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Metalanalyse   

Glissement de terrain à l’horizon pour Black Tusk ?


C’est résolument la mode des EP. Après le retour des vinyles, le public metal a droit à son nouveau retour en force d’un format qu’on crut délaissé dans les années 90 en faveur du sacro-saint album. Les groupes les plus notables qui ont aujourd’hui pris le parti de ce format sont Down et Skid Row, prévoyant chacun une série. C’est désormais au tour de Black Tusk d’envoyer sa petite missive sous forme de six titres. Pour quelle raison ? Celle, commune aux groupes précédemment cités, de garder la fraîcheur de sorties plus récurrentes qu’un album plus long à concevoir et ainsi mieux s’adapter à la nouvelle donne de l’industrie musicale. Car après avoir profité du haut de la vague du sludge en provenance de Savannah dans l’État de Georgie (Etats-Unis) en compagnie de Kylesa et Baroness, Black Tusk se doit de construire une carrière une fois l’effet de mode passé. La scène de Savannah proprement dite n’existe plus vraiment, Kylesa, Black Tusk et Baroness n’y vivent plus que partiellement, il est donc temps pour chacun de ces groupes de voler de ses propres ailes.

Pourtant, avec Philip Cope de Kylesa aux manettes de la production, les liens demeurent et l’auditeur rompu aux agissements du power-trio s’attendra sans doute à retrouver les points de similitudes entre les deux formations. Mais, dans les faits, si les voix et quelques plans rythmiques iront toujours errer dans les mêmes contrées stylistiques, les deux formations tendent à se distinguer avec le temps. Et là où Black Tusk pouvait donner l’impression d’être l’irréductible de la bande, il démontre aujourd’hui des intentions d’évolution. Quand Taste The Sin (2010) frappait par la spontanéité de ses riffs rentre-dedans dès les premières minutes et que Set The Dial agressait positivement par sa lourdeur et son ambition parfois pachydermique, Tend No Wounds se veut un tantinet plus aérien, un poil plus hypnotique, pas moins rentre-dedans pour autant, mais définitivement ouvert vers d’autres sphères. Il est évident que le titre mettant sur cette piste est le surprenant « The Weak And The Wise ». Son intro tout en violons et son riff de basse quasi-identique à celui du « Sweet Dreams » façon Marilyn Manson interpelle.

Pour autant, Black Tusk conserve la spontanéité qui le caractérise et matérialise ses envies de riffs les plus pressantes, les plans les plus instinctifs. Il y a toujours sur cet EP cette envie de faire tourner des riffs et des plans ravageurs sans se prendre la tête de manière démesurée. Pourtant une dimension supplémentaire lorgnant vers un certain psychédélisme apparaît. Il y avait bien sur Set The Dial des plans tout à fait doom, sans que le groupe se tourne pour autant vraiment vers ce style. Mais l’envie de se diversifier est apparemment bien là, depuis cette époque, et le groupe se découvre peut-être des envies de dépasser le cadre dans lequel on pourrait facilement les y mettre.

Il serait aisé, puisque la tendance à rapprocher une formation d’une autre est tentante, de voir la tournée que le groupe a récemment effectué en compagnie de Red Fang comme une source d’inspiration pour cet EP. Similitudes il y a effectivement dans l’efficacité et la puissance groovy de leur musique respective. Mais Black Tusk reste trop « boueux » et colérique pour pousser la comparaison plus loin. D’un autre côté, en ayant sorti depuis 2009 deux splits, l’un avec ASG, l’autre avec les sludgy punks de Dead Yet? cette année, Black Tusk multiplie les expériences musicales et les sources d’influences. ASG, ayant pris un peu du sludge des Black Tusk dans leur dernier opus, il se pourrait bien qu’un brin de psychédélisme stoner émanant de Caroline de Nord ait fait le voyage jusqu’en Georgie pour investir le studio de Black Tusk à l’enregistrement de l’EP.

A l’heure où Baroness a pris un large tournant musical et Kylesa explore la noirceur de l’âme dans de sombres tourments psychédéliques, Black Tusk enfonce le clou dans ce qu’il sait faire avec des compositions efficaces (« Enemy Of Reason »), parfois massives (« Internal/Eternal » ou l’instrumentale introductive « A Cold Embrace ») mais ponctuées de quelques apports variés. S’il y a ou aura transition, celle-ci se fera en douceur. Et la tendance stoner/sludge traditionnelle du groupe ramène quelque peu les possibles envolées fumeuses sur la terre ferme et aride de Georgie. La prochaine sortie du groupe pourrait bien être un album, par ailleurs, puisque le combo de Savannah souhaite diversifier les formats sans les enchaîner pour une offre plus variée à son public. Faute de changement drastique d’orientation musicale, ce sont les formats qui varieront. Pour le style, la mutation sera lente. Car pour le moment, s’il y a bien un sludge que l’on reconnaît entre mille, c’est assurément celui de Black Tusk.

EP Tend No Wounds, sorti le 23 juillet 2013 chez Relapse Records



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