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Interview   

Girlschool : pécheresses sans vergogne


Kim McAuliffe - GirlschoolGirlschool a traversé les décennies, connu le succès international et s’est même vu attribuer, sans vraiment le vouloir, les mérites d’un positionnement féministe. Tout ça, le groupe semble l’avoir vécu sans se mettre la pression et en gardant un enthousiasme presque juvénile. Nous nous sommes entretenus avec la chanteuse-guitariste Kim McAuliffe à l’occasion de la sortie du nouvel album Guilty As Sin, dont le prédécesseur, Legacy, datait de sept ans avec, entre temps, un réenregistrement du classique de 1981, Hit And Run. C’est un groupe presque flegmatique qu’elle nous décrit, en racontant à quel point les années après Legacy ont passé sans que la formation s’en rende compte et ne commence à envisager d’écrire un nouveau disque.

Nous avons abordé la conception de ce nouvel album, notamment après un Legacy ambitieux et couronné de succès, ainsi que plus généralement la façon d’écrire du quatuor qui est de trouver un compromis dans les orientations et volontés musicales de chacun. Nous sommes également revenus sur le projet Hit And Run – Revisited, moment émouvant car réalisé sans la guitariste Kelly Johnson, décédée en 2007. C’était l’occasion d’évoquer ce que représentait encore aujourd’hui ce disque pour le groupe.

A noter que cette interview mentionne à quelques reprises Lemmy Kilmister et David Bowie, des amis et/ou influences importantes du groupe. Elle a été réalisée fin 2015, avant le décès des deux artistes.

Girlschool

« Si tu parviens à sortir un ou deux [albums], tu es très chanceux ! Et il se trouve que c’est notre treizième ! »

Radio Metal : Parlons un peu de votre album classique Hit And Run que vous avez réenregistré il y a quatre ans. Est-ce que cela t’a rendu nostalgique ?

Kim McAuliffe (chant & guitare) : En fait, c’est notre maison de disques qui voulait que nous réalisions un nouvel album studio. Et nous, nous considérions qu’un nouvel album aurait été un peu trop rapproché de Legacy, dont nous étions extrêmement fières et au sujet duquel nous pensions : « Comment lui succéder ? », notamment grâce à toutes les collaborations présentes sur l’album. Il se trouvait qu’il s’agissait du trentième anniversaire de Hit And Run, alors ça nous a semblé être le moment idéal pour le réenregistrement. Nous voulions aussi le faire parce que nous n’avons plus les droits sur nos anciens albums. Aucune de nous n’a les droits sur nos propres chansons ! Alors d’une certaine manière, c’était pour nous un moyen de nous réapproprier cet album. Le réenregistrement semblait être un bon moyen d’y parvenir. Et évidemment, nous avions également perdu Kelly, c’était aussi une façon de lui rendre hommage. Je me rappelle, lorsque je chantais les chansons interprétées par Kelly sur l’album original, je m’exclamais : « Kelly, aide-moi ! Allez quoi ! Donne-moi un peu d’inspiration ! » [Rires] C’était un moment très émouvant.

Qu’est-ce que tu penses de l’album original sorti en 1981 ? Qu’est-ce qu’il symbolise pour toi ?

C’est marrant parce que lorsque nous avons su que nous allions réenregistrer Hit And Run, j’ai réécouté l’original que je n’avais pas entendu depuis des années. Et je n’arrivais pas à y croire ! Je me suis dit : « La vache ! Ça sonne super bien ! » [Rires] J’étais un peu inquiète de la manière dont nous pourrions lui faire honneur. Nous n’avons pas cherché à l’améliorer, nous voulions simplement proposer une version différente de l’album.

Étant donné que vous avez commencé à sortir des albums dans les années 80, est-ce que tu dirais que tu es toujours aussi enthousiaste à l’idée de sortir un album que tu l’étais auparavant ?

Je n’arrive toujours pas à croire [que nous sommes encore là après] toutes ces années. Évidemment, quand tu débutes, ton ambition première, ton but ultime, c’est de sortir un album. C’est évident, le premier est toujours spécial, parce que tu en rêves depuis tes débuts. Je pense que n’importe quel groupe serait d’accord avec moi. Je pense que si tu parviens à en sortir un ou deux, tu es très chanceux ! Et il se trouve que c’est notre treizième ! Nous sommes vraiment très chanceuses ! [Rires]

Est-ce que le fait que vous ayez eu à vous replonger dans ces chansons, il y a quatre ans, a influencé votre manière d’écrire sur Guilty As Sin ?

En fait, nous avons toujours écrit plus ou moins de la même manière. À savoir qu’Enid, Jackie et moi avons toujours été les compositrices principales et nous faisions écouter nos compositions aux autres pour voir ce qu’ils en pensent. Et même quand Kelly était dans le groupe, nous fonctionnions de la même façon, alors rien n’a vraiment changé au fil des années [petits rires].

Le réenregistrement de Hit And Run mis à part, votre dernier album studio remonte à sept ans. Quand avez-vous commencé à composer des musiques pour l’album Guitly As Sin ?

Ce qui est drôle c’est que la maison de disques, deux ou trois ans après Hit And Run, ne cessait de répéter : « C’est le moment de sortir un nouvel album studio. » Et moi, je me disais : « Attendez voir, nous venons d’en sortir un il y a à peine quelques années ! », en pensant à l’album Legacy. Évidemment, je ne me rendais pas compte que c’était il y a huit ans, [Rires] ce qui paraissait incroyable parce que je me disais que [ça ne faisait] que quelques années ! J’ai une très mauvaise perception du temps. J’ai l’impression qu’il passe tellement vite. J’étais un peu inquiète, je me disais : « Comment allons-nous faire ? » Nous étions tellement fières de Legacy, que nous ne savions pas comment lui succéder. Au fil des années, nous avions toutes griffonné quelques idées ça et là, quand nous voyions ou entendions quelque chose, nous le notions et nous nous disions : « Oh, ça pourrait être pas mal pour une musique, ça pourrait être un bon riff ». Ou bien la nuit, allongée dans mon lit, il m’arrivait que des idées me passent par la tête et que je finisse par les fredonner. Nous avions toutes des débuts d’idées que nous avions accumulées au fil des années. Et puis, l’année dernière à la même époque, notre manager nous a dit : « Bon ça y est, nous avons réservé un studio avec Chris Tsangarides, le 23 janvier pour une durée de trois semaines. Vous avez intérêt à être prêtes ! » Et je me suis exclamée : « Hein ?! » [Rires] Comme tu peux imaginer, nous pensions toutes : « Oh, mon Dieu ! » Alors nous avons mis en commun tous les petits bouts d’idées que nous avions. Tout s’est passé très vite en fait, ce qui est une méthode de travail qui nous convient bien. Si tu penses que t’as encore le temps devant toi, tu prends ton temps et… Je pense que le résultat peut être un peu fade. J’aime bien l’idée de se mettre au boulot et tout faire d’une traite.

Girlschool - Guilty As Sin

« Au début Lemmy [Kilmister] nous a adoptées, alors en gros tout le monde s’est dit quelque chose du genre ‘C’est bon, elles sont cools.' »

Sur votre album précédent Legacy, il y avait beaucoup de collaborations avec notamment des membres des Twisted Sister et Motörhead, Neil Murray et Ronnie James Dio. Cette fois, il n’y aucune collaboration. Est-ce que vous avez ressenti le besoin de vous retrouver toutes les quatre ?

Oui, tout à fait, nous avons collaboré avec d’autres artistes uniquement sur cet album et puis nous nous sommes dit : « Attend un peu ! » Ben oui, ça aurait été idiot de refaire la même chose. Nous avions besoin de nous reconcentrer sur notre groupe.

Vous avez travaillé avec le producteur Chris Tsangarides. Vous aviez déjà travaillé avec lui en 1983. Qu’est-ce qui vous a poussé à travailler à nouveau avec lui, trente ans plus tard ?

C’était carrément dingue ! Nous avions effectivement travaillé avec lui il y a trente ans [rires], ce qui était complètement fou ! En fait, nous ne l’avions pas revu pendant toutes ces années, et pourtant c’était comme si nous ne nous étions pas quittés ! Je ne sais pas si ça t’est déjà arrivé de ne pas voir quelqu’un pendant longtemps et soudain tu tombes sur lui, et les années s’envolent, si tu vois ce que je veux dire. C’était incroyable ! [Rires] Donc oui c’était lui le producteur, mais nous sommes arrivées avec nos propres chansons et il nous soumettait quelques idées afin de les améliorer, c’est tout. Il n’a pas vraiment changé les chansons ou quoi que ce soit. Mais il trouvait des idées pour ceci et cela. Son rôle a été essentiellement d’améliorer les chansons.

Enid Willians a déclaré dans une interview : « Il y a trois compositrices principales dans le groupe et nous voulons toutes que nos idées se retrouvent sur l’album ». Est-ce que tu peux nous en dire plus sur la façon dont vous collaborez et comment vous mêlez vos trois sensibilités différentes ?

Enid, Jackie et moi sommes les compositrices principales. Alors ce qui se passe, c’est que tu soumets tes idées en espérant que les autres les apprécient. En général, c’est le cas ou alors c’est franchement gênant. Si tu te mets à chanter devant quelqu’un et qu’il te lance un regard qui veut dire « beurk » [Rires], tu te sens assez mal. Mais la plupart du temps, nous connaissons les goûts des autres. Alors, en gros nous mettons nos idées dans un pot commun et voyons qu’il en ressort.

Enid a également déclaré qu’elle est toujours celle qui veut repousser un peu les limites de ce que vous faites, alors que toi, tu préfères rester authentique et fidèle au son de Girlschool. Es-tu d’accord avec ses propos ?

Oui, tout à fait. Nous avons toujours été un peu aux opposés toutes les deux, parce que moi j’aime quand c’est direct et que ça balance de la tête, le rock bien hard, alors qu’elle préfère expérimenter un peu plus. Du coup, nous essayons de trouver un équilibre [petits rires]. Mais oui, c’est totalement vrai ! J’aime quand ça balance de la tête et qu’on donne tout. Tout à fait.

Considères-tu que ces trois différentes perspectives et influences fassent la force du groupe ?

Oui, je crois, car ça le rend plus intéressant. Encore une fois, je trouve que ce nouvel album est très éclectique [grâce à] ses différentes chansons. Alors j’espère qu’il n’est pas trop ennuyeux, qu’il en ressort quelque chose de différent, d’inattendu.

L’album contient des chansons franchement orientées rock, des chansons avec double grosse caisse aux tonalités heavy metal ainsi que des chansons plus calmes. Tu as déjà cité Iggy Pop et David Bowie dans des interviews. Est-ce que tu dirais que d’une certaine manière cet album rend hommage au rock en général et à toutes vos influences ?

Oui, tout à fait, en fait je dirais que David Bowie est mon héros, point barre. Depuis que je l’ai vu faire « Starman »… Mais j’ai aussi vu Alice Cooper et… En fait, je dirais que [tous ceux qui apparaissaient dans l’émission] Top Of The Pops étaient brillants à l’époque. Et bien sûr, il y a Zeppelin, Deep Purple, Black Sabbath… Nous avons toutes ces différentes influences qui se sont imprimées dans nos esprits. Évidemment, Iggy Pop et en particulier l’album que David Bowie a produit à ses débuts, tout ça c’était de la bonne came. Nos influences ne nous quittent pas, je pense.

Girlschool

« Nous pensions à l’époque […] qu’il y aurait tout un tas de groupes de musiciennes qui émergeraient, mais ça ne s’est pas vraiment produit. C’est seulement maintenant […] qu’on voit des groupes de femmes émerger. »

Vous avez repris la chanson « Stayin’ Alive » des Bee Gees. Qu’est-ce qui vous a poussé à explorer l’univers de cette chanson ? Est-ce que vous pensiez qu’elle possédait une tonalité rock à exploiter ?

Ce qui est drôle à ce sujet, c’est que je dois avouer que nous n’avions rien à voir avec le choix de cette chanson [rires] ! En fait, nous avons toujours inclus une reprise sur chacun de nos albums et cette fois, pour tout vous dire, je n’avais vraiment aucune idée. Je n’arrivais pas trouver une chanson que je voulais reprendre, idem pour Denise. Jackie et Enid proposaient quelques idées mais nous ne les aimions pas trop. En fait, nous n’arrivions pas à nous mettre toutes d’accord sur une chanson. Et là, Tommy, notre manager nous a dit : « Ne croyez pas que je suis devenu timbré mais qu’est-ce que vous pensez de ‘Stayin’ Alive’ ? Et là, on s’est toutes exclamées : « Hein ?! » [Rires]. Comme tu peux t’imaginer, nous avons toutes pensé qu’il était un peu dingue. Moi et Jackie, nous n’arrivions pas vraiment à « voir » ce que ça pouvait donner. Mais Enid, en y pensant bien, elle entendait complément ce que ça donnerait, puis Denise s’est exclamé : « Moi aussi, je l’entends carrément maintenant ! » Et bien sûr, Chris Tsangarides a dit à son tour : « Mais oui, je l’entends parfaitement ! » Alors, nous nous sommes dits : « Bon d’accord. » On a bien sûr commencé à la jouer et là on s’est dit : « Mais oui ! C’est que ça pourrait marcher. » Alors, on s’est pas mal éclaté à reprendre cette chanson. En fait, j’ai dit à Chris Tsangarides : [rires] « Non mais il n’y a pas moyen qu’on se mette toutes à chanter ! » [Et il a répliqué] : « Oh t’es conne, peu importe. Ne sois pas idiote, joue-la à la guitare ! » Et là nous nous sommes toutes écriées : « Oh purée ! » [Rires] Nous avons passé un super moment et j’aime vraiment beaucoup le résultat. Et je trouve qu’à la base c’est déjà une super chanson. Je l’avoue, c’est vraiment une chanson brillante.

Vous avez commencé votre carrière dans les années 80. À l’époque, les héros du rock’n’roll et du heavy metal étaient de bons gros machos comme Mötley Crüe, etc. Alors comment c’était d’être une femme dans un groupe de rock à cette époque ?

Pour être honnête, nous n’avons pas remarqué de différences, notamment parce que nous n’avions pas un style de « fifilles ». En fait, tous les groupes avec qui nous sommes parties en tournée nous traitaient vraiment comme tout le monde. Évidemment, nous ne savions pas ce qu’ils disaient de nous, une fois que nous avions le dos tourné, [rires] mais heureusement, nous n’avons pas remarqué de différences. Nous avons fait notre petit bonhomme de chemin. Nous étions acceptées. Et je pense notamment qque parce qu’au début Lemmy [Kilmister] nous a adoptées, alors en gros tout le monde s’est dit quelque chose du genre « C’est bon, elles sont cools. » Alors oui, il nous a véritablement aidées.

Même si la presse vous considère comme « les pionnières de la bataille contre le sexisme », vous n’avez jamais vraiment montré un intérêt pour le féminisme. Vous avez même déclaré dans une interview que vous étiez ravies d’être considérées comme des « musiciennes » tout court, plutôt que comme des « des femmes qui font de la musique ». Est-ce que tu dirais que reconnaître la valeur de votre groupe uniquement parce que vous êtes des femmes n’est pas la meilleure solution pour faire avancer le combat contre le sexisme ?

C’est vrai, je pense qu’au fond nous sommes toutes féministes quand on y pense. Je crois que nous le sommes et que je suis féministe d’une certaine manière, mais je ne veux pas que ça nous définisse, tu vois, je pense que nous sommes un groupe, tout simplement. D’une certaine manière, je suis féministe parce que si j’entends qu’une femme est rabaissée, ça va m’énerver. Alors dans ce cas-là, oui je suis féministe, mais en fait nous ne voulions pas être définies par le fait d’être des filles, par notre sexe en fait, nous voulions juste être considérées comme un bon groupe de rock !

Comment penses-tu que les choses ont évolué depuis les années 80, concernant le fait d’être une femme dans le monde du rock ?

Je pense que la situation s’est vraiment améliorée pour les femmes aujourd’hui, dans le rock en tout cas, parce qu’il y a beaucoup plus de groupes de femmes comme Crucified Barbara, Amaranthe… Alors, je trouve ça génial ! Pour tout te dire, nous pensions à l’époque, il y a 30 ans quand nous avons commencé à avoir du succès, qu’il y aurait tout un tas de groupes de musiciennes qui émergeraient, mais ça ne s’est pas vraiment produit. C’est seulement maintenant, c’est seulement après toutes ces années qu’on voit des groupes de femmes émerger, ce qui est franchement génial.

Interview réalisée par téléphone le 21 octobre 2015 par Philippe Sliwa.
Retranscription et traduction : Daphnée Wilmann.

Site officiel de Girlschool : www.girlschool.co.uk.



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