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Interview   

GOJIRA : ENTRETIEN AVEC JEAN MICHEL LABADIE ET CHRISTIAN ANDREU



Radio Metal : Comment avez-vous vécu la récente tempête dans le sud-ouest de la France ?

Christian (guitare) : C’était une catastrophe hallucinante ! Je n’ai pas pu prendre ma voiture car des dizaines d’arbres s’étaient écrasés sur la route…

Jean-Michel (basse) : C’était impressionnant. On ne voit pas ce genre de choses tous les jours. Nous devions monter à Reims pour préparer la tournée et avons attendu que le vent se calme. On a pris la route en milieu de matinée et entre Bayonne et Bordeaux nous étions seuls sur le chemin ! De l’autre côté les arbres obstruaient la route et sur notre voie il n’y avait personne ! On aurait cru voir la fin du monde !

On va revenir à des choses plus joyeuses ! Vous venez de commencer votre tournée en tête d’affiche. C’est votre troisième concert ce soir, quelles sont vos premières impressions ? J’imagine que le fait de tourner en headliner vous a manqué !

Jean-Michel : Ca fait un an et demi que l’on n’a pas fait de tête d’affiche. Cette tournée nous a demandé beaucoup de préparatifs. Nous avons voulu tout gérer nous-mêmes (décors, lumières, etc.) A tel point que le jour où nous sommes remontés sur scène, nous nous sommes rappelés que nous étions un groupe de musique ! Ca a été énorme de voir la réaction du public, notamment hier à Strasbourg. Il y a eu une réaction spontanée, une attention qui a dépassé ce qu’on avait pu voir par le passé. Ce n’est que le début, mais les premiers concerts nous ont rapidement mis « dedans » et nous ont procuré énormément d’émotion. Ca commence VRAIMENT bien !

Christian : Pour moi, c’est une consécration de 10 ans de travail ! Il y a eu des hauts et des bas de la part du public par le passé. On a eu nos moments de doutes sur « From Mars To Sirius ». Or là, à peine on revient en France que les salles sont déjà complètes. Enfin le public est là, enfin le public nous suit. Je regardais la foule hier et j’ai été touché par l’amour, la connexion qui s’est créée entre le public et le groupe.



(Christian) : « Pour moi, c’est une consécration de 10 ans de travail ! Il y a eu des hauts et des bas de la part du public par le passé. On a eu nos moments de doutes sur « From Mars To Sirius ». Or là, à peine on revient en France que les salles sont déjà complètes. Enfin le public est là, enfin le public nous suit. »

Maintenant que quelques mois ont passé et que l’euphorie post-sortie de l’album est retombée, que pensez-vous de The Way Of All Flesh, avec un peu de recul ?

Jean-Michel : L’album est sorti pendant qu’on était sur la route en première partie d’In Flames. On n’avait pas beaucoup de temps donc on jouait peu de morceaux de The Way Of All Flesh. Maintenant l’album prend véritablement vie : on peut l’imposer, le jouer sur un show plus long. C’est un album qui nous correspond.

Christian : Cet album est l’apogée du groupe. Tous les précédents albums étaient « fait maison ». Avec The Way, on a un gros pavé, fait par des professionnels (NDLR : Logan Mader a produit l’album). C’est la première fois qu’on est contents d’un album, même après plusieurs mois. Pour moi, c’est le premier vrai album de Gojira. Certes on a souvent dit ça à chaque sortie d’album, chaque échelon franchi. Mais là, il s’agit d’une sortie mondiale. Après, ce sont surtout Mario et Joe qui se sont impliqués dans la composition donc j’ai un regard plus extérieur. Et je suis le premier fan (rires)!

Jean-Michel : C’est vrai qu’on s’est pris tous les deux une grosse claque. Christian et moi-même avons écouté les premières bandes au moment où nous sommes venus poser nos instruments sur ce que Joe et Mario avaient écrit. A ce moment là, on leur a demandé « mais d’où vous sortez ça, les mecs ? ». C’est un album particulier pour nous deux, car nous avons été plus interprètes que compositeurs. Du coup, on a pu ressentir ce que ressent le public, en tant qu’auditeurs.

En gros vous avez écouté les premières bandes et vous vous êtes dit « mais c’est qui ce groupe ?! »

Jean-Michel : (rires) Exactement ! Je me suis dit « mais c’est qui ces mecs avec qui je joue ? ». Je m’étais à peine absenté deux semaines pour faire une pause qu’ils avaient déjà tout composé. Le gros du travail était fait…

Parlons du clip « All The Tears ». Comment êtes vous rentrés en contact avec Jossie Malis, est-ce que c’est vous qui l’avez contacté ?

Jean-Michel : On avait déjà plus ou moins prévu de faire des clips. Un jour, Mario est arrivé dans le local de répétition. Il avait trouvé « un truc génial sur YouTube », c’était un dessin animé complètement fou de Jossie Malis. Ca nous a plu à tous et Mario a forcé le destin et a tout fait pour le contacter. Il était complètement amoureux du style de Malis. Nous avons fini par réussir à le trouver. Il n’avait jamais travaillé avec des musiciens, ce n’était pas son style de musique, mais il a été très ouvert et enthousiaste.

C’est lui qui vous a proposé une vidéo ou bien l’inverse ?

Christian : Joe a écrit le synopsis, proposé une trame, effectué plusieurs croquis et a tout mailé à Jossie. Celui-ci nous a renvoyé une minute de vidéo qui nous a scotchés ! On était dégoûtés de ne pas voir la suite mais on savait que ça présageait quelque chose d’énorme. Au final, Jossie est complètement rentré dans notre univers et a parfaitement retranscrit ce qu’on voulait.


Justement, on a l’impression avec cette vidéo que vous êtes tombés sur la perle rare avec un Jossie Malis qui partage vos convictions et qui les exprime de manière similaire. Quand on regarde l’ensemble de son ?uvre, les vidéos qu’il propose sur son site, on a l’impression de voir du Gojira. Surtout dans cette façon en apparence naïve de faire passer un message environnemental et humanitaire fort, précisément comme l’artwork de The Way Of All Flesh. Avez-vous aussi ressenti cette sensation de vous retrouver dans son art et est-ce que vous allez retravailler avec lui ?

Christian : Son monde colle étrangement au nôtre ! Et quel hasard que Mario soit tombé là-dessus sur YouTube, comme quoi merci internet ! Nous sommes toujours en contact avec lui et l’avons rencontré à Barcelone. Le contact passe très bien donc oui, on espère retravailler avec lui. D’ailleurs il nous a préparé plusieurs effets vidéos pour notre show, mais vous verrez ça ce soir !

Les thèmes qu’aborde Gojira sont plutôt originaux pour la sphère metal, chez vous côté parole, on n’a pas de zombies zoophiles ou de blondes à forte poitrine ! Alors d’après vous est-ce que votre popularité n’a pas été consolidée justement par ces paroles qui ont du sens, qui sont un peu plus profondes que la normale ?

Christian : Ouais, c’est sûr, ça en fait largement partie. Mais encore une fois c’est Joe qui balance vraiment le concept de tout ce « merdier » j’ai envie de dire ! (rires) C’est lui qui écrit les textes, c’est lui qui gère un peu le visuel… Après, il y a Gaby (ndlr : Gabrielle Duplantier, s?ur de Joe et Mario), qui fait pas mal de photos aussi. Donc ça reste dans le cercle familial, ils sont dans le même état d’esprit.

Jean-Michel : C’est une famille bien artiste aussi : le papa qui est dessinateur, la maman prof de yoga…des gens très sensibles et très artistiques. Entre frères et s?ur, c’est la même longueur d’onde. Pour parler au nom de Joe, c’est lui qui nous évoque les thèmes qu’il voudrait aborder, et là, pour le dernier album, il a voulu aborder le thème de la mort. Mais pas la mort genre « tu vas mourir ! » etc. C’est vraiment une mort au sens large, et du coup ça nous ouvre l’esprit à nous aussi. Il part sur ses trucs d’écologie, ou d’écologie humaine, de respect, de choses comme ça, tout en imageant avec les planètes. Il faut vraiment aller creuser entre les lignes pour comprendre ce qu’il veut dire alors qu’il parle vraiment de ce que vit l’humain. Je pense que ça a pu interpeller le public metal d’abord puisque la musique est metal quand même, elle reste assez rentre-dedans, et ça s’ouvre vachement à un autre public. On est assez surpris de se rendre compte, parfois, lors de rencontres avec des gens, lors des dédicaces, de la diversité des personnes qui écoutent ce qu’on fait. Des gens qui ne viennent même pas du metal et qui n’écoutent que Gojira dans le metal. Le reste du temps ce serait de l’électro, de la chanson française…On a rassemblé tout ce monde là, c’est peut-être notre ouverture d’esprit qui a fait ça.

Quand on vous voit hors concert, par exemple ici en interview, on remarque des personnes simples, posées, peut-être même sereines, alors que votre musique est assez brutale quand même. C’est un peu le même cas avec des réalisateurs comme David Lynch ou David Cronenberg, leurs films sont très violents mais eux sont extrêmement calmes. Quel est votre rapport à la violence, à la brutalité ? Est-ce que c’est juste du défouloir ?

Christian : il y a une différence entre la violence dont tu parles et ce qu’on fait avec le groupe. Nous on parle surtout de puissance, on dégage une puissance, on dégage des choses qui sont en nous. Et forcément, il a de la violence, le passé qu’on a vécu, la dureté de la vie… C’est bateau mais on a tous des vies difficiles, de toute façon. On se sert de la violence pour exprimer notre être.

Jean-Michel : C’est pas évident à exprimer. En fait, on rejoindrait beaucoup de groupes qui font du metal, du hardcore, toutes ces musiques extrêmes. On se rejoint, je pense, au niveau sensibilité, même si notre message n’est pas le même. Musicalement déjà, le ressenti corporel de ce qu’on joue est particulièrement lié aux musiques percussives et tribales. C’est armaturé sur une batterie à la base qui va cogner, qui va faire des fractures. Les guitares se posent sur ça avec des riffs presque pas très mélodiques. Notre musique est vraiment liée à la rythmique….


C’est même de la drum’n bass… (clin d’?il à Jean-Michel, bassiste du groupe)

Jean-Michel : …je pense qu’on a besoin de ça, de ressentir dans les tripes cette musique « violente ». C’est un mot qui n’est pas très juste : on parlerait plus de puissance… Mais ça reste difficile à analyser.

Christian : On est en symbiose avec ce style. Moi à treize ans j’écoutais déjà Slayer, ça nous correspond. Après, c’est difficile de dire pourquoi. Par exemple, un groupe de reggae peut avoir des paroles hyper-violentes, alors qu’ils font de la musique hyper-cool, et puis ils vont gueuler sur ce qui se passe en Afrique. Ca va être vachement plus violent que nos paroles à nous, qui sont plutôt universelles. C’est pour ça que ça touche tout le monde aussi. Joe parle de ses souffrances, de ce qui se passe dans le monde. Ca touche tout le monde.

D’ailleurs tu parlais à l’instant de Slayer, comme groupe qui a bercé ton adolescence, et Joe déclare souvent quant à lui, que c’est Metallica qui l’a initié au metal. Est-ce que c’est également Metallica qui vous a ouvert à ce style ? Est-ce que vous pouvez nous parler de cet effet Metallica ?

Christian : Ouais pour moi c’est Metallica !

Jean-Michel : Oui je suis tout à fait d’accord, ça m’a fait le même effet. Je me souviens : j’ai écouté Metallica, j’avais onze ans et j’étais au collège. On avait le walkman à l’époque. Il y avait un mec qui avait toujours son walkman et un tee-shirt Metallica, le Ride the Lightning, tu sais avec les toilettes et le couteau qui sort. Moi je le matais, c’était le méchant. C’était vraiment le mec qui en imposait. Et puis il écoutait ce truc. Je lui ai dit « ouais, t’écoute quoi ? », avec ma petite voix fluette. Il me fait « c’est pas pour toi, tapette ». Tu vois, ce genre de truc. Je dis « non, fais moi écouter ! ». Il me fait écouter, et là… dès les premières notes (il écoutait Ride The Lighting, d’ailleurs), j’ai été électrisé. « Ouah c’est bien !… Tu vas me prêter la cassette ? » . Ca m’a scotché, et petit à petit, je me suis dirigé vers le metal. J’ai eu un truc, c’est inexplicable.


Donc pour toi, c’est Ride The Lighting. Et pour toi Christian ?

Christian : c’est …And Justice For All !

Le chanteur de Karelia nous expliquait en interview que pour être considéré comme un gros groupe en France, il fallait donner l’impression d’être un groupe établi, d’avoir des moyens, sortir des albums, faire parler de soi. Et que en gros, avoir du succès ne signifiait pas forcément gagner sa vie, ni avoir de gros moyens. Est-ce que Gojira c’est aussi ça, un groupe qui a un succès médiatique, mais qui galère autant que les autres et qui a à peine plus de moyens que les autres ?

Jean-Michel : Oui tout à fait, je pense qu’on a tous le même parcours. Après, bien sûr, petit à petit, plus on est connu plus on a de l’argent. Mais on vit pas de ça, il faut vraiment arriver dans des sphères, comme Metallica, ce genre de groupes qui eux, en vivent. C’est du bricolage tout le temps, c’est se casser la tête, c’est un boulot à plein temps. Et c’est difficile d’en vivre. C’est notre cas aussi encore, même s’il y a tout le truc médiatique, les couvertures, les cinq pages. Les gens croient qu’on roule dans des super bagnoles, mais en fait non on roule encore dans notre bagnole pourrie qui a dix ans, on aimerait bien la changer, avoir un truc écologique, mais on n’a pas les moyens. Il y a un gros contraste entre ce que montrent les medias, les publicités, et la réalité. C’est très faussé. Et c’est bien quand on peut l’exprimer dans les interviews justement : pouvoir dire que c’est un milieu super dur, il faut presque être fou pour faire ça. Mais on aime ça.

Alors voilà pour finir, on laisse souvent à nos auditeurs l’occasion de poser une question à leurs idoles. Donc voici une question de Marc-Olivier F. , 39 ans, ancien animateur télé : « Gojira, vous êtes beaux, vous avez du talent, vous êtes hétérosexuels, est-ce que vous avez pas l’impression d’être has been ?!

Christian et Jean-Michel : (rires)….Heu…non !

Entretien réalisé le 1er février 2009 à Villeurbanne
MySpace Gojira : myspace.com/gojira



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