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Interview   

God Is An Astronaut : Interview de Torsten Kinsella


God Is An Astronaut n’innove pas seulement dans la texture du son, c’est aussi un groupe qui a décidé de sortir ses albums sous leur propre label, de s’autoproduire devenant par là même complètement indépendants. A Londres en février dernier Radio Metal a eu l’opportunité de rencontrer Torsten Kinsella, guitariste, pour un entretien sur les particularités de God Is An Astronaut et sur les conséquences de cette décision de privilégier l’autoproduction.
Radio Metal : Bonjour et bienvenue. God Is An Astronaut est un groupe au son plutôt original. Pas étonnant, donc, que les gens aient commencés à vous coller des étiquettes et à débattre sur votre style. Les opinions varient et vont de l’atmosphérique au planant, en passant par le post-rock. Alors, comment décririez-vous vraiment la musique que vous faites ?



Torsten Kinsella (guitare) : C’est très difficile à dire, je pense qu’on voit ça comme un rock atmosphérique, instrumental et électronique. On ne se limite pas à certains styles, musicalement, nous sommes toujours très intéressés par les atmosphères et les sensations planantes et c’est ça qui rentre en jeu. Notre musique est une exploration de l’émotion et du son, c’est comme un voyage pour nous et le style n’importe pas autant que le contenu, car on n’explore pas seulement le son, mais aussi les sentiments par lesquels on passe dans la vie. 


Votre musique est également basé sur de l’instrumental, vous n’avez pas eu peur au début que cela réduise le public susceptible d’être touché ? 



On ne s’est jamais vraiment inquiétés de savoir si on aurait un public ou non. L’essentiel avec God Is An Astronaut, c’est que dès le début nous avons dit adieu à l’industrie de la musique, car pendant des années on avait essayé de comprendre ce que les maisons de disques voulaient : doit-on faire de la pop, doit-on faire ci ou ça ? Mais on a réalisé qu’il ne fallait pas leur demander quoi que ce soit. Il nous fallait faire ce dont on avait envie. Et c’est God Is An Astronaut.



En ce qui concerne le côté instrumental, je n’aimais pas le son de ma voix et à force d’expérimenter, on a su ce qui nous plaisait et ce qui ne nous plaisait pas. Notre premier album, The End Of The Beginning, fut le premier pas vers la conception d’une musique que nous pourrions aller acheter nous-mêmes en magasin. À cette époque-là, les gens disaient qu’on faisait de la dance car on avait des rythmes trip-hop ou hip-hop. Ils nous comparaient à des gens comme Moby, ce qui n’a aucun sens pour moi car ce qu’il fait est bien plus commercial que nous.



Le deuxième album fut une évolution naturelle issue de la période passée à jouer The End Of The Beginning en live et de la prise de conscience du fait que les sons électroniques ont leur place mais ne font pas tout, ils n’ont pas le même rendu qu’une guitare, une basse ou une batterie. Ainsi nous avons ajouté une batterie et cela a ouvert d’autres possibilités, car un batteur peut apporter un certain groove que les machines n’ont tout simplement pas. On s’est dit qu’il fallait inclure ça dans le deuxième album, une batterie et des guitares live, chose qu’il n’y avait pas dans le premier album où presque tout était électronique avec seulement quelques séquences de guitare en arrière-plan. C’était censé animer un peu le tout et All Is Violent, All Is Bright fut le résultat de cela, d’un point de vue stylistique, tandis que dans le contenu nous sommes allés plus loin que The End of the Beginning. Nous avons été capables de mieux nous exprimer et nous avons investi pour la première fois dans Pro Tools, qui nous donnait un truc comme 36 pistes supplémentaires et nous a donc permis d’ajouter plein de choses.

Le premier album a été réalisé uniquement avec un sampler et un synthétiseur. Nous avons été alors en mesure de varier notre son et de ce point de vue, A Moment Of Stillness était par exemple assez proche d’All Is Violent, All Is Bright, car nous avons continué à essayer et à expérimenter dans le style tout en restant musicalement fidèles à nous-mêmes. Pendant l’élaboration de cet album, nous écoutions les premiers Pink Floyd et nous avons notamment regardé le concert Live à Pompéi, nous avons bien aimé cette sorte d’ambiance planante et organique. C’est ce qui a inspiré l’album. L’album éponyme qui suivit avait un côté heavy rock, encore un hybride d’électronique et d’instruments live, mais bien plus peaufiné en termes de production. Il nous fallait en quelque sorte des titres qui pourraient fonctionner et faire l’affaire en concert, pour nous. Far From Refuge avait quelques titres mais qui étaient tous très calmes, alors le fait de piocher des éléments de l’album éponyme contribue à améliorer un set live de façon assez remarquable, ça fonctionne mieux que la plupart des trucs qu’on a fait auparavant. 


L’album suivant se nommera Age Of The Fifth Sun, il sortira en mai et il sera très commode pour nous car il a un paquet de titres qu’on peut jouer en live, en ce moment nous expérimentons et je me sens plus libre d’écrire ce que j’ai envie, alors c’est très varié. On a toujours été dans un discours du genre : « cet album devrait être plus électronique, cet autre devrait être plus rock, etc. », mais sur cet album, chaque titre est différent. Certains sont très lourds, plus lourds que ce que nous avons fait sur le dernier album, mais il y en a aussi d’autres qui sont beaucoup plus calmes que sur le premier album. C’est extrêmement varié et il y de très bonnes chansons que l’on peut utiliser en live.

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Est-ce que cette recherche de liberté totale est la raison principale expliquant le fait que vous ne signez pas de contrats avec de gros labels ou autre ? Vous avez pour l’instant sorti tous vos albums en tant qu’indépendants…


Oui, on a pensé que travailler avec une maison de disques ne nous conviendrait pas car il faut jouer selon leurs règles et suivre leurs dates de sortie, alors on est soumis à leur objectif, leur contrôle et nous ne voulions pas ça. Le licensing est une autre option envisageable mais jusqu’à maintenant, nous n’avons reçu aucune offre décente et susceptible de nous pousser à changer quelque chose à ce niveau. Il y a l’exemple de Warner Brothers aux États-Unis, ils prennent possession du nom, le nom commercial, tout. Cela ne rendrait pas service à God Is An Astronaut.

On pourrait le voir comme un gros coup de pouce, car il y a toujours le risque qu’un des gars vienne dire : « Écoutez, on ne peut pas continuer à faire ça, on ne peut plus suivre financièrement », ça ferait beaucoup de mal à God Is An Astronaut. 

Je vois ça ainsi tant qu’on restera en place et qu’on continuera à faire de bons albums, le temps dira si nous avions raison ou pas. C’est pareil avec ce nouvel album, pour lequel on a envisagé le licensing car on est très occupés entre les tournées, mais il faudrait que le deal soit vraiment correct, pas quelque chose qui nous mettrait sur la paille une fois l’année écoulée. On comprend l’importance de la promotion, mais il doit y avoir un juste équilibre, on doit pouvoir continuer à gagner notre vie. Avec les grosses maisons de disques, on récupère à peine 50% ou 40% pour la réimpression de chaque CD.

Vous êtes originaires d’Irlande, un pays qui a produit de nombreux artistes très célèbres comme U2, Enya, Riverdance, etc. À présent, le public les associe au son irlandais. Pensez-vous que cela nuise aux groupes plus petits ?



C’est très difficile à dire… Oui, c’est possible, mais c’est dû à la presse irlandaise car elle n’essaie pas d’encourager les groupes qui ont une certaine touche irlandaise et tentent de percer par eux-mêmes. Il n’est pas trop tard, mais ce n’est pas très original non plus. My Bloody Valentine est un autre groupe auquel les gens devraient se référer également, de même que Rollerskate Skinny, Whipping Boy, beaucoup de bons groupes qui ont été moins médiatisés en Irlande qu’au Royaume-Uni. On a parlé un peu de Therapy? mais il y en a beaucoup d’autres qui restent dans l’ombre car la presse irlandaise n’est pas vraiment intéressée.



U2 mérite d’être là où ils sont, nous sommes tous d’accord. Enya est une très grande artiste, elle n’est peut-être pas très cool mais personne ne peut contester ses talents de vocaliste. Cependant, la presse ne veut pas entendre parler des plus petits groupes. Il s’agit d’une sorte de négativité inhérente à l’Irlande, parfois certains groupes sont poussés sur le devant de la scène, ils n’ont pas beaucoup de succès à l’étranger mais suscitent un véritable engouement national. Je ne citerai pas de noms, mais certains sont beaucoup diffusés pour finalement terminer nulle part. Parfois on commence à se demander pourquoi ils ne parlent pas des groupes qui font vraiment quelque chose à un niveau international.



Le groupe qui tourne avec nous, Butterfly Explosion, je suis sûr qu’ils vont bien marcher au niveau international, mais pas tant que ça en Irlande, car même si leur premier clip a reçu une note de 5 sur 5, personne dans la presse locale ne veut leur parler. Encore un autre exemple d’une Irlande qui n’encourage pas ses propres groupes.


“On ne s’est jamais vraiment inquiétés de savoir si on aurait un public ou non.“

Vous êtes connus pour les images que vous projetez au cours des concerts. Vous avez déjà pensé à sortir de futurs albums sur DVD en incluant à la fois l’audio et la vidéo ? 



Non, je ne pense pas, en fait nous n’utilisons plus ces visuels. Pour moi, ils n’étaient qu’une partie du spectacle. En Irlande, les gens apprécient moyennement la musique instrumentale, alors les visuels ont beaucoup joué le rôle de plus-value pour le côté divertissant. Le fait d’avoir joué sans eux lors des derniers spectacles nous a fait réaliser qu’ils enlevaient un peu aux sons, car on avait plus tendance à regarder qu’à écouter. Je ne pense pas qu’ils vont nous manquer, même si beaucoup de gens ont écrit que nous étions intéressants même sans les visuels, mais qu’ils étaient nécessaires, nous voulons démontrer que ça a toujours été la musique le plus important depuis le début. Sur last.fm, nous étions dans le top 100 l’an dernier. Pourtant il n’y a aucun visuel dessus. Ils n’ont jamais représenté les véritables émotions des chansons, ils étaient seulement un support essayant de mettre en relief un certain sentiment de fragilité et de mélancolie. Mais ça ne correspond plus vraiment maintenant, en fait ce serait plutôt une gêne.



On dit que « l’art a pour but de créer le doute, alors que le divertissement sert seulement à conserver les choses telles qu’elles sont ». Dans quelle mesure seriez-vous d’accord avec ça dans le contexte de votre musique ?



La musique est un art et un divertissement, on ne peut pas aller faire un concert sans divertir les gens, ce serait jouer pour rien. Si ça devient trop artistique et que personne n’apprécie, ça ne fonctionne pas. Sinon, l’esprit des gens passerait à autre chose. Alors, oui, je dirais qu’il doit y avoir les deux.



Et le nom du groupe ? Croyez-vous vraiment à la théorie sur d’anciens astronautes ou c’est juste un truc qui sonnait bien, pour vous ?



Ça nous plaisait bien et oui, nous aimons aussi la science fiction et nous avons vu ce film de Clive Barker « Cabal » dans lequel il y a cette réplique : « God Is An Astronaut, Oz lies over the rainbow » qui est vraiment cool, au début on voulait l’utiliser en entier pour le nom du groupe. Évidemment on ne pouvait pas, donc on a juste gardé God is an Astronaut, un nom qui allait nous permettre d’expérimenter en termes de son. Nous avons également lu ce livre d’Erich von Daniken qui est fascinant et également très crédible en comparaison avec les théories de petits anges dans le ciel.



Dans l’absolu, préférez-vous être connus pour vos expérimentations sonores plutôt que pour le fait de véhiculer un puissant message lyrique ? 



Eh bien, le plus important est de s’exprimer émotionnellement avec la musique, si vous perdez ça il ne reste plus rien. Je vois beaucoup de critiques jugeant sur le style et ça me rend dingue car un bon son est un bon son et il peut être joué sur n’importe quoi, de la guitare acoustique au piano ou encore une piste électronique complexe. Les gens se cachent beaucoup trop derrière le style et ça berne beaucoup de critiques. C’est comme quand les gens viennent à nous en disant : « Vous lissez trop vos albums ». Ces gens-là jugent encore sur le style, peut-être qu’ils aimeraient un album avec un son plutôt lo-fi, mais personnellement, la méthode de production ne devrait pas rentrer en ligne de compte. Comparé à Nine Inch Nails, par exemple, notre musique est extrêmement lo-fi, alors tout ce qu’on dit sur le post-rock… On ne fait pas du post-rock, nous en avons certains éléments, mais je ne compte suivre aucune règle, je ne vais pas me mettre à étudier du Mogwai pour le copier, d’ailleurs pour moi, ils ne font pas de post-rock non plus. Ça ne m’intéresse pas d’imiter les émotions ou le style de quelque chose d’autre, il n’y a qu’un seul GIAA et c’est ça que je veux faire.



Alors, quelles sont les influences du groupe ? 



On écoute Metallica, Slayer, AC/DC, je ne pense pas avoir écouté beaucoup de trucs similaires à notre style lorsqu’on s’est lancés. Death In Vegas est le seul dont je me souvienne. Après avoir écouté et rencontré certains autres groupes, j’aime bien aussi Mogwai, Sigur Ros et Caspian, qui sont excellents. Et c’est à peu près tout, en fait…



Oui, c’est tout (rires). Merci beaucoup pour cette interview. 



Interview réalisée par Dragos en février 2010, à Londres.

Traduction : Sébastien Delcourt

God Is An Astronaut Myspace : www.myspace.com/godisanastronaut




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