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Chronique   

Gone Is Gone – If Everything Happens For A Reason… Then Nothing Really Matters At All


Gone Is Gone a profité du confinement pour revenir plus tôt que prévu, bien qu’il ait commencé à distiller de nouveaux morceaux dès décembre 2019. La pandémie a freiné les différents projets de ses membres, notamment le vingtième anniversaire de Mastodon. Troy Sanders, Troy Van Leeuwen, Tony Hajjar et Mike Zarin ont pu s’atteler à un deuxième album de ce supergroupe. De quoi confirmer les meilleures impressions laissées par le post-rock/rock alternatif d’Echolocation (2017). Ou plus radicalement et surprenant, rebattre les cartes. If Everything Happens For A Reason… Then Nothing Really Matters At All ne se repose pas uniquement sur les acquis de ses aînés. Gone Is Gone prend le parti audacieux de se distancier de la recette « facile », à savoir s’inscrire dans la continuité rock d’Echolocation.

D’une certaine manière, IEHFAR se rapproche davantage du premier EP dans sa philosophie. Plutôt qu’un réemploi du vocabulaire rock traditionnel que ses membres connaissent parfaitement, Gone Is Gone se nourrit des expériences de composition de Mike Zarin et Tony Hajjar pour les films et jeux vidéo. L’introduction atmosphérique « Resfeber » nous plonge au sein d’un univers angoissant, formé par des mouvements d’ondes et des couches stridentes. La tension créée permet à « Say Nothing » d’émerger et de présenter un Gone Is Gone adepte des codes du trip-hop. Rythmiques cycliques, arrangements mélodiques distillés avec parcimonie et chant presque contemplatif : Gone Is Gone doit beaucoup à Massive Attack et A Perfect Circle. Même lorsque Gone Is Gone adopte des structures canon du rock, il ne résiste pas à l’envie de nous enfermer dans une boucle à l’instar d’« Everything Is Wonderfall ». Il y a une torpeur qui naît des lentes articulations d’IEHFAR, qui repose autant sur les multiples couches et arrangements immersifs que sur le riffing en tant que tel. « Death Of A Dream » se veut l’avatar de cette philosophie : Gone Is Gone joue pleinement sur les deux tableaux, comme s’il avait « corrompu » la méthode d’Echolocation pour se laisser aller au gré de ses états d’âme. Le chant de Troy Sanders démontre la versatilité acquise par ce dernier, bien éloigné des vociférations du Mastodon intransigeant des premières heures.

La norme d’IEHFAR est bel et bien cette recherche d’une implication plus subtile de l’auditeur, censé se laisser emporter par ce qui se rapproche d’un environnement sonore plutôt que d’une composition au sens classique. « Wings Of Hope » s’accroche à un murmure, une ligne de basse, et une nappe qui va crescendo, à l’instar de « Crimson, Chaos And You » qui nous laisse à peine déceler sa pulsation. « Sometimes I Feel » évolue sur un beat minimaliste et des sonorités caverneuses qui s’ouvrent pour faire naître un sentiment d’immensité. « No One Ever Walked On Water » s’appuie sur ses accents de guitare saturées et la répétition de motifs indus. La production de « Force Of A Feather » est à elle seule représentative de l’orientation musicale d’IEHFAR : le jeu de batterie, les mélodies de guitare et le phrasé de chant sont traités en arrière-plan, presque effacés par les arrangements électroniques omniprésents. IEHFAR ne dévoile jamais ses mystères. Il nous laisse déambuler au sein d’un univers nébuleux aux contours presque inexistants. L’identité de Gone Is Gone ne subsistant presque que par la mélancolie de ses mélodies et le cachet de ses sonorités.

Gone Is Gone nous prend de court. Si Echolocation pouvait nous faire miroiter l’avènement d’un groupe de post-rock au line-up alléchant, IEHFAR nous rappelle qu’un supergroupe n’a pas vocation à nous ravir. Il est avant tout l’occasion de confronter la créativité de membres prolifiques qui ont l’envie de collaborer. De fait IEHFAR nous oblige à redécouvrir Gone Is Gone à travers une musique qui lui appartient toujours et qui paraît pourtant si lointaine. Moyennant un certain investissement, il est un prélude au déconfinement par son incitation à errer.

Clip vidéo de la chanson « Breaks » :

Clip vidéo de la chanson « Sometimes I Feel » :

Clip vidéo de la chanson « Everything Is Wonderfall » :

Clip vidéo de la chanson « No One Ever Walked On Water » :

Album If Everything Happens For A Reason… Then Nothing Really Matters At All, sorti le 4 décembre 2020 via Clouds Hill. Disponible à l’achat ici



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