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Interview   

Ghost : Révélation de Saint Tobias


Prequelle, le nouvel album de Ghost, a tout d’un changement d’ère. Le premier facteur de changement est l’officialisation de Tobias Forge en tant qu’homme derrière Ghost, dont les démarches d’anciens membres du groupe, avec qui il est rentré en conflit, lui a un peu (beaucoup) forcé la main. Mais il y a aussi un line-up totalement renouvelé et surtout étendu sur scène jusqu’à neuf musiciens, puis la retraite de la lignée des Papa Emeritus pour mettre en place un nouveau type de leader : le Cardinal Copia.

Mais en fin de compte, tout change pour que finalement rien ne change vraiment. Car Prequelle voit un Tobias Forge continuer son bonhomme de chemin, faisant progresser son art, sa vision, faisant à chaque fois un pas de plus vers un ambitieux objectif qu’il a depuis le tout début : construire une entité musicale et visuelle grandiose dont il est, plus qu’un musicien ou un compositeur, un metteur en scène, pour au bout du compte, pourquoi pas, atteindre une forme d’immortalité à travers elle.

Ainsi nous avons longuement rencontré Forge afin de vous offrir l’entretien qui suit et essayer d’avoir des réponses à toutes ces questions qui accompagnent nécessairement un album de Ghost, peut-être même plus encore celui-ci, même si le temps est toujours trop court, tant Ghost et son leader offrent de matière à l’interrogation.

« Voyons si cette chose que j’ai créée, ou que je suis en train de créer, que j’ai prévu de continuer à créer, résiste à [la révélation de mon identité]. Si ça n’est pas le cas, peut-être que ça ne valait pas le coup de l’emmener plus loin. »

Radio Metal : Tu as officiellement révélé ton identité en tant que Tobias Forge, l’homme derrière Ghost. T’es-tu senti obligé de lever le voile du mystère, étant donné à quel point c’était devenu un secret de polichinelle ?

Tobias Forge : Je savais que tant que Ghost continuerait sur cette trajectoire qu’il a eue, viendrait un moment, tôt ou tard, où le simulacre de tentative de dissimulation de mon identité serait de l’histoire ancienne. Je ne savais pas quand ce moment viendrait, mais j’essayais de prendre la température pour m’en faire une idée. Au début – c’était quand ? Fin 2016, j’imagine – on m’a demandé de faire une radio. A ce stade, je disais : « Qu’est-ce que tu veux dire, le faire en tant que moi-même ? Ce serait bizarre, je ne sais pas si ça serait une bonne idée. » On en est resté là pendant un moment. Ensuite, à cause de… [petits rires] circonstances, j’ai eu le sentiment d’avoir été amené de force à une sorte de carrefour où je pouvais opter pour diverses choses, mais à la fois, je laissais ce gros éléphant clignoter dans la pièce, sans en dire mot, et puis il semblait que j’avais atteint un niveau d’urgence où, au bout du compte, ceci est mon groupe, c’est ma vie, c’est ma création. Ca ne signifie pas que nous ne sommes pas plusieurs personnes impliquées dedans. Tout le monde, de Olivier [Garnier] à Rick Sales et Kristen [Mulderig], à mes managers, à l’ingé son… Nous sommes beaucoup de gens ! Mais au final, c’est mon initiative, je suis la raison pour laquelle nous sommes là, c’est ma responsabilité, ça repose sur mes épaules, le fait de faire travailler tout le monde. Donc, j’ai pensé : « Et merde ! Voyons si cette chose que j’ai créée, ou que je suis en train de créer, que j’ai prévu de continuer à créer, résiste à ça. » Si ça n’est pas le cas, peut-être que ça ne valait pas le coup de l’emmener plus loin. Si la création de Ghost était fragile au point que, simplement parce que mon nom était révélé, ça ruinerait le mystère, eh bien, ça arriverait tôt ou tard de toute façon, donc… allons-y ! C’était un risque qui méritait d’être pris, et par nécessité, c’était aussi une question de survie.

Je suppose que ce que tu qualifies de « circonstances » qui t’ont amené de force à un carrefour, c’était cette véritable inondation d’informations au sujet du groupe, parfois même sur des choses privées, qui ont fuité sur internet suite à l’action en justice initiée par d’anciens membres. Puis on a vu beaucoup de fans prendre position pour ou contre toi en tant que personne sur la base de ces divers déclarations et informations. Tu étais tout d’un coup sous le feu des projecteurs, au lieu de ta musique et de ton art. Comment as-tu vécu tout ça, l’action en justice, les fuites, les commentaires… ?

Evidemment, un tel processus n’est jamais, de quelque manière que ce soit, rempli de plaisir. Jamais. Dès que j’ai été menacé par cette exposition, j’ai intégralement lu ce qu’ils avaient l’intention d’envoyer, ce qu’ils nous ont envoyé avec l’intention de me faire peur pour me pousser à leur donner de l’argent. Mais lorsque j’ai tout lu, j’étais là : « Mais ce n’est qu’un ramassis de conneries ! Ce n’est pas vrai ! » Donc j’ai su que « bon, vous pouvez déposer votre dossier, » parce que tôt ou tard, vous serez exposés comme étant des menteurs et alors je n’aurais plus l’air aussi stupide. Donc je préfère avoir l’air stupide pendant un an et ensuite vous pourrez avoir l’air de putain de trous du cul ! [Petits rires] Parce que vous mentez ! Il s’agissait donc surtout de revêtir une peau très dure et être là : « D’accord, laissons la pluie tomber. » Parce que tôt ou tard, le printemps viendra. A propos des commentaires des fans, je ne me suis pas posé pour tout lire parce que je savais qu’il y aurait beaucoup de conneries, je savais qu’il y aurait surtout beaucoup d’opinions de gens qui n’avaient rien à voir là-dedans et ne savent rien, et je me suis dit que si c’est facile de gober tout ce qu’on lit, peut-être qu’ils n’étaient pas… Je veux dire que ce ne sont de toute façon pas mes amis, donc tôt ou tard, dès que la lumière sera faite sur ce qui s’est réellement passé et comment sont les choses, chacun se fera son avis. Tant pis pour ceux qui étaient là à cracher un tas de merde, encore une fois, je ne suis pas celui qui l’a fait, je ne suis pas celui qui a l’air idiot. Donc ouais, il faut juste s’endurcir. Il faut avoir la peau dure et savoir que tôt ou tard, la lumière sera faite et qu’alors ce sera différent.

L’action en justice est arrivée grosso-modo pendant que tu travaillais sur Prequelle. Tout ce brouhaha légal ne t’a-t-il pas parfois détourné de ton objectif principal ou bien, au contraire, est-ce que travailler sur l’album t’as permis de te réfugier dans ton monde et même exorciser tout ceci ?

Ouais, dans une situation comme celle-ci, ça fait du bien de travailler. Heureusement… Parmi les choses fondamentales qu’ils essayaient de dire dans leur action en justice, il y avait que « oh, il ne peut pas faire ça tout seul, il ne l’a jamais fait tout seul. » Il n’y a qu’une seule façon de le prouver ! « Je fais un album sans vous ! Exactement comme je l’ai fait par le passé. » Il n’y a qu’une façon de le démontrer : le faire. Rien de bon ne ressortira si je reste assis là à pleurnicher et ne rien faire. Je ne vais pas perdre mon temps à répondre à ces conneries. Je ne vais pas aller sur internet et poster des conneries sur mon Facebook, si j’en avais un, et dire « oh, ils ont fait ci, ils ont fait ça… » Je veux dire qu’il y a déjà une chose, c’est la réponse légale, mais la seule façon de prouver que j’ai raison, c’est « voilà ! Un nouvel album de Ghost ! » La magie est quand même là, pareil que sur le premier album, le second album ou le troisième album, ça n’avait rien à voir avec un seul d’entre eux. Mais c’est agaçant de devoir prouver ça aux gens. C’est agaçant qu’une certaine partie du public soit si crédule qu’elle gobe tout ce que quiconque dit de polémique au sujet de n’importe qui. Mais je vois ça tous les jours, mais avec d’autres gens. Ce n’est qu’une mentalité de foule.

« La plus grande déception vient du fait que j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour accueillir quelques-uns de mes amis dans cette extraordinaire aventure […]. Ça blesse lorsque tout ce que je reçois en retour est ‘oh, il n’a rien fait d’autre que nous baiser !’ Alors qu’en fait, ce que j’ai fait durant toutes ces années était d’essayer d’améliorer leur vie. Ça semble vraiment ingrat. »

Tu étais déçu ?

La plus grande déception vient du fait que j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour accueillir quelques-uns de mes amis dans cette extraordinaire aventure que j’ai pu leur apporter. Au fil de toutes ces années, j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour que ce soit aussi amusant que possible, aussi tranquille que possible, aussi gratifiant que possible, mais ensuite, nous sommes arrivés au stade où j’ai eu cette révélation, ce « wow ! Peu importe ce que je fais, je ne vais pas y arriver, je ne peux pas les rendre heureux. Et en plus de ça, ils me traitent comme de la merde ! » Alors je me suis dit : « Bon, alors je dois faire de mon mieux pour que je puisse survivre. » Ca blesse lorsque tout ce que je reçois en retour est « oh, il n’a rien fait d’autre que nous baiser ! » Alors qu’en fait, ce que j’ai fait durant toutes ces années était d’essayer d’améliorer leur vie. Ça semble vraiment ingrat. Si tu veux regarder cette situation, combien de groupes connais-tu ayant sorti un album sur un label comme Rise Above et qui parviennent à être payé tous les mois ? Demande à n’importe quel groupe ! [Rires] Il n’y en a pas ! Parmi les groupes nouvellement formés qui ont tout juste commencé à tourner il y a un an et demi, combien sont payés ? Demande à n’importe quel groupe que tu connais : « Quel est ton salaire mensuel ? » Tout le monde sait que la plupart des groupes ne se font strictement aucun argent. Donc toute cette revendication est vraiment irréaliste. C’était donc très décevant parce que mon intention était de rendre les gens heureux, genre « merde, on le fait ! Combien de mecs de trente ans venant de Linköping peuvent prétendre à faire ça ?! N’est-ce pas génial de voyager en tour bus, ouvrir pour tel et tel groupe ? » Mais ce n’est jamais assez !

Tu as eu le luxe du temps pour cet album et a passé cinq mois à l’enregistrer, ce qui est long. Etait-ce nécessaire ? A quoi as-tu employé tout ce temps ?

En fait, nous avons aussi passé cinq mois sur Meliora. C’était un processus très similaire, un peu la même période aussi, genre tout l’automne, en passant par Noël et le Nouvel An jusqu’à l’année suivante. D’une certaine façon, je pense qu’afin d’obtenir dix morceaux ou quarante-cinq minutes de musique – ou dans ce cas quarante-deux ou peu importe, mais nous avons aussi quelques reprises en plus -, j’ai besoin d’environ cinq mois pour commencer la pré-production, faire des démos et aussi ne pas avoir à faire ça vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il se trouve que ça coïncide avec mon déménagement avec ma famille. Il y avait un peu une urgence et un besoin pour moi d’être près de chez moi, ce qui signifiait que nous avions besoin d’avoir nos weekends pour nous. Donc c’était de lundi à vendredi, à travailler du matin au soir, et peut-être quelques heures le weekend, juste pour conserver un rythme. Ca, en soit, ça étire pas mal les choses en longueur ! Mais j’aime aussi travailler de façon à écrire une chanson, l’assembler et l’écouter, et ensuite tu reviens le lendemain pour l’écouter encore une fois, et puis tu te mets éventuellement à travailler sur un autre morceau pendant un petit moment, pour après revenir sur la chanson précédente. Car c’est rare que j’écrive une chanson et ensuite c’est fini, puis j’en écris une autre et ensuite celle-là aussi est finie, etc. Je suis plutôt du genre à écrire un peu de ci, un peu de ça, etc. Tout est en mouvement constant à mesure qu’on avance. Je continue à vouloir écrire des albums, plus que des chansons individuelles. Je voulais qu’il y ait une sorte de structure dramaturgique qui traverse l’album, et ceci prend du temps. Ce n’est pas quelque chose que tu fais accidentellement, il faut du temps.

Globalement, si on compare à Meliora, il semblerait qu’avec cet album tu aies opté pour plus de simplicité dans le jeu et les structures des chansons, et aussi que tu te sois focalisé un peu plus sur le piano et les mélodies pop. C’était délibéré d’avoir des chansons ayant un impact immédiat ?

Oui, ces chansons ont été composées ainsi de manière intentionnelles, mais ce n’était pas forcément d’un point de vue de l’impact commercial. Je veux dire que si j’avais voulu que « Pro Memoria » soit plus commerciale, elle n’aurait fait que trois minutes. Donc j’ai toujours su qu’elle allait être bien plus longue et ambitieuse, une chanson pas vraiment radiophonique. Mais ouais, je voulais juste que les chansons aillent à l’essentiel. Ça va avec l’art de la composition, si tu veux que ce soit aussi efficace que possible, de la même façon que si tu écris une lettre, tu veux l’écrire de la meilleure manière possible pour qu’elle ait un impact. Tu choisis tes mots, il se peut que tu changes quelque chose parce que ça sonne mieux si tu le dis comme ça. C’est pareil avec la musique. Est-ce qu’il y a une valeur artistique ? Genre « Je ne voulais pas dire cette phrase comme ça mais je vais la laisser comme ça parce que ça paraît plus vrai, même si ça fout en l’air complètement mon message ! » On ne fait pas ça, évidemment. Pareil avec la musique. Si j’entends quelque chose et que c’est genre « mouais, ce petit truc m’embête, ça ne me donne pas… » Donc il se peut que tu vires ce petit truc non-commercial, pour ainsi dire, qui t’embête, et ouais, il se peut que ce soit plus… old school si tu le laisses ainsi, mais si tu l’as remarqué, pourquoi ne pas le changer ? Ce n’est pas une question d’essayer de rentrer dans un moule, c’est juste que j’aime la musique bien écrite, et normalement, dans la musique bien écrite tout colle parfaitement. Je pourrais te citer des tonnes d’albums contenant de la musique qui n’est pas très bien écrite, et généralement, ça ne fait pas vraiment mouche.

« Ce n’est pas une question d’essayer de rentrer dans un moule, c’est juste que j’aime la musique bien écrite, et normalement, dans la musique bien écrite tout colle parfaitement. »

Mais penses-tu que les chansons sur Meliora étaient trop compliquées, par rapport à Prequelle maintenant ?

Non. En fait, je ressors de chaque album en ayant envie de changer quelque chose. Généralement, je termine un album avec une liste « à faire » [petits rires] : « La prochaine fois, on fera ci, la prochaine fois, on ne fera pas ça… » Et je pense que chaque album est une réaction au précédent. Il y avait des choses dans Meliora qui paraissaient extrêmement accomplies et très… C’était un grand pas en avant pour moi en tant que compositeur, et le fait de travailler avec Klas Åhlund m’a appris quelques trucs. J’aime dire que j’aurais toujours un petit Klas assis sur mon épaule, en train de me dire des choses que je garde en tête : « Qu’est-ce que Klas dirait maintenant ? » Mais aussi, environ cinq mois après avoir fait un enregistrement intégral avec lui, il y avait quelques trucs pour lesquels je me disais : « Hmm, maintenant, sachant ça, j’aimerais aussi essayer de penser un peu plus comme ça quand j’écris. » Mais sur cet album, le mode opératoire était légèrement différent. Maintenant j’apprends de nouvelles choses, et notamment de nouvelles choses que j’ai envie d’utiliser pour construire le cinquième album. Je crois que c’est ça qui fait progresser et avancer les choses. Tu fais un album, et ensuite, tu ne veux pas le répéter. Je suppose que l’astuce est juste de faire en sorte que ça fonctionne d’une façon ou d’une autre.

Et tu avais quoi sur ta liste « à faire » après Meliora ?

Une chose dont Klas et moi avions l’intention de faire sur Meliora, c’était d’incorporer de manière un peu plus passionnée et intelligente davantage de morceaux instrumentaux. Mais au final, au lieu de ça, c’était surtout beaucoup de chansons. Donc, je pense que ces petits segments de morceaux instrumentaux, comme la minute et demi (ou peut-être même une minute) de « Spöksonat” – on peut aussi mentionner “Devil Church” qui faisait environ une minute et demi –, sont devenus un peu symboliques, c’était : « Voilà un peu de prog pour vous ! » Alors qu’avec celui-ci, j’ai ressenti qu’il avait besoin d’un peu plus d’escapades, un peu plus de courage que ça [rires]. J’ai dû me sentir un peu honteux face à mon pote Mikael [Åkerfeldt], qui écrit de vrais albums de prog [rires]. Donc j’ai dû renforcer ce côté pour lui. Non, je plaisante, mais ça semblait être du prog de manière symbolique. Et j’écoute beaucoup de musique instrumentale, et pour moi, c’était clairement quelque chose qui valait le coup d’explorer un peu plus. Mais sur cet album, ça s’est avéré être deux morceaux pour dix à douze minutes d’instrumentales. Et il se peut que je ne fasse pas ça la prochaine fois. Tu fais des trucs différents et tu apprends quelque chose. J’essaie de compléter la discographie, je n’essaie pas de répliquer. Au final, je voudrais me retrouver avec une collection d’œuvres vraiment massive.

Est-ce que le format instrumental t’as aussi permis de développer des paysages sonores plus élaborés tandis que tu te concentrais sur l’accroche lors des morceaux « normaux » sur lesquels tu chantes ?

Je pense, oui. Je veux dire que « Dance Macabre » est venu sur le tard, même si j’avais le riff et le refrain qui trainaient depuis longtemps. C’était un peu en réaction au fait d’avoir ces deux instrumentales. Je me disais : « Maintenant l’album penche du côté heavy, donc on a besoin de quelque chose qui brise cette chaîne aussi. » Et je pense que les deux sont nécessaires. Afin que « Helvetesfonster » donne ce sentiment d’étrange voyage, il faut une chanson comme « Witch Image » avant. De façon à ce que « Witch Image » ait du sens, il fallait « Pro Memoria ». J’essaie de composer l’album comme un film. On a besoin d’une scène, et on a déjà une course poursuite en voiture ici, mais on ne peut pas non plus avoir deux scènes d’amour… une scène de restaurant alors ? Il faut qu’il y ait une logique dans l’enchainement.

Cet album est un mélange de pop, de heavy, de glam et d’éléments prog. N’est-ce pas compliqué de concilier tous ces désirs musicaux et directions différentes que tu essaies de suivre simultanément, et au final en ressortir avec une cohérence ?

En tant que compositeur, j’essaye toujours d’écrire des chansons neuves. J’aime revenir à certains sons ou éléments mais il est clair que je ne veux pas répéter la même chose encore et encore. Je ne l’ai clairement jamais vraiment fait, même dans quelque chose d’aussi uniforme que l’était Repugnant. Si tu écoutes Epitome Of Darkness, toutes les chansons sont différentes. Donc j’essaye toujours d’écrire des chansons différentes. Mais une chose que je m’autorise à faire est de me répéter, non pas dans la composition, mais dans l’instrumentation. Si quelqu’un me demandait de jouer de la basse dans un groupe, je la jouerais comme je joue dans Ghost, ce serait le même type de jeu, de style. Pareil si on me demandait de jouer un solo de guitare, ça sonnerait comme un solo de Ghost. Même si en tant qu’instrumentaliste j’ai essayé de me faire des illusions en envisageant l’idée d’investir du temps pour m’entraîner et devenir meilleur dans le domaine, ce que je fais rarement… Ainsi, j’accepte aussi le fait qu’en réalité, je ne suis pas du tout un très bon instrumentaliste. Je suis meilleur à la guitare qu’à la batterie, mais je reste un batteur capable aussi ; si on va dans un bar, qu’il y a un kit de batterie et qu’on veut jouer une chanson de Bryan Adams, je peux jouer « Summer Of ‘69 », ça passerait. Mais je n’investirai jamais le temps nécessaire pour devenir un guitar hero. J’ai besoin de me focaliser sur la composition. Mais la bonne façon de procéder est de me permettre de jouer comme je le fais, et même si parfois je me dis « oh, voilà que je refais ce truc, je fais ce machin typique de moi, » mais ensuite, quand tu l’écoutes et ne penses pas à ce que je viens de faire à la basse, ça sonne comme Ghost. Ça sonne comme ça sonne, c’est ma marque de fabrique. Il faut être à l’aise avec son propre style.

« C’est classique de penser qu’à une époque lointaine on se lapidait les uns les autres, on avait des procès en sorcellerie… Ouais mais allez voir sur Facebook ! Ouvrez Twitter ! Ouvrez Instragram ! Ce sont les mêmes tendances. Quelqu’un crie ‘sorcière !’ et tout le monde jette une pierre […]. C’est un comportement de populace moyenâgeuse. »

Imagine si Woody Allen en avait marre de faire des films sur Manhattan. Ça lui arrive de temps en temps, mais c’est une marque de fabrique et il a accepté que c’était quelque chose de typique à faire pour lui. Tout comme Angus Young sait que pour réaliser un concert parfait d’AC/DC, il doit porter ce satané short ! Et il le fait. Je suis moi aussi un peu comme ça par rapport à l’instrumentation. Et puis lorsque je fais un solo et je ressens que « oh, j’ai vraiment besoin d’avoir une partie qui fait comme ça, » je m’entraîne sur cette partie pour qu’elle soit bien. Mais une fois que je l’ai enfin enregistrée, généralement je l’oublie et je perds cette capacité, je redeviens moins bon, en quelque sorte. Quelle était la question au fait ? Ah oui, le mélange des styles. Donc en gros, je sais que très souvent, si je fais quelque chose qui est très dur, si je me permets de jouer la partie intuitivement, comme je la ferais naturellement, ça sonnera pareil. Il y aura une similarité, ce qui serait peut-être difficile à obtenir si j’écrivais des chansons et que je faisais intervenir des gens. Beaucoup d’artistes solos font comme ça : ils arrivent éventuellement avec une version acoustique de la chanson et ensuite des musiciens viennent jouer et l’interpréter, mais alors la chanson commence à prendre différents tournants.

On retrouve un côté très glam rock années 80 dans des chansons comme « Rats » et « Dance Macabre », ce qu’on n’avait pas encore beaucoup entendu chez Ghost. Même le solo de saxophone dans « Miasma » pourrait faire un petit peu penser à Hanoi Rocks. Est-ce que ce pourrait être ton passé en tant que membre de Crashdïet, durant leurs années démo, qui d’une certaine façon refait surface ?

Pas vraiment. Je ne donnais pas vraiment le ton dans ce groupe. Il partait clairement dans une direction qui ne me convenait pas. En dehors d’Hanoi Rocks et Guns N’ Roses, et les deux premiers Mötley Crüe, je ne suis pas du tout un grand fan du glam années 80. Je déteste absolument Poison et ce genre de groupe ! Ce genre de grosse parodie de glam rock. Et Dave [Lepard] adorait ça, donc c’était l’une des raisons pour lesquelles nous n’avons jamais… Et il n’a jamais aimé Hanoi Rocks, donc nous n’étions jamais d’accord. Il aimait Poison et Skid Row, alors que j’étais plus dans des trucs à la Guns N’ Roses et Hanoi Rocks. Je ne sais pas, il se peut qu’il y ait… Lorsque je pense au sax, je vois plus un côté à la Rolling Stones et Bruce Springsteen, ou même Pink Floyd. Lorsque je l’entends, c’est ce que j’entends dans ma tête, c’est ce qui m’a inspiré, plutôt que Michael Monroe qui joue du sax.

Il y a un contraste entre l’entrain de certaines chansons et leurs paroles très sombres, un bon exemple serait justement « Dance Macabre » qui évoque la peste dans l’Europe des années 1340. Est-ce un jeu pour toi, de faire que les choses ne sont pas ce qu’elles sont de prime abord ?

La réponse simple, c’est oui. J’ai toujours essayé d’avoir une double nature dans la plupart des choses que j’écris. C’est censé avoir plusieurs couches. C’est censé être ouvert à interprétation. Je veux que la musique et le produit global soient à multiples facettes. Et j’espère que c’est le cas.

On a vu Papa Emetirus déclarer que « la fête est finie et désormais une nouvelle ère commence. » Et désormais tu as introduis un nouveau leader : le Cardinal Copia. On peut donc supposer que c’est la fin de la lignée des Papa Emeritus, mais dans la hiérarchie cléricale, le cardinal est un personnage important mais plus bas gradé que le pape…

Disons simplement que le Cardinal Copia est le leader exécutif. C’est le maître de cérémonie de ce truc. Ce sera toujours Papa Nihil et Sister Imperator qui orchestrent tout ça. Mais le Cardinal Copia pourrait potentiellement, s’il tire son épingle du jeu, apprend, écoute son maître, finalement devenir Papa IV ! Mais on verra ça dans deux cents concerts [petits rires]. Tu sais, je ne le connais pas encore très bien ! J’imagine que son tempérament est plus proche de Papa III que de Papa I. Je suis certain que le clergé s’assure d’avoir quelqu’un de flexible.

Peux-tu nous parler des designs des costumes du Cardinal Copia, des nouvelles Ghouls, etc. ? Quelle était l’idée du concept visuel et comment a-t-il été conçu ?

Evidemment, tout ce que nous faisons a toujours été basé sur un détournement de l’Eglise et tout se diversifie à partir de là. Cette fois, comme je l’ai fait lors du cycle précédent, j’ai travaillé avec Bea Åkerlund. C’est une designer mais aussi une curatrice artistique. Elle n’est pas elle-même couturière, ce n’est pas comme si elle s’asseyait et cousait tout. Elle sous-traite en quelque sorte nos costumes et accessoires. Il y a une personne qui fait tous les vêtements et autre, ensuite nous avons un chapelier… Bref, il y a tout un tas de postes que B., principalement, coordonne. De mon côté, j’ai toujours eu un droit de veto par rapport à ce que nous fabriquons. En gros, je dis : « Je veux un costume qui ressemble à ça. » « Oh, tu veux dire comme ça ? » « Bon, change ça, je veux ce pantalon mais mieux ajusté ici et avec une couture là… » Donc ça prend du temps, il y a beaucoup d’allers-retours, beaucoup d’images qui nous servent de référence, beaucoup de modifications, et aussi de suivi pour voir si ça va bien, pas seulement physiquement, mais aussi comment ça colle avec la perception de ce que j’attends.

« Même si je ne peux pas physiquement fusionner avec le monde, je veux que la musique fasse partie de la vie et de la conscience d’autres gens. Je ne peux pas me glisser dans le lit avec tout le monde, entre tout le monde, mais je veux que la musique soit là, en quelque sorte, pour accompagner quoi qu’il se passe partout dans le monde, tout le temps. »

Aussi cette fois, comme il y a des filles dans le groupe, nous avions besoin d’avoir… Avant nous avions déjà une fille dans le groupe, et elle portait grosso-modo la même tenue que les garçons, or là c’est légèrement différent, c’est clairement plus féminin. Même si c’est une armée de goules, la goule femme a besoin d’une distinction, ce qui je trouve apporte une jolie variété au spectacle, c’est davantage unisexe ; c’est bien pour le public, c’est bien pour le groupe, c’est bien pour le son, c’est bien pour la diffusion du groupe. Donc nous prenons aussi ceci en considération. Il y a en fait beaucoup de choses pratiques qui jouent un rôle dans la conception des costumes, car il faut aussi qu’ils soient théâtraux, dans le sens où, il se peut que ce soit quelque chose que [fait un bruit de crissement] tu ouvres et l’enlèves, même si c’est censé avoir l’air d’être trois en un, c’est-à-dire une chemise, un gilet et une veste. Evidemment, tout ceci requiert beaucoup de collaboration. Mais ce n’est pas moi qui coud tout ça, je ne l’ai jamais fait.

Même si on ne voit que quatre goules sur les photos promo, les gens ont découvert que tu as huit et même jusqu’à neuf musiciens sur scène désormais. C’est un sacré changement ! J’imagine que ça te permet d’offrir une prestation plus riche sans avoir à te reposer sur des samples, et ainsi conserver un côté organique. Mais la logistique derrière un tel groupe doit être très compliquée à coordonner…

Ouais. Bon, la raison pour laquelle je ne l’ai pas fait plus tôt était justement pour cette raison. Pour des raisons financières et pratiques. Donc j’ai toujours voulu avoir un plus gros groupe, c’était depuis le début le plan. Je ne faisais qu’attendre la bonne opportunité, et maintenant cette opportunité s’est présentée à moi. Ouais, c’est toujours compliqué. Je veux dire que plus vous êtes nombreux… Si j’avais voulu que les choses soient simples, ça aurait été plus facile d’avoir une formation à la White Stripes, où tu veux juste deux musiciens, et tu as un roadie, et tu voyages en voiture ; c’est super pratique. Mais malheureusement, ce n’est pas ce que je fais, donc ça requiert beaucoup de main d’œuvre [petits rires], et beaucoup de coordination, et beaucoup de réflexions. Mais j’ai failli rajouter encore un musicien, mais nous avons fini par décider que non. D’un point de vue économique, tout le monde était là : « D’accord, super ! » Parce que c’est assurément contraignant. Mais tu sais, tout ça est un travail en cours, donc ça pourrait arriver plus tard. Pour le moment, je suis très content de ce line-up ! Il semble très bien marcher. Je pense que nous sonnons meilleurs que nous l’avons jamais été par le passé, le feeling est vraiment bon.

La dernière fois qu’on s’est parlé, tu nous as dit : « C’est un album qui sera complètement imprégné par la mort, mais ce sera aussi un album sur la survie. Le fait de combiner ces deux choses est mon moteur dans la conception de cet album. » Est-ce que cet album est le résultat d’une fascination particulière pour la relation entre la mort et la vie ?

Oui, on peut dire ça. J’ai toujours eu comme une fascination morbide pour ça, mais je pense que c’est aussi le résultat de plusieurs choses différentes. L’une d’entre elles étant, non seulement moi arrivant à l’âge adulte, mais aussi le fait d’avoir deux enfants qui sont également en train de se faire à l’idée que la vie se terminera à un moment donné, et ensuite c’est l’enfant en moi qui a un problème avec le fait que ses parents arrivent à un âge où il peuvent potentiellement mourir, et aussi voyant la royauté du rock tombant les uns après les autres, et ça fait mal. On dirait que nos parents, nos guides, sont en train de mourir, cette main qui te guide, ces modèles dont tu imaginais qu’ils te guideraient éternellement sont désormais des vieux hommes et vieilles femmes qui [imite un personne âgée] sont en train de s’effacer. Ce qui mène aussi à du stress, car j’ai le sentiment que : « Merde ! Il faut que je le ou la vois avant qu’il/elle meure. » Et je pense que ces dernières années, les décès successifs de rock stars ont assurément intensifié les ventes de billets, simplement parce que les gens sont très anxieux et veulent voir ces gens avant qu’ils ne disparaissent. Il y a donc aussi ces facteurs. La mort est toujours d’actualité parce qu’elle est là partout, tout le temps. C’est donc un concept absolument fascinant.

L’album voit sa thématique ancrée dans le Moyen-Âge. Doit-on voir dans ce choix de contexte un commentaire sur notre époque ? Penses-tu qu’à certains égards, nous avons régressé presque au stade où nous nous dirigeons vers un nouveau Moyen-Âge ?

Oui. Tu as tout dit. Je veux dire que si tu veux avoir un bon exemple, je suis sûr qu’il y a des endroits sur Terre, surtout au cours de ces cinq dernières années, qui ont vraiment été sujets à…. Comme en Syrie, ces dernières années, ils ont assurément créé une machine à remonter le temps qui les as propulsé au Moyen-Âge, ce qui est effrayant, évidemment. De bien des façons, je pense qu’il y a des millions de gens ici et là, actuellement, qui littéralement ont l’impression de vivre la fin du monde, la colère divine s’abattre sur eux. Nous avons vécu des siècles, jusqu’à très récemment, à condamner et regarder nos anciennes pratiques… Tu sais, c’est classique de penser qu’à une époque lointaine on se lapidait les uns les autres, on avait des procès en sorcellerie… Ouais mais allez voir sur Facebook ! Ouvrez Twitter ! Ouvrez Instragram ! Ce sont les mêmes tendances. Quelqu’un crie « sorcière ! » et tout le monde jette une pierre, et avec un peu de chance ma pierre ne le tuera pas, mais si c’était le cas, personne n’est responsable. C’est un comportement de populace moyenâgeuse. Et je crois que c’est clairement une régression.

« Mon moi intellectuel et mon moi esthétique ne sont pas forcément compatibles, mais je choisis de ne pas aller à cent pour cent d’un côté ou de l’autre. Si je choisis de prendre la voie athée intelligente, alors la vie devient très vide, et donc que diable faisons-nous là ? Je n’ai pas envie de penser la vie de cette façon. »

L’album s’intitule Prequelle, et une préquelle est une histoire avant l’histoire. Malgré la progression continuelle du groupe, à tous les niveaux, vois-tu aussi quelque chose de régressif dans Ghost ou cet album en particulier ?

Non, pas vraiment. Enfin, il y avait, je suppose, en faisant cet album un feeling similaire à lorsque j’ai fait le premier album, ce que j’aimais, parce que nous avons délibérément restreint le nombre de personnes impliquées au minimum, ce qui était sympa. Alors que les précédents enregistrements avaient de plus en plus de gens impliqués, des techniciens, des ingénieurs additionnels et tout, là nous sommes restés sur un nombre très limité de personnes. Mais en dehors de ça, il n’y avait aucune régression. Nous voulions revenir à certains fondamentaux, dans une certaine mesure, mais tout en continuant à explorer… C’est pour ça qu’en définitive je n’essayais pas de recréer le premier album, c’est plus que je me mettais dans le même environnement douillet, je dirais. Mais non, je ne dirais pas que j’essayais de régresser ou revenir en arrière, c’était plus un signal thématique, en terme de circulation ou de déplacement chronologique. Le titre est supposé symboliser la circulation des choses, sans être forcément lié à un certain moment dans le temps, dans le même esprit de ce dont on vient de parler juste avant. Mais au final, c’est un album censé divertir les gens. Si les gens veulent y lire des réponses à tout un tas de choses, ils sont les bienvenus, mais à la base, ça fait avant tout référence à la circulation entre la vie et la mort.

L’album se termine de façon très cathartique avec « Life Eternal », qui peut rappeler la façon dont tu terminais Infestissumam et vos concerts avec la également très cathartique « Monstrance Clock ». Est-ce que l’impression avec lesquelles tu quittes les gens est cruciale pour toi ? Penses-tu que la fin est un moment important qui mérite un traitement spécial ?

Complètement ! Lorsque je fais un album, je pense toujours qu’il est important de finir avec un genre de… Il faut une scène de fin. Encore une fois, c’est comme lorsque tu fais un film, tu ne te contentes pas d’arrêter le film au milieu d’une scène [petits rires], à moins que tu cherches à être super alternatif. Oui, je trouve qu’il est important d’avoir, d’un point de vue dramaturgique, une sorte d’apogée à la fin, même si une ballade comme ça pourrait sembler être le contraire, mais elle possède quand même ce côté « oh, c’est la fin. » De la même façon que tu peux dicter la fin d’un film, tu peux vouloir que l’impression soit « maintenant, c’est vraiment terminé » ou alors tu peux envoyer un signal faisant comprendre qu’il y aura une suite. Là, c’est un peu entre les deux. Ce n’est pas complètement une fin comme « Deus In Absentia » l’était, qui était très vide, ça annonçait une sorte de vide à la fin, mais c’était toute l’idée. Mais cette fois… On n’a pas envie de dire que c’est fini avant que ce soit vraiment fini [rires].

Dans cette chanson, tu contemples un choix entre l’immortalité et la mort. Du coup, est-ce que Ghost serait ta façon de choisir l’immortalité ?

Je suppose que quiconque peint un tableau, fait une sculpture ou un album, ou n’importe quel genre de gravure esthétique sur le monde, le fait avec une sorte d’intention de mortalité. Mais je crois qu’une grande partie des problématiques engagées dans cet art touche également à l’idée d’essayer d’accepter sa mortalité. Dans ce cas particulier, j’essaye de ne pas présenter beaucoup de réponses dans la musique, mais plutôt de soulever des questions. Je suis simplement très occupé à essayer de moi-même comprendre comment sont les choses, mais ma façon thérapeutique d’accepter ces choses est en écrivant des chansons à ce sujet, mais évidemment en tant que personne exhibitionniste ayant de grands espoirs d’immortalité. Je suppose que je le fais pour devenir immortel. C’est dur à expliquer, mais même si je ne peux pas physiquement fusionner avec le monde, je veux que la musique fasse partie de la vie et de la conscience d’autres gens. Je ne peux pas me glisser dans le lit avec tout le monde, entre tout le monde, mais je veux que la musique soit là, en quelque sorte, pour accompagner quoi qu’il se passe partout dans le monde, tout le temps. C’est une autre façon de l’expliquer, j’imagine.

Tu as évidemment beaucoup joué avec les codes et images empruntées à la religion, mais en l’occurrence, malgré le fait que tu te sois détourné de la religion à un jeune âge, tu te définis comme « une personne qui n’est pas forcément complètement athée. » Du coup, en quoi crois-tu, spirituellement ?

En tant que personne qui essaye plus ou moins d’employer un côté cérébral, c’est dur d’ignorer les indications plutôt claires que notre cerveau nous joue un tour. C’est dur pour nous de complètement saisir l’idée d’une âme, d’une vie et de quelque chose qui commence et se termine, mais en tant que personne ayant beaucoup d’imagination, je peux facilement m’imaginer tout un tas de choses. Où ces mondes commencent et se finissent ? Je ne sais pas. Je veux dire que je peux me duper à croire que j’ai vécu d’autres vies avant, parce que je peux m’imaginer vivre une vie passée, mais je sais aussi que j’ai une riche imagination. Donc j’essaye simplement d’avoir un esprit ouvert à l’idée que je n’ai aucune idée. Et j’essaye de remplir une vie avec autant de moments importants et magiques que possible. Disons juste que mon moi intellectuel et mon moi esthétique ne sont pas forcément compatibles, mais je choisis de ne pas aller à cent pour cent d’un côté ou de l’autre. Si je choisis de prendre la voie athée intelligente, alors la vie devient très vide, et donc que diable faisons-nous là ? Je n’ai pas envie de penser la vie de cette façon, sous cet angle.

Interview réalisée en face à face les 23 mars et 6 juin 2018 par Claire Vienne.
Fiche de questions : Claire Vienne & Nicolas Gricourt.
Transcription : Claire Vienne & Nicolas Gricourt.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Ghost : ghost-official.com.

Acheter l’album Prequelle.

NB : Nous vous rappelons que L’Intégrale Ghost By Radio Metal, un livre de 144 pages que nous avons consacré à Ghost, est actuellement disponible dans la boutique en ligne de Radio Metal.



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  • Mr Claude dit :

    Tobias est putain d’intelligent.

    Il est toujours difficile de prendre du recul sur ce qui ce passe sur le moment. Mais je crois que l’histoire du rock est en train de s’écrire avec Ghost. C’est évident en regardant ce mec qu’on a à faire à un genre de Bowie. Un peu comme avec Manson qui émergeait dans les 90’s, nous sommes en 2010 et il écrit l’histoire de Ghost tout en ajoutant de nouvelles pages et chapitres à l’histoire du rock.

    Comme d’hab’ on peut bien sur détester les Beatles, crier au scandale. Mais c’est comme pisser dans un violon quand des masses entière de gens tombent en adoration devant le phénomène.
    J’ai l’impression que la carrière de Ghost est pérène, et elle a déjà du relief. Forge a déjà survécu à une grosse perte après Meliora, comme a pu le faire Metallica après la sortie de Master Of Puppets.

    Bref, vive le Pape est mort, vive le Cardinal!

    [Reply]

    Mr Claude

    Le Pape et mort, vive le Cardinal!

    Qu’est-ce qu’il ne faut pas lire 😀

    Ghost n’invente rien, il ne fait que repomper des vieux trucs. C’est totalement incomparable avec les Beatles ou Metallica, qui chacun apportait quelque chose de neuf. Ghost tombera dans l’oubli quand les gens auront trouvé autre chose de plus à la mode à se mettre sous la dent.

    Pat

    @ Filmonskov , je ne connais pas assez les Beatles par contre pour Metallica quand tu dis qu’ils ont apportés quelque de neuf, on est d’accord, on ne tiens pas compte des très nombreux riffs piqués à Diamond Head présents sur le cultissime Lightning the Nations ?

    Mr Claude

    L’incroyable talent de Ghost est justement de faire quelque-chose de neuf avec du vieux.
    C’est incroyablement frais, sur fond de dépouille papale en décomposition.

    J’appelle ça le talent.

    Et pour la mode, faudra qu’on se mette d’accord sur sa définition. Ghost c’est la haute couture, l’avant-garde.
    ils sont justement l’élite, inspirant Rihanna pour la montée des marches à Cannes.
    Ils sont intemporels.

    En retour, ces artistes m’inspirent dans mon quotidien. Le visuel de Meliora renvoie directement à la période art-déco, et aux années 30. Ca me fascine de voir cette architecture révélant un pape qui contrôle les masses. Tu as les même modénatures à la Halle de concert (anciens abbatoirs) de Tony Garnier à Lyon. C’est une architecture sobre mais finement dessinées. C’est un patrimoine qui persiste et reste d’actualité en 2018.
    C’est très contemporain, expression d’une époque.
    Tout comme le bâtiment Citroen qui marque le paysage du 7° arrondissement. La voiture, le monde moderne, les déplacements, la dépendance à la consommation, l’abrutissement…
    J’adore toutes ces passerelles entre architecture, musique et cinéma. Ghost en fait une merveilleuse synthèse.

    Et comme dirait Mr Dufayel à propos des personnages de Renoir dans le déjeuner des Canotiers:
    « Pour eux en tous cas, c’est gagné: ils sont morts mais ils ne basculeront jamais dans l’oubli »

  • Ghost va inévitablement accéder au mainstream au niveau de l’exposition médiatique.Les melodies imparables feront mouche tôt ou tard. Si la reprise des Pet Shop Boys ‘It’s a Sin’ fait l’objet d’une campagne de pub, c’est le carton assuré. Pour ou contre n’est pas la question . Il sera curieux alors d’observer les réactions du grand public face à l’image du groupe et aux textes des chansons dans un second temps.
    Si Tobias souhaite aller dans cette direction, il n’aura d’autre alternative que de tomber le masque. Ce qui sera fait à n’en pas douter. On est en train d’assister à quelque chose de très rare dans ce business.
    Encore une fois, Prequelle est un Chef d’Oeuvre.

    [Reply]

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