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Interview   

Godflesh remonte sa mécanique


Après un arrêt d’activité de neuf ans et alors que l’on pensait – y compris le leader même du groupe Justin K. Broadrick – que ce serait définitif et qu’il serait impossible pour Godflesh de se reformer, ce n’est pas quelques rouages qu’il a fallu changer, mais bien toute la machine qu’il a fallu remettre en marche.

L’album A World Lit Only By Fire n’est donc pas juste un disque qui prolonge une dynamique de carrière. Il est, après avoir trempé un orteil dans l’eau avec l’EP Decline & Fall, le premier long témoignage d’une alchimie artistique qui était, jusque là, en état de sommeil. Pour ce nouveau départ, Godflesh a du prendre son temps, puisque ce disque sort près de quatre ans plus tard.

Il était donc nécessaire, de faire avec Justin Broadrick la chronique de cette reformation afin de mieux comprendre ce qui avait engendré ce disque : les retrouvailles avec son acolyte GC Green, les premières répétitions, les premiers concerts, la réflexion autour du son de Godflesh, etc.

Pour en savoir plus, découvrez notre interview.

« Avec Godflesh, tout est une question de volume et de claustrophobie. »

Radio Metal : Godlfesh s’est reformé début 2010. Dans la mesure où c’est GC Green qui a provoqué l’arrêt du groupe en le quittant en 2001, qu’est-ce qui l’a motivé à revenir d’après toi ?

Justin K. Broadrick (chant/guitare) : Lorsqu’il est parti, tous les deux nous pensions que nous n’allions jamais plus refaire ça. Lorsqu’il est parti, il ne voulait plus vraiment tourner. Il en avait vraiment ras-le-bol de passer des années de sa vie, comme je l’ai fait, à tourner à travers le monde et je pense qu’il était fatigué. A l’époque, après que nous venions de faire l’album de Godflesh qui s’appelle Hymns, le groupe avait perdu beaucoup en popularité et il trouvait que nous revenions en arrière. Après l’album Hymns, nous étions sur le point de faire une tournée, nous ouvrions pour Fear Factory et Strapping Young Lad avec Devin Townsend, et je crois qu’il avait le sentiment que nous régressions un peu. Il était mal à l’aise et ne connaissait pas non plus ces groupes. Lorsqu’il est parti, il n’envisageait même pas qu’il puisse un jour tourner à nouveau mais il n’y a rien de mieux qu’une pause, tu sais ! Je veux dire que ça faisait presque huit ou neuf ans que nous n’avions pas joué ensemble. Je ne m’attendais vraiment pas à ce qu’il veuille refaire ça et lorsque je lui ai finalement demandé, je pensais qu’il allait me répondre « non ». J’étais donc agréablement surpris qu’il change d’avis et dise, en fait : « Ouais, je veux m’y remettre ! » Même s’il a choisi une autre voie : il est retourné à l’Université, il s’est marié, il s’est installé dans un très bon boulot, etc. La dernière chose à laquelle je m’attendais, c’était qu’il accepte.

Comment avez-vous géré ces retrouvailles entre vous ? Comment était l’atmosphère ?

C’était marrant parce que nous avions énormément de temps pour répéter. Lorsque nous en avons parlé pour la première fois, nous étions là : « Wow, ça va nous prendre du temps de revenir en tant que Godflesh ! » Et nous avons investi vraiment beaucoup de temps pour répéter les vieilles chansons. Ce qui était drôle, c’est que ça nous a pris à peu près deux jours pour nous mettre à l’aise alors que nous nous attendions à ce que ça prenne deux semaines ! Nous étions donc très agréablement surpris ! C’était comme remettre une vieille paire de chaussures qu’on adorait. Ca paraissait très naturel, très confortable, mais, tu sais, nous avons fait Godflesh pendant si longtemps. C’est une telle part de qui nous sommes. On aurait dit que ces trucs ne nous avaient jamais quittés. Nous répétions quelques chansons des deux premiers albums que nous n’avions pas joués depuis la fin des années 90 pour les jouer en concert, et nous les jouions parfaitement en seulement quelques minutes. C’était clairement une part naturelle de ce que nous faisons. Ca n’aurait pas pu être plus confortable. C’était facile. Et le premier concert, comme tu le sais sans doute, était au Hellfest en France. Malheureusement il y a eu beaucoup de problèmes techniques qui, pour une fois, n’avaient rien à voir avec nous. Littéralement, le générateur a explosé avant que nous commencions à jouer et il n’y avait pas de générateur de secours. Donc les choses se sont un peu mal passées mais nous avons quand même joué trente minutes lorsque nous aurions dû en jouer soixante [petits rires]. Et beaucoup de gens avaient voyagé de partout sur la planète pour cette reformation, donc nous étions désolés pour les gens plus que pour nous-mêmes. En dehors de ça qui a mal tourné, nous avions le sentiment d’être de retour à la maison, tu sais, mais malheureusement il a fallu attendre le second festival où nous avons joué pour avoir le sentiment d’être à nouveau nous-mêmes. Le second festival que nous avons fait se tenait dans notre ville de Birmingham en Angleterre, et c’était incroyable et il n’y a eu aucun problème technique stupide. C’était vraiment comme revenir chez nous. Tout ce que nous avons fait après ce concert paraissait moche. Alors qu’ironiquement, après cette reformation, nous avons donné certains de nos meilleurs concerts [petits rires]. Donc qui sait !

Est-ce ce qui vous a motivé à aller plus loin avec cette reformation ?

Pour ce qui est de jouer live, ouais, nous voulions voir comment les quelques premiers festivals se déroulaient et encore, il a fallu le second concert, qui était incroyable, pour se rendre compte que, ouais, nous voulons continuer ça aussi longtemps que nous le pouvons. En fin de compte, la reformation avait pour but de faire de nouveaux albums. Vraiment, je ne voulais pas reformer ce groupe juste comme un truc nostalgique. Je ne me sens vraiment pas à l’aise s’il n’y a pas tout le concept derrière. Pour nous, le coup de booste et la motivation pour faire ça c’était l’envie de faire de nouveaux albums. Pendant la fin des années 2000, j’avais vraiment envie d’écrire à nouveau de la musique façon Godflesh mais je ne voulais pas le faire sous un autre projet. Je voulais vraiment faire plus de musique avec Godflesh. Il était clair que faire ça à nouveau me manquait et, en fait, j’en avais besoin. Donc, en gros, j’espérais vraiment que GC Green accepte de revenir pour que je puisse faire de la nouvelle musique, parce que je ne voulais pas le faire sans lui. Tout était donc une question de faire de la nouvelle musique, faire ce nouvel album et l’EP, et, espérons, faire d’autres nouveaux albums également, car c’est notre intention. Je veux que nous fassions des albums soit jusqu’à ce que l’inspiration disparaisse, soit jusqu’à ce que ma voix ne puisse plus suivre physiquement, parce que je ne rajeunis pas. Tout dépend combien de temps je vais être capable de tenir [petits rires].

Quelques groupes ont d’ailleurs choisi le Hellfest pour se reformer. Qu’est-ce qu’il y a de si spécial dans le Hellfest pour choisir ce festival comme premier concert ?

J’ai joué auparavant au Hellfest avec mon autre projet Jesu et j’ai vraiment aimé tout le festival. Même si certains peuvent le considérer comme un festival purement metal, j’avais l’impression que c’était quelque chose de plus dynamique qu’un festival uniquement défini par le metal, ça semblait englober tous les domaines, tu sais, des groupes de metal, hardcore, punk jouent là-bas… Ouais, bien sûr, c’est un festival de musiques lourdes mais il y a cette atmosphère… Tu sais, ça couvre quand même des artistes grand public aussi, ce que je trouve très divertissant. J’ai trouvé que c’était un super festival où aller pour à nouveau exposer Godflesh à une audience qui était éclectique mais aussi grand public. Ca paraissait très ouvert à mes yeux. C’est un très bon festival. Ce n’est pas aussi underground que, disons, le Roadburn mais il couvre le metal underground aussi bien que le metal populaire. Tu sais, j’adore les festivals européens aussi, je les trouve plus ouverts que les festivals hors Europe. Et j’aime bien les personnes qui le dirigent. Donc ouais, je l’aime vraiment. C’est un festival fantastique.

« Un batteur n’est qu’un simple humain. Nous voulions aller au-delà de l’être humain avec une boite à rythme. »

Et quelles ont été les réactions du public jusqu’à présent ?

Les réactions au nouvel album ont été incroyables jusqu’ici. Je pense que je ne m’attendais pas à ce que ce soit si positif. J’étais surpris. Il y avait beaucoup d’attente mais ça nous a pris un peu de temps de faire l’album. Je veux dire que nous nous sommes reformés il y a presque trois ans et demi et c’est seulement maintenant que nous sortons de la musique, mais nous voulions être vraiment certains de la musique que nous sortions. Nous voulions que ce soit très crédible dans notre discographie. Pour moi c’est le meilleur album que nous avons fait en vingt et un ans. C’est le meilleur album depuis celui que nous avons fait en 1994 et qui s’appelle Selfless – qui est sûrement le dernier de mes albums préférés de Godflesh -, c’est surement mon album préféré depuis lors, ce qui est très positif. Il y a une super attente mais surtout, nous avons de très bonnes réactions. Il y toujours les cyniques habituels et les ronchons que l’on voit partout. Pour nous, nous faisons précisément ce que nous voulons faire et nous faisons les albums que nous voulons faire. Beaucoup de gens trouvent que c’est génial, d’autres non, eh bien, pas de souci. Nous sommes donc très contents. En premier lieu, les seules personnes à qui nous pouvons faire plaisir, c’est nous-mêmes.

Vous avez tourné pendant deux ans avant de commencer à écrire un album et cela vous a pris deux autres années pour le composer. Pourquoi avoir attendu ces quatre ans avant de sortir un album ?

En gros, nous voulions commencer à rejouer. J’avais énormément d’idées de musique. J’avais des idées et des concepts pour de la nouvelle musique avant même que nous nous reformions mais je n’avais pas encore commencé à travailler sur quoi que ce soit, je n’avais rien enregistré de concret. J’avais quelques rythmes et c’était tout. Mais ce que je voulais faire, c’était me sentir à nouveau à l’aise en tant que groupe jouant en concert. Je voulais être une entité live et jouer en concert était vraiment le catalyseur pour vouloir faire de la nouvelle musique. Nous voulions nous retrouver dans des salles et réentendre Godflesh à des volumes monolithiques. Nous avions besoin de ressentir à nouveau Godflesh en live. Je veux dire qu’avec Godflesh, tout est une question de volume et de claustrophobie, dans une certaine mesure. Nous voulions donc ressentir à nouveau ce son aussi fort qu’il était humainement possible. Donc, vraiment, pour nous c’était un besoin de rejouer en live et c’était une inspiration et un catalyseur pour que composer et faire de la nouvelle musique deviennent une réalité. Comme je l’ai dit, je voulais que cette musique soit vraiment spéciale. C’aurait été très facile pour nous de simplement écrire et sortir de la musique très, très rapidement. Tu sais, beaucoup de groupes se reforment et sortent de la musique en très peu de temps. Nous ne nous sentions pas à l’aise à faire ça. Je voulais vraiment faire une musique qui me paraissait totalement honnête, sincère et être la véritable expression de qui nous sommes, de ce que nous essayons d’accomplir. Il était donc très important pour moi que nous prenions notre temps pour faire cette musique. Le processus d’enregistrement était assez rapide, vraiment. Je veux dire que c’est la composition qui a pris plus de temps. Maintenant j’ai l’impression que c’est un processus très fluide et nous pourrions facilement écrire le prochain album en peu de temps mais je ne souhaite pas le précipiter. Encore une fois, nous allons prendre notre temps.

Tu as mentionné le fait que des groupes se sont reformé et ont réalisé des albums très rapidement. As-tu été déçu par des groupes qui ont fait ceci ?

Aucun en particulier. Ce qui est ironique, c’est que généralement je n’aime pas trop les reformations. Ce qui est drôle parce qu’évidemment, nous avons fait une reformation [rires]. Mais non, il n’y a rien de spécifique, il n’y a pas de groupe qui se sont remis ensemble et que je n’ai pas aimé. J’adorais les vieux albums de Swans et, de toute façon, je n’écoutais pas vraiment, ni n’appréciais, leurs derniers albums, donc lorsqu’ils se sont reformés, je n’ai pas plus aimé leurs albums. Mais j’adore ce groupe. Je trouve que Swans est un des meilleurs groupes de tous les temps. J’ai donc une totale admiration et un total respect pour le groupe, mais les derniers albums ne me branchent simplement pas. Mais je ne fais que parler de façon générale, vraiment. Les Stooges se sont reformés et ont fait un nouvel album, je ne l’ai jamais entendu mais j’adore les vieux albums des Stooges. Mais je ne suis pas cynique ; je ne l’écouterais sans doute même pas. Il faudrait que quelqu’un me dise : « Il faut que tu écoutes ça, c’est super ! » Je n’en veux pas aux gens s’ils ne veulent pas entendre le nouvel album de Godflesh. S’ils sont cyniques à son sujet, c’est le jeu. Je ne peux pas empêcher ça. Tout le monde sera toujours cynique lorsque tu te reformes. J’ai moi-même toujours ce sentiment, donc…

Est-ce que l’EP Decline & Fall était une manière pour vous de tâter le terrain avant de sortir l’album complet ?

Ouais, je veux dire que l’EP est un peu trompeur. Il est un peu plus varié et dynamique que ne l’est l’album. L’album paraît très singulier, très minimaliste et très brutal, et c’était totalement fait exprès. Mais ouais, au final, l’EP était une façon de réintroduire le groupe avec quatre titres qui allaient à peu près ensemble. Et ce sont des chansons qui ne collaient pas à l’album. Encore une fois, c’était le but. Nous souhaitions que l’album soit, comme je l’ai dit, très direct et l’EP, selon les standards de Godflesh, est un peu plus dynamique. Mais Godflesh, ce n’est pas dynamique, ce n’est pas progressif, ce n’est pas sensé l’être. Mais, effectivement, j’ai le sentiment que l’EP était une bonne réintroduction.

On dirait presque que vous cherchiez à faire un tout nouveau départ, comme si Godflesh était un nouveau groupe qui sort d’abord un EP et puis un album, etc.

Ouais, c’était ça pour moi. Selon moi, nous envisagions un nouveau départ. Mais aussi, d’une certaine manière, nous faisons totalement référence au passé. Mais ouais, nous nous sentons comme un groupe contemporain, même nos vieux albums, nous avons l’impression qu’ils sont contemporains, mais il y a quelque chose de vieux dans notre son. Mais ouais, nous avons quand même la sensation que c’est assez à jour et contemporain. Mais nous renvoyons malgré tout à nos vieux albums parce que c’est notre son. Notre son est né à la fin des années 80 et nous avons encore l’impression d’honorer ce son. Nous faisons ça car c’est ce en quoi, sincèrement, nous croyons. Nous avons foi dans le fait que notre son apporte toujours une proposition moderne. Nous avons le sentiment de débuter à nouveau, c’est comme une renaissance mais ça se passe au sein du cycle de Godflesh. Nous avons un peu laissé de côté ce que nous étions, nous pensions ne plus jamais recommencer mais nous sommes revenus et désormais nous poursuivons à nouveau le même cycle.

« J’utilise cette musique de manière thérapeutique pour purifier mon âme, tu vois [rires]. »

Ce qui est impressionnant à propos de Godflesh en concert, c’est ce son de basse monumental. Comment obtenez-vous ce son ?

Vraiment, nous sommes un peu étranges dans toute la sphère metal parce que dans le metal, en général, la basse n’est pas mise en avant alors que pour nous, dans notre son tout est grosso modo une affaire de basse. Essentiellement, c’est l’amour de la musique avec des basses, tu sais, c’est ça. J’ai toujours été très fasciné par les musiques dont les basses étaient un des éléments clefs et, généralement, ça n’est pas dans le metal. La basse pour nous est influencée par les premiers albums des Stranglers, du dub-reggae, de drum and bass, de hip hop… Donc, en substance, nous prenons ces vastes influences musicales où la basse est importante et nous l’incorporons dans notre son. Du coup c’est d’une certaine manière quelque chose d’inhabituel. C’est très rare. Même si quelqu’un va à un concert de metal où les basses sont lourdes, ça vient généralement des basses de la guitare alors que pour nous, c’est la basse elle-même. Tu vois ce que je veux dire ? C’est une question de guitare basse. Et notre son de basse est vraiment sale, dégoutant et très, très lourd. Et la guitare est soudée à ça. La guitare renforce ça. Dans la musique de Godflesh, la guitare ne prend pas les devants, alors qu’en général la guitare est l’instrument soliste. Mais les basses fréquences et la crasse de la basse, c’est ça qui mène la musique dans Godflesh. Pour nous, c’est une part unique de notre son et c’est obtenu, comme je l’ai dit, par l’amour des basses [petits rires].

Vous jouez à nouveau avec une boite à rythme. Vous sentez-vous plus à l’aise en tant que duo ?

Ouais, c’est comme ça qu’a été conçu Godflesh. Lorsque nous nous sommes formés au départ, c’est ce que nous étions. Sur les trois premiers albums, c’est ce que nous étions. C’était prévu pour être joué avec une boite à rythme bien lourde inspirée par le son hip hop, et puis avec la guitare, la basse et le chant par-dessus ou soudé à ça. C’était prévu pour être ce mariage homme-machine. Et c’est ça, la boite à rythme hip hop, la vieille musique industrielle et même de la vieille synth wave et des trucs comme ça. Nous étions inspirés par Throbbing Gristle, Cabaret Voltaire, SPK… Et ensuite nous étions inspirés par le vieux hip hop et le son massif et monolithique des boites à rythmes. Nous voulions fusionner ça avec la basse et la guitare les plus sous-accordées, lourdes et minimalistes, et un chant crié. C’était notre son vers la fin des années 80. C’est le son que nous voulions retrouver lorsque nous nous sommes reformés avec le line-up d’origine qui consiste en juste nous deux et des machines. Ce son est vraiment important pour nous. Certaines personnes ne le comprennent pas. Ils pensent : « Où est le batteur ? » Un batteur n’est qu’un simple humain. Nous voulions aller au-delà de l’être humain avec une boite à rythme. C’est plus mécanique, ça fait plus machine, c’est plus lourd… Tu vois ce que je veux dire. C’est ça dont il est question, vraiment.

Penses-tu qu’un batteur ne peut pas obtenir ce feeling en fait ?

Eh bien, tu sais, nous avons eu de vrais batteurs et ils ont été incroyables. Nous avons eu Ted Parsons, qui a été batteur pour Swaws, Prong et Killing Joke, et nous avons eu un batteur dénommé Bryan Mantia qui à joué avec Primus et, en fait, a été le batteur de Guns N’ Roses pendant vingt ans je pense [petits rires], c’est un batteur extraordinaire. Ils sont tous extraordinaires. Ce sont tous des batteurs organiques qui ressemblent à des machines mais, sans manquer de respect aux batteurs, Godflesh devrait toujours être avec une machine. Ce n’était pas une erreur, nous avons juste essayé. Avec un batteur, nous étions devenus plus un groupe de rock n’ roll, tu sais. C’est un son différent. Mais Godflesh aurait toujours dû être avec une machine. C’est notre son. Il ne devrait vraiment pas y avoir de vraie batterie.

Tu semble avoir une relation de travail très spéciale avec GC Green. Peux-tu nous en dire plus ?

Nous nous connaissons depuis maintenant, probablement, plus de trente ans et nous avons fait de la musique ensemble pendant presque autant de temps, vingt-huit ans ou quelque chose comme ça. Nous nous connaissons comme des frères. Nous nous connaissons depuis plus de temps que certains ont vécu et ont eu des relations. Nous comprenons totalement ce que nous essayons d’accomplir. Il comprend comment je compose la musique, comment je souhaite la présenter. C’est donc presque instinctif. C’est implicite. C’est un processus très, très mécanisé. Nous n’en discutons même plus ; c’est à ce point intrinsèque à notre âme. Même lorsque nous enregistrons la musique ou lorsque je la compose, je lui envoie des fichiers, il l’interprète avec sa basse et il sait ce que je veux. Nous parlons ce langage musical où nous dialoguons à peine. C’est une relation incroyable, vraiment !

Dans la biographie fournie à la presse avec l’album, il est dit que Godflesh est ton Ying et Jesu ton Yang. Comment décrirais-tu la relation entre ces deux projets ? Quel impact a l’un sur l’autre ?

Il n’y aurait pas de Jesu sans Godflesh, ça c’est certain. Mais pour moi, les deux agissent à des niveaux émotionnels différents. Je les utilise tous les deux comme une thérapie. C’est essentiellement ce qu’est cette musique pour moi. Jesu est sombre, introspectif, personnel, mélancolique, plein de tristesse et c’est une manière pour moi d’exprimer ces émotions. C’est donc, d’une certaine façon, assez déconnecté de Godflesh. Godflesh est très implosif, défensif, colérique, agressif, violent… Donc, d’une certaine façon, c’est un catalyseur, les deux sont des moyens pour libérer des émotions et une expression. Je me sens très chanceux d’avoir ces deux voies d’expression. Cette musique, pour moi, est fonctionnelle, tu sais. Comme je l’ai dit, j’utilise les deux comme une thérapie, comme une forme d’évacuateur, comme une forme d’expression artistique créative qui, au final, est absolument nécessaire. Il y a des points communs, évidemment. Je veux dire que Jesu, c’est une musique lourde qui explore une forme très sombre de mélodie alors que Godflesh, c’est bien plus brutal et sans pitié, c’est l’exploration d’une musique lourde minimaliste. Donc ouais, je vois que les deux ont un genre de relation mais, au final, ils sont pas mal opposés.

Dirais-tu que Jesu et Godflesh représentent deux différentes facettes de ta personnalité ?

Ouais, c’est ce que je veux dire. Les deux sont un assouvissement de ma personnalité et de ce que je suis, ce que j’aimerais être, ce que je ne peux pas être… Tu sais, c’est au moins une expression complaisante de mon état d’esprit. J’utilise cette musique de manière thérapeutique pour purifier mon âme, tu vois [rires].

Tant qu’on y est, peux-tu nous donner des nouvelles sur le futur de Jesu ?

Ouais, j’ai donné beaucoup de concerts et joué dans pas mal de festivals cette année avec Jesu. Le groupe existe toujours. J’espère sans doute commencer à écrire et enregistrer un nouvel album vers la fin de l’année (NDLR : interview réalisée fin 2014) et au début de l’année prochaine. Donc, avec un peu chance, même si 2015 sera bien chargé avec les tournées de Godflesh pour soutenir cet album, j’espère sortir un album de Jesu, ou peut-être un nouvel EP, vers la fin 2015. J’espère avoir une nouvelle sortie avec Jesu peut-être en septembre ou octobre 2015.

Interview réalisée par téléphone le 18 septembre 2014 par Philippe Sliwa.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.

Site internet officiel de Godflesh : www.godflesh.com.



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