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Interview   

Ghost : sa croisade à visage couvert


Ghost est en pleine conquête. Et donc If You Have Ghost, le nouvel EP de reprises du groupe, tombe à point nommé. Après des prestations remarquées cet été au Sonisphere puis au Hellfest, cette nouvelle promo permet d’appuyer ce nouveau phénomène, particulièrement en Europe où Ghost doit encore égaliser sa popularité avec celle acquise outre-atlantique. Voilà pourquoi à peine cinq mois après notre dernière interview nous remettons le couvert avec l’une des Nameless Ghouls.

L’occasion de comprendre comment l’EP de reprises et cette collaboration avec le batteur Dave Grohl ont été initiés. Mais aussi de creuser un peu plus loin dans le concept Ghost, là où la dernière fois nous avions défriché le terrain. A cet égard, il nous révèle qu’ils sont dès aujourd’hui en train de préparer le prochain album, qui ne devrait pourtant pas voir le jour avant 2015. Ghost est un groupe dont la carrière est mûrement réfléchie, anticipée, et il est intéressant d’apprendre à quel point ce que le groupe vit sur scène aujourd’hui, influence la musique qu’il produira demain.

Dans le concept Ghost, l’anonymat joue évidemment un grand rôle dans la curiosité qu’il suscite. Un état difficile à tenir quand on aspire à la popularité, comme il l’avoue lui-même. Et il est amusant de le voir prendre le temps de la réflexion avant de répondre lorsque nous le titillons sur le sujet.

En tout cas, il est toujours aussi agréable de tailler le bout de gras avec cette sympathique goule…

« Je ne me pose vraiment pas de questions quant à ma crédibilité metal ! »

Radio Metal : Peux-tu nous parler de votre rencontre avec Dave Grohl qui a produit cet EP et joué de la batterie avec vous ?

Nameless Ghoul (guitare) : Nous étions à l’affiche de différents festivals en même temps que lui et nous nous sommes croisés à plusieurs reprises, alors on s’est mis à traîner un peu ensemble. Au fur et à mesure, nous avons commencé à discuter de la possibilité, à un moment ou à un autre de faire un truc ensemble, peu importe quoi ! Il se trouve qu’à ce moment là, Dave allait avoir du temps libre et nous avions quelque chose de concret à proposer : il s’agissait des reprises que nous voulions faire figurer sur la version longue de l’album, on s’est dit que ça pourrait être sympa de les faire avec Dave, il était du même avis, alors on a foncé.

Tu penses que Ghost et Dave Grohl vont retravailler ensemble à l’avenir ?

Je n’en ai aucune idée. C’était fun de travailler avec lui, alors pourquoi pas, mais c’est évidemment difficile à dire à l’heure actuelle.

If You Have Ghost est composé de quatre reprises de chansons pop, est-ce que Ghost aspire à renouer avec la puissance de ces tubes qui se faisaient dans les années 1970 ou 1980 ?

Nous avons juste choisi des chansons qui nous plaisaient et avec lesquelles nous pensions pouvoir faire quelque chose d’intéressant. Nous avons tenté d’apporter un côté sombre à des chansons qui ne l’étaient pas du tout. Si nous avions décidé de reprendre de vieux morceaux metal et de les ré-interpréter, nous n’y aurions pas apporté grand chose, ça n’aurait pas été très excitant et le résultat n’aurait finalement pas été passionnant ! Reprendre de vieilles chansons pop ou juste des chansons qui ne sont pas vraiment « metal », c’est plus stimulant et ça peut apporter quelque chose aux fans qui n’avaient peut-être jamais entendu ces chansons ou qui n’y avaient jamais vraiment fait attention.

Comment se fait-t-il que vous sortiez ce EP si peu de temps après la sortie de votre deuxième album ?

En fait, nous avons enregistré l’EP avant l’album et les chansons en question étaient censées être ce qu’on appelle des faces B. Les morceaux que nous sélectionnons habituellement pour un album sont, jusqu’à un certain point, assez sales et c’est pour cela qu’elles ne passent pas à la radio. Nous nous sommes dit que, puisque les reprises que nous avions enregistrées avec Grohl n’avaient pas ce côté sale, elles auraient une vraie chance de passer à la radio. Celles sur lesquelles Dave est à la batterie allaient évidemment être remarquées et nous ne voulions pas que cela fasse de l’ombre à l’album. Nous avons donc préféré mettre l’EP de côté pour le sortir à un autre moment et ce moment est arrivé parce qu’on est en plein milieu du « cycle de l’album », comme on dit… Tu vois ce que je veux dire !

« Comme tout ce que nous faisons est basé sur la scène, une grande partie de ce que nous écrivons en ce moment repose justement sur ce que nous NE FAISONS PAS sur scène à l’heure actuelle. »

Vous avez encore en réserve des reprises que vous n’auriez pas sorties ?

Hum… Peut-être !

[Rires] OK ! Vous reprenez deux groupes suédois sur cet EP, c’est une coïncidence ou bien c’est parce que vous avez un attachement particulier à la pop suédoise ?

C’est une coïncidence, mais oui, bien sûr, nous avons d’une certaine façon grandi en écoutant des groupes comme Abba et Army Of Lovers. Je crois que nous nous tournerons toujours vers la musique suédoise quand nous cherchons de nouvelles idées de reprises pour un futur album ou pour la prochaine session parce que c’est une musique qui a un sens particulier pour nous. D’un point de vue artistique, dans les années 1980 ou vers la fin des années 1970, on a vraiment eu de très bonnes choses en Suède : des groupes de new wave, rock, punk ou autres qui n’ont eu qu’un succès national parce qu’ils chantaient en suédois. On a vraiment le choix parce qu’il y a une grande quantité de choses dont les gens n’ont jamais entendu parler ailleurs qu’en Suède. Je ne suis pas en train de dire que nous ne reprendrons que des chansons suédoises, mais ça entre forcément en considération lorsque nous cherchons une reprise intéressante à faire.

Malgré votre succès incontestable, certains metalleux hardcore considèrent que vous n’avez pas votre place sur la scène rock ou metal parce que votre musique a un côté trop pop…

[Il acquiesce]

… Et cet EP ne les fera pas changer d’avis, mais j’imagine que vous vous en fichez, non ?

Oui, complètement ! [Rires] Je ne me pose vraiment pas de questions quant à ma crédibilité metal !

C’est encore trop tôt pour parler du prochain album ou vous avez déjà quelques idées ou quelques chansons ?

Nous sommes actuellement en plein processus créatif de l’album mais c’est effectivement trop tôt pour parler de sa sortie parce que nous n’irons en studio que d’ici un an : on est sur une sortie prévue pour 2015. Mais c’est en ce moment que l’on crée. Nous avons la chance de pouvoir écrire et composer pendant les tournées parce que notre façon d’écrire est profondément liée à ce que nous faisons en concert. J’adore enregistrer des disques mais l’écriture des morceaux, c’est un des trucs que je préfère dans le fait de faire partie de ce groupe. Quand on est sur scène, on n’est pas très créatif : on ne fait que recréer, en quelque sorte, ce que l’on a déjà écrit. Enregistrer, composer, c’est là que c’est stimulant. Mais comme tout ce que nous faisons est basé sur la scène, une grande partie de ce que nous écrivons en ce moment repose justement sur ce que nous NE FAISONS PAS sur scène à l’heure actuelle. Nous essayons de nous projeter, de construire nos futurs shows. C’est intéressant parce que nous sommes à l’écoute de tout ce qui se passe pendant cette tournée : ce que nous communiquons au public, ce à quoi les gens réagissent, ce à quoi nous réagissons, ce que nous ratons, ce que notre batteur rate, est-ce que l’on optimise vraiment le fait qu’il soit un batteur phénoménal, peut-être la prochaine fois devrions-nous prévoir une chanson plus complexe, juste histoire de profiter de son incompétence… Euh, [rires] ses compétences ! Je suis content que nous puissions combiner tout ça parce que dans beaucoup de groupes, on tourne non-stop pendant deux ans, on se retourne la tête et quand on finit par se poser après deux ans sur la route, on reprend tout à zéro devant une page blanche. Je crois que beaucoup de groupes sont sous pression à cause de cela. Nous aussi nous sommes sous pression, mais pas de la même façon.

« Je m’excuse auprès des batteurs mais TOUT LE MONDE sait que, bien souvent, le batteur est un peu le sportif du groupe, le mec qui veut juste taper fort et qui ne s’intéresse pas trop à la musique qu’il joue ! »

Dans une interview, tu as dit que le groupe était susceptible d’évoluer, de se transformer ; puisque le processus de création est déjà en marche, à quoi pouvons-nous nous attendre ?

[Il hésite] Je ne suis pas sûr de comprendre ce que tu entends par là… Mais à l’heure actuelle, ce qui me rend confiant c’est d’avoir déjà une idée de ce que nous allons faire avec tout ce que l’on a de nouveau. Je pense sincèrement que nous pouvons créer un nouvel album qui donnera toujours le sentiment de progression mais toujours dans le cadre de ce que nous faisons. Bien sûr, nous sommes un groupe qui s’adresse à un public restreint, dans le sens où au niveau de nos paroles comme de l’esthétique, nous sommes enfermés dans ce que nous avons créé. Je ne considère pas cela comme un problème, je ne changerai cela pour rien au monde et si nous voulions faire quelque chose de complètement différent, ce serait au sein d’autres groupes. Si on posait la question à ces fameux metalleux hardcore, ils ne seraient probablement pas d’accord, mais moi je pense que nous pouvons garder les pieds sur terre et encore faire au moins un ou deux albums qui auront le souffle de la nouveauté tout en explorant de nouveaux formats, de nouvelles visions de la même chose, en fin de compte.

Au sujet de votre batteur, tu en parlais il y a quelques minutes ; n’est-ce pas un peu frustrant pour lui de ne pas jouer au maximum de ses capacités ?

[Rires] Si, probablement ! Mais c’est un batteur très musical… OK, bon, je m’excuse auprès des batteurs mais TOUT LE MONDE sait que, bien souvent, le batteur est un peu le sportif du groupe, le mec qui veut juste taper fort et qui ne s’intéresse pas trop à la musique qu’il joue ! Il envisage la batterie comme un sport parce que c’est un exercice très physique. Quand on est guitariste, on n’utilise pas son corps de la même façon qu’un batteur et il y a beaucoup de batteurs qui ne s’intéressent qu’à leur performance. Alors qu’il y en a, comme Dave Grohl, évidemment, ou comme le nôtre, qui écoutent aussi des musiques dans lesquelles le batteur ne joue pas comme un furieux. J’essaie juste de dire qu’il aime la musique, en général, et qu’il comprend l’importance de ne pas être tout le temps déchaîné. Cela dit, quand on fait des centaines de concerts par an, on est solidaire et on se dit : oui, on devrait peut-être lui faire jouer quelque chose d’un peu… excessif !? [Rires] Pour préserver l’harmonie !

Est-ce que les membres du groupe ont joué au sein d’autres formations, sans masque ou est-ce que Ghost est votre premier et unique projet ?

Moi, j’ai fait partie d’un groupe, personne n’est au courant et je pense que c’est en partie là qu’a germé l’idée de jouer incognito. Nous avons joué dans d’autres groupes avant Ghost, mais ces groupes fonctionnaient de façon plus conventionnelle… Enfin sauf dans mon cas, comme je te l’expliquais, mais évidemment je ne peux pas t’en dire beaucoup plus !

A propos du fait de conserver l’anonymat : « C’est une utopie qui serait belle à réaliser, mais je nous vois difficilement y parvenir. »

Par le passé, d’autres artistes ont mené leur carrière en restant anonymes, comme le guitariste Buckethead, Daft Punk ou The Residents ; ces artistes ont-ils eu une influence sur le concept de Ghost ?

Ouais, beaucoup, en fait… Oui ! Mais le truc c’est qu’aujourd’hui tout le monde sait qui sont les Daft Punk et ça ne leur a pas porté préjudice ! (Rires)

Après quarante ans, on ne connaît toujours pas, à l’heure actuelle, les identités des membres de The Residents et ils continuent à tourner. C’est un objectif que vous aimeriez atteindre ?

Si possible, ce serait bien. Ce serait fun ! Mais il faut bien se dire que sur ces quarante années d’existence de The Residents, trente étaient avant l’arrivée d’Internet ! Et mis à part chez Daft Punk, il y a quelque chose que l’on retrouve chez tous ces groupes qui ont voulu rester anonymes : The Residents, par exemple, ils sont probablement célèbres auprès de tous les collectionneurs mais ça reste un groupe très marginal et très peu connu et ça c’est un bon moyen de rester dans l’anonymat. Nous, d’un autre côté, on travaille à être de plus en plus connus, plus populaires et c’est ça la limite ; de toute évidence ce n’est pas vraiment compatible avec l’anonymat. C’est une utopie qui serait belle à réaliser, mais je nous vois difficilement y parvenir.

Si Buckethead faisait partie du groupe, vous nous le diriez ? Puisque de toute façon, on ne sait pas qui il est !

Oui, on vous le dirait… Particulièrement parce que j’en serais le premier surpris !

Tu as déclaré que Dave Grohl avait joué avec vous sur scène, est-ce que c’était à l’occasion du concert dont est tirée la version live de Secular Haze ?

Non, je n’ai jamais dit qu’il avait joué avec nous sur scène. On m’a demandé s’il avait déjà joué en costume de Goule, donc j’ai répondu oui : il a joué en costume de Goule.

D’accord, et c’était à quelle occasion ?

Eh bien, ça je ne peux pas vraiment te le dire ! Je peux juste te dire qu’il a bien joué en costume de Goule ! [Rires]

Apparemment, il y a un autre musicien qui a fait ça : jouer avec vous en costume de Goule ; mais tu ne vas pas me dévoiler son identité, si ?

(Hésitant) Par curiosité, quelles rumeurs as-tu entendues ?

Eh bien, j’ai juste entendu dire qu’un autre musicien avait joué avec vous en costume.

D’accord, alors, pas de commentaires !

OK, pas de problèmes [rires] ! Dernière question : As-tu déjà été reconnu par un journaliste ? Est-ce qu’au cours d’une interview, un journaliste a déjà reconnu ta voix ou ton visage ou quelque chose comme ça ?

(Hésitant) Euh, pas de la manière dont tu le présentes, non ; mais j’ai été interviewé par des gens que je connais, forcément. Donc, je te réponds oui, mais non ! [Rires] Mon identité n’a encore jamais été révélée juste parce qu’on aurait reconnu ma voix.

Interview réalisée par téléphone le 19 novembre 2013 par Metal’O Phil.
Questions et introduction : Spaceman.
Retranscription et traduction : Judith.



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  • Bizarre, il me semblait pourtant que The Residents avaient dévoilé leur identité il y a peu de temps…
    Sympathique interview en tout cas, j’ai hâte de voir le groupe en mars prochain !

    [Reply]

    ian

    Salut,le groupe est prévu en mars 2014 en france ? peux-tu me donner plus d’infos ? je ne trouve rien sur le net… merci beaucoup

  • Chouette interview, mais moi j’adhère pas du tout à ce style et j’ai écouté quelques extraits de concerts et j’aime pas du tout , des amis les ont vus au Graspop et m’ont dit qu’ils ont aussi détesté…

    [Reply]

  • MERCIIIIIIIIIIIIIII mille fois pour cette interview, on sent bien la detente et le fun que vous avez pu avoir durant celle ci ! Merci encore pour votre travail !
    Une énoooooooorme fan de Ghost ;D

    [Reply]

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