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Live Report   

Ghost ou la résurrection du Fantôme de l’Opéra


Que l’on aime ou que l’on déteste, Ghost fait partie de ces groupes qui ne laissent pas indifférent, ni humainement ni musicalement parlant. Son leader Tobias Forge, avec son approche originale du monde du show business et sa manière élégante d’envoyer promener les râleurs en sortant un album aux teintes pop plus prononcées, est devenu un personnage clé du metal d’aujourd’hui. Prequelle, le nouvel album de Ghost sorti en juin dernier, a été annoncé à grand renfort de teasers sur les réseaux sociaux. Véritables petits films où l’on apprend par une bonne sœur d’un certain âge (Sister Imperator) et par un très vieil évêque (Papa Nihil) que Papa Emeritus III est mort et qu’il faut lui trouver un remplaçant d’urgence afin de continuer l’œuvre du Clergé Fantôme, à savoir répandre leur « bonnes paroles » sur Terre. C’est comme cela que nous est présenté le nouveau leader de Ghost, le Cardinal Copia.

A Pale Tour Named Death, la tournée entamée par le groupe aux Etats-Unis pour promouvoir Prequelle, les mène jusqu’en Angleterre. Ghost au Royal Albert Hall, voici une affiche qui fait saliver. Le groupe du moment qui fait le buzz dans un lieu plus que mythique : n’en jetez plus, la messe est dite ! Un bon moyen également pour notre équipe de faire le parallèle avec le show de la Hard Rock Session de Colmar auquel nous avions pu assister quelques semaines auparavant.

Artiste : Ghost
Date : 9 septembre 2018 – 5 août 2018
Salle : Royal Albert Hall – Hard Rock Session
Ville : Londres [Angleterre] – Colmar

C’est donc par un beau dimanche de fin d’été que nous rejoignons le Royal Albert Hall et son quartier cossu. Situé face aux jardins de Kensington, le Royal Albert Hall est une magnifique bâtisse de briques rouges et ocres surplombée d’un imposant dôme. Inauguré à la fin du XIXe siècle, son architecture rappelle les cirques romains et c’est donc dans une salle toute ronde que nous entrons. La vue du haut des gradins est à couper le souffle : 5500 places réparties sur quatre niveaux de gradins, une fosse et face à nous, la scène où Ghost jouera ce soir : sol à carreaux noirs et blancs, une volée de marches encadrée par deux estrades où se trouvent la batterie à gauche et les claviers à droite et un back drop représentant trois vitraux sur un mur de pierre, une façade d’église vue de l’intérieur avec, au centre, un portrait de Papa Nihil. Le vieil évêque, personnage faisant désormais partie intégrante des nouvelles aventures de Ghost, était également présent à Colmar où Ghost avait fourni une prestation soignée sur le plan des lumières. A noter que si, à Colmar, Ghost était la tête d’affiche de la Hard Rock Session qui voyait également la présence de Powerwolf, Doro et H.E.A.T, à Londres il n’y aura pas eu de première partie. Un entracte sera présent au milieu du show.

A l’heure annoncée, les lumières s’éteignent et une clameur magistrale emplit la salle alors que résonnent les premières notes de « Ashes », le morceau qui ouvre Prequelle, mélopée de voix enfantines un tantinet malsaines, suivie, comme sur l’album, du très pop rock « Rats ». Le Cardinal Copia apparaît avec son look de maquereau des années 30 : fine moustache, guêtres, queue de pie et canne à pommeau. La classe ! Quoi qu’un peu brouillon de là où nous sommes (ce fut le cas trop longtemps à Colmar), le son est néanmoins bon et s’arrangera dès le troisième morceau. La voix du Cardinal est pleine et forte, donnant une belle rythmique à l’ensemble. « Absolution » sera la première incursion dans Meliora, l’avant dernier album du groupe, suivie par deux morceaux tirés du premier album Opus Eponymous, « Ritual » et « Con Clavi Con Dio », qui voit revenir le Cardinal vêtu cette fois d’une aube et d’une coiffe de prêtre et agitant un encensoir. Les clins d’œil à l’Eglise sont bien évidemment mis en avant, comme d’habitude, tout comme sur « Per Aspera Ad Inferi » de Infestissumam.

Les jeux de lumières sont parfaitement maîtrisés. Notre Cardi C comme il se définit lui-même est, comme de coutume, très loquace et surtout très drôle. Son accent est irrésistible et ses blagues potaches font bien rire l’audience. Débarrassé de son aube, le Cardinal réapparaît avec sa queue de pie pour entamer « Devil Church ». L’ambiance devient de plus en plus électrique à mesure que s’enchaînent les titres, le public s’époumone sur le tube « Cirice » tiré de Meliora et sur « Stand By Him ». Fumée, lights bleutés, vitraux mis en lumière, tout y est pour l’épique « Miasma », instrumental de plus de cinq minutes tiré de Prequelle. Les Nameless ghouls s’en sortent parfaitement, chacune assurant ses parties méticuleusement ce qui donne une belle cohésion à l’ensemble. Notre regard est soudain attiré par du mouvement sur le coté de la scène et alors que les Ghouls continuent de jouer, voici qu’arrive sur scène, soutenu par un infirmier, Papa Nihil, auguste vieillard aux genoux arthrosés, pour nous gratifier du sublime solo de saxophone du morceau. Cris, applaudissements, les fans sont fous de joie lors de cette mise en scène et le font bruyamment savoir !

Noir. La voix de Cardi C résonne, un spot s’allume à droite de la scène, direct sur le fessier ecclésiastique du bonhomme. Rires du public et mise en scène genre « il y a eu un bug, je recommence », le Cardinal, cette fois tout de blanc vêtu prend de nos nouvelles, papote tranquillement alors que viennent s’asseoir sur les marches derrière lui trois Nameless Ghouls accompagnées de guitares acoustiques pour le très swing « Jigolo Har Meggido ». Cela marche à fond, le public tape des mains en rythme sur tout le morceau. Enchaînement magnifique avec le « Pro Memoria » tout droit sorti de Prequelle, très beau morceau avec une intro de cordes et de piano et son refrain un tantinet subversif, il cartonne auprès du public qui reprendra non seulement le refrain mais également les « ohohohoho » qui terminent le titre. Et c’est « Deus In Absentia » qui clôturera cette première partie de set. On nous annonce donc une pause de vingt-cinq minutes, comme au théâtre….

Lumières qui clignotent puis qui s’éteignent, la deuxième partie du concert de Ghost démarre avec un sample, un chant inversé malsain, le Masked Ball de Jocelyn Pook. Suivent « Spirit » et « From The Pinnacle To The Pit », tous deux puisés dans Méliora pour débuter cette deuxième partie. Puis le Cardinal, tout de rouge vêtu, nous raconte qu’il a été averti par les personnes du Royal Albert Hall que l’entracte servait à aller boire et qu’à son retour le public serait complètement saoul ! Des « bouhhhhh », des rires et c’est reparti, avec « Faith », morceau de Prequelle. Les titres de ce nouvel album sont particulièrement bien accueillis par le public ce soir. Ils reçoivent tous un accueil plus que chaleureux et font chanter les gens. « Year Zero » et son indéboulonnable refrain viennent ensuite se joindre à la cérémonie, faisant encore et encore hurler de plaisir les spectateurs. Le sample de « Spöksonat » permet au Cardinal d’aller se changer et de revenir en queue de pie noire pour un très beau moment, le très attendu « He Is » applaudi à tout rompre. La voix puissante et claire de Cardi C nous rappelle, si tant est que nous ayons pu l’oublier, que la principale qualité de Ghost est son sens indéniable de la mélodie. L’ensemble est magnifié par un superbe travail de lumière et de voix féminines.

Après la douceur, « Prime Mover » et « Mummy Dust » relancent la machine et sont suivis de « If You Have Ghosts », reprise présente sur l’EP du même nom datant de 2013. Pendant ce morceau le Cardinal va faire ce que tout leader de groupe finit par faire pendant un show, présenter les musiciens. A un détail près, ici nous avons affaire à des Nameless Ghouls. Casse-tête ? Que nenni ! Vantant les mérites de chaque musicien un par un il termine chaque fois en le présentant comme « Lady and Gentlemen, Ghouuuuuuuul » Drôle et smart. Suit « Dance Macabre » en provenance directe de Prequelle, morceau hyper dansant avec sa structure imparable calibrée pour le live, directement enchaînée avec « Square Hammer », autre hymne hyper pop du groupe. Là c’est l’apocalypse dans les gradins, plus une seule personne assise, les gens tapent des mains, et chantent à pleins poumons, rejoignant d’un seul geste la folie qui s’était déjà emparé de la fosse. Confettis, pyrotechnie, Ghost met le paquet pour nous laisser sur les rotules au bout de ces deux bombes musicales.

On aurait pu se contenter de cette fin en apothéose, honnêtement, mais après un noir classique et des « One more song » hurlés de partout, Ghost ré-investit la scène pour leur désormais classique morceau de clôture de set, « Monstrance Clock ». Un salut général, des remerciements à la pelle et les lumières se rallument, c’est fini. Groggy le public se met en mouvement pour sortir de la salle et partout autour de nous les gens n’en reviennent pas du show qu’ils viennent de voir. Nous n’entendrons que ce type de réflexions jusque dans le bus du retour, des fans encore en plein trip qui n’arrivent pas à redescendre. Ce soir le public a assisté à Une Grand-Messe, à une Communion avec en maître de cérémonie un Cardinal Copia prolixe qui aime ce qu’il fait et cela se ressent. Tobias Forge sait s’entourer de musiciens talentueux et l’ensemble est impeccable. Préparez vos missels et vos chapelets, révisez vos prières, A Pale Tour Named Death passera par nos contrées en 2019, le 3 février à Lyon et le 7 février à Paris.

NB : Nous vous rappelons que L’Intégrale Ghost By Radio Metal, un livre de 144 pages que nous avons consacré à Ghost, est actuellement disponible dans la boutique en ligne de Radio Metal et sur Amazon.



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