Torsten Kinsella (guitare) : C’est très difficile Ă dire, je pense qu’on voit ça comme un rock atmosphĂ©rique, instrumental et Ă©lectronique. On ne se limite pas Ă certains styles, musicalement, nous sommes toujours très intĂ©ressĂ©s par les atmosphères et les sensations planantes et c’est ça qui rentre en jeu. Notre musique est une exploration de l’Ă©motion et du son, c’est comme un voyage pour nous et le style n’importe pas autant que le contenu, car on n’explore pas seulement le son, mais aussi les sentiments par lesquels on passe dans la vie.
Votre musique est Ă©galement basĂ© sur de l’instrumental, vous n’avez pas eu peur au dĂ©but que cela rĂ©duise le public susceptible d’ĂŞtre touchĂ© ?On ne s’est jamais vraiment inquiĂ©tĂ©s de savoir si on aurait un public ou non. L’essentiel avec God Is An Astronaut, c’est que dès le dĂ©but nous avons dit adieu Ă l’industrie de la musique, car pendant des annĂ©es on avait essayĂ© de comprendre ce que les maisons de disques voulaient : doit-on faire de la pop, doit-on faire ci ou ça ? Mais on a rĂ©alisĂ© qu’il ne fallait pas leur demander quoi que ce soit. Il nous fallait faire ce dont on avait envie. Et c’est God Is An Astronaut.
En ce qui concerne le cĂ´tĂ© instrumental, je n’aimais pas le son de ma voix et Ă force d’expĂ©rimenter, on a su ce qui nous plaisait et ce qui ne nous plaisait pas. Notre premier album, The End Of The Beginning, fut le premier pas vers la conception d’une musique que nous pourrions aller acheter nous-mĂŞmes en magasin. Ă€ cette Ă©poque-lĂ , les gens disaient qu’on faisait de la dance car on avait des rythmes trip-hop ou hip-hop. Ils nous comparaient Ă des gens comme Moby, ce qui n’a aucun sens pour moi car ce qu’il fait est bien plus commercial que nous.
Le deuxième album fut une Ă©volution naturelle issue de la pĂ©riode passĂ©e Ă jouer The End Of The Beginning en live et de la prise de conscience du fait que les sons Ă©lectroniques ont leur place mais ne font pas tout, ils n’ont pas le mĂŞme rendu qu’une guitare, une basse ou une batterie. Ainsi nous avons ajoutĂ© une batterie et cela a ouvert d’autres possibilitĂ©s, car un batteur peut apporter un certain groove que les machines n’ont tout simplement pas. On s’est dit qu’il fallait inclure ça dans le deuxième album, une batterie et des guitares live, chose qu’il n’y avait pas dans le premier album oĂą presque tout Ă©tait Ă©lectronique avec seulement quelques sĂ©quences de guitare en arrière-plan. C’Ă©tait censĂ© animer un peu le tout et All Is Violent, All Is Bright fut le rĂ©sultat de cela, d’un point de vue stylistique, tandis que dans le contenu nous sommes allĂ©s plus loin que The End of the Beginning. Nous avons Ă©tĂ© capables de mieux nous exprimer et nous avons investi pour la première fois dans Pro Tools, qui nous donnait un truc comme 36 pistes supplĂ©mentaires et nous a donc permis d’ajouter plein de choses.
Le premier album a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© uniquement avec un sampler et un synthĂ©tiseur. Nous avons Ă©tĂ© alors en mesure de varier notre son et de ce point de vue, A Moment Of Stillness Ă©tait par exemple assez proche d’All Is Violent, All Is Bright, car nous avons continuĂ© Ă essayer et Ă expĂ©rimenter dans le style tout en restant musicalement fidèles Ă nous-mĂŞmes. Pendant l’Ă©laboration de cet album, nous Ă©coutions les premiers Pink Floyd et nous avons notamment regardĂ© le concert Live Ă PompĂ©i, nous avons bien aimĂ© cette sorte d’ambiance planante et organique. C’est ce qui a inspirĂ© l’album. L’album Ă©ponyme qui suivit avait un cĂ´tĂ© heavy rock, encore un hybride d’Ă©lectronique et d’instruments live, mais bien plus peaufinĂ© en termes de production. Il nous fallait en quelque sorte des titres qui pourraient fonctionner et faire l’affaire en concert, pour nous. Far From Refuge avait quelques titres mais qui Ă©taient tous très calmes, alors le fait de piocher des Ă©lĂ©ments de l’album Ă©ponyme contribue Ă amĂ©liorer un set live de façon assez remarquable, ça fonctionne mieux que la plupart des trucs qu’on a fait auparavant.
L’album suivant se nommera Age Of The Fifth Sun, il sortira en mai et il sera très commode pour nous car il a un paquet de titres qu’on peut jouer en live, en ce moment nous expĂ©rimentons et je me sens plus libre d’Ă©crire ce que j’ai envie, alors c’est très variĂ©. On a toujours Ă©tĂ© dans un discours du genre : « cet album devrait ĂŞtre plus Ă©lectronique, cet autre devrait ĂŞtre plus rock, etc. », mais sur cet album, chaque titre est diffĂ©rent. Certains sont très lourds, plus lourds que ce que nous avons fait sur le dernier album, mais il y en a aussi d’autres qui sont beaucoup plus calmes que sur le premier album. C’est extrĂŞmement variĂ© et il y de très bonnes chansons que l’on peut utiliser en live.
Est-ce que cette recherche de libertĂ© totale est la raison principale expliquant le fait que vous ne signez pas de contrats avec de gros labels ou autre ? Vous avez pour l’instant sorti tous vos albums en tant qu’indĂ©pendants…
Oui, on a pensĂ© que travailler avec une maison de disques ne nous conviendrait pas car il faut jouer selon leurs règles et suivre leurs dates de sortie, alors on est soumis Ă leur objectif, leur contrĂ´le et nous ne voulions pas ça. Le licensing est une autre option envisageable mais jusqu’Ă maintenant, nous n’avons reçu aucune offre dĂ©cente et susceptible de nous pousser Ă changer quelque chose Ă ce niveau. Il y a l’exemple de Warner Brothers aux États-Unis, ils prennent possession du nom, le nom commercial, tout. Cela ne rendrait pas service Ă God Is An Astronaut.
On pourrait le voir comme un gros coup de pouce, car il y a toujours le risque qu’un des gars vienne dire : « Écoutez, on ne peut pas continuer Ă faire ça, on ne peut plus suivre financièrement », ça ferait beaucoup de mal Ă God Is An Astronaut. Je vois ça ainsi tant qu’on restera en place et qu’on continuera Ă faire de bons albums, le temps dira si nous avions raison ou pas. C’est pareil avec ce nouvel album, pour lequel on a envisagĂ© le licensing car on est très occupĂ©s entre les tournĂ©es, mais il faudrait que le deal soit vraiment correct, pas quelque chose qui nous mettrait sur la paille une fois l’annĂ©e Ă©coulĂ©e. On comprend l’importance de la promotion, mais il doit y avoir un juste Ă©quilibre, on doit pouvoir continuer Ă gagner notre vie. Avec les grosses maisons de disques, on rĂ©cupère Ă peine 50% ou 40% pour la rĂ©impression de chaque CD.
Vous ĂŞtes originaires d’Irlande, un pays qui a produit de nombreux artistes très cĂ©lèbres comme U2, Enya, Riverdance, etc. Ă€ prĂ©sent, le public les associe au son irlandais. Pensez-vous que cela nuise aux groupes plus petits ?
C’est très difficile Ă dire… Oui, c’est possible, mais c’est dĂ» Ă la presse irlandaise car elle n’essaie pas d’encourager les groupes qui ont une certaine touche irlandaise et tentent de percer par eux-mĂŞmes. Il n’est pas trop tard, mais ce n’est pas très original non plus. My Bloody Valentine est un autre groupe auquel les gens devraient se rĂ©fĂ©rer Ă©galement, de mĂŞme que Rollerskate Skinny, Whipping Boy, beaucoup de bons groupes qui ont Ă©tĂ© moins mĂ©diatisĂ©s en Irlande qu’au Royaume-Uni. On a parlĂ© un peu de Therapy? mais il y en a beaucoup d’autres qui restent dans l’ombre car la presse irlandaise n’est pas vraiment intĂ©ressĂ©e.
U2 mĂ©rite d’ĂŞtre lĂ oĂą ils sont, nous sommes tous d’accord. Enya est une très grande artiste, elle n’est peut-ĂŞtre pas très cool mais personne ne peut contester ses talents de vocaliste. Cependant, la presse ne veut pas entendre parler des plus petits groupes. Il s’agit d’une sorte de nĂ©gativitĂ© inhĂ©rente Ă l’Irlande, parfois certains groupes sont poussĂ©s sur le devant de la scène, ils n’ont pas beaucoup de succès Ă l’Ă©tranger mais suscitent un vĂ©ritable engouement national. Je ne citerai pas de noms, mais certains sont beaucoup diffusĂ©s pour finalement terminer nulle part. Parfois on commence Ă se demander pourquoi ils ne parlent pas des groupes qui font vraiment quelque chose Ă un niveau international.
Le groupe qui tourne avec nous, Butterfly Explosion, je suis sĂ»r qu’ils vont bien marcher au niveau international, mais pas tant que ça en Irlande, car mĂŞme si leur premier clip a reçu une note de 5 sur 5, personne dans la presse locale ne veut leur parler. Encore un autre exemple d’une Irlande qui n’encourage pas ses propres groupes.

“On ne s’est jamais vraiment inquiĂ©tĂ©s de savoir si on aurait un public ou non.“
Non, je ne pense pas, en fait nous n’utilisons plus ces visuels. Pour moi, ils n’Ă©taient qu’une partie du spectacle. En Irlande, les gens apprĂ©cient moyennement la musique instrumentale, alors les visuels ont beaucoup jouĂ© le rĂ´le de plus-value pour le cĂ´tĂ© divertissant. Le fait d’avoir jouĂ© sans eux lors des derniers spectacles nous a fait rĂ©aliser qu’ils enlevaient un peu aux sons, car on avait plus tendance Ă regarder qu’Ă Ă©couter. Je ne pense pas qu’ils vont nous manquer, mĂŞme si beaucoup de gens ont Ă©crit que nous Ă©tions intĂ©ressants mĂŞme sans les visuels, mais qu’ils Ă©taient nĂ©cessaires, nous voulons dĂ©montrer que ça a toujours Ă©tĂ© la musique le plus important depuis le dĂ©but. Sur last.fm, nous Ă©tions dans le top 100 l’an dernier. Pourtant il n’y a aucun visuel dessus. Ils n’ont jamais reprĂ©sentĂ© les vĂ©ritables Ă©motions des chansons, ils Ă©taient seulement un support essayant de mettre en relief un certain sentiment de fragilitĂ© et de mĂ©lancolie. Mais ça ne correspond plus vraiment maintenant, en fait ce serait plutĂ´t une gĂŞne.
On dit que « l’art a pour but de crĂ©er le doute, alors que le divertissement sert seulement Ă conserver les choses telles qu’elles sont ». Dans quelle mesure seriez-vous d’accord avec ça dans le contexte de votre musique ?
La musique est un art et un divertissement, on ne peut pas aller faire un concert sans divertir les gens, ce serait jouer pour rien. Si ça devient trop artistique et que personne n’apprĂ©cie, ça ne fonctionne pas. Sinon, l’esprit des gens passerait Ă autre chose. Alors, oui, je dirais qu’il doit y avoir les deux.
Et le nom du groupe ? Croyez-vous vraiment Ă la thĂ©orie sur d’anciens astronautes ou c’est juste un truc qui sonnait bien, pour vous ?Ça nous plaisait bien et oui, nous aimons aussi la science fiction et nous avons vu ce film de Clive Barker « Cabal » dans lequel il y a cette rĂ©plique : « God Is An Astronaut, Oz lies over the rainbow » qui est vraiment cool, au dĂ©but on voulait l’utiliser en entier pour le nom du groupe. Évidemment on ne pouvait pas, donc on a juste gardĂ© God is an Astronaut, un nom qui allait nous permettre d’expĂ©rimenter en termes de son. Nous avons Ă©galement lu ce livre d’Erich von Daniken qui est fascinant et Ă©galement très crĂ©dible en comparaison avec les thĂ©ories de petits anges dans le ciel.
Dans l’absolu, prĂ©fĂ©rez-vous ĂŞtre connus pour vos expĂ©rimentations sonores plutĂ´t que pour le fait de vĂ©hiculer un puissant message lyrique ?
Eh bien, le plus important est de s’exprimer Ă©motionnellement avec la musique, si vous perdez ça il ne reste plus rien. Je vois beaucoup de critiques jugeant sur le style et ça me rend dingue car un bon son est un bon son et il peut ĂŞtre jouĂ© sur n’importe quoi, de la guitare acoustique au piano ou encore une piste Ă©lectronique complexe. Les gens se cachent beaucoup trop derrière le style et ça berne beaucoup de critiques. C’est comme quand les gens viennent Ă nous en disant : « Vous lissez trop vos albums ». Ces gens-lĂ jugent encore sur le style, peut-ĂŞtre qu’ils aimeraient un album avec un son plutĂ´t lo-fi, mais personnellement, la mĂ©thode de production ne devrait pas rentrer en ligne de compte. ComparĂ© Ă Nine Inch Nails, par exemple, notre musique est extrĂŞmement lo-fi, alors tout ce qu’on dit sur le post-rock… On ne fait pas du post-rock, nous en avons certains Ă©lĂ©ments, mais je ne compte suivre aucune règle, je ne vais pas me mettre Ă Ă©tudier du Mogwai pour le copier, d’ailleurs pour moi, ils ne font pas de post-rock non plus. Ça ne m’intĂ©resse pas d’imiter les Ă©motions ou le style de quelque chose d’autre, il n’y a qu’un seul GIAA et c’est ça que je veux faire.
Alors, quelles sont les influences du groupe ?
On Ă©coute Metallica, Slayer, AC/DC, je ne pense pas avoir Ă©coutĂ© beaucoup de trucs similaires Ă notre style lorsqu’on s’est lancĂ©s. Death In Vegas est le seul dont je me souvienne. Après avoir Ă©coutĂ© et rencontrĂ© certains autres groupes, j’aime bien aussi Mogwai, Sigur Ros et Caspian, qui sont excellents. Et c’est Ă peu près tout, en fait…
Oui, c’est tout (rires). Merci beaucoup pour cette interview.Interview rĂ©alisĂ©e par Dragos en fĂ©vrier 2010, Ă Londres.
Traduction : Sébastien Delcourt
God Is An Astronaut Myspace : www.myspace.com/godisanastronaut
This post is also available in: Anglais




















































Aucun Commentaire