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Interview   

George Lynch en pleine ferveur créative


Parmi les super-groupes de classic-rock que l’on a vu émerger ces derniers temps, en voilà un que l’on n’avait pas vraiment vu venir, et pour cause ses musiciens – le batteur Ray Luzier (Korn), le bassiste-chanteur Doug Pinnick (King’s X) et le guitariste George Lynch (Lynch Mob) – proviennent de backgrounds musicaux finalement très différents. Mais c’est aussi ça qui rend la musique de ce premier album d’autant plus appréciable, cet effet de surprise, dans un premier temps, et ce son finalement plutôt original. Pourtant comme s’évertue à nous l’expliquer George Lynch dans l’entretien qui suit, rien n’a été prémédité, tout a été spontané. Ils n’avaient de toute façon pas le temps de tergiverser avec leurs emplois du temps respectifs chargés : il fallait tout boucler en dix jours, alors ils ont été là où leur instinct leur dictait d’aller. Au final le plaisir est palpable, dans la musique mais aussi dans les paroles de Lynch lorsqu’il nous raconte cette aventure.

En marge de cela, impossible de ne pas évoquer les autres groupes du guitariste, notamment Lynch Mob, dont on ne comprenait plus trop qui en formait les rangs, et les innombrables projets qu’il a récemment multiplié et dont il nous parle de lui-même. Impossible non plus de ne pas revenir sur Dokken et sa relation avec le chanteur Don Dokken, au sujet duquel il ne mâche pas ses mots et dont il nous parle avec une énorme franchisse, lui renvoyant à lui et son ego la responsabilité des récents échecs de reformation du groupe. Un long et riche entretien à lire ci-dessous.

« Je trouve que c’est manquer de respect aux fans que d’être arrogant […] J’estime que nous avons une obligation de faire notre travail et de le faire bien. Il n’y a plus de place pour l’ego là-dedans. »

Radio Metal : Tu as déclaré que dans la scène musicale du sud de la Californie, il y a toujours des discussions au sujet de projets entre musiciens qui finalement ne vont nulle part. Comment donc as-tu fait connaissance avec Doug et Ray, et comment avez-vous fait pour que ce projet puisse fonctionner ?

George Lynch (guitare) : Ce n’est pas tant que ces projets ne vont nulle part… Il y a eu beaucoup de groupes de ce genre ces dernières années : Black Country Communion, Chickenfoot, The Winery Dogs, le nouveau groupe de Glenn Hughes (ndlr : California Breed)… Manifestement, les groupes de ce genre fleurissent en ce moment. Mais, de ma propre expérience, il arrive très souvent que je rencontre des gens, que nous parlions de faire quelque chose ensemble et que, évidemment, ça ne se concrétise jamais. Voilà ce qui se passe la plupart du temps d’après mon expérience. Mais dans ce cas, j’ai senti que ce projet avait un tel potentiel que j’ai vraiment insisté pour que nous nous donnions à 110 % pour qu’il voie le jour, et les autres gars étaient dans le même état d’esprit. Nous nous sommes rencontré chez Ray, à une fête organisée pour son fils, et nous avons fini la soirée en faisant un bœuf dans le studio. Tout est parti de là.

Étant donné les fortes personnalités qu’il y a dans ce groupe, comment avez-vous envisagé l’écriture des morceaux ?

À vrai dire, ça a été un processus très intéressant et très simple. Le plus compliqué, ça a été de trouver le temps de nous réunir tous les trois, et il a fallu faire pas mal d’effort pour y arriver. Une fois que nous avons réussi à bloquer une semaine, nous nous sommes retrouvés dans une maison transformée en studio située à quelques heures de Los Angeles, dans les collines, très à l’écart. Grosso-modo nous vivions là bas : nous mangions là-bas, dormions là-bas, juste nous trois, avec l’ingénieur du son et un photographe. Nous n’avions jamais vraiment joué ensemble et nous n’avions écrit aucune chanson, donc ce que nous avons fait, c’est que nous avons installé les micros et tout le matériel dans une même pièce et nous avons commencé à jouer ensemble, à isoler des parties et à arranger des idées. Au cours de cette période initiale de huit jours, nous avions écrit et enregistré la majeure partie de l’album. Nous nous sommes rendu compte quelques semaines plus tard qu’il nous manquait encore quelques chansons, donc il a fallu que nous trouvions à nouveau deux jours pour retourner dans ce même studio, se retrouver et faire la même chose. Encore une fois, ça a été difficile de trouver ces deux jours, mais nous y sommes arrivés, nous sommes retournés au Mountain Studio avec notre ingénieur du son « The Wizard » (ndlr : Chris Collier) et nous avons écrit et enregistré trois nouvelles chansons pour terminer l’album. En tout, l’enregistrement de l’album ne nous a pris que dix jours, écriture comprise, ce qui est extraordinaire. Je suppose que pour la plupart des gens, peu importe la manière dont un album a été écrit et enregistré, qu’il ait fallu des millions de dollars et deux ans ou 10 000 dollars et dix jours, c’est le résultat qui compte. En ce qui me concerne, ça a été très gratifiant de faire l’album de cette manière, parce que c’est ce qui en a fait un disque unique. Pas unique juste du point de vue de la manière de procéder, mais unique en termes de résultat. Nous n’avons pas eu le temps de trop réfléchir aux chansons. Nous n’avions pas le temps de nous demander ce que nous étions censés être et ce que nous essayions de faire, nous avons simplement fait ce que l’alchimie entre nous trois nous dictait de faire. C’était donc très intuitif, et je trouve que le résultat est très gratifiant et complètement imprévu, parce que nous ne savions absolument pas où ça allait nous mener [rires]… Nous ne savions même pas si ce serait bien ! Nous n’avions pas la moindre idée de ce que serait le résultat de notre travail, c’était un pari, vraiment. Quand nous avons commencé à travailler ensemble, tout s’est bien passé, nous trouvions une idée, puis une autre, et encore une autre, et en avançant les deux premiers jours, nous avons vu cette chose émerger, une sorte de son et un style. J’ai tout de suite vu que les gars étaient très enthousiastes, ça se voyait à leurs yeux, de vrais gamins [rires] ! Nous étions tous très enthousiastes à mesure que les jours passaient, nous nous levions tôt, commencions tôt… Nous avions hâte de nous mettre au travail parce que nous étions vraiment très excités, on pouvait ressentir l’énergie, et nous aimions aussi le processus. Nous nous sommes beaucoup amusés tous ensemble, juste à traîner et rigoler, ça a été un épisode de ma vie créative court mais très agréable.

Vous venez tous de groupes et de milieux très différents. Est-ce que c’est ce qui a rendu ce processus si frais et excitant pour vous ?

Complètement : Doug fait partie de King’s X depuis des décennies, je fais partie de Lynch Mob depuis disons aussi longtemps, Ray est dans Korn depuis des années… Et c’est formidable de jouer dans chacun de ces groupes, mais je suppose que c’est un peu comme avoir une maîtresse [rires]. Il y a des choses que tu peux faire avec ta maîtresse que tu ne peux pas faire avec ta femme, tu vois ce que je veux dire [rires] ?

Est-ce que c’est une confession personnelle [rires] ?

Non non, je suis un mari très fidèle ! Je dis juste… Ce n’est qu’une mauvaise comparaison [rires]…

Je plaisante !

En fait, je pense que c’est une comparaison plutôt pertinente ! Il y a certaines choses que tu ne peux pas faire avec ton groupe principal. Korn par exemple a un style et un son très spécifiques, Lynch Mob et King’s X aussi. KXM nous donne à nous trois l’opportunité de sortir de ces périmètres et de nos limites créatives habituelles.

Dans KXM, vous êtes tous des musiciens très occupés, mais quel est le statut de ce groupe ? Est-ce que vous allez vous y consacrer vraiment et continuer ?

Nous lui accordons toute l’attention que nous pouvons, et la raison, c’est que non seulement nous avons le sentiment que l’album mérite notre attention mais aussi parce que ça marche étonnamment bien pour nous… Nous ne nous y attendions pas du tout, tu sais. Nous n’avons pas fait l’album pour avoir un succès commercial. Nous ne savions pas ce que ça allait donner, nous voulions simplement le faire, et nous l’avons fait. Même si nous n’avions vendu qu’un album, nous serions heureux parce que nous avons eu l’occasion de sortir cette musique pour nous. Mais il y a des limites à ce que KXM peut faire, créativement parlant, parce que nous avons tous déjà d’autres projets. Le fait que Ray soit membre de Korn, par exemple, fait qu’il est très difficile pour nous de partir en tournée : Korn tourne énormément, donc c’est difficile pour nous d’organiser des concerts, voilà le problème. Ce groupe occupe beaucoup Ray, donc ça ne nous laisse pas beaucoup de créneaux pour tourner, mais ceci étant, chaque jour nous réfléchissons à quand nous pourrons le faire, nous essayons de trouver [des opportunités] pour pouvoir partir au Japon, probablement, et à travers les États-Unis, et filmer ça pour en faire un DVD.

« Richie Blackmore et Gene Simmons, le bassiste de Kiss, l’ont dit tous les deux : dans un monde où un groupe comme Poison réussit et où King’s X échoue, il n’y a pas de justice [rires] ! »

Le line-up de Lynch Mob a récemment été complètement renouvelé. Que s’est-il passé ?

Depuis la formation de Lynch Mob en 1989, le groupe a connu de nombreux changements de line-up. J’aime dire que c’est comme travailler chez McDonald’s [rires], c’est comme si chaque musicien à L.A. devait passer par Lynch Mob au moins une fois dans sa carrière. C’est l’entraînement de base, comme à l’armée [rires]. C’est triste et ce n’est pas ce que je voudrais, mais c’est très difficile de conserver le même line-up, que ce soit pour des questions de personnalités, de business ou de nouvelles opportunités se présentant à certains membres. Le problème de Lynch Mob, c’est que ce n’est pas un groupe suffisamment gros pour retenir les gens et qu’ils puissent bien en vivre. C’est certainement plus comme un projet. Nous tournons et faisons des albums, mais nous ne sommes pas Van Halen, AC/DC ou quoi que ce soit de ce genre [rires]. Ça demande beaucoup de boulot, mais les membres de ce groupe ont aussi d’autres choses à faire. Ce qu’il se passe, c’est qu’ils vont dans d’autres groupes, Marco Mendoza, par exemple, est resté avec nous pendant deux ans, mais finalement, il a dû partir et passer à autre chose. Nous nous aimons beaucoup et nous voulons jouer ensemble, mais il ne pouvait pas attendre, il n’y avait pas assez de travail et pas assez d’argent pour sa famille, il a donc rejoint Thin Lizzy. Nous sommes toujours amis, nous nous parlons toujours. Parfois, des gens rejoignent Lynch Mob pour une tournée, un disque, un cycle d’albums… Brian Tichy, par exemple, a fait quelques tournées avec nous, mais il a aussi de nombreux autres projets, il a, par exemple, été dans Whitesnake, [le groupe de] Billy Idol, Foreigner… Ces derniers temps, les musiciens sont devenus… Je n’irai pas jusqu’à dire des mercenaires, mais ils doivent garder leurs options ouvertes et être indépendants, ce que je respecte. Mais mon rêve est d’un jour être dans un groupe qui reste un groupe, comme Rage Against The Machine par exemple : trois ou quatre mecs qui restent ensemble, comme une famille et qui ne changent jamais. J’aime cette idée et bien sûr, c’est ce qui s’est passé avec Dokken pendant des années, mais ça ne m’est plus arrivé depuis quelques dizaines d’années. J’aimerais beaucoup arriver à retrouver un groupe comme ça, comme KXM, qui a le potentiel pour tenir.

En 2012, tu as annoncé qu’un nouvel album de Lynch Mob intitulé I Am Weapon était presque terminé. Où en est-il ? Va-t-il voir la lumière du jour et si oui, avec quel line-up ?

Lynch Mob travaille sur deux projets d’enregistrement différents. Le premier, sur lequel nous travaillons en ce moment même, est un album live avec le line-up actuel : Keith St. John de Montrose et Jefferson Starship au chant, Jimmy D’Anda de Bullet Boys, qui a été dans Lynch Mob auparavant, à la batterie et Kevin Baldes du groupe Lit, un vieil ami, à la basse. C’est donc un très bon groupe, nous avons tourné ensemble et nous serons en Europe en juin-juillet me semble-t-il. L’autre album – celui dont tu parles – ne s’appelle plus I Am Weapon. Il était à moitié terminé lorsque le groupe a splitté, et à l’époque, le groupe était composé d’Oni Logan, Scot Coogan à la batterie et Robbie Crane de Ratt à la basse. C’était un super groupe et j’aurais voulu continuer comme ça mais c’est parti en lambeaux, et lorsque c’est arrivé, l’album s’est retrouvé à la poubelle ou au placard [rires]… Mais j’essaie de trouver un moyen de l’achever, probablement avec ces membres d’origine. Un producteur formidable est entré en contact avec moi, [Dave Jordan] qui a travaillé avec plein de groupes par le passé et en a fait des groupes énormes, il est donc possible qu’il travaille avec nous, nous avons parlé de finir cet album, mais c’est un vrai défi à cause de la manière dont le groupe s’est séparé et dont chacun est passé à autre chose, ce sera compliqué. Mais j’estime que l’album vaut le coup d’être entendu, mixé et terminé juste pour la musique en elle-même.

En 2012, trois des quatre musiciens du line-up classique de Dokken ont sorti un album sous le nom de T&N, avec de nouveaux enregistrements de chansons de Dokken. Est-ce que c’était une provocation envers Don Dokken ?

Jeff, Mick et moi avons sorti cet album, Slave To The Empire, il y a quelques années. En réalité, alors que nous travaillions sur l’album, nous avons appelé Don et lui avons demandé de nous rejoindre si ça l’intéressait. Il est en effet venu, nous avons discuté, fait deux-trois choses, mais ça ne s’est jamais concrétisé. Car, plutôt que d’avoir tout le groupe sans le chanteur, nous trouvions logique d’amener le chanteur avec nous de façon à simplement être Dokken [rires]… Slave To The Empire est sorti, a marché correctement, et c’est un très bon album. Mais ça a été un album compliqué, les gens ont eu du mal à comprendre de quoi il s’agissait parce que d’un côté il y avait les membres de Dokken faisant des reprises de Dokken, et de l’autre il y avait des chansons originales qui n’avaient rien à voir avec les reprises de Dokken, et puis il y avait quatre chanteurs en invité. C’était assez confus, même pour nous [rires] ! Nous avons commencé à travailler sur un nouvel album, Jeff, Mick et moi, et nous avons à nouveau demandé à Don s’il voulait être impliqué, mais c’est tombé à l’eau, et nous avons compris qu’une réunion de Dokken n’était pas près d’arriver. Mais nous nous sommes dit : « Eh bien, trouvons quelqu’un d’autre pour remplacer Don ! », nous avons donc demandé à Michael Sweet de Stryper et Boston de se joindre à nous. En novembre, nous allons nous y mettre, Michael, Mick, Jeff et moi, et allons finir cet album que nous avons d’ailleurs déjà commencé. Mais nous ne nous appellerons pas T&N, nous trouverons un autre nom.

Et d’ailleurs tu as récemment déclaré, au sujet du second album de T&N, qu’il y avait « une toute petite chance qu’il devienne un album de Dokken, si un miracle s’accomplissait et si Don décidait de la jouer fair-play. » Est-ce ce que tu sous-entendais ? Que vous vouliez approcher Don pour essayer de réaliser ce « miracle » ?

Nous avons essayé, mais en fait tout est tombé à l’eau la semaine dernière, donc ça ne se produira pas. Mais oui, il s’agit de la jouer fair-play, ce qui signifie, comme ce que nous avons toujours fait dans Dokken, que nous devrons partager à parts égales, mais Don ne pourra jamais être d’accord avec ça, donc il ne peut y avoir de reformation. Ce prochain album sera donc, en gros, Dokken sans Don mais avec Michael Sweet de Boston pour le remplacer. Bien entendu, nous ne pourrons appeler ça Dokken, nous appellerons ça autrement, peut-être Dokken à l’envers, Nekkod, je ne sais pas ! [Rires]

« Le problème de Don [Dokken], c’est qu’il […] préfère se voir comme une sorte de génie musical, ce qu’il n’est pas. »

On te pose souvent des questions au sujet d’une reformation de Dokken, mais est-ce que ça te semble humainement possible ? Est-ce que tu pourrais t’entendre suffisamment avec Don Dokken pour que l’alchimie prenne à nouveau et que vous puissiez faire de la bonne musique ?

J’en doute fortement. Ce mec est à côté de ses pompes, complètement dingue [rires]… Je peux travailler avec à peu près tout le monde, à une seule condition : que la personne fasse son boulot. C’est le problème de beaucoup de monde dans l’industrie musicale, spécialement ici à Los Angeles, comme partout ailleurs sans doute : la plupart des gens parlent beaucoup, mais agissent peu. Ce ne sont que des paroles en l’air, et je ne peux pas travailler avec ce genre de personnes. J’aime que le travail soit fait, je laisse le baratin aux autres. Don n’a que de la gueule et c’était déjà comme ça avec Dokken dans les années 80… Il parle énormément, il ne faisait que ça, et nous faisions tout le boulot. J’ai choisi de ne plus m’entourer de ce genre de personnes, donc malheureusement, ça ne pourrait pas fonctionner. J’adorerais que Dokken se reforme parce que maintenant que j’ai 59 ans et nous sommes tous plus vieux, nous pensons que ce serait la bonne chose à faire, pour nos fans, pour nous, pour la musique… Essayer de faire un dernier bon album, un très bon album, pour ensuite aller jouer ces chansons en live, je pense que nous le devons aux fans mais aussi à nous-mêmes. Mais tu sais, certaines personnes s’inquiètent davantage du fait d’être aux commandes et d’être le patron [rires]… C’est simplement que nous sommes trop éloignés, ça ne pourra pas se faire. Le problème de Don, c’est qu’il n’est pas du genre à jouer en équipe, il n’est pas fait pour être dans un groupe, il préfère se voir comme une sorte de génie musical, ce qu’il n’est pas. Jusqu’à ce qu’il parvienne au stade de sa vie où il pourra simplement travailler avec un groupe de personnes comme une famille et des amis, nous ne serons jamais plus capables de travailler ensemble. C’est pénible de rester dans une pièce avec ce mec pour parler plus de quinze minutes [rires]. C’est dur à supporter et c’est très pénible, c’est vraiment difficile pour nous. Je suis trop vieux pour ces conneries, je ne veux plus avoir à faire aux egos, ça n’en vaut pas le coup.

L’album de KXM était tellement fun, il n’y a pas d’histoires d’ego, tout le monde s’en fiche. Si nous sommes là, c’est parce que nous nous apprécions et parce que nous avons fait du bon travail en très peu de temps, et je pense que nous avons fait quelque chose qui passera le test du temps, c’était honnête, c’était authentique et c’était fun, travailler était fun. Ça peut se passer comme ça et ça devrait se passer comme ça la plupart du temps. J’ai beaucoup d’autres projets qui se passent comme ça : le projet The Infidels, le projet Shadow Train, le film Shadow Nation, le nouveau projet de Michael Sweet avec Brian Tichy et James Lomenzo. Tous ces projets dans lesquels je joue se passent bien, tout le monde s’entend bien, c’est super, nous nous amusons, nous travaillons efficacement, pas de problème d’egos… Il n’y a plus de place pour ce genre de conneries. Nous sommes chanceux d’être des artistes qui n’ont en fait pas besoin d’avoir un travail alimentaire à côté pour vivre et faire vivre nos familles, et je trouve que nous nous devons d’avoir du respect pour ça, parce que les personnes qui vont acheter nos albums sont des gens qui doivent se lever tôt tous les matins pour aller faire leur job merdique afin de gagner de l’argent pour pouvoir acheter nos albums. Je trouve ça indigne de se pavaner comme si nous étions extraordinaires, parce que ce n’est pas le cas ! Je trouve que c’est manquer de respect aux fans que d’être arrogant, aux autres membres du groupe et aux fans. J’estime que nous avons une obligation de faire notre travail et de le faire bien. Il n’y a plus de place pour l’ego là-dedans. Nous ne sommes que des musiciens, nous ne sommes pas Indira Gandhi ou Martin Luther King [rires], je ne nous mettrais pas sur le même piédestal !

Qu’est-ce que t’inspire le fait que Dokken, le groupe avec lequel tu as eu tes plus grands succès, dans sa forme actuelle, ne déchaîne plus autant les passions ? Est-ce que tu vois ça comme du gâchis, en imaginant ce que ça aurait pu être si le line-up classique s’était reformé ?

Je pense qu’en comparant ces deux possibilités, on est vraiment au cœur du problème, car d’un côté Don voit le groupe comme un moyen pour se mettre en valeur, en donnant des concerts, utilisant le nom du groupe, jouant les vieilles chansons, se mettant l’argent dans les poches et prétendant être une rockstar. De l’autre côté, Jeff, Mick et moi-même pensons qu’un groupe devrait être une entité vivante et le produit musical d’une alchimie qui doit évoluer avec le temps, et il ne comprend pas ça. Ce sont deux philosophies complètement divergentes, et c’est pourquoi ça ne peut pas fonctionner. Bien entendu, reformer le line-up original serait fantastique, parce que ce n’est pas une question de se dire à quel point le guitariste ou le chanteur sont bons ou quoi que ce soit, c’est le fait que ce sont les mecs d’origine, avec leur héritage et leur histoire, et ces chansons qui ont eu une signification pour les gens, dans leurs vies et leurs histoires personnelles, et c’est pourquoi les membres originaux sont importants. Pas parce que je suis un meilleur guitariste ou parce que Mick est un meilleur batteur ou quoi que ce soit de ce genre. [Rires] Nous ne sommes pas Dream Theater, tu sais. Donc oui, évidemment le line-up classique est ce qui importe vraiment, mais ça ne se produira pas.

Tu as toujours plusieurs projets sous le coude. Tu as eu Dokken, Lynch Mob, ta carrière solo, l’album Lynch/Pilson, Soul Of We, T&N et maintenant KXM, sans compter de nombreuses apparitions. Qu’est-ce qui te pousse à te consacrer à tant de projets et de collaborations ?

Ce n’est pas quelque chose que je fais intentionnellement. Je veux dire que ce n’était pas prémédité, c’est juste que quand je travaille, au fil de mes journées et de ma vie créative, lorsque des idées artistiques me viennent, je considère que je suis obligé de me mettre à leur service. Tu es obligé de tenir compte de cette impulsion artistique et créatrice, et d’agir. Par exemple, j’ai un projet qui s’appelle The Infidels, avec la section rythmique de War et Sen Dog de Cypress Hill et chanteur des B-Side Players. C’est un mélange de gens très éclectique et intéressant. Pancho Tomaselli, le bassiste du groupe War, m’a appelé – nous nous croisions tout le temps, car nous sommes tous les deux endossés par Peavy – et il m’a dit : « J’aimerais vraiment jouer avec toi et qu’on se fasse un bœuf à l’occasion. » Il a un studio privé à Hollywood, nous y sommes allés avec son batteur dans War, Sal [Rodriguez], nous nous y sommes posés quelques jours, et nous avons jammé. Et toutes ces belles choses à la fois heavy et funky en sont sorties, nous les avons enregistrées, nous en avons tiré des chansons, et ça s’est passé comme ça. Ce n’est pas quelque chose que je recherchais particulièrement [rires], mais ça m’a trouvé. Et c’est pareil avec tous mes projets, comme le groupe Shadow Train par exemple qui est lié au film Shadow Nation, un documentaire sur lequel je travaille depuis quatre ans. Nous venons de terminer le double CD qui sera la bande originale du film qui va sortir plus tard dans l’année. Je travaille sur un projet industriel là tout de suite, en fait, avec des mecs de l’équipe de production qui a travaillé avec Rob Zombie et Nine Inch Nails. J’adore la musique industrielle, mais je n’en ai jamais vraiment joué ! [Rires] Je veux dire, pas sur tout un disque. C’est quelque chose qui me passionne. Un jour, j’aimerais aussi faire un album de blues très organique, juste quelques micros dans une pièce, une boîte et que des guitares slide [rires]… Parce que j’adore ce genre de trucs, j’ai grandi avec ce son-là. Ce n’est pas comme si j’avais un plan de carrière ou si j’essayais de tout faire, c’est juste que lorsque je ressens le besoin d’écrire ou enregistrer quelque chose, je le fais, et puis ensuite, avec un peu de chance, ça donne quelque chose… Parce que quand je trouve quelque chose qui m’inspire, je suis obstiné et je ne le laisse pas aller, je continue jusqu’à ce que ce soit terminé. Et, pour le meilleur et pour le pire, si je suis très inspiré pour plusieurs choses alors je finis par faire plein de choses à la fois [rires] ! Là en ce moment, j’ai un énorme rendement musical. Je ne me soucie pas d’organiser ça, de quand je vais le sortir ou de comment je tournerai avec ou quoi que ce soit de ce genre, je me contente de l’enregistrer, ce qui n’est pas très malin d’un point de vue commercial, mais si tu ressens cette urgence de créer quelque chose, il faut que tu le fasses. Ensuite, tu laisses le soin aux commerciaux de réfléchir à comment le mettre sur le marché…

« C’est comme de la méditation pour moi : je commence à faire ces guitares et puis je m’y perds complètement, je perds le sens du temps et de l’espace, et j’en crée quelque chose de tangible, de beau et de fonctionnel. »

On dit souvent que les power-trios ont quelque chose de spécial. Est-ce que tu trouves là-dedans avec KXM quelque chose de spécial qui en fait une expérience différente de ce que tu as connu jusqu’à maintenant ?

Oui. À vrai dire ça m’inquiétait un peu parce que je suis vraiment habitué aux groupes de quatre personnes, mais le fait que Doug ait deux rôles – il chante et joue de la basse en même temps – fait que nous avons autant d’instruments qu’un groupe de quatre personnes. Ce qui était intéressant, c’était que nous ne savions pas ce que ce serait de traîner ensemble, comment serait l’alchimie entre nous, est-ce que ça n’allait pas sembler incomplet sans ce quatrième membre ? Et ça n’a pas été le cas ! Cela m’a surpris, parce que je pensais que ça ferait toujours comme un trou dans le groupe, que nous aurions besoin d’un quatrième membre, d’un clavier ou d’une deuxième guitare, mais pas du tout. Le groupe semble parfaitement complet et intact, comme Cream ou Rush. Et l’avantage qui est intéressant avec un groupe de trois musiciens, c’est qu’on n’est jamais dans une impasse au moment de prendre des décisions, parce que c’est un nombre impair. Dans un groupe de quatre, quand deux membres votent pour quelque chose et les deux autres votent pour autre chose, tu es coincé, et ça peut créer beaucoup de problèmes au niveau des décisions créatives ou commerciales… Mais quand on est trois, la balance bascule forcément d’un côté ou de l’autre [rires]. Si deux gars votent d’une certaine manière et le troisième d’une autre… Comme nous nous entendons bien, nous sommes capables de faire des compromis. Nous avons par exemple tourné deux vidéos la semaine dernière pour les chansons « Faith Is A Room » et « Gun Fight ». Nous avons mixé l’album de KXM pour le label européen et avons réarrangé certaines chansons pour l’occasion, les séquences utilisées pour les solos de guitares sont parfois très différentes. La chanson « Gun Fight » est celle qui présente les différences les plus drastiques au niveau des arrangements, elle a des parties et du chant en plus. C’est énorme, j’adore la version européenne de « Gun Fight ». Donc, en tant que groupe, il a fallu, au moment de filmer la vidéo, que nous prenions la décision de savoir sur quelle version nous allions partir. La version US ou bien la version européenne ? J’étais catégorique sur le fait que nous devions faire la version européenne parce qu’elle est nettement meilleure, mais Doug maintenait qu’il voulait faire la version américaine ! Nous nous sommes donc un peu… Pas vraiment disputés, mais nous avons évidemment eu une divergence d’opinions, et nous étions l’un comme l’autre vraiment inflexibles. En fin de compte, même s’il détestait le faire, il l’a fait. À la fin des deux jours de tournage, il m’a regardé, et je lui ai dit : « Si ça te met mal à l’aise, on peut éditer la vidéo et repasser à la version américaine. » Mais il m’a répondu : « Non, maintenant je comprends, tu avais raison. » Pas que je voulais impérativement avoir raison, mais je ressentais passionnément que c’était le bon choix, et il l’a compris. Nous nous en fichions de qui avait raison ou pas, l’objectif, c’était de parvenir au meilleur résultat. C’est l’un des meilleurs aspects de ce groupe : il est composé de trois personnes qui n’ont pas de problèmes d’ego et qui n’ont pas d’opinions figées au point que ce soit insurmontable, et du coup, les choses fonctionnent bien. Pour répondre à ta question, ça me plaît beaucoup de faire partie d’un triangle, d’un groupe de trois personnes pour la première fois de ma vie !

Est-ce que c’est important pour toi d’être l’un des initiateurs des groupes dans lesquels tu joues ?

Non, ce n’est pas important pour moi, c’est une règle qui m’est tombée dessus et à laquelle je me suis habitué. Par exemple, pour Lynch Mob et Dokken, j’ai été l’un des principaux moteurs du simple fait que je suis à la guitare ! [Rires] Ce sont des groupes basés sur la guitare, donc c’est moi qui apporte les riffs. Les guitaristes se retrouvent à beaucoup composer, donc ils attirent plus l’attention. Et j’ai des opinions très affirmées quant à la musique que nous créons, etc., donc c’est normal pour moi, mais pour KXM, c’est complètement différent. Les personnalités au sein du groupe sont si fortes que nous sommes tous sur un pied d’égalité. Personne ne brille plus que les autres, et j’adore ça. Nous aimons tous ça. Je veux dire que je suis dans un groupe avec un batteur qui est une superstar et pour Ray et moi, Doug est notre héros. Nous sommes tous les deux dégoutés, comme pas mal de monde dans ce genre musical, par le fait que Doug ne soit pas plus largement reconnu et n’ait pas eu plus de succès. Richie Blackmore et Gene Simmons, le bassiste de Kiss, l’ont dit tous les deux : dans un monde où un groupe comme Poison réussit et où King’s X échoue, il n’y a pas de justice [rires] ! Il y avait bien une raison pour que King’s X ait été au festival Woodstock en 1994 : ils ont peu de fans mais ils sont très dévoués. Pour moi, Doug est l’incarnation même du chanteur de rock ultime, avec son passé blues et gospel. En ce qui concerne les paroles, c’est un poète, il a une personnalité énorme, c’est un gars très intelligent et un très bon performer. Il est unique ! Personne ne lui ressemble. C’est un honneur pour moi de jouer avec lui. Je lui souhaite le meilleur et j’espère que KXM pourra l’aider à atteindre la reconnaissance et le succès commercial qu’il mérite. Nous avons beaucoup de respect les uns pour les autres et nous nous admirons beaucoup. KXM est une sorte de club d’admiration mutuelle [rires]. J’en parle souvent. Personne n’est en retrait dans ce groupe, nous sommes une sorte de monstre à trois têtes. Nous sommes tous sur un pied d’égalité, les chansons sont écrites de manière démocratique, les décisions sont prises de manière démocratique aussi et ça fonctionne très bien !

Tu as mentionné travailler sur un projet industriel. Est-ce que tu peux nous en parler ? Qui va y participer, à quoi ça va ressembler et quand est-ce que ça va sortir ?

Oui. Je travaille sur des projets grand public, comme par exemple le projet Michael Sweet-Lynch avec Brian Tichy et James Lomenzo. Je viens de finir d’enregistrer ça avec Michael, j’ai fini les guitares il y a quelques semaines… C’est le genre d’album où les chansons sont vraiment bien, c’est peut-être un peu l’album que Dokken n’a jamais écrit, ce genre d’album. Il a de bons riffs, de bonnes guitares, tous les sons sont géniaux, Michael chante comme un rossignol, il y a des mélodies accrocheuses, et je le vois bien rencontrer un gros succès commercial et ravir tous les fans des années 80 dans un contexte moderne. Quand je travaille sur ce genre de projets très gratifiants et fantastiques, c’est génial de pouvoir décrocher et travailler sur quelque chose comme ce projet industriel qui est très audacieux. Je ne sais pas trop où ça va me mener, je n’ai pas d’image très définie de ce que cet album devra être. Je sais seulement que j’adore l’industriel. Quand j’écoute des groupes comme The Prodigy, Ministry ou Nine Inch Nails, je me dis toujours : « Comme j’aimerais être dans ce groupe ! C’est tellement cool ! » Et je n’ai jamais entendu de groupe faire ça : il y a un vrai guitariste avec des parties de guitares qui ont de l’importance, tu vois. Et j’essaie de créer ça et nous sommes en plein dedans, à peu près la moitié de la musique a été écrite et enregistrée et nous allons écrire le reste à partir de la semaine prochaine jusqu’à la fin du mois. Je n’ai pas la moindre idée de quelle tournure ça va prendre. Je ne suis pas un grand chanteur, à vrai dire, mais j’entends des choses dans ma tête. Dans ma tête, je suis un super chanteur, c’est juste que je n’ai pas la capacité de bien chanter, mais j’entends ce qu’un bon chanteur devrait faire sur les chansons que j’écris… J’ai donc passé quelques jours en studio avec mon ingénieur du son et j’ai chanté certains passages, non pas parce que je veux être chanteur mais parce que je voulais faire écouter ces idées au chanteur pour lui montrer dans quelle direction il pourrait aller et comment il pourrait chanter. Je me suis donc beaucoup amusé. Nous avons donc le luxe, avec ce projet et les projets de ce genre, de pouvoir expérimenter et travailler en dehors de notre zone de confort et des idées préconçues. Je trouve ça sain et très amusant. Avec un peu de chance, les fans seront ouverts à ce genre d’expérimentation. Beaucoup d’entre eux se disent : « Bon, George jouait dans Dokken, donc il fait de la musique des années 80 avec les cheveux crêpés et des pantalons moulants, nous ne voulons pas entendre parler de ça ! » Mais j’espère qu’une majorité de fans, ou certains fans, seront ouverts à l’idée de voir leur artiste s’aventurer, en quelque sorte, sur de nouveaux territoires… J’aurais tendance à croire qu’ils accueilleront ça bien.

En dehors de ça, qu’est-ce qui t’attend pour les mois à venir ?

J’essaie de terminer le film Shadow Nation. C’est un documentaire à propos des Indiens d’Amérique, des peuples indigènes et de la musique… C’est véritablement un film qui parle de la nature humaine : pouvons-nous évoluer, sommes-nous capable d’évoluer ? Et quand je parle d’évoluer, je ne veux pas dire uniquement spirituellement, mais évoluer dans le sens de survivre, de réfléchir à la manière dont nous nous traitons les uns les autres et dont nous traitons la terre sur laquelle nous vivons. Voilà pourquoi j’ai fait ce film. J’ai surtout rencontré des Indiens dans leur réserve parce qu’ils sont plus proches dans leur histoire personnelle d’être connectés au monde naturel et à l’aspect le plus primitif de leur vie. C’est un film compliqué. Je travaille dessus depuis plus de quatre ans, et nous approchons de la fin. Je suis en train de finir le montage, la musique est terminée… Certaines personnes formidables – et d’autres moins formidables [rires] – se sont investies dans ce projet, Tom Morello par exemple, Serj [Tankian] de System Of A Down, et j’ai voyagé jusqu’à Boston pour m’entretenir avec Noam Chomsky, ce qui est un grand honneur et l’un des grands moments de ma vie d’avoir pu rencontrer un de mes héros, nous avons aussi Ted Nugent… Nous aurons sans doute terminé d’ici un mois et ensuite je pourrai passer à autre chose, j’espère [rires]. En dehors de ça, je fabrique des guitares. J’ai ma propre entreprise de guitares qui s’appelle MrScary Guitars : je les fabrique entièrement moi-même dans mon atelier, chez moi. Je fais à peu près dix guitares par ans, et j’en ai une dizaine qui attendent d’être terminées, donc entre deux projets et en plus de tout ce que je fais, les tournées et tout, je travaille sur mes guitares. Je les fabrique de A à Z pour les gens qui me contactent par l’intermédiaire de mon site web, mrscaryguitars.com. C’est comme de la méditation pour moi : je commence à faire ces guitares et puis je m’y perds complètement, je perds le sens du temps et de l’espace, et j’en crée quelque chose de tangible, de beau et de fonctionnel, ce qui est très gratifiant…

Interview téléphonique réalisée le 17 avril 2014 par Metal’O Phil.
Retranscription et traduction : Chloé.
Fiche de questions et introduction : Spaceman.

Site Internet de George Lynch : georgelynch.com



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