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Chronique   

Gaahls Wyrd – GastiR – Ghosts Invited


La carrière de Gaahl, de ses débuts dans Trelldom à ses apparitions dans Wardruna en passant par ses performances mémorables avec Gorgoroth puis God Seed, est prolifique et singulière, rythmée par les disques incontournables et les frasques diverses qui ont fait de lui l’un des chanteurs les plus iconiques du black metal norvégien. Dernier rebondissement en date : alors qu’un deuxième album de God Seed semblait en route, le projet a été abandonné, et le Norvégien a décidé de fonder un nouveau groupe, Gaahls Wyrd, dont on avait déjà pu entendre un EP live en 2017 (Bergen Nov ’15). Après une tournée où, entre de nombreuses reprises de ses groupes passés, on avait pu entendre de nouvelles compositions, il est temps pour Gaahl et ses camarades – Lust Kilman avec qui il travaillait déjà dans God Seed à la guitare, Eld à la basse et Spektre à la batterie – de dévoiler leur premier album, intitulé GastiR – Ghost invited. Si la patte de l’artiste – le chant n’étant que l’un de ses talents – est désormais familière, cette bifurcation avait de quoi piquer la curiosité des fans comme des curieux. Et plus de vingt-cinq ans après ses débuts, Gaahl prouve que son inspiration n’est pas près de tarir.

Dans un premier temps, c’est la familiarité qui prédomine. Du true norvegian black metal sur lequel s’ouvre le disque aux incantations très Wardruna sur lesquelles il se ferme, c’est toute la carrière de Gaahl que l’on y retrouve en filigrane, mais dépassée : la tonalité sombre du disque se teinte d’une multitude de nuances ; atmosphère quasi militaire au début de « From The Spear » avec ses harangues habitées sur fond de batterie martiale spectaculaire, passages entêtants comme les riffs presque rocks d’« Ek Erilar », ou encore mélancolie gothique sur « Ghost Invited ». Autant dire qu’on ne s’ennuie pas : en quarante minutes, ce sont huit titres particulièrement variés qui s’enchaînent, faisant de GastiR – Ghost invited un album très accessible, plus mélodique que ce que l’EP live semblait suggérer. Ainsi « Carving The Voices », qui commence sur une intro inquiétante très Watain, monte peu à peu en puissance jusqu’à marteler cet anthémique « Carving the voices » (« Sculpter les voix ») qui semble à lui seul résumer l’album.

Car toutes honorables que soient les performances des musiciens, c’est avant tout de voix qu’il est question dans ce disque, et la gamme spectaculaire de Gaahl y trouve l’écrin idéal pour se déployer dans toute son ampleur, tour à tour rauque et adoucie, menaçante et plaintive, théâtrale et ritualisante. Gaahl hurle, murmure ou râle comme il chante, évoquant autant des chœurs orthodoxes que l’emphase sombre d’un Andrew Eldritch ou d’un Carl McCoy, quitte à ce que l’on se demande parfois si c’est bien lui, ou si une autre voix est venue lui prêter main-forte. Effet d’ailleurs redoublé par la diversité des langues utilisées (anglais, norvégien et vieux norrois). Le thème de la voix est omniprésent tout au long de l’album – il n’y a qu’à voir les titres des morceaux – et tout se passe comme si chacune d’entre elles était l’un de ces « fantômes invités » dont il est question (GastiR, comme Geist en allemand, signifie à la fois fantôme et invité justement). En somme, autant de variations sur ce que dit la fameuse bouche d’ombre qui a tant préoccupé les artistes romantiques ou surréalistes, qu’ils cherchent à entendre les voix de leurs ancêtres ou celle de leur inconscient…

Il y a du paradoxe entre la polyphonie de l’album, les invités qu’il réunit, musiciens comme fantômes donc, et le nom de ce groupe, qui pour la première fois de sa carrière met Gaahl explicitement au centre. Gaahls Wyrd sonne résolument comme l’œuvre de Gaahl, mais un Gaahl au moi éclaté, multiple, ambivalent ; sombre et angoissé mais aussi plus chaleureux ou méditatif. Bref, à 43 ans, alors que toute une frange du black metal s’échine à graver dans le marbre une hypothétique identité, le Norvégien s’attache au contraire à dissoudre la sienne pour laisser parler les voix qui l’habitent, prouvant une fois de plus la singularité radicale de sa vision.

Album en écoute :

Clip vidéo de la chanson « Carving The Voices » :

Album GastiR – Ghosts Invited, sortie le 31 mai 2019 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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