était un luxe que nous nous sommes offerts pour cet album, un vrai studio, avec une magnifique table de mixage EMI Neve, une table très rare sur laquelle des albums fantastiques ont été enregistrés – The Who, Pink Floyd, et quelques autres classiques ont été enregistrés sur cette table -, et une super pièce d’écoute, ce qui est très important pour nous pour écouter ce que nous faisions, car c’est très important pour l’inspiration. Lorsque tu composes et enregistres sur place, tu veux bien sonner, c’est un retour, ce que tu entends est ce à quoi tu réagis, et ça t’inspire, tu joues mieux et tu trouves de meilleures idées. Si ça ne sonne pas terrible, alors tu ne seras pas inspiré et tu n’auras pas de bonnes idées. Donc nous avons été dans un studio avec une grande pièce avec un joli son bien ouvert, et nous nous sommes installés comme si nous répétions, donc ça a beaucoup joué sur l’inspiration.

Mais n’est-ce pas stressant de réserver un studio et y arriver sans rien, sans préparation, sachant qu’il faudra avoir fini dans dix jours ?

Eh bien, j’imagine, si tu y réfléchis, oui. Evidemment que tout le monde a un peu ça en tête, mais ça te pousse juste à travailler plus dur et à mieux te concentrer. Et le truc, c’est que lorsque tu travailles dur et que tu te concentres, en installant tout le matériel correctement, en t’assurant que tu as ton son, que tous les micros sont bien positionnés, il y a beaucoup de travail préparatoire, et ensuite quelqu’un commence à jouer et voilà, l’inspiration est là ! Je veux dire, [petits rires] c’est vraiment une question de ne pas réfléchir à… La seule entrave en procédant comme nous l’avons fait, ce serait de penser comme tu viens de le mentionner, donc tu ne veux pas te mettre des bâtons dans les roues. En fait, Ray commence à jouer un rythme, c’est comme ça que ça démarre généralement, ou bien je me mets à jouer une sorte de riff, et puis c’est parti et nous commençons à réfléchir et interagir. C’est une alchimie parfaite parce que, par exemple, lorsque Ray fait un truc à la grosse caisse qui n’est pas vraiment en quatre-quatre, nous changeons la métrique dans la section suivante, nous écrivons quelque chose qui va par-dessus et puis Doug trouve plein de choses. Tu sais, je n’ai pas l’habitude que les bassistes aient plein d’idées [petits rires] ! Doug est très prolifique ! Et bien sûr, je trouve moi aussi des choses. Nous avons tellement d’idées que nous aurions pu faire deux albums ! [Rires] Très prolifique ! C’était une simple question de gérer et rassembler toutes les idées créatives dans quelque chose de gérable et en faire des chansons, c’était ça le problème, et ça a impliqué de vraiment faire travailler nos méninges.

C’est d’ailleurs assez impressionnant parce qu’en seulement dix jours, vous êtes ressortis avec un album de soixante-dix minutes de musique, treize chanson. En fait, ça fait plus d’une chanson par jour !

Ouais, c’était plus d’une chanson par jour. En fait, Ray est au turbin toute la journée. Il prend bien quelques pauses de temps en temps, et lorsqu’il le fait, j’en profite pour enregistrer une autre piste de guitare rythmique ou faire quelques autres parties de guitare qui doivent être faites, des choses auxquelles je pense et qui rendent le tout plus intéressant, des trucs qui flattent l’oreille ou peu importe. Nous avons donc tiré profit de la moindre minute ! Littéralement, le dernier jour… Comme avec le premier album, le dernier jour, nous jouions notre dernière note pendant qu’on nous tirait vers la sortie [rires]. Nous regardions littéralement l’horloge – je m’en souviens ! -, nous disions : « Regarde, il nous reste une heure ! » « Ok, nous pouvons faire tout ça. » « Oh, il nous reste vingt-sept minutes ! » Et on paie le studio au temps passé ! Tu dépasses et tu paies pour un jour de plus ou pour le temps supplémentaire passé, ce que nous avons d’ailleurs fait parce que nous avons légèrement dépassé. Mais c’était vraiment sur le fil du rasoir ! Il y a une loi, dans le genre de la loi de Murphy, qui dit que tu réaliseras la quantité de travail nécessaire dans le temps qui t’es imparti, peu importe le temps que tu as et la quantité de ressources que tu as. En l’occurrence, j’ai fait des albums à la fin des années 80 et au début des années 90 qui ont couté un demi-million de dollars et ont pris un an, ou plus. Maintenant, je fais des albums en dix jours qui nous en coutent une minuscule fraction ! [Rires] Et nous obtenons de supers résultats, tu sais !

« Je suis dispersé, mais j’aime à penser qu’il y a une méthode dans ma folie. Et puis au bout du compte, tout prend sens ; je ne peux pas dire que tout est préconçu mais au final, tout se met en ordre de façon sensée, grâce à l’aide d’autres gens [rires]. »

Tu n’as jamais le syndrome de la page blanche ?

Non mais avant si ! Je ne me souviens plus quand ça s’est arrêté. Mais ça m’est souvent arrivé, je luttais vraiment contre ça, je dirais que c’était dans les années 80. Et je me souviens à un moment donné dans les années 90, ça a commencé à ne plus me poser de problème. J’ai fait un disque qui s’appelait Stone House, un EP que j’ai fait avec Matt Kramer de Saigon Kick, un œuvre pas très connue mais très intéressante, et je me souviens que vers cette époque de ma vie, la fin des années 90, je n’étais plus sujet au syndrome de la page blanche. L’inspiration venait toujours quand j’en avais besoin ! Je ne sais pas trop pourquoi. Je pense que c’est parce que j’ai toujours traité l’art de la composition comme quelque chose auquel je pouvais apprendre à m’éduquer et devenir meilleur. Je pense aussi que c’est un jeu psychologique. Comme tu l’as dit plus tôt, « n’étiez-vous pas sous pression lorsque vous avez été en studio avec KXM, sachant que vous aviez dix jours de studio réservés et que c’était ça passe ou ça casse ? », Je pense que si tu réfléchis comme ça, tu t’arrêtes de respirer [rires]. Je pense que pour une grande part, c’est de la psychologie. Il faut simplement se détendre et se faire confiance, et comme je l’ai dit avant, arrêter de se mettre soi-même des bâtons dans les roues. Il faut faire confiance en la musique qui vient à travers toi, tu es le réceptacle, ce n’est pas toi, ce n’est pas moi ! J’en parle de la même façon que certaines personnes parlent de religion. C’est quelque chose qui se fraye un chemin à travers moi, je ne fais que partie du processus. Et une fois que tu vois la chose sous cet angle, ça te donne beaucoup de responsabilités. Je veux dire que tu as une obligation de servir le don ! Et aussi, mon autre inspiration, c’est que si j’échoue à faire de la musique, alors je vais devoir aller pointer à six-heures trente du matin et travailler cinq jours par semaine, avec mon casse-croûte dans une boite, dans la mine à creuser des trous, ou peu importe, donc j’essaie de travailler deux fois plus en tant que musicien, de façon à pouvoir continuer à être musicien, car c’est ce que j’aime.

Penses-tu qu’on a un peu perdu l’art de l’impro de nos jours ?

Purée ! Ne m’en parle pas ! Tu m’enlèves les mots de la bouche… Ne me lance pas là-dessus [rires]. Ouais, j’ai un problème avec ça. J’ai remarqué qu’il y a ce truc maintenant, depuis ces dernières années, ces groupes soi-disant d’improvisation et j’ai écouté ça goulument, The String Cheese Incident, Umphrey’s McGee, Phish, et d’autres, mais je suis désolé, mais pour moi, ce n’est pas de l’impro, c’est de la musique pré-réfléchie qui est peut-être improvisée pendant les solos. Et alors ? [Petits rires] L’impro, c’est ce que Hendrix faisait ! Ou peut-être Led Zeppelin. Et Hendrix, il dit: « Tu sais quoi ? Je vais balancer un truc, » et le groupe s’y raccroche et on voit où ça va ! Et là ça devient autre chose, et ça ne se reproduira plus jamais, c’est comme des flocons de neige, il n’y en a pas deux pareils. C’est ça l’impro ! Et c’est avec ça que j’ai grandi quand j’étais gamin, à l’époque où la plupart de nos petits concerts avec mon tout premier groupe Tungus Grump n’étaient que des jams, tout était improvisé. Et ce n’était pas forcément toujours bon mais c’était quelque chose de créatif, c’était vraiment intense pour nous personnellement, pas comme le fait de jouer ton gros hit pour la millionième fois [petits rires], pas comme lorsque je joue « Breaking The Chains » encore et encore depuis trente ans. Tu crées quelque chose sur place devant des gens et pour toi, et ça me manque ! Tu l’entends dans le jazz, avec Miles Davis, Coltrane, le vieux Led Zeppelin et Hendrix, mais pas grand-chose d’autre, tout du moins, rien que je connaisse aujourd’hui dans le rock. Car ça requiert un certain niveau de… Il faut être une âme courageuse pour le faire, c’est comme un numéro de funambulisme sans filet devant un public ! Et très honnêtement, le public ne percutera pas forcément. Je veux dire, regarde le public du Band Of Gypsys, ils ne font pas beaucoup de bruit, ils sont assis par terre, à regarder un peu autour d’eux [petits rires], ils regardent dans le vide en applaudissant entre les morceaux… Ils sont témoins de la prestation musicale la plus puissante dans l’histoire de la guitare électrique [rires] ! Il a fallu du recul pour comprendre la force de ce qui était en train de se produire. Et ce que j’ai toujours aimé faire dans le contexte de n’importe quel groupe avec qui je joue en concert, c’est avoir une portion d’improvisation dans le show, au moins une fois de temps en temps, mais j’ai toujours rencontré beaucoup de résistance dans tous les groupes dans lesquels j’ai essayé de faire ça. Car je crois que les gens généralement aiment savoir ce qu’ils font, ils se sentent en confiance, ils se sentent en sécurité, ils ont peur de sortir de du cadre. J’aurais vraiment aimé pouvoir trouver… En fait, je joue dans un projet qui s’appelle Ultraphonics, nous sommes tout juste en train de finir notre album en ce moment, et c’est complètement ça ! C’est du space-funk-metal improvisé et avant-gardiste [rires], c’est dingue ! Et c’est Corey Glover de Living Colour et le bassiste et le batteur des groupes War et Tower Of Power. C’est tout improvisé.

Quand allons-nous entendre ça ?

Nous sommes en fait en train d’y travailler en ce moment même. Ils sont au studio aujourd’hui, je suis sur autre chose tout de suite, mais nous avons écrit la moitié de l’album et nous travaillons sur l’autre moitié. Nous devrions avoir fini d’ici la semaine prochaine, au moins au niveau instrumental. Et ensuite nous allons finir, le batteur et le chanteur sont en train de travailler sur les paroles, et puis nous le donnerons à mixer. Je n’ai aucune idée de quand ça sortira, j’ai plein d’albums dans les tuyaux, mais [petits rires] c’est l’une de ces choses que j’aimerais sortir demain parce que j’en suis tellement fier ! Ca sort tellement des sentiers battus que, putain, c’en est effrayant ! C’est putain de marrant, je n’arrive pas à y croire. C’est une vraie aventure à écouter. Ça se rapproche des premiers [Red Hot] Chili Peppers, quelque chose comme Freaky Styley, mélangé à King Crimson, mélangé à Judas Priest [rires]. C’est tellement l’éclate, mec ! On ne peut pas faire mieux ! C’est genre, putain de bordel de merde ! Et je ne fais que suivre dans ce groupe, tu vois ce que je veux dire ? Bon, pas vraiment, je fais mon truc, c’est amusant, je ne me prends pas pour un génie, mais ces mecs sont des monstres de musiciens ! C’est comme jouer avec Jaco Pastorius et Billy Cobham. Dingue ! C’est tellement intense !

Pour revenir à KXM, même si on ressent tout de suite la patte du groupe, cet album propose une plus grande variété musicale et est même un peu plus progressif. Etait-ce une volonté consciente d’élargir les influences et d’ouvrir vos horizons pour cet album ?

Absolument. Nous en avons parlé. Je ressentais une petite influence ska/reggae et nous en avons discuté. Et nous avons aussi parlé de rendre la musique plus intéressante et stimulante pour nous, par rapport à la structure et l’architecture de certaines parties. Et Ray était en grande partie responsable de ça. Parce que je suis un peu plus de la vieille école, j’ai plutôt tendance à finir dans le monde des mesures en quatre-quatre, donc je mettais en place quelque chose comme ça mais ensuite Ray disait « non, amenons ça à un autre niveau et faisons comme ça, » et au lieu d’un quatre-quatre, il ajoutait quelque chose, retirait quelque chose, faisait un sept-quatre, et le rendait plus stimulant, intéressant et faisait en sorte que ça évolue de façon un peu différente. Ça m’a réveillé ! J’ai dû y réfléchir. Et ça nous a amené ailleurs. C’est Ray, étant le gardien du temps et le scientifique. J’ai aussi fait des trucs avec les accordages. J’ai été un peu plus aventureux avec les accordages. Comme « Voices In The Sky » qui est tout fait avec un accordage alternatif. Et honnêtement, je ne connais même pas les accordages ! Je l’ai un peu fait à l’oreille ; donc j’ai trouvé quelque chose qui fonctionne avec certains accords et j’ai désaccordé une corde ou deux [rires], et je ne l’ai jamais noté, donc je ne sais même pas ce que c’était malheureusement, j’aurais dû le faire. Et j’ai même fait quelques solos avec d’autres accordages, au pied levé, genre « qu’est-ce qui se passe si je fais ça ? », je jouais ce que j’allais normalement jouer et quelque chose d’autre d’étrange ressortait. Il y avait donc aussi un peu de ça.

« Il n’y a jamais eu de pure forme de démocratie qui ait été exercée dans le monde, et la démocratie n’est qu’une idée, au sens platonique, ce n’est qu’un concept et un état constant de fluctuation. Donc il faut que les gens soient très vigilants et conscients, et pour ça, il faut qu’ils soient éduqués. Et qui contrôle ça ? [Rires] »

Ressens-tu plus de liberté avec KXM pour explorer ton jeu ou est-ce le fait de jouer avec Ray et Doug qui te pousse à davantage de donner ? Ou peut-être les deux ?

Chaque situation dans laquelle tu joues ou travailles, que ce soit un boulot ou un groupe ou n’importe quelle situation où tu as un groupe de personnes qui se rassemblent et interagissent, dans n’importe quel contexte, tu obtiendras différents résultats en raison de l’influence de l’environnement. Je veux dire que dans chaque groupe dans lequel je joue, je deviens une personne différente, un musicien différent. Et non seulement je joue différemment, je compose différemment et je sonne différemment mais aussi je pense et agit différemment en tant que personne. C’est normal, c’est la nature humaine. Et je ne pense pas que tel ou tel groupe soit meilleur ou pire ou plus restrictif que les autres. Ce qui est important, ce n’est pas de savoir si c’est restrictif ou pas, mais c’est si tu crées quelque chose qui a du sens, qui importe et qui est unique. Donc que ce soit Lynch Mob ou Sweet & Lynch ou j’ai ce nouveau truc qui s’appelle The Banishment avec Tommy Victor de Prong, où on joue de l’industriel, ou le groupe que je viens de te mentionner, Ultraphonics ou Dokken, tous ces trucs sont valables et ont leur propre validité, mais ce n’est qu’une question de faire de ton mieux dans le contexte de la situation. Je pense que tout est possible dans toutes les entités, mais parfois tu veux définir qui tu es, tu ne veux pas partir dans tous les sens avec chaque projet. Dokken a un son bien spécifique. Lynch Mob a un son bien spécifique, qui est un produit principalement de moi et du chanteur Oni Logan, c’est mon style d’écriture, je sais ce qu’il va faire, donc je vais écrire instinctivement d’une certaine façon. Dans le contexte de KXM, lorsque je branche ma guitare et que nous commençons à jouer, quelque chose se produit sans que nous y pensions. Donc nous sommes limités, dans une certaine mesure… Je veux dire que je ne vois pas KXM faire un truc dans un style vieux blues ou gypsy jazz qui soit véritablement valable [petits rires], il y a des choses que nous ne pouvons pas faire et ce n’est pas un souci, mais dans le contexte de qui nous sommes, avec les paramètres que ça induit, il y a un énorme espace pour l’interprétation et l’exploration.

Cet album s’intitule Scatterbrain (qui signifie « tête en l’air » mais il y a aussi la notion d’être dispersé, NDT). Est-ce que tu te considères comme tel ?

[Réfléchit] Ouais, je pense que ma femme serait d’accord avec ça, grosso-modo [rires]. Je peux en fait être en train de travailler sur deux ou trois projets différents dans la même journée ! En l’occurrence, j’étais dernièrement enfermé dans mon studio, là où je préfère travailler car j’ai tout mon monde qui est organisé ici, et j’ai passé tellement d’heures sur différents projets que littéralement, je me levais de mon siège uniquement pour aller aux toilettes et restais en pyjama pendant une semaine, et puis ce qui se passe, c’est que l’ingénieur [qui m’aide] change, donc un ingénieur travaillait pendant cinq ou six heures, partait, je me levais pour aller aux toilettes, je revenais, me rasseyais et un autre ingénieur arrivait, nous faisions deux ou trois changements par jour comme ça pendant des semaines. Et puis je construis aussi des guitares, je travaille avec plein de d’endorsers, je fais mes interviews, je tourne, évidemment… Il se passe beaucoup de choses ! Donc en ce sens, ouais, je suis dispersé, mais j’aime à penser qu’il y a une méthode dans ma folie. Et puis au bout du compte, tout prend sens ; je ne peux pas dire que tout est préconçu mais au final, tout se met en ordre de façon sensée, grâce à l’aide d’autres gens [rires].

KXM est probablement le groupe le plus démocratique que tu aies eu. Et je sais que tes précédentes tentatives à instaurer une démocratie dans tes groupes n’ont pas tellement fonctionné. Est-ce que ça voudrait dire que, considèrant la nature très spontanée de KXM et l’urgence du processus qui ne permet pas de trop réfléchir, qu’étrangement, pour qu’une démocratie fonctionne, il faut que les gens ne réfléchissent pas trop ?

Si les gens pensent à combien d’argent je me fais ou ne me fais pas et qu’il y a du ressentiment à cause d’inégalités, ça va clairement affecter la qualité de tes impulsions créatives et ce que tu fais, la musique que tu créés. Je pense que c’est absolument vrai. Donc si tu as un groupe où tu as quelqu’un qui est le principal moteur, la force créative, tu sais, si tu es dans le groupe de Jimi Hendrix, Jimi Hendrix est le principal moteur et la force créative dans ce groupe, alors il n’est pas nécessaire que ce soit démocratique. Si tu es Miles Davis, si tu es James Brown ou Bon Jovi – quoi que je ne sais pas s’il est le principal moteur de ce groupe -, Bruce Springsteen, peu importe… Un groupe comme KXM ou Ultraphonics, en l’occurrence, ce n’est pas ça. Tous les membres sont individuellement égaux ; d’un point de vue créatif, ils investissent la même quantité d’énergie et d’efforts, tout le monde dépend de tout le monde pour le résultat final. Donc ce genre de groupe a besoin d’être construit démocratiquement et équitablement, car c’est un reflet de la réalité. Mais comme je l’ai dit, si j’étais le musicien principal et que j’arrivais et disais « hey, toutes les chansons sont écrites – comme si j’étais Tom Keifer [de Cinderella] -, j’ai écrit toutes les chansons, j’ai toutes les parties, j’ai juste besoin, les gars, que vous les jouiez, » eh bien, c’est une situation différente. Je n’ai jamais été dans cette situation [petits rires].

Mais, tu sais, Lynch Mob, en l’occurrence, n’est pas complètement une démocratie aujourd’hui, c’est un peu un hybride, Oni et moi sommes les membres principaux. Il pourrait y avoir un autre bassiste et un autre batteur, ce serait quand même Lynch Mob. C’est donc un peu une situation hybride, il y a des choses que je n’aime pas dans cette situation mais c’est juste comme ça que la réalité de ce groupe fonctionne pour l’instant. Lynch Mob a été une vraie démocratie auparavant et ça n’a pas du tout marché, ça s’est avéré être très injuste envers moi-même et envers d’autres, et des gens en ont profité et ont fait du mal au groupe, et ont été responsable de la disparition du groupe à différents moment de son histoire, c’était vraiment douloureux, donc… Je me suis assuré de me protéger, de donner aux gens ce qu’ils méritent et rendre le groupe aussi juste que possible et refléter autant que possible la réalité du groupe, en protégeant le groupe, sa marque et le dur labeur qui y a été injecté pendant des années et décennies des dégâts que les gens peuvent potentiellement lui infliger. C’est donc un jeu d’équilibriste. Je ne sais pas exactement quelle est la bonne façon… Je pense que tout dépend du projet en particulier et des personnes impliquées. C’est comme dans n’importe quelle relation, comme dans un mariage, dans une famille ou avec des collègues de travail, si tu peux faire confiance aux gens avec qui tu travailles – et c’est quelque chose de très difficile à trouver -, alors tu sais que tu auras quelqu’un pour te rattraper lorsque tu chuteras et te soutenir, et alors tu dois t’assurer que vous êtes sur un pied d’égalité financièrement, au niveau créatif, au niveau des crédits et toutes ces sortes de choses. J’aime à penser que ça fonctionne. Et d’après mon expérience avec KXM, ça fonctionne, tout comme avec Ultraphonics.

Penses-tu qu’on pourrait faire un parallèle entre la démocratie dans le contexte d’un groupe et la démocratie dans le contexte d’un pays, qui semble d’ailleurs être en crise en ce moment ?

Eh bien, je pense que l’analogie ne marche pas parce qu’il y a deux spécificités dans une communauté de gens, l’une est le système gouvernemental et l’autre est l’économie. Et je pense que lorsque tu entends des gens en occident essayer d’imposer notre façon de nous gérer aux autres, à d’autres pays, ils ne parlent pas vraiment de démocratie, en gros. Ils utilisent le terme mais ce qu’ils ont vraiment en tête, c’est le capitalisme sauvage [petits rires], c’est vraiment de ça dont ils parlent. Car ce pays a inlassablement œuvré pour saper tout effort et toute impulsion démocratique à travers le monde au cours des cent dernières années, si ce n’est plus. Si tu veux une vraie confédération démocratique, alors regarde la Confédération Iroquoise qui était une authentique démocratie dans ce pays avant que nous ne la détruisions, la Confédération Iroquoise, les cinq nations, qui nous a servi de modèle pour notre constitution. Il n’y a jamais eu de pure forme de démocratie qui ait été exercée dans le monde, et la démocratie n’est qu’une idée, de toute évidence, au sens platonique, ce n’est qu’un concept et un état constant de fluctuation. Donc il faut que les gens soient très vigilants et conscients, et pour ça, il faut qu’ils soient éduqués. Et qui contrôle ça ? [Rires] Donc on en revient constamment à 1984, quoi qu’il arrive, tu vois [petits rires], c’est vraiment bizarre.

« Je suis le plus frustré des chanteurs qui ne savent pas chanter sur la planète ! […] Je suis le plus grand chanteur du monde dans ma propre tête ! Je suis Paul Rodgers dans ma tête mais je n’arrive pas du tout à le faire sortir. »

Et je pense que ça se résume à la nature humaine et à la façon dont les gens sont constitués et câblés. Il me semble que les dernières données scientifiques corroborent ça, c’est-à-dire que les gens, généralement, à travers le monde, sont câblés d’une façon ou d’une autre, pour une certaine raison, les gens sont constitués pour être altruistes et empathiques, et ils se soucient des autres et voient à plus long terme que leur propre vie, à l’instar de la sensibilité des indiens d’Amérique qui regardent sept générations dans l’avenir, considérant les répercussions de toutes leurs actions, et puis il y a l’autre moitié des humains qui se soucient plus de « va te faire foutre, c’est à moi » et du mythe de l’individualisme acharné et toutes ces conneries [rires]. Mais les humains n’ont pas réussi en tant qu’organisme – si tu veux appeler ça un succès – parce qu’on a été des individus acharnés, nous avons réussi parce que nous avons été altruistes et que nous nous sommes soucié les uns des autres, et je parle de millions d’années. Donc sur le court terme, il y a des ressources et les gens ont tendance à être cupides et craintifs, et ceci a toujours mené à la chute des civilisations. Donc j’ai bien peur que c’est ce qui pourrait arriver maintenant.

Tu as de toute évidence beaucoup de choses à dire sur ce genre de sujet, tout comme d’autres. Tu as mentionné les indiens d’Amérique, et en 2015 tu as sorti l’album Shadow Train qui était centré là-dessus et qui est probablement l’un de tes projets les plus personnels, dans la mesure où tu as été impliqué dans tous ses aspects, dont les paroles et le message. Est-ce quelque chose qui t’as manqué dans tes autres groupes et projets, le fait de ne pas avoir la main sur le message véhiculé par les chansons ?

Eh bien, je ne me sens pas obligé d’avoir la main sur tous les aspects d’une chanson si je n’ai rien à dire ou si quelqu’un d’autre a plus à dire. Je ne vais pas m’imposer lorsqu’on n’a pas besoin de moi. En l’occurrence, dans KXM, Doug est un poète et ses paroles ont beaucoup de force, et c’est lui qui a le micro. D’un autre côté, Shadow Train était un produit de ma vision et quelque chose qui me passionnait, politiquement, par rapport à la condition humaine, en pensant à des choses qui ont de l’importance, et donc je me suis senti obligé de m’exprimer. Donc j’ai écrit la majorité des paroles et j’ai écrit les mélodies parce que j’avais vraiment besoin de le faire, il fallait que ça sorte. Mais si j’écris un album de Lynch Mob, je ne peux pas faire ce qu’Oni peut faire [petits rires], mais j’essaie de l’influencer, dans le sens où lorsque nous travaillons ensemble et nous passons du temps ensemble sur la route, je parle de choses qui m’importent, rien qu’en étant dans les parages, et une bonne partie de ce que j’ai pu dire l’a influencé et, évidemment, il le prend à cœur, très sincèrement, et ça se reflète dans quelques albums que nous avons faits, comme Sun Red Sun et surtout Rebel, un album que nous avons fait il y a quelques années, et le nouvel album, qui s’appelle The Brotherhood qui sort en juin : c’est une poignée de paroles très, très poétiques dans lesquelles je me reconnais clairement [petits rires], avec sa vision du monde, etc.

Te sens-tu limité parfois en tant que guitariste ? Y a-t-il eu des moments où tu aurais souhaité être chanteur de façon à pouvoir exprimer plus directement ce que tu avais à exprimer ?

C’est vraiment une question marante, c’est tellement génial ! Car, absolument ! Je veux dire, tu n’imagines pas : je suis le plus frustré des chanteurs qui ne savent pas chanter sur la planète ! Le premier album que j’ai jamais acheté était un album de gospel et j’étais aussi très porté sur tous les chanteurs de R&B, blues et gospel, et j’ai d’ailleurs joué dans un gospel, une église noire, un genre de groupe chrétien pentecôtiste évangéliste. A cette époque, lorsque j’étais jeune, j’étais chrétien et je jouais dans ces missions d’évangélisation sous tente, avec des gens qui criaient et pleuraient, et ces jams duraient vingt minutes, et tout était centré sur les chanteurs, tu vois, l’intensité et l’émotion. Les gens voyaient ça comme quelque chose de spirituel, bon, c’était spirituel mais ce n’était pas une interview de Dieu qui provoquait ça, c’était l’émotion de la musique, qui était très puissante. C’est ça qui m’a ému et m’a donné envie de jouer de la musique, c’est James Brown et Aretha Franklin. Et encore aujourd’hui, j’entends des choses dans ma tête ; je suis le plus grand chanteur du monde dans ma propre tête ! Je suis Paul Rodgers dans ma tête mais je n’arrive pas du tout à le faire sortir. J’ai essayé ! Et en fait, j’ai… [Petits rires] Il y a un moment donné sur un album, cet album que je t’ai mentionné et sur lequel je travaille depuis quelques années qui s’appelle The Banishment avec Tommy Victor de Prong, c’est un peu dans une veine industrielle, et j’entends vraiment ces parties de chant, je voulais les faire sortir, leur idée, mais j’ai demandé à l’ingénieur de venir un jour et j’ai passé quelques heures devant un micro, et c’est le truc le plus drôle que tu aies jamais entendu ! Je veux dire, c’est tellement gênant ! Il faut m’interdire d’approcher un micro. Et c’est tellement drôle comme j’entends ce chant dans ma tête mais je n’arrive pas à le sortir ! Je n’y arrive tout simplement pas ! Et si je pouvais faire un vœu, si je pouvais frotter la lampe du génie et faire un vœu, c’est probablement ce que je souhaiterais [rires], pouvoir chanter. Regarde Richie Kotzen ! Il a tout ça ! R&B, blues, soul… Et en plus il joue la guitare comme ça ! Ça paraît tellement facile ! Et je peux l’entendre dans ma tête mais je n’arrive pas à le faire ! Donc je me rabats sur le fait d’essayer de le jouer à la guitare.

Essayer de reformer le line-up classique de Dokken est quelque chose qui t’a donné beaucoup de fil à retordre pendant des années, et la dernière fois qu’on t’a interviewé, tu nous as dit que tu doutais que cela puisse se produire parce que Don Dokken « est à côté de ses pompes, complètement dingue » – je te cite. Du coup, comment es-tu parvenu à le convaincre pour quelques dates au Japon ?

Ouais, nous avons fini par faire sept concerts : un en Amérique du Nord et six au Japon. La raison pour laquelle nous l’avons fait est parce que l’un de nos roadies originaux, Tom Mayhue, qui travaille maintenant pour Guns N’ Roses depuis aussi longtemps que Guns N’ Roses existe, c’est un mec très puissant dans l’industrie, il a créé des liens aux Japon et nous a amené cette tournée. Donc il nous a proposé de la faire et nous l’avons accepté, c’était bien payé, c’était une bonne occasion pour nous et nous nous disions que ça pouvait mener à d’autres choses. Donc Don a accepté, nous avons tous accepté, et nous sommes partis et avons fait la tournée. Et il se peut que nous fassions quelques autres trucs dont nous sommes en train de discuter, possiblement pour 2018, faire quelques dates, nous avons un DVD qui va sortir et un album live avec une nouvelle chanson, et nous parlons de peut-être faire un album acoustique au début de l’année prochaine. C’est sympa de revenir et voir que ça fonctionne, au lieu de rester sur ce truc négatif qui a implosé [petits rires] et échoué, en faire une fin heureuse.

D’ailleurs, comment c’était ? Est-ce que c’était à la hauteur de tes attentes ?

Je pense que c’était mitigé. Mais, globalement, je le placerais du côté positif de l’équation. Nous étions légèrement mal préparés et il y avait beaucoup de stress. Le fait que nous sommes plus âgés et que Mick [Brown] était malade n’a pas aidé, il crachait constamment ses poumons. Don traversait quelques trucs personnels assez lourds qui ont clairement affecté tout le monde, rien qu’il aurait pu prévoir. Il y avait beaucoup d’attentes, pour être franc, de nous voir débarquer et être comme nous étions il y a trente ans [petits rires]. Mais considérant tout ceci, je trouve que c’était super parce que le noyau du groupe était très bon. Et puis c’était marrant d’être à nouveau ensemble parce que, même si nous sommes plus âgés, c’était toujours les mêmes drôles de personnalités qui étaient là ! Les mêmes blagues, la même alchimie, la façon dont nous nous entendions, c’était pas du tout différent de 1986 [rires].

(A propos de Dokken) « Les gens peuvent changer, et peut-être qu’une partie de la faute me revient, je ne sais pas, j’essaie de ne pas trop y réfléchir. J’ai un boulot à accomplir et je mets mes œillères s’il le faut, ou peut-être je ferme une oreille, et je fais le truc. »

La dernière fois, tu nous as expliqué que Don n’était pas du genre à jouer en équipe et que c’était « pénible de rester dans une pièce avec ce mec pour parler plus de quinze minutes »… Du coup, êtes-vous parvenus à mettre vos différends de côté ?

Ouais, c’était absolument… Tu sais, j’ai soixante-deux ans, je ne suis pas tellement rancunier. J’aime dire la vérité, dire comment sont les choses, mais à la fois, les gens peuvent changer, et peut-être qu’une partie de la faute me revient, je ne sais pas, j’essaie de ne pas trop y réfléchir. J’ai un boulot à accomplir et je mets mes œillères s’il le faut, ou peut-être je ferme une oreille, et je fais le truc. Mais il y avait plein de supers moments, en fait. Une autre chose qui a tendance à se passer, je pense, lorsque les gens sont un peu aux antipodes et ne sont pas forcément d’accord, c’est que lorsqu’ils lisent l’un sur l’autre dans la presse, et qu’ils ne sont pas à proximité, les choses négatives semblent s’amplifier avec le temps [petits rires]. Et lorsque nous trainions dans une pièce ensemble, tout ça s’est plus ou moins évanoui. En fait, le premier soir, nous nous sommes retrouvés au bar de l’hôtel et nous nous sommes assis, nous avons pris quelques bières, nous blaguions, nous avons passé un super moment. Donc, tu sais, [tout ceci] n’a pas vraiment d’importance au bout du compte ; juste ferme-là et joue de la guitare [rires].

Comme tu l’as mentionné, vous avez fait une nouvelle chanson. Comment était l’alchimie créative et quelle était votre approche ?

En gros, c’était exactement comme nous procédions dans les années 80. Jeff [Pilson] et moi nous sommes retrouvés dans une petite pièce qui ne paie pas de mine et nous avons [travaillé] jusqu’à obtenir ce morceau, qui était putain de génial, et ensuite nous l’avons envoyé à Don, et Don, au départ, était un peu genre « je ne sais pas… », et puis il a fait des suggestions, qui étaient de monter un peu le tempo et quelques autres trucs, et ça l’a en rendue bien meilleure. En fait, il est venu la chanter il y a quelques semaines, et elle sonne fantastique ! Vraiment, elle sonne super. Elle est un peu plus moderne que les vieux morceaux mais tout en ayant toujours ce truc qui nous définit. Elle a de la mélodie, Don chante très bien … Ce que je trouvais qui nous définissait, je suppose, avec le recul, était que nous avions un côté un peu heavy mais avec de la mélodie, donc c’est ça, ce genre de chanson, c’est formidable. Les gens vont adorer. Là, nous avons fait deux versions semi-acoustiques d’anciennes chansons, « Will The Sun Rise » et une autre, où il y a des percussions, de la basse acoustique, des guitares acoustiques, et je fais les leads avec un tout petit ampli et une vieille guitare Gibson, avec un son peu boueux.

En fait, vous avez décidé de faire une nouvelle chanson assez rapidement, et tu viens de dire qu’elle sonnait un peu plus moderne. Est-ce important pour toi de ne pas juste vivre dans le passé avec ta musique et vivre avec ton temps ?

Eh bien, je crois que le plus grand défi pour moi est de créer quelque chose qui capture ce que nous étions dans les années 80, c’est parfois difficile pour moi de faire ça ! C’est un peu plus un challenge. C’est plus facile pour moi de composer quelque chose qui soit un peu plus moderne et différent. C’est plus difficile pour moi de composer un « Into The Fire » ou « Breaking The Chains » [petits rires], pour une raison ou une autre. Si j’avais un quelconque blocage mental ou panne d’inspiration, ce serait pour ce style ou cette époque du rock. C’était il y a quelques années mais, en fait, j’ai été embauché par une boite pour faire exactement ça. Ils m’ont amené dans un studio et ils voulaient que je compose une chanson dans le style années 80, avec de la guitare dans le style du Dokken des années 80, et j’ai échoué ! C’était la seule fois, autant que je m’en rappelle, où j’ai dû abandonner un projet parce que je n’y arrivais pas. Je n’y arrivais vraiment pas ! Et c’était quelqu’un d’autre qui est venu et l’a faite [rires]. C’était très bizarre. Je me suis rendu compte à ce moment-là : « Il faut que je comprenne ce que j’étais à cette époque de ma vie et comprenne comment retrouver ça et le refaire. »

Tu as mentionné que vous avez discuté de peut-être faire d’autres concerts, sortir un DVD, etc. Penses-tu que ce line-up pourrait vraiment aller plus loin ? Je veux dire que j’ai récemment lu Don qui disait qu’il n’y avait rien de prévu pour faire plus avec ce line-up…

Ouais… Je ne sais pas. En fait, très honnêtement, je pense que ce sera probablement juste des choses comme ce que nous avons fait au Japon. Je ne veux pas préciser de quoi nous parlons, mais il y a des choses en discussion. Mais ce serait juste de partir faire quelques dates ou une œuvre, et puis c’est tout. Pas de vraie réunion pour rester ensemble pendant une plus longue période de temps, ce serait juste venir, faire quelques trucs et puis chacun retourner à nos projets respectifs. Tout le monde à son propre truc en cours. Jeff est dans Foreigner, j’ai sept groupes [rires] et Don a Dokken, donc… Mais tu sais, il y a de merveilleuses opportunités pour reformer Dokken qui se présentent de temps en temps, et ce sont des choses dont nous pourrions profiter.

Cette année marque les trente ans de l’album classique Back For The Attack, qui est votre plus grand succès mais aussi le dernier avant le split survenu deux ans plus tard. Quel est ton sentiment par rapport à ça ?

Trente ans ? Wow, je n’aime pas penser à ça, j’essaie de ne pas y penser… [Petits rires] Ouais, tu sais, c’est presque comme lorsque tu as un anniversaire quand tu es plus vieux, c’est genre… On s’en fout, non ? [Rires] J’essaie de toujours regarder devant, pas derrière. Je vis dans le moment présent. Et ouais, tu sais, ils disent aussi que les gros groupes ne devraient jamais faire d’album live, car les albums live sont toujours le signal du début de la fin. Donc nous avons fait Beast From The East et le groupe s’est séparé…

Sur les dernières photos promo de KXM, tu portes un t-shirt où on peut lire « Fuck Fame » (« J’emmerde la célébrité », NDT). Penses-tu que la célébrité est un obstacle pour l’art ?

Non, en fait, la seule raison pour laquelle je portais ce t-shirt était parce qu’une société est venue nous habiller et ce genre de choses, et ils nous ont offert des vêtements. Je n’essayais pas de faire passer un message profond, je portais juste un t-shirt sur lequel il était inscrit quelque chose [rires]. Donc je ne vais pas faire semblant d’avoir quelque chose de profond à dire sur le sujet. Je suis sûr que si j’y réfléchissais, je trouverais quelque chose à dire. En fait, le peu de célébrité que j’ai le bonheur de connaître me permet de faire de la musique et faire vivre ma famille. C’est tout ce que je peux dire là-dessus. Ça me permet d’avancer et de créer parce que ça me donne les ressources pour le faire. Mais je n’ai jamais connu le genre de célébrité dont tu parles, qui peut être, j’imagine, destructrice et compliquée à gérer à un niveau personnel. D’une certaine façon, j’ai la chance d’être dans ce juste milieu où je suis reconnu et apprécié à un certain niveau par des personnes et où je peux bien vivre et continuer à créer de l’art, sans l’entrave d’une célébrité massive et débilitante [rires], où tu penses trop à toi-même et deviens une victime de ton propre succès.

« Tu es dans la pièce avec les gars ou tu programmes quelque chose et tu as cet éclair d’inspiration, et tout le monde lève la tête, se réveille et s’excite, c’est pour ça que je vis, j’adore ! »

J’ai appris que tu sortais en fait un nouvel album avec Michael Sweet cette année…

Ouais, je viens de finir de le composer il y a deux jours. Donc je l’ai envoyé aux gars qui travaillent sur la côte Est, Michael Sweet, Brian Tichy et James Lomenzo, la même équipe que l’autre fois. Ils travaillent dans un studio sur la côte Est, donc j’ai tout envoyé, j’ai fini la composition et la pré-production. Ils finiront leurs parties au cours des prochaines semaines et me renverront tout ça, et je vais finir tous mes solos et les autres parties que je dois terminer, et puis je leur renverrai ça.

Tu es athée et Michael est Chrétien, et sa foi est quelque chose qu’il met en avant dans sa musique. Est-ce que ton athéisme et son christianisme n’entrent pas en conflit parfois ?

Ma musique n’est pas de la musique athée, ce ne sont que des fréquences [rires]. Quoi qu’il y a des fréquences que l’église a déclaré comme sataniques, la quinte diminuée était interdite dans la musique classique des églises et [des artistes] ont beaucoup utilisé ça intentionnellement. Mais, en fait, Michael et moi en avons parlé, l’idée d’avoir un album qui serait plus conceptuel, un genre de concept sur les saints et pécheurs, le paradis et l’enfer, pas que l’athéisme serait l’enfer ou les pécheurs [petits rires]. Et mon argument est que [beaucoup de gens] sont formatés comme ça, genre, il y a cette dichotomie, cette dualité artificielle auto-imposée à l’univers qui est une construction de nos vœux pieux, c’est juste ainsi que notre cerveau fonctionne, ce noir et blanc, le bon et le mal, c’est simplement ridicule. En fait, j’aime l’idée de faire quelque chose comme ça mais je ne sais pas si ça va marcher, très franchement, surtout étant donné que je travaille à distance sur ce projet. Je ne suis pas avec les gars, je travaille à Los Angeles et eux sur la côte est, donc je ne suis pas là. Rien que pour cette raison je ne pense pas que ça fonctionnera.

Donc tu ne débats pas vraiment de religion avec Michael ?

Non, l’époque où je débattais est révolue. Ça ne mène à rien. Je ne vois pas vraiment d’intérêt à ça, autre qu’un exercice intellectuel et la confrontation d’idées [rires], de visions du monde incompatibles, qui, comme je le disais plus tôt, je pense, sont câblées en nous, de toute façon. Donc quel intérêt ? Je pense que la meilleure chose qu’on puisse faire, c’est montrer l’exemple et agir localement. Penser globalement et agir localement. Exactement comme on le fait avec nos enfants, ils nous regardent plus qu’ils nous écoutent. Et prêcher des choses, ça ne marche pas, personne ne veut qu’on lui force la main. Je veux dire que les gens iront vers toi et tes idées si celles-ci sont valides, solides et produisent des résultats. Donc si j’écris de la bonne musique et que je dis quelque chose qui a du sens, ou que quelqu’un avec qui je travaille a une bonne idée, alors les gens écouteront. Il y avait une époque de ma vie où tout ce qui m’importait était le débat philosophique sur l’existence existentielle [petits rires], et puis je me suis dit : « Bon, tu vois, je ne vis pas ma vie aujourd’hui, il faut que je commence à m’en soucier et faire ce pour quoi j’ai été mis sur terre, c’est-à-dire mon boulot [de musicien]. »

Tu n’as jamais eu autant de groupes et de projets qu’aujourd’hui : KXM, Lynch Mob, Sweet & Lynch et les autres projets dont tu m’as parlé. Qu’est-ce qui te pousse aujourd’hui à t’éparpiller dans autant de groupes et projets ?

J’adore composer ! C’est une passion de dingue. Je passerais littéralement ma vie en studio si je le pouvais, à juste créer différentes musiques et apprendre de nouvelles choses et pousser le bouchon [petits rires]. Tu sais, il n’y a rien de comparable au fait de mettre un de ces albums que tu adores, le diamant qui se pose sur le vinyle et tu as une très bonne stéréo, et à ce que ça te procure, et voir les meilleurs concerts des vieux groupes qui te faisaient tomber à la renverse, AC/DC, ZZ Top ou peu importe, à l’époque, et vivre ça. Ceci a toujours été mon inspiration, tenter de recréer ça. Je veux moi aussi être quelqu’un qui fait ça. Je continue inlassablement de poursuivre ce graal. Chaque opportunité dans un studio ou en live est une opportunité pour le faire. Et vraiment, ça commence dans le studio parce que tout ce que tu emmènes sur la route a commencé en tant qu’idée dans un studio. Regarder la magie se produire, lorsque tu es à ce point d’ignition où une idée flambe, sortie de nulle part. Tu es dans la pièce avec les gars ou tu programmes quelque chose et tu as cet éclair d’inspiration, et tout le monde lève la tête, se réveille et s’excite, c’est pour ça que je vis, j’adore ! Et ensuite construire à partir de ça, compléter la pensée jusqu’à atteindre sa conclusion logique est très gratifiant. C’est comme construire une maison. Et j’ai construit des guitares aussi, et c’est le même genre de sentiment, tu perds la notion de l’espace et du temps, tu te perds dans cette chose sur laquelle tu travailles et tu la vois comme de l’argile [petits rires], et tu en fais quelque chose de beau qui te procurent tant de plaisir, et tu es tellement fier d’y avoir mis les mains dedans.

Préfères-tu créer en studio au fait d’être sur scène ?

Ce ne sont pas des choses mutuellement exclusives. Il n’est tout simplement pas possible de les comparer. J’adore les deux et je ne voudrais pas vivre sans l’une ou l’autre. Je pense que ce sont les deux faces d’une même pièce.

Interview réalisée par téléphone le 11 mars 2017 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Page Facebook officielle de KXM : www.facebook.com/KXMofficial
Site Internet officiel de George Lynch : georgelynch.com

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