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Chronique   

Gojira – Fortitude


« L’humanité est un parasite », paradoxalement capable de réaliser les choses les plus belles. C’est la vision de l’être humain que partage Joe Duplantier avec ses comparses de Gojira. Le quatuor a progressivement intégré la préoccupation écologique au sein de sa musique, de ses visuels et de ses effets de scène. Comme si elle légitimait la puissance et la hargne déployées par le groupe : un mélange de colère, de frustration et d’espoir pour l’Homme et le monde. Magma (2016) se voulait l’album de la réflexion, une prise de recul sur le rôle de la parenté et sur le deuil, suscitée par le décès de la mère de Joe et Mario. L’occasion pour Gojira d’expérimenter, de s’écarter du chemin tracé depuis From Mars To Sirius (2006), quitte à s’attirer les foudres des puristes essentiellement francophones. Magma a de toute manière propulsé Gojira là où il devrait être, l’une de ces « têtes d’affiche de la relève » aussi fédératrice qu’intègre. Fortitude, le septième opus du groupe, ne cherche pas à entériner ce statut. Il n’est pas « l’album de la maturité » ou celui de la « consécration » pour reprendre les poncifs journalistiques. Il est l’album du plaisir et de la résilience. Un allié qui n’a d’autre dessein que de nous aider à tenir bon.

Fortitude a été enregistré et produit au Silver Cord Studio par Joe Duplantier à l’instar de Magma. Il est cette fois assisté par le légendaire Andy Wallace au mix (System Of A Down, Nirvana, Linkin Park, Rage Against The Machine…). Une collaboration qui a permis à Gojira de proposer son œuvre la plus aboutie sur le plan sonore en dépit d’une interruption liée à la crise sanitaire, où chaque instrument profite d’un rendu absolument limpide. Une progression pharaonique en ce qui concerne le son de basse de Jean-Michel Labadie. Gojira conserve son cachet et évite l’écueil de la production aseptisée. Au contraire, il met sur un piédestal toutes ses caractéristiques : des sonorités de guitares aériennes et « rituelles » à la cymbale mega-bell ride en passant par cet affect maintenu pour les rythmiques frontales. L’anticonsumériste « Born For One Thing » présente immédiatement l’atout premier de Fortitude : une écriture épurée à l’image du jeu de Mario Duplantier et une fluidité indéniable entre brutalité soudaine et mélodies envoûtantes. Gojira oscille constamment entre ces deux facettes de sa musique : la violence écrasante de la première partie de « Grind » trouve son complément dans la fibre onirique de sa seconde partie, de la même manière qu’« Another World » joue à la lisière de l’énergie et de la contemplation. Gojira n’a nullement levé le pied – Fortitude regorge de riffs à la dextérité certaine comme « Into The Storm », « Sphinx » ou « Grind » justement –, il est simplement moins intéressé par ce culte du « mur sonore » et davantage impliqué dans la dynamique de ses chansons. Preuve en est, une place accrue est accordée aux leads, que ce soit le solo aussi langoureux qu’étincelant de « Hold On » ou les interventions au feeling bluesy de « The Chant ». Rien n’appartient au hasard sur Fortitude. Si la facilité de son parcours déstabilise en premier lieu, comme s’il était trop court et passager, c’est que tout s’appréhende avec une aisance déconcertante jusqu’à devenir une addiction.

Une dépendance qu’instaure Fortitude grâce au travail colossal réalisé sur les parties vocales de Joe Duplantier. En d’autres termes, Fortitude est l’album de Gojira le plus chantant à ce jour, se reposant sur une science certaine du refrain. Il s’agit de la mélancolie qui se dégage d’« Into The Storm », de la conviction de « Hold On » et de cette détermination affichée par Joe, de la délicatesse de « The Trails » et du mantra scandé sur le diptyque « Fortitude – The Chant », une approche centrée sur la mélodie inédite pour Gojira. Joe sublime les aspects les plus rugueux de son chant en accordant davantage de place à ses phrasés clairs. Vraie réussite dans l’interprétation, le chant écorché d’« Amazonia » – une des surprises de l’album qui fait écho au Roots de Sepultura par sa thématique et son riff à la guimbarde – sied parfaitement à son terrible constat : le « plus grand des miracles » est en perdition. Les murmures de « The Trails » canalisent quant à eux nos élans les plus excessifs et invitent à une forme de contemplation. Gojira interpelle, Gojira galvanise.

Fortitude n’a aucun point faible apparent, puisant dans la beauté poignante de Magma et la bestialité des œuvres précédentes. Au contraire, il met en lumière les raisons du succès de Gojira aujourd’hui : un engagement sans faille pour une cause qui prend forme dans sa musique, une élégance dans l’écriture capable de mysticisme comme d’instants véritablement hymniques et surtout ce plaisir presque juvénile d’être une entité rock avant tout. Comme si l’expérience et le vécu n’effaçaient pas le sourire des premières heures.

Chanson « The Chant » :

Lyric vidéo de la chanson « Into The Storm » :

Clip vidéo de la chanson « Amazonia » :

Clip vidéo de la chanson « Born For One Thing » :

Clip vidéo de la chanson « Another World » :

Album Fortitude, sortie le 30 avril 2021 via Roadrunner Records. Disponible à l’achat ici



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  • Fan de Gojira, j’avoue être mitigé sur l’album. Certes il y a quelques bonnes surprises mais dans l’ensemble, je trouve de nombreux morceaux relativement convenus, stéréotypés pour la radio (peut-être la volonté déguisée…), avec de bons vieux rondo entendus à outrance.
    C’est très écoutable, ça passe en fond, mais ça manque globalement de pêche ou de percussion pour qu’on saute au plafond à chaque morceau. Je suis plutôt frustré car sur 11 morceaux, j’en retiens environ 3/4 seulement, sans non plus ressentir un manque si je ne les écoute pas. :S

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  • Je partage l’avis de Monsieur Cloporte, cet album me plait vraiment. Certes je ne l’ai écouté que deux fois et il faudra voir sur le long terme, mais j’apprécie sa variété

    De base je n’ai pas trop compris le controverse autour de Magma. Chacun ses gouts certes, mais voir le groupe se calmer et varié après un album « l’enfant sauvage » qui ne m’a pas marqué, j’ai trouvé que cet album avait de l’audace, et renouait paradoxalement avec le côté aérien de From Mars to Sirius, qui restera de mon point de vue l’album ultime.

    Le groupe évolue, mais est directement reconnaissable, conserve sa patte. j’ai lu pas mal que le groupe adoucissait le propos, je m’attendais limite à entendre du Opeth nouvelle génération et là je me prends le morceau d’ouverture dans la gueule, franchement on a vu pire comme morceau mou 🙂

    Les compo sont clairement simplifiées mais sont elles pour autant moins travaillées ou moins profondes ?

    Nous, métalleux, nous plaignons souvent à juste titre de voir la scène métal trop peu reconnue. Alors il ne faut pas bouder son plaisir lorsque cette petite formation landaise est adoubée par Télérama ou Le Monde (bien-pensance, beurk !).

    Quand je vois la couverture de Metal Hammer qui fait de Gojira le groupe de la décennie (mais laquelle ?), j’avoue que cela me met en joie, quand on connaît le parcours du groupe.

    bref, bravo Gojira !

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  • Learn metaltech dit :

    Que dire de Gojira actuellement… J’ai adore tout le debut, jsuqu’a The Way, cette violence et tout le cote tribal et spirituel

    La suite pas vraiment, malgres la qualité, sur Fortitude, je m’y fais pas du tout, je pense que c’est l’age, Joe il tire doucement sur 50 ans, ca commence a freiner il faut s’y faire, on verra plusus le gojira qui detruit tout à coup à coup de volcan, raz de marée, tremblement de terre … Nous sommes oblige de respecter leur choix, c’est comme ça, malgres que je ne suis pas fan de fortitude, il ya encore des idées, gojira tente, prend des risques, Mario a décidé aussi de moins jouer, je le reconnais pas du tout là…

    On peut saluer leur démarche pour amazonia quand même, The chant me plaît juste pour avoir pose un chant clair… Joli hommage Sepultura sur Born, another world est un bon morceau pour demarrer l’album, j’espere qu’ils vont se rattraper avec la suite des morceaux, on a pas tout écouté encore, on peut deja constater qu’ils ont misé à fond sur le côté spitituel et tribal, le problème est que sans les riffs légendaires, ca n’a aucune puissance ni aucun impact, ils sont pas dans le moove de bourriner, de moins en moins

    En vrai je suis dégouté de cet album, je l’achetai jamais, il est pas au niveau de Gojira c’est tout, ils le savent eux même à mon avis, où alors ils testent leur public, comme quoi on est pas pret à ça encore, on a tous vieilli avec eux, j’ai envie de leur pardonner,on est pas dans leur vie ni leur tête, il s’est passé quelque chose de pas normal c’est une évidence, l’argent peut etre? Le confort, le succes ils l’ont depuis plus de 20ans donc c’est pas ca deja,

    En attendant il va me falloir 2 3 ans pour me remettre de cette deception, je suis honnête, j’ai beau reecouter encore je reste sur le meme avis

    Un ptit dernier messages aux gens qui crachent sans argumenter: vous prennez une Charvel avec le tyran 60 et vous creez des morceaux vous même, vous en aurez du Gojira à l’ancienne, n’etant pas satisfait, j’essaye d’en Faire moi même des riffs à la Gojira, et comme ça tout va bien!

    Pour critiquer sans argumenter sérieux ya du monde, des qu’il faut essayer de bouger son cul, ya plus personne, le francais de base, je comprends qu’ils se sont tiré aux usa, le public francais ne mérite pas ce groupe, ils ont eu raison de nous abandonner en fait quand tu lis certaines critiques, c’est normal.

    Le mieux c’est d’etre dans le domaine pour avoir un peu de légitimité et pouvoir l’ouvrir en fait, alors que ca n’arrive pas à taper un vieu bpm 120 avec les mains sans être à la ramasse, les francais quoi qui sont extrêmement nul en musique, mais tres bon en ouverture de bouche sans rien connaitre, content ou pas c’est la vérité, d’où le fait qu’on nous deteste en Europe et dans le monde entier

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    Cloporte

    Donc toi t’as la légitimité, le droit de pas aimer, et t’es au dessus de toute la plèbe française ? Ca va les mollets ?
    Les français sont pas plus nuls en musique qu’ailleurs dans le monde, et si on doit juger tout un pays par les quelques connards qui l’ouvrent, j’imagine que donner des leçons d’un air bien pédant c’est un sport national ?

    Bref, sans crier au génie, moi je l’aime bien cet album, je m’en fous que ca se soit calmé, pas mal de groupes passent par là… ça fait un album pour toutes les humeurs comme ça. (wait, est ce que j’ai la légitimité pour apprécier ? Ptin je crois pas…)

  • joe duplantier me gonfle avec son message écolo et son hypocrisie sachant que je l’ai régulièrement croisé il y a quelques semaines en ville (environs de Capbreton) au volant d’un gros 4*4 land-rover ( ou range-rover) qui est clairement pas le genre de 4*4 avec lequel on va faire du tout terrain de peur de l’abimer. donc pour leur message écolo on repassera , ils me font bien rire….

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  • cet album sent clairement le réchauffé, toujours l’impression d’entendre un ancien morceau, c’est criant « the chant » ou plutôt « shooting star 2 » . on commence malheureusement a faire le tour du sujet chez gojira et c’est bien malheureux….

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  • du même avis que certains, jamais aimé, mais bravo à eux pour un pays qui n’est pas vraiment rock ni metal

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  • franck beauvieux dit :

    Le succès est mérité ,je me souviens de les voir dans une minuscule salle du Nord au début de leur carrière.
    Mais ils ne suscitent rien chez moi.
    Les goûts et les couleurs.
    On a peu de groupes français qui percent sur la scène internationale.
    Bravo

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  • Leur musique ne me fait rien…question de goût…belle réussite cependant.

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  • Ces mecs ont tout compris : savoir évoluer sans perdre son âme. Quand l’intelligence s’allie au talent.

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  • cheminal10 dit :

    Gojira…. Notre fierté nationale !

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  • J’avais craqué sur leur album précédent, mais celui-ci me laisse de marbre…ça sent le réchauffé et le manque d’inspiration !

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  • Ce groupe est ENORME. Vivement le 30

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