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Interview   

Gnô : malades increvables


Il est temps de s’intéresser à Gnô. Mais pour de vrai : pas en tant que « ancien side project » du guitariste Christophe Godin, mais bien en tant qu’entité indépendante. Car voilà plus de seize ans que le groupe existe, a une carrière et une musique qui lui est propre. Et le départ, il y a trois ans, de Christophe Godin, même s’il a d’abord créé de grandes incertitudes quant à l’avenir du projet chez ses membres restants, ne change rien à cela.

Encouragés par leur label Send The Wood, Gaby Vegh et Peter Puke ont décidé de faire perdurer Gnô et son identité. C’est donc avec un nouveau guitariste, Djul Lacharme, et un nouvel album, Sick Princess, dont le nom indique clairement une envie de continuité que Gnô réaffirme son envie de continuer « jusqu’en l’an 3000 ».

A cette occasion, Gaby nous a parlé de ce qu’était Gnô, musicalement, humainement, mais aussi professionnellement.

« Nous avons plein d’influences qui ne vont pas ensemble, ou en tout cas, qui ne se fréquentent pas vraiment, comme le metal et la pop, la funk, etc. […], et nous aimons bien ne pas nous poser de questions pour savoir si ça va ensemble. »

Radio Metal : Le départ de Christophe Godin en 2014 était dû à son activité de musicien pro qui était trop prenante. Ca a probablement été une déception, mais est-ce que ça a été une surprise, ou alors l’aviez-vous vu venir ?

Gaby Vegh (basse & chant) : Disons que sur le coup, lorsqu’il nous l’a annoncé, nous ne nous attendions pas à ce qu’il nous l’annonce au moment où il nous l’a annoncé, c’est-à-dire en pleine tournée pour défendre l’album Crass Palace. Je pense qu’il y avait vraiment un ras-le-bol de sa part qu’il a essayé de garder pour lui, et puis finalement, ça a un peu explosé. Nous nous y attendions peut-être un peu, car c’est vrai que nous le voyions un peu moins investi, par le peu de temps qu’il avait, en fait.

Quand tu dis « ras-le-bol », est-ce plus par rapport au manque de temps qu’il avait, au fait d’être sur tous les fronts, ou alors est-ce par rapport à la musique qu’il faisait avec vous ?

Je ne pense pas. Je pense qu’il y avait deux choses : c’était déjà le seul projet dans lequel il chantait, alors que nous, nous chantions aussi à côté dans d’autres projets, donc il devait se sentir de moins en moins chanteur. Et puis après, vraiment, c’était une histoire de temps, car c’est vrai qu’avec Christophe, nous nous entendons super bien, nous nous connaissons depuis bientôt vingt ans et nous avons passé de super moments, donc humainement, c’était toujours très cool, il n’y a pas de souci à ce niveau-là. Je pense que c’était vraiment le temps. C’est aussi du fait des priorités qu’il s’est donné, il a fait de plus en plus de masterclasses dans le monde entier, et je pense qu’au bout d’un moment, il fallait pouvoir gérer son emploi du temps. Donc il a préféré revenir vers l’instrumental, artistiquement aussi.

À la guitare, il a une patte très particulière, donc comment avez-vous orienté vos recherches pour intégrer un nouveau guitariste ? Avez-vous cherché à trouver quelqu’un qui soit dans une forme de continuité, ou au contraire, avez-vous cherché à faire une rupture ?

Je crois que nous n’avons pas cherché grand chose. Au début, lorsque Christophe nous a annoncé ça, avec Peter Puke, nous nous sommes dits que nous allions arrêter ce groupe. Et puis c’est notre label, Send The Wood, qui nous a un peu remotivés, en disant : « Nous, on croit en Gnô, même sans Christophe ! Retrouvez un guitariste ! Le groupe, ce n’est pas que lui ! », etc. Du coup, l’idée a germé. C’est vrai qu’il y a pas mal de gens qui se sont proposés spontanément, plein de guitaristes, pour remplacer Christophe ; je pense que c’était un peu un challenge. Et finalement, nous n’avons pas tant fait d’auditions puisque ça s’est fait par un pote à nous qui s’appelle Nicolai Quintero, qui est un guitariste d’Annecy, il connaît bien Gnô, et il nous a dit : « Moi je sais qui est-ce qu’il vous faut : c’est Djul Lacharme ! », que nous ne connaissions pas. Nous avons regardé ce qu’il faisait, et ça nous a bien plu comme il jouait, parce que même s’il était un virtuose de la guitare, il avait aussi un autre son, une autre approche, je pense, et nous avons trouvé ça plutôt intéressant. Et puis nous sommes allés le rencontrer. C’était un mec méga cool, et je pense que le côté humain compte beaucoup pour nous. Nous sommes tous quadragénaires, et c’est vrai qu’il n’y a pas que la virtuosité ou la pure qualité musicale. Le fait que nous ayons rencontré ce mec-là et qu’il y ait un truc qui se soit passé humainement tout de suite, ça compte aussi beaucoup. Nous n’avons pas vu beaucoup de guitaristes, en fait. Nous avons communiqué avec des guitaristes qui étaient intéressés, mais finalement, le choix de Djul s’est imposé naturellement. Nous sommes plutôt des gens qui fonctionnent au feeling humain, donc c’est ce que nous avons fait.

Djul a participé à pas mal de groupes et de projets vraiment très diversifiés par le passé. Est-ce que c’est ce côté éclectique, touche-à-tout, qui vous a séduits au départ ?

Oui. J’avoue que nous aimons bien ça. Dans Gnô, ça a toujours été un peu notre patte, c’est-à-dire de pouvoir partir… Même s’il y a peut-être un style particulier, nous aimons bien les influences diverses et variées de chacun, et je pense que le côté très versatile de Djul, mais en même temps qui a un vrai son de guitariste et une vraie personnalité, ça nous a tout de suite interpellé, c’est clair.

Tu en as parlé un peu plus tôt, tu as dit que vous vouliez carrément arrêter parce que vous pensiez que ça ne valait pas le coup de continuer sans Christophe. C’est vrai qu’il était un peu considéré comme la « tête » de Gnô. Qu’est-ce que son départ a changé en termes de dynamique ? Comment décrirais-tu désormais le fonctionnement du groupe, que ce soit en termes de gestion, de création, etc. ?

En fait, ce qu’il se passe, c’est que Christophe, étant une forte personnalité de guitariste et humaine, a une image de virtuose et de leader, etc. Mais dans Gnô, ce n’était pas vraiment le cas, même si c’était ce que les gens ressentaient le plus. Au départ, c’est Christophe et moi qui avons monté Gnô mais disons que ces dernières années, il avait peut-être beaucoup plus de médiatisation personnelle que nous, et du coup il parlait beaucoup de Gnô, et les gens percevaient que c’était son groupe, son projet. C’est vrai que souvent, lorsqu’on discutait avec des gens qui ne nous connaissaient pas, ils étaient surpris de savoir qu’en fait, ce n’était pas Christophe qui composait tout, que c’était un vrai travail de groupe. Nous avons senti, déjà, sur Crass Palace, que Christophe était un peu moins investi. Il chante moins dans Crass Palace, il a moins composé, il a moins écrit de textes, etc., donc nous avions déjà un peu pris le relais, avec Peter Puke, d’un peu plus s’occuper de Gnô. Du coup, je pense que ça s’est fait un peu en douceur, finalement, malgré le départ assez soudain de Christophe, parce qu’il s’était déjà un peu « désinvesti » – ce n’est pas du tout qu’il s’en foutait ou quoi que ce soit – et donc, ça s’est fait plus naturellement. Du coup, maintenant, ça ne fonctionne pas tellement différemment d’avant, puisque Peter Puke s’occupe énormément de tout ce qui est artwork, image du groupe, organisation du tournage des clips, etc., alors que moi, j’ai un rôle un peu plus administratif parce que je m’occupe un peu plus de ce qui est paperasse, production des albums, etc. Le rôle de Christophe, à ce niveau-là, était moins présent, donc [la transition] s’est fait tranquillement avec Djul. La seule différence, c’est que Djul n’écrit pas de texte en anglais, donc c’est Peter Puke et moi qui écrivons tous les textes. Et la musique est composée à trois, de toutes façons.

Christophe fait quand même une apparition sur le disque. On ne peut pas s’empêcher de penser à un côté « passage de témoin », est-ce que c’est voulu comme ça ?

Oui. En fait, nous avons réfléchi un moment… Nous avions déjà onze compos dont nous étions plutôt contents, et nous avions du mal à rajouter des morceaux sur cet album. C’est-à-dire que rajouter des morceaux pour en rajouter… Nous avons essayé d’en faire d’autres, ce n’était pas trop le moment, nous étions peut-être moins inspirés, et puis nous avons déliré sur une idée, et c’est vrai que du coup, Peter Puke a enregistré une batterie au studio avec trois parties distinctes, et puis c’est là que l’idée est venue, nous avons envoyé ça à Christophe pour qu’il joue ce qu’il voulait dessus, et nous avons construit le morceau. Ça s’est fait comme ça, assez naturellement, et puis nous trouvions ça sympa, en guise de passation de pouvoir, de faire apparaître Christophe sur un morceau.

Comment as-tu ressenti l’impact de Djul sur l’écriture de l’album ? A-t-il apporté un truc nouveau ?

Sincèrement, je pense que oui. Après, Djul était déjà assez fan de Gnô parce qu’il avait acheté des albums, il suivait pas mal Christophe, donc il connaissait, ça lui plaisait déjà beaucoup. Mais après, il s’est rapidement mis dans l’esprit de ce que nous faisions, et d’ailleurs, je crois que le premier morceau qui a été composé pour cet album est « Love Is Over », le premier morceau, et c’était au départ une idée Djul, qu’il nous a amenée. Nous avons trouvé que ça correspondait vraiment tout de suite à l’esprit de Gnô. Donc il n’y a pas eu de souci pour ça. Après, il amène un truc nouveau. Il a des trucs rythmiques, dans les riffs, par exemple, que nous n’avions pas du tout dans Gnô. Il a un autre vocabulaire rythmique. Je pense qu’il aime aussi beaucoup construire des parties qui ne sont pas forcément des solos, même si ce sont des passages instrumentaux. Il aime vraiment le son, en fait. C’est peut-être moins en avant que Christophe, mais c’est vraiment intéressant. Pour moi, il joue plus de la guitare comme un compositeur.

« Nous n’avons pas fait grand chose volontairement dans ce groupe ! [Rires] »

Au niveau des invités, sur cet album, il y en a un autre qui est Arno Strobl. Les deux personnes présentes sur ce disque en tant qu’invitées, Christophe et Arno, ne sont pas des personnes vraiment surprenantes par rapport à ce qu’on connaît de vous et par rapport à votre musique et à votre style. C’est important, pour vous, lorsque vous invitez des musiciens extérieurs, que ce soit quand même cohérent avec votre état d’esprit et que ce ne soit pas juste du guest pour du guest ?

Nous n’avons jamais été là-dedans, le guest pour le guest ne nous intéresse pas. Ce que je vais dire n’est pas péjoratif, mais quelque part, c’est vrai que nous faisons jouer les potes [petits rires], mais il faut que cela ait un sens, musicalement. Donc Arno, c’est clair, nous avons travaillé avec lui avant que Christophe ne parte, sur une petite résidence, un petit coup de création à Belley, dans l’Ain, sur un festival de guitare, et c’est d’ailleurs là que nous l’avons rencontré. Il y a eu une vraie rencontre humaine assez forte et le morceau « Moron », qui est dans l’album, c’est un morceau que nous avions commencé à composer ensemble avec Arno et Christophe. En fait, Arno avait écrit le texte, et c’est vrai que nous aimions bien ce morceau-là, nous avions bien aimé le jouer sur scène, mais pas sous cette forme-là, il était beaucoup moins évolué. Du coup, nous avons fini de le composer ensemble, et puis Arno est venu faire le featuring et a chanté dessus. Les paroles sont de lui, et ce morceau a été écrit avec lui, et pour lui, donc ça paraissait naturel.

Penses-tu que votre relation musicale avec Arno a de l’avenir ?

Nous avions le projet de sortir un disque ensemble, nous en avions évoqué la possibilité, mais pas sous le nom de Gnô, je pense. Ce serait vraiment un projet à part. Peut-être un one-shot ? Je n’en sais rien. Faire un album, suivi d’une petite tournée… Mais ce serait vraiment un projet qui serait autre que Gnô, et non pas Gnô invite Arno Strobl, ou Arno Strobl invite Gnô. J’espère que ça se fera. Après, c’est une histoire de timing, ce n’est pas évident car chacun est un peu par monts et par vaux et a beaucoup de projets, car nous aussi nous vivons de la musique et nous ne tournons pas qu’au sein de Gnô. Mais en tout cas, nous espérons bien, parce que c’est vraiment un mec super cool, et qui a un vrai talent. Nous aimerions bien pouvoir faire un truc plus conséquent avec lui, ce serait un vrai plaisir.

Concernant l’album, son titre, Sick Princess, fait suite à d’autres titres d’albums qui marient deux mots très contrastés : Trash Deluxe, Cannibal Tango, Crass Palace. Est-ce que c’est une manière de décrire votre état d’esprit et votre musique, à la fois assez élégants, et un peu fous ?

Oui, c’est exactement ça. En fait, ça n’a pas été très conscient, au début. Et puis c’est vrai qu’à partir de Cannibal Tango, ce côté-là s’est imposé, c’est-à-dire de coller deux mots qui ne vont pas ensemble. En fait, nous trouvions que c’était un bon condensé de la musique que nous faisons, car quelque part, nous avons plein d’influences qui ne vont pas ensemble, ou en tout cas, qui ne se fréquentent pas vraiment, comme le metal et la pop, la funk, etc. Nous avons plein d’influences différentes dans le groupe, et nous aimons bien ne pas nous poser de questions pour savoir si ça va ensemble, « on va faire un morceau funk », « on va faire un morceau rock », etc. Donc comme les influences sont assez éclectiques, nous trouvions que le nom nous correspondait bien.

A l’écoute de votre musique, c’est un concept qui prend tout son sens. C’est vrai qu’il y a une folie dans votre musique, mais elle n’est jamais vraiment au premier plan, elle est toujours présente en toile de fond, sur des titres qui, globalement, si on n’y prête pas trop attention, sont des titres assez directs, assez accessibles, alors que quand on tend un peu l’oreille, on sent un truc un peu fou, un peu méchant. Est-ce que c’est un mélange que vous avez travaillé volontairement ?

Je ne pense pas. Je pense que nous n’avons pas fait grand chose volontairement dans ce groupe ! [Rires] En tout cas, c’est vrai que quelque part, c’est comme ça que nous aimons fonctionner avec Peter Puke. Nous aimons ça, c’est-à-dire que nous nous laissons porter là où ça va. Évidemment, nous essayons toujours d’avoir une certaine maîtrise des choses, mais ce n’est pas très calculé. C’est ce qui est ressorti de notre façon de travailler ensemble, nos personnalités, mais ce n’est jamais très calculé.

Il n’y a même pas un travail volontaire sur cette idée d’accroche globale ?

Je crois que ça fait un peu tout seul aussi. Après, ce que nous avons appris à faire avec Gnô, c’est peut-être de calibrer un peu plus les structures de chansons où parfois, en réécoutant d’anciens morceaux, nous nous disions qu’il y avait des passages vraiment redondants et pas utiles, et donc, dans les structures, d’essayer d’améliorer l' »efficacité » du morceau. Mais je crois que ça ne va pas au-delà de ça. C’est-à-dire qu’ensuite, nous nous permettons un peu tout ce que nous entendons et tout ce que nous voulons. Après, évidemment, les uns censurent les autres. Si un mec a une idée et que les autres font : « Ouais, bof… », ça passe à la trappe, parce que c’est la règle de la majorité, il faut que ça plaise à tout le monde. C’est la règle du groupe, ou de la démocratie, en tout cas [rires].

Il y a toujours eu des chansons qui possèdent un aspect plutôt sombre dans vos albums; un aspect peut-être encore plus présent sur Sick Princess, aux dépens du côté décalé qui est peut-être légèrement en retrait par rapport à auparavant. Est-ce que cette évolution s’est faite de manière organique avec l’arrivée de Djul et parallèlement avec le départ de Christophe, ou y avait-il une vraie volonté artistique d’aller un peu plus là-dedans ?

Oui, c’est pareil. Je pense que, de la part de Peter Puke et moi, il y avait une volonté d’être… on va dire, plus cohérent musicalement, même si ce n’est pas ça, parce que c’était cohérent avant aussi ; mais en tout cas, nous nous sommes peut-être un peu plus concentrés sur des choses que nous aurions vraiment aimé entendre dans un album de Gnô, et moins partir dans tous les sens. Mais c’est vraiment une histoire personnelle. Moi, je le ressens comme ça. Je sais que Peter Puke le ressent un peu comme ça aussi. Pour certains morceaux de certains albums, nous nous disions : « Ça, on n’aurait peut-être pas dû. On est peut-être allés un peu loin dans ce sens-là. » Donc nous nous sommes un petit peu plus, pas contenus, mais dirigés. Après, c’est un truc qui se fait aussi naturellement parce qu’il y a des périodes dans la vie où tu en chies plus, et forcément, ce que tu as à dire n’est pas la même chose. Donc il y a peut-être des trucs plus graves et ça, ce n’est pas forcément conscient, en tout cas.

Il semble y avoir un regain d’intérêt en France, en tout cas dans le metal, pour ce genre d’approche un plus folle et inattendue de la musique. Comme vous êtes sur cet état d’esprit, est-ce que c’est quelque chose que vous avez constaté ces dernières années par rapport au nombre de gens qui viennent vous voir sur scène, ou au nombre de retours que vous avez ?

Est-ce qu’ils sont plus nombreux ? Je n’en sais rien. C’est vrai que nous gagnons toujours un peu de fans. Après, je pense qu’il y a quand même vraiment un retour de l’envie d’aller voir du live auprès des gens, c’est indéniable. C’est une certaine catégorie de personnes, évidemment. D’ouverture, je ne sais pas, j’espère. Nous verrons avec cet album ! Car pour l’instant, nous n’avons pas encore vraiment commencé à tourner. Mais j’ai du mal à vraiment savoir s’il y a vraiment un regain, si ça se compte au nombre de gens qui viennent nous écouter, je ne sais pas trop. J’espère. Franchement, j’espère.

Penses-tu qu’il y ait un besoin d’excentricité un peu plus grand chez les gens dans ce qu’ils écoutent, en ce moment ?

Oui, certainement. De toute façon, quand on voit maintenant ce qui est vraiment calibré, ce qui passe à la télé et sur la plupart des radios, c’est juste affolant de bêtise et de non-inspiration. Donc c’est vrai que, forcément, au bout d’un moment, les gens en ont marre qu’on les prenne pour des cons. J’en suis persuadé [petits rires]. C’est peut-être un peu utopiste, mais je suis persuadé qu’à un moment, les gens font autre chose.

« C’est un vrai challenge, le trio, et en même temps, il y a un vrai équilibre à trois. Tu rajoutes une quatrième personne, ça change complètement l’esprit, même pour bosser, etc. Et puis il faut avouer qu’un chanteur qui n’est que chanteur, ça peut être souvent pénible [rires]. »

Quand tu parles de ce qui est calibré, est-ce que tu parles de la pop hyper-mainstream ou bien de la scène rock et metal ?

Bien sûr qu’il y en a [dans le metal], évidemment. Mais je parlais surtout de la soupe que l’on nous sert à quatre-vingt-quinze pour cent sur les radios et les télés. Mais c’est vrai que dans le metal, forcément, il y a des choses très calibrées. Après, est-ce que ce n’est pas aussi un style ? Korn, c’est devenu très calibré aussi. Depuis quelques albums, ils font un peu les mêmes albums. Je pense qu’un groupe ne peut pas s’empêcher de se copier dessus, c’est difficile de maintenir un niveau d’inspiration important au bout de tant d’albums, etc. Je pense que ce n’est pas facile. Il y a toujours des groupes qui arrivent et qui révolutionnent le truc, qui ont un autre son, et qui amènent les gens quelque part, et puis après, il y a les suiveurs qui se mettent derrière et qui suivent ce son-là, c’est normal, je pense.

Si on va sur votre site web ou sur votre page Facebook, votre line-up mentionne guitare, basse, batterie, mais pas le chant, comme si c’était quelque chose de secondaire. Est-ce que vous ne vous considérez pas comme chanteurs ?

Ce n’est pas secondaire parce que c’est vrai que c’est la première chose que les gens écoutent, mais ce qu’il y a, c’est que, ça a toujours été le cas dans Gnô, nous sommes tous les trois chanteurs mais au départ, nous ne sommes pas chanteurs. Nous avons appris à chanter sur le tas en jouant dans ce groupe et dans d’autres, mais nous n’avons pas une « formation » de chanteur. Moi, au départ, j’étais juste bassiste, je ne chantais pas. Peter Puke c’était pareil, il était juste batteur. Djul commence à chanter en lead, mais ce n’était pas le cas avant, il faisait juste des choeurs. Donc nous mettons les trois instrumentistes et après, dans Gnô, ça a toujours été les trois personnes qui chantent en lead. Il n’y a pas « un » chanteur. C’est la particularité du groupe.

Y a-t-il toujours eu cette volonté-là de dire que tout le monde chante dans le groupe ?

Ouais. En fait, au départ, c’était vraiment conçu comme ça et puis, comme je te dis, nous n’étions vraiment pas des chanteurs. Nous aimons bien cette formule, mais c’est vrai qu’à une époque, comme Christophe voulait chanter de moins en moins, il disait que ça aurait été bien qu’on prenne un chanteur. Moi, je n’étais pas pour cette idée, parce qu’en fait, le trio, j’adore ça, et je ne suis pas le seul dans le groupe. C’est un vrai challenge, le trio, et en même temps, il y a un vrai équilibre à trois, je trouve. Tu rajoutes une quatrième personne, ça change complètement l’esprit, même pour bosser, etc. Et puis il faut avouer qu’un chanteur qui n’est que chanteur, ça peut être souvent pénible [rires].

Le fait que Djul se soit mis au chant, est-ce que c’est quelque chose que vous lui avez demandé ?

Pas forcément. En tout cas, faire des choeurs, ça paraissait évident, il y a beaucoup de choeurs à trois voix dans Gnô. Nous ne l’aurions pas casté s’il nous avait dit qu’il ne chanterait pas du tout. Mais c’est lui qui a dit que ça lui dirait bien d’essayer de chanter des morceaux en lead. Ça, ça a vraiment été une demande de sa part, sans que nous ne soyons très exigeants là-dessus. Nous, ce que nous lui demandions, c’était déjà de faire des choeurs, c’est clair.

Votre dossier de presse mentionne votre projet de tourner jusqu’en l’an 3000. On se rappelle aussi du communiqué de départ de Christophe qui parlait d’une tournée d’adieux en 2038. Vous avez clairement un truc avec le futur, et avec le fait de vous projeter très loin…

Ouais, c’était plutôt une joke au départ, mais en tout cas, s’inscrire sur la longévité, c’est sympa. Moi, j’aime bien ce concept-là. Après, nous ne sommes pas des petits jeunes, nous avons quarante berges, et c’est cool, nous nous voyons bien continuer à faire du rock’n’roll jusqu’à ce que nous ne puissions plus bouger, donc c’était un peu le concept [petits rires].

On sent quand même un peu d’ironie là-dedans. Cette marque d’humour ne cache-t-elle pas une sorte d’incertitude par rapport au futur du projet ? Ou est-ce qu’au contraire, c’est vraiment la preuve d’une conviction forte que le groupe va durer ?

« Une conviction forte que le groupe va durer », le groupe dure déjà depuis maintenant seize ans, donc c’est pas mal pour un groupe. Après, je ne sais pas si nous allions aussi loin dans le truc, mais en tout cas, moi, ça me ferait vraiment chier que ça s’arrête. Mais les temps sont durs, et ils ont toujours été un peu durs pour nous. Nous avons souvent du mal à produire le prochain album, ce n’est pas évident, nous sommes dans une niche vraiment particulière. Donc nous, ce que nous demandons, c’est juste éventuellement de vendre assez d’albums, pour à chaque fois pouvoir en produire un prochain ! [Rires] Donc ça, c’est déjà bien. Après, nous savons bien que ça peut s’arrêter du jour au lendemain pour n’importe quelle raison, parce que c’est évident que nous n’allons pas non plus nous battre contre des moulins. Si vraiment ça ne marchait pas du tout et que nous n’avions plus de fans du tout, nous passerions à autre chose, ce n’est pas très grave. L’ironie est plus dans le fait que nous nous amusons, c’est cool, nous sortons des albums, c’est génial, mais nous n’avons pas une grande importance. Je ne pense pas que nous laisserons une trace indélébile dans l’histoire du rock’n’roll, donc il ne faut pas être prétentieux à ce point-là [rires].

Donc en l’an 3000 : tournée de Gnô, vous êtes sur des déambulateurs robotisés, c’est comme ça que tu l’imagines ?

C’est à peu près ça. Christophe est un très bon dessinateur et lors du premier album, Trash Deluxe, il avait fait plein de dessins avec des caricatures de nous, et il avait fait plein de trucs avec Gnô en l’an 2030, Gnô en l’an 2040, il y en avait un sur un fauteuil roulant, il y avait les deux qui se penchaient sur la tombe du troisième… [rires] Enfin, nous, ça nous fait marrer. C’est de l’humour noir, mais ça nous fait rire ! Donc nous ne nous prenons pas la tête avec ça, de toute façon. C’est plus de la joke qu’autre chose.

On a vraiment l’impression que vous avez ce truc sur la vieillesse, sur les vieux zicos !

Ouais ! Encore une fois, nous commençons à être des « vieux zicos ». Nous avons plein d’autres projets où nous jouons avec des gens qui sont bien plus jeunes que nous, et c’est normal, c’est la passation de pouvoir ! [Petits rires] Moi, je joue avec des gens, dans d’autres groupes, qui ont été mes élèves, par exemple. C’est rigolo. Il faut être réaliste par rapport à ça !

Quelle est la recette pour durer, s’il y en a une ?

C’est de ne jamais arrêter ! [Rires] C’est vrai qu’après, on a le feu ou on n’a pas le feu. J’ai toujours dit que je continuerai à faire ça tant que j’aurai le feu. Le jour où je n’aurai plus le feu, je ferai autre chose. C’est ça qui est important, c’est d’avoir toujours la flamme, même si des fois c’est difficle, on se prend des claques, il y a un truc qui ne marche pas et puis on se relève. Je suis content que nous soyons arrivés à faire ça avec Gnô, sur le départ de Christophe, que nous soyons arrivés à nous relever. Après, la recette, je crois que c’est juste d’avoir l’envie suffisante pour le faire, parce que ça demande beaucoup d’efforts et en même temps, c’est tellement génial.

Peux-tu nous parler des autres projets que tu as dans la musique ?

Oui. J’en ai eu plein et j’en ai plein, ponctuellement, on va dire. Des fois, ce sont des projets qui viennent et qui vont. Mais globalement, je fais aussi de la reprise, dans un style, on va dire, pop-rock, etc. Après, j’ai un groupe plutôt funk qui s’appelle The Inglourious Fonkers, qui est un groupe de reprises funk complètement délirant, où nous sommes habillés n’importe comment, etc., et avec lequel je tourne beaucoup. Donc ça, on va dire que c’est plus le truc qui me fait manger [petits rires]. Mais après, j’ai d’autres projets, je joue avec le guitariste de mon groupe de funk. Lui, son projet s’appelle Liam, c’est son nom de scène, et il a sorti un album l’année dernière, et je joue dessus. Donc c’est pareil, nous avons fait des concerts pour défendre cet album, et c’est plus de la musique pop-folk, donc là-dedans, je suis juste bassiste. Je fais des choeurs, ce n’est pas moi qui compose, enfin si, j’ai écrit une partie des textes, mais je suis moins impliqué que dans Gnô, ce n’est pas mon projet, je me positionne plus en tant que sideman là-dessus.

Est-ce que ça fait du bien, de temps en temps, d’être dans un projet dans lequel tu as moins de responsabilités et où tu peux être juste interprète ?

Mais évidemment ! Juste aller jouer, c’est bien aussi. C’est reposant, en fait. Tu as moins de choses à penser, t’es là, t’es juste un musicien, c’est cool. Moi, j’aime bien. Ça aussi, c’est quelque chose que j’ai beaucoup fait pendant vingt ans, accompagner les gens, etc. Mais après, avoir un groupe comme Gnô, ça n’a pas de prix aussi, parce que c’est un investissement évidemment énorme, mais c’est notre bébé. Mais c’est vrai que le côté reposant d’aller juste jouer avec un autre artiste, c’est cool aussi !

Interview réalisée par téléphone le 19 décembre 2016 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Robin Collas.

Page Facebook de Gnô : www.facebook.com/Gno.music

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