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Chronique   

Gorguts – Pleiades’ Dust


Gorguts - Pleiades' DustS’il fallait une preuve que la reformation d’un groupe après des années d’inactivité n’est pas nécessairement due à une histoire de gros sous ou de manque d’inspiration, Gorguts serait le candidat idéal. Après une carrière remarquée dans les années 90 avec des albums comme The Erosion Of Sanity et surtout Obscura, le groupe s’était évanouit dans la nature après From Wisdom To Hate en 2001. Près de quinze ans plus tard, il était ressuscité par Luc Lemay, son leader, accompagné pour l’occasion d’un line-up flambant neuf composé de pointures du genre. Le fruit de ce retour, Colored Sand, sorti en 2013, non seulement ne déparait pas au milieu des morceaux de bravoure des Canadiens, mais qui plus est témoignait d’une montée en puissance et d’un progrès réels. En attendant un prochain album, c’est d’un EP qu’ils nous gratifient cette fois-ci : Pleiades’ Dust, dont le format – une seule chanson de 33 minutes – témoigne d’une nouvelle avancée du groupe vers des contrées toujours plus progressives.

En effet, l’EP a été conçu par sa tête pensante comme « une longue respiration ». Si l’on perçoit à l’écoute des pauses qui délimitent des chapitres, ou peut-être plutôt, compte tenu de la culture classique de Luc Lemay, que l’on perçoit bien à l’écoute de Pleiades’ Dust, des mouvements, c’est bien le sentiment d’unité qui prédomine. Obligeant l’auditeur à une écoute linéaire et attentive, le format met en valeur la dimension narrative voire cinématographique d’un EP-concept inspiré par un ouvrage de Jim Al-Khalili intitulé House Of Wisdom [La maison de la sagesse]. Pour évoquer un monde arabe médiéval qui s’illustre par ses sciences et sa philosophie florissantes sous le règne des Abbassides alors que l’Occident de l’époque semble marqué par son obscurantisme, couvrir pas moins de cinq-cents ans d’histoire de la fin de Rome jusqu’au Bagdad du XIIIe siècle puis terminer entre destruction et autodafés, le son du groupe se fait complexe et varié. On est loin des passages taillés pour les circle-pits qu’on pouvait trouver plus tôt dans la carrière du groupe : Pleiades’ Dust s’attache à susciter la contemplation et la réflexion, à l’image de groupes comme Neurosis, Opeth et surtout Porcupine Tree, dont deux performances live de The Incident à Montréal ont eu une influence déterminante sur le travail de Luc Lemay.

Cependant, si Pleiades’ Dust raconte cette épopée culturelle, il ne l’illustre pas pour autant – la musique était déjà écrite au moment où le sujet a été choisi. Pas de sonorités orientales par exemple, mais entre les passages de death technique aiguisé qui font la marque de fabrique du groupe, des pauses atmosphériques progressives à souhait, et même une parenthèse presque industrielle. La complexité reste donc de mise évidemment, même sur ce format plus court, la cohérence étant assurée par la maîtrise des musiciens, que ce soient les guitares intriquées de Luc Lemay et Kevin Hufnagel, le travail de batterie fin et complexe de Patrice Hamelin, seul nouveau membre du groupe, ou la basse de Colin Marston, mieux mise en valeur que sur Colored Sand. Ce long titre tortueux et alambiqué n’est pas sans rappeler, notamment sur certains des passages les plus atmosphériques, les maîtres en la matière : les pontes du black avant-gardiste de Deathspell Omega, influence revendiquée de Luc Lemay, qui ne tarit pas d’éloge sur Chaining The Katechon notamment, EP composé d’une chanson de plus de vingt minutes.

Cependant, on remarque que si les Français mettent dissonance et format disloqué au service de l’obscurité et de la part maudite de l’humanité, Gorguts au contraire célèbre la raison et les Lumières dans un Pleiades’ Dust conçu comme « une ode aux savants et à l’approche scientifique des choses, à la curiosité et à la philosophie ». Bref, un hommage presque positiviste à la raison et à l’intellect servi par une musique technique, cérébrale et très aboutie. On l’aura compris : avec Pleiades’ Dust, le groupe ne propose pas seulement à ses fans de quoi patienter d’ici son prochain album, mais une œuvre en soi, et un progrès réel dans sa démarche. Le chemin de la sagesse, assurément.

Ecouter « Besieged » :

EP Pleiades’ Dust, sortie le 13 mai 2016 via Season Of Mist.



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