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Interview   

GOJIRA : ENTRETIEN AVEC LE GROUPE



Radio Metal : Dans quel état d’esprit êtes-vous, aujourd’hui, à un mois de la sortie de « The Way Of All Flesh »? Sentez-vous de l’impatience ? De l’appréhension ?

Mario (batterie) : On est à la cool quand même !

Joe (chant/guitare) : Oui on est quand même assez cool. Il n’y a pas trop de stress, nous sommes contents de notre album, je crois. Nous sommes satisfaits du son ce qui nous détend.

Mario : On est devant l’album pour la première fois et c’est très excitant.

C’est un peu comme un petit bébé…

Mario : Pour le livret particulièrement parce que c’est vrai qu’on le voit sur ordinateur à la va vite et puis, voilà, concrètement ça y est, il est posé, il est né. C’est un peu comme un bébé en effet.

La première écoute de cet album surprend : c’est une nouvelle dimension que nous offre Gojira : vous avez pris des risques avec l’utilisation de bambous, de cordes frottées, de sonorités industrielles… Croyez-vous que le fan de Gojira attende justement une telle évolution ?

Joe : Je ne dirais pas que c’est un risque que nous avons pris ; je dirais qu’au contraire nous apportons quelque chose qui enrichit notre musique. C’est vrai que pour moi ce n’est pas un risque, je trouve juste jouissif d’avoir des sonorités qui changent un petit peu des guitares et qui apportent quelque chose. Après ce n’est pas nouveau non plus car nous avons souvent fait ça. Le bambou que nous avons utilisé pour faire l’introduction d’un des morceaux a été utilisé sur le premier album, sur le deuxième et même sur le troisième ! Il était présent sur tous les albums, peut être parfois plus discrètement mais c’est un élément qu’on retrouve. Dans tout cela il y a une évolution logique. Je ne pense pas que l’on casse tous les codes de notre musique.

Mario : Nous n’avons pas le sentiment d’avoir fait un album si différent ; je trouve qu’au contraire nous confortons presque l’auditeur dans le sens du poil. C’est un album qui fait très Gojira avec nos codes à nous, nos gammes. Il y a quelques audaces mais heureusement que notre musique évolue quand même en trois ans d’intervalle d’un album à un autre ! Je ne trouve pas que nous ayons cassé tant que ça les règles ; c’est mon sentiment mais peut-être que nous n’avons pas encore le recul nécessaire…


Il semblerait que votre musique ait été colorée par votre tournée aux USA et les groupes que vous y avez rencontrés… Fut-ce naturel ou né d’une réflexion et d’un constat ?

Jean-Michel (basse) : Je pense que c’est spontané. Nous avons toujours été baignés de cette culture de groupes anglo-saxons et américains, c’est ce qui a nourrit nos influences et spontanément nous avons ce même langage et c’est sûr que d’avoir joué là-bas, sur ce territoire des Etats-Unis et avec des groupes américains…ça donne une espèce d’énergie, forte et imposante ; Quelque part cela nous a influencé mais c’est spontané et pas réfléchi. C’est juste « en avant » !

Quels sont les groupes qui vous ont le plus inspirés dans votre parcours ?

Joe : Behemoth reste le groupe qui m’a marqué. Machine Head, et Lamb Of God aussi. Voici mes trois principaux groupes. Children Of Bodom c’était aussi quelque chose… Je pense que tous les groupes et même les gens que nous rencontrons nous influencent.

Mario : Mais c’est vrai que l’influence est diffuse. Nous voyons les groupes, nous avons des émotions et puis nous allons nous coucher et en fait nous nous rendons compte, après coup, que cette expérience nous a marqués. Cependant dans la composition on ne se dit pas : « Attendez les gars, tu te rappelles Machine Head à ce moment là ? Et si on faisait pareil qu’eux ? » Je pense que c’est naturellement que les choses se font, il y a des éléments qui sont sortis quasiment de manière inconsciente. Nous avons tout simplement vécu une expérience marquante ; car voir cinquante fois d’affilé le même groupe jouer tous les soirs…au bout d’un moment, cela nous marque. Je ne sais pas comment : c’est dans le corps, dans l’esprit et au moment de la composition c’est ressortit de cette manière. Donc encore une fois, c’est en écoutant l’album que je me dis « Ah oui, c’est vrai que cela me fait penser à tel groupe ». Mais ce n’était pas vraiment conscient.



(Mario) : « Avec « The Way Of All Flesh », nous n’avons pas le sentiment d’avoir fait un album si différent ; je trouve qu’au contraire nous confortons presque l’auditeur dans le sens du poil. C’est un album qui fait très Gojira avec nos codes à nous, nos gammes. »


Vous dites que vous faites de la musique au sens général du terme et que, par conséquent, vous n’êtes pas réfractaires aux autres styles de musique. De cette manière, seriez-vous capable de faire un album à l’instar de la chanson Unicorn ?

Joe : Oui, c’est quelque chose qui m’attire pas mal. Je ne sais pas vous (NDLR : Joe interroge ses collègues), mais moi je me sentirais tout à fait prêt à faire un album totalement différent !

Mario : Carrément, nous aussi !

Joe : D’ailleurs, nous avons un projet qui est dans l’air depuis plusieurs années maintenant, cela va faire quatre ou cinq ans, il s’agit de « Maciste Aux Enfers ». C’est un film muet des années 20, de 1928 il me semble. C’est une sorte de péplum italien d’un héros qui est assez connu et qui est considéré comme un super héros de l’avant-guerre maciste. Il y a eu un festival à Bordeaux qui s’appelle le Ciné-concert qui consistait à projeter des films muets et à inviter des musiciens pour jouer sur ces films là. Nous avons composé pour ce film « Maciste Aux Enfers » une heure et demie de musique inédite et c’est vrai que nous sommes sortis des codes métal pour faire un truc qui collait juste au film lui-même. Cela a été une vraie expérience, justement, de faire quelque chose de très différent avec des ambiances, des morceaux un peu plus Rock traditionnel. De faire quelque chose qui collait à l’image. C’est un projet intéressant, on aimerait bien en sortir un album un de ces quatre par exemple…

Mario : Moi, j’ai le sentiment que, que cela soit de la musique très calme ou de la musique très violente, il y a quand même une cohérence émotionnelle. Cela ne va pas être déroutant si nous faisons un album calme. Je pense que nous allons essayer de respecter, même pour nous-mêmes et pour les auditeurs sûrement, les codes de Gojira : c’est-à-dire qu’il y a quand même une couleur dans notre musique. Une gamme d’émotions je dirais, et pour nous ce n’est pas compliqué quand nous faisons des choses très calmes de retrouver l’émotion que nous pouvons avoir sur des choses plus violentes.

Joe : Je ne pense pas que cela aurait sonné comme du Michel Sardou par exemple !

Mario : C’est ça. Ce n’est pas faire un album Reggae puis à côté faire un album de Gojira. Dans nos plages calmes il y a ce lien avec nos parties extrêmes.

Pour continuer sur l’art, vous avez tous les quatre la fibre artistique avec la peinture, les photos de concerts, votre participation au ciné-concert etc. Pourrait-on vous retrouver dans des sphères différentes encore ?

Joe : Oui ! Mario fait pas mal de photos, de dessin. il a un projet parallèle tout seul avec un synthétiseur qui s’appelle « Alone And Tired » (http://www.myspace.com/aloneandtired19). Jean-Michel à la fibre sportive, il est plutôt VTT. Christian aussi compose des petits trucs sur une guitare classique qui sont vachement sympas.

Mario : Nous sommes ouverts à l’Art en général et c’est vrai que nous avons plusieurs casquettes. Cependant, nous ne sommes pas focalisés uniquement sur la musique. Je pense que nous sommes un groupe artistique. Pour ma part, j’ai l’impression de faire de l’Art avant de la musique et c’est vrai que quand on voit le livret, Joe, par exemple, touche à tout et peut faire du montage vidéo, du dessin, de la photo…c’est un artiste. Nous sommes tous un petit peu comme ça dans le groupe et cela ne m’étonnerait pas que nous ayons des envies qui aillent au-delà du simple fait de faire un album ou de bons concerts. Effectivement, peut-être qu’un jour, si nous avons les moyens, nous mettrons peut-être la barre haute en mélangeant de la danse, de la musique et pourquoi pas faire un film, je n’en sais rien. Nous n’allons pas non plus nous égarer dans des milieux que nous ne maîtrisons pas. Mais si nous le sentons, pourquoi ne pas élargir notre palette artistique ? Avec cet album c’est déjà une preuve de tout ça, dans le livret on peut voir qu’il y a beaucoup de dessins de mon frère, des dessins de moi, des photos de ma s?ur…cela montre que nous touchons un petit peut à tout.


Si chacun de vous pouvait alors définir l’Art dans sa chaire, comment le définiriez-vous…

Joe : C’est l’expression de la vie. Je dirais que préparer un repas, même si c’est juste des pâtes avec de la sauce tomate, cela peut être artistique. Charger le van, mettre les guitares là et bien ranger cela peut être de l’Art aussi. Tout ce que nous faisons, même là, ce qui est entrain de se passer maintenant, le fait d’être dans cet appartement, il y a un côté artistique aussi. Je trouve que c’est omniprésent et c’est similaire à l’idée que nous sommes séparés de la nature par exemple. Pour moi c’est une illusion, nous faisons partie de la nature au même titre que de vouloir cataloguer l’Art ou de le mettre dans une case. Je pense que c’est impossible parce que l’Art est partout. Les gens en train de se concentrer sur des tableaux sont eux-mêmes dans un bâtiment qui est artistique, ils s’habillent du mieux qu’ils peuvent pour aller faire leurs accrochages, ils sont artistiques aussi dans leurs approches. La façon dont tu es habillée aujourd’hui aussi. Bref, tout ce qui touche à notre quotidien nous pouvons appeler ça de l’art. Je n’ai pas l’impression que nous nous mettions de limites.

Tu ne vois donc pas l’Art comme un exutoire, le moyen d’ exprimer tes ressentis ou tes élucubrations ?

Joe : Si bien sûr, mais si cela peut se faire dans le moindre geste du quotidien ce n’est pas plus mal ! […] Moi je sais que c’est un de mes buts de pouvoir exprimer mon potentiel artistique dans chaque moment de la journée. Après c’est vrai que ce que nous créons tous les quatre ensemble, c’est quelque chose qui demande beaucoup de discipline et en même temps de lâcher prise. Tout ça réunit, je sais que quand nous arrivons à un stade où on a beaucoup travaillé, nous sommes carrés, nous sentons les guitares et la basse qui se fondent dans la grosse caisse et le fait de rajouter une voix par-dessus qui hurle, c’est un exutoire. Et c’est quelque chose de très jouissif et d’utile pour nous…quelques chose de salvateur même. Je pense que nous en avons besoin dans nos vies. C’est de l’ordre de la performance artistique dans ce cas là…ce n’est pas que de l’Art. Il y a le côté performance physique, sportive, artistique, psychologique.

Mario : Tu parles de besoin et moi je le vois un peu comme ça aussi, comme une nécessité presque intérieure, quelque chose qui a besoin de sortir de manière créative. C’est vrai que nous dégageons, nous sortons des sentiments de nous-mêmes par le biais de l’Art. Il y a quelque chose aussi de l’ordre de l’imaginaire.

Vous êtes un groupe en constante évolution (quand on voit le nom, la musique, le dernier album etc.). Cette évolution naît-elle d’une perpétuelle remise en question ou aussi que vous n’êtes jamais dans le contentement ?

Joe : Les deux

Mario : Je dirais que les deux vont ensemble. Nous ne sommes jamais satisfaits.

Joe : Pour la première fois, nous sommes entièrement satisfaits du son. Nous avons eu l’habitude de faire le son nous-mêmes sauf pour le premier album ou nous étions allés à l’Impuls Studio en Belgique avec Stéphane Kramer. Tout s’était bien passé, c’était notre premier album et le tout s’était fait en quinze jours. Là, c’est vrai que pour la première fois nous sortons d’une période où il y a eu deux albums que nous avons fait nous-mêmes avec notre ingénieur son live Laurentx Etxemendi, nous y avons mis tous nos efforts. Effectivement, le groupe est en perpétuelle remise en question et beaucoup dans l’autocritique. Nous essayons de ne pas être trop là dedans quand même et tentons de lâcher prise de temps en temps : si nous avons fait un concert pourri nous nous disons que ce n’est pas grave, que nous sommes humains. Nous essayons quand même de ne pas être trop exigeants envers nous même. Mais en même temps cette exigence fait que nous avançons et travaillons. J’ai la sensation qu’à chaque fois que nous abordons un album ou une tournée nous remettons tout à zéro. Nous nous demandons alors ce que nous allons pouvoir construire alors, à partir de rien. C’est très excitant de faire ça plutôt que de se dire « nous sommes les Kings, il n’y a plus qu’à ajouter un peu de sel, un peu de poivre »… C’est bien mieux de repartir à zéro à chaque fois.

J’aimerais revenir sur le paradoxe qu’il existe entre la violence de votre musique et votre attitude d’anti-star, votre humilité. Même si l’Homme est fait de paradoxes nous le savons, comment tentez-vous d’expliquer ce paradoxe qui entoure Gojira?

Joe : Très bonne cette question (rires). J’aimerais revenir sur ce qu’on appelle paradoxal. Je ne nous trouve pas du tout paradoxal dans le sens où nous sommes nous-mêmes à chaque instant. Quand nous jouons notre musique, ce n’est pas du théâtre. Bon, il y a quelques hélico qui sont forcés…mais c’est pour la beauté du geste !

Christian (guitare) : Et on aime ça aussi.

Joe : Oui, on aime ça. Il y a plusieurs formes de paradoxes. Prenons notre attitude en dehors de la scène et puis sur scène où nous nous imposons et ne doutons de rien : c’est ce qu’il faut faire ! Nous n’allons pas arriver sur scène en nous excusant, il faut y aller, mais ça ne veut pas dire qu’en dehors de la scène nous allons écraser les gens. Je trouve ça normal. Revenons ensuite à ce que certains appellent un paradoxe entre les paroles qui se veulent axées sur la paix et la musique où c’est la guerre. Je pense qu’ainsi, notre musique exprime l’urgence, quelque chose qui bout et qui évoque la situation de l’espèce humaine sur Terre. C’est la notion de survie à savoir que l’Homme devra passer à l’état de survie parce que la planète est en train de se révolter. Les océans montent, la chaleur augmente. La situation est un peu critique. Mais l’idée est très controversée : « sommes-nous réellement responsables du réchauffement planétaire ? ». Nous constatons l’attitude de l’être humain envers ses congénères et envers la planète et il y a ce message de paix. Un message qui reprend le message du Christ…même si cela peut paraître ambitieux et que nous ne sommes pas religieux ni pratiquant. Le message du Christ était « aimez-vous les uns les autres » et il n’y a rien de plus simple que ça. Cette incitation a été reprise par l’ancien testament, le nouveau, comme une espèce de téléphone arabe très compliqué qui nous mène à des situations très complexes. Finalement, nous avons un message d’Amour, c’est assez simple. Nous mêlons ce message à une musique puissante qui se veut alarmiste et qui exprime une situation d’urgence. Effectivement, je pense qu’il y a une situation d’urgence à comprendre un certain message d’amour que nous avons tous en nous et que nous comprenons tous. Nous devons arrêter de tout bousiller et de nous entretuer. Cette musique puissante recrée un état sous jacent et qui concerne tout le monde : la survie et ce message d’Amour. Je m’embourbe un petit peu mais en somme…je ne trouve pas paradoxal d’allier les deux !

Vous semblez plus heureux que jamais ! Cependant les textes du nouvel album gravitent autour de la mort. Encore un paradoxe !

Joe : Encore une fois, en quoi la mort n’est-elle pas liée au bonheur ?

Justement, sublimes-tu la Mort, la mets-tu sur un plan métaphysique ou essayes-tu de la comprendre ? Comment as-tu abordé le thème de la Mort, plutôt tabou dans notre société…

Joe : Oui, exactement.


Comment l’as tu abordée alors avec votre gentillesse et votre message D’Amour ?!

Joe : Avec le plus de naïveté possible mais pas dans le sens péjoratif du terme. Je pense que je l’ai abordée avec toute mon objectivité. Je constate que nous allons vers ça, la fin de la vie, de l’incarnation, alors je m’interroge sur ce qui se passe après.

Voyons ce que disent les différentes religions. 90% de la planète dit que ce n’est pas du tout la fin et que la Mort peut être célébrée, elle peut n’être qu’une étape. Que ce soit la fin absolue de la vie individuelle ou que ce soit une étape, dans les deux cas je ne vois pas pourquoi ce serait tabou. Je pense que ce qui fait peur c’est l’inconnu. Dans Gojira, les textes tournent souvent autour de l’inconnu et de ce qui est inconnu. Que ce soit l’âme humaine elle-même ou ce qui se passe après la Mort, est ce que c’est vraiment la fin comme une lumière que l’on éteint ou est ce que c’est juste l’enveloppe qui est fatiguée et qui finit par arrêter de fonctionner et la personnalité, l’entité, la conscience continue elle C’est juste une réflexion là-dessus qui soulève plein de sujets : la peur que nous avons de cette inconnue, la mortalité de toute chose, la fin de la journée pour arriver dans la nuit puis un autre jour. Voilà, c’est assez symbolique et poétique mais je trouve que ça n’a rien de morbide et d’angoissant…

C’est le Spleen de Baudelaire alors…

Joe : Si tu veux. C’est vrai que ce n’est pas désagréable comme comparaison.

Mario : Je voulais juste revenir sur le paradoxe « vous avez l’air heureux puis vous abordez la mort ». Je pense que pour nous quatre, ici, c’est une question d’équilibre. Nous sommes plutôt sociables. Et c’est parce que nous faisons la balance entre les choses mais cela ne nous empêche pas d’avoir nos propres réflexions personnelles mais nous savons nous comporter en société aussi. Nous sommes là, nous sommes polis, nous nous respectons, nous faisons des sourires. Mais à côté de ça, il peut y avoir pléthore de réflexions…

Joe : …de souffrances, de questionnements…

Mario : Les questionnements ne sont pas en soit négatifs, je trouve sain de se poser des questions sur l’existence. Nous n’en faisons pas une maladie ; comme Joe en a une analyse sereine. Les textes ne sont pas morbides, ni son approche.

On peut s’interroger sur vos inspirations, dans quels univers les puisez-vous ? Est-ce surtout la particularité du Pays Basque, par exemple ?

Mario : C’est sûr que l’environnement joue un rôle, sûrement de manière inconsciente. Quand nous allons répéter et que nous voyons les gros arbres à côté du local, cette forêt immense qui avale le studio…

Joe : Nous entendons les vagues depuis notre local.

Mario : Après, savoir de quelle manière cela nous influence…je ne sais pas. Mais ce qui est sûr c’est que nous répétons à côtés d’énormes chênes centenaires et forcément cela a une influence. L’environnement a un rôle que nous ne soupçonnons pas encore même si déjà les éléments dans Gojira ont une grande place.

C’est toi, Joe, qui est l’auteur du dessin de « The Way Of All Flesh ». Peux-tu nous expliquer sa signification, et la manière dont il est né dans ton esprit ?

Joe : C’était pendant que je travaillais sur le concept, le sujet, le titre. Il faut bien donner un titre et c’est vrai que si je ne pouvais pas donner de titre à l’album, ce serait plus confortable parce que c’est vrai qu’il parle un peu de tout. C’est un certain spectre utilisé pour parler de la vie en général. Quelque soit le titre qui me passait par la tête, je n’arrêtais pas de voir un être humain scanné, la symbolique de tout ce qui s’est fait dans Gojira jusqu’à maintenant. Ce n’est pas un revirement ou quelque chose de nouveau, ce dessin est quelque chose qui symbolise la démarche du groupe depuis le début. C’est surtout moi qui m’exprime sur les textes mais je tiens à dire que même ceux qui ne s’expriment pas beaucoup ; Christian ne parle pas énormément, Jean-Michel non plus, partagent aussi dans leurs vie cette interrogation sur nous, d’être confrontés parfois à la solitude ou le rapport aux autres et d’échanger là-dessus

Christian : Je suis entièrement d’accord.

Joe : Nous quatre, nous nous interrogeons beaucoup sur nous, nous nous posons des questions et essayons de surmonter parfois les tensions qu’il peut y avoir entre nous, de discuter, de mieux se comprendre. La pochette symbolise déjà ça, une espèce de découpe transversale d’un être.


C’est torturé quand même…

Joe : Non, je ne trouve pas…à moins que je ne me rende pas compte !

Mario : Il y a une part d’exorcisme effectivement. Je crois….

Joe : Le crâne humain par exemple, a un coté morbide parce qu’on a enlevé la chair, les yeux, la peau mais c’est quand même quelque chose de présent en nous et qui est bien utile.

Mario : C’est enlever le masque. C’est défaire les couches.

Joe : Voilà. C’est aussi s’interroger sur ce qu’il y a à l’intérieur du corps.

Mario : Je trouve ce dessin rigolo, il a un coté presque naïf.

Joe : Oui, il y a un côté naïf volontairement. Il y a la structure même de l’être humain : le c?ur, les tripes, les os, le crâne et il y a aussi l’aura autour. Plusieurs aspects sont représentés. Et même sans parler de la Mort j’avais cette image… Peut-être quand tu dis torturé c’est que ça impliquerait qu’on le coupe avec une scie ?

Oui, c’est ça.

Joe : D’accord !


Ca fait un peu penser à l’exposition Our Body.

Tous en c?ur : Oui !

Joe : C’est vrai. Mais dans le sens où ça reste symbolique, je pense qu’il n’y a pas ce côté hémoglobine, gore, qu’on peut avoir dans une photo.

La plupart des groupes français vous considèrent comme le porte-drapeau du Metal Français. Pensez-vous que cela soit justifié et que les étrangers fassent preuve de davantage d’ouverture d’esprit grâce à vous ?

Jean-Michel : Ce n’est pas à nous d’en juger, nous avons fait notre chemin, nous avons bossé pour en arriver là. Des vecteurs ont fait que nous étions sur la bonne vague au bon moment. Nous nous sommes accrochés et nous avons donné de nous-mêmes. Ca a certainement ouvert les yeux des gens des pays autour sur ce qui se passe en France. Nous nous rendons compte de cela. Après, nos ne pouvons pas juger. Nous faisons notre bonhomme de chemin sans trop se préoccuper de cela, et essayer de faire bien ce que nous faisons et d’aller au bout de quelque chose.

Mario : Quand nous regardons les faits, nous avons fait cent dates aux Etats-Unis, nous sommes le seul groupe à avoir fait ça, une tournée de cette ampleur. En ce sens, peut-être que oui, nous partons avec notre drapeau français. C’est un symbole. Avec ce nombre de dates, les américains s’interrogent sur là où nous venons. Très concrètement, les mecs ont été face à un groupe français qui débarque dans leur pays donc oui, quelque part nous sommes les représentants du Metal Français. Mais nous n’aurions pas la prétention de dire « le Metal Français, c’est Nous » !

Joe : C’est difficile pour nous de prendre un recul quand on a le nez dans le guidon constamment. Nous sommes dans une logique de travail et d’avancer. Nous ne nous posons pas de questions, nous avançons et répétons. D’albums en tournées nous finissons par faire notre chemin, nous sommes vite confrontés à des gens, nous nous retrouvons aux Etats-Unis en deux temps trois mouvements, nous serrons des mains…cela tient à pas grand-chose. Il suffit que quelqu’un nous voit une fois « tiens vous êtes un groupe français, je ne savais pas qu’il y avait du Metal là-bas ? » En France il y a l’énergie, il se passe quelque chose. Il y a des groupes professionnels, solides. Certains sont plus impliqués dans la langue française par exemple, ils auront plus de mal que nous à passer les frontières. Il y a un mouvement solide en France et je pense que certaines personnes ont changé de rapport avec le Metal Français de part le succès de Gojira.

Mario : Tout ça, c’est au niveau des faits. Nous pourrons prendre notre claque avec un groupe underground français dont on écoute la production. Et même nous, nous prenons une claque avec un groupe français.

Joe : Voilà, en ce sens là, du fait que nous ayons tourné, que nous nous soyons retrouvés au bon endroit au bon moment et que nous ayons travaillé comme des fous, beaucoup de facteurs ont fait que cela se soit passé comme ça. En aucun cas cela ne veut dire que nous sommes mieux que les autres groupes. Nous ne faisons pas de la merde et en même temps, il y a beaucoup de groupes excellents qui jouent dans leur cave et que ça n’intéresse pas trop de faire des tonnes d’efforts et des compromis pour signer sur des labels.

Dernière question Messieurs : Qu’est ce qui aujourd’hui, maintenant, vous rend si forts ?

Mario : Le voyage, le mouvement et d’être trimballé de partout, ça me rend plus fort. Ca m’oblige à me renforcer et j’en ressors grandi.

Jean-Michel : D’aller dans d’autres pays ouvre l’esprit. Voir d’autres cultures, des gens qui réagissent différemment, voir des pays d’extrême pauvreté. Quand nous rentrons chez nous nous avons vraiment tout un tas d’images de choses fortes en nous qui nous font devenir plus humains, qui nous ouvrent l’esprit. Ca renforce…

Christian : Ouais ! (Rires généraux)




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