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Chronique   

Gorod – A Maze Of Recycled Creeds


Gorod - A Maze Of Recycled CreedsNul doute qu’à force de constance dans la qualité de ses productions, Gorod est devenu avec le temps un acteur incontournable de la scène extrême française. Et ceux qui connaissent le combo le savent, succéder à A Perfect Absolution (2012) est loin d’être chose aisée. Les Bordelais ont pourtant des arguments intéressants, à commencer par l’arrivée d’un nouveau batteur : Karol Diers. A Maze Of Recycled Creeds, cinquième album du groupe en tout juste dix ans, aurait pu pâlir face à son prédécesseur. En réalité, il s’inscrit dans une lignée technique similaire en se singularisant. Gorod s’impose et se dépasse. Clinique.

Détailler les compositions de Gorod serait un exercice de style presque illusoire tant les compositions tendent vers l’opulence. Décrit à l’image d’un Cynic de l’époque Focus (1993) comme groupe de death metal/jazz, il convient d’agrémenter le propos. Ce n’est pas tant les signatures rythmiques, la volubilité des plans et les arrangements qui révèlent une culture musicale transversale chère au groupe mais une manière de composer libre et audacieuse. Gorod est à ce point de vue ambitieux, peut-être froid lors de quelques moments épars mais souvent diablement tranchant, à l’image de « The Mystic Triad Of Artistry » et le refrain hurlé de Julien Deyres. Rien que l’introduction de « From Passion To Holiness » suffit à démontrer le condensé qu’est la musique de Gorod : atmosphère pesante, son lourd et respirations jazzy. Le groupe peut se targuer d’un statut d’ « alchimiste », en somme créer de la cohérence là où ne semblerait régner que l’hétérogénéité. Le travail réalisé sur les parties de guitare y est pour beaucoup à vrai dire. Le refrain de « Dig Into Yourself » est très simple d’appréhension, au sein d’un titre à la consonance thrash affirmée (quelques touches « slayeriennes » viennent titiller l’oreille). « Rejoice Your Soul » se paie le luxe d’être amorcé par un groove basse-batterie purement jazz-fusion avec seulement quelques notes de guitares en fond, avant d’atterrir sur un riff rappelant un certain Intronaut et, un peu plus loin, des plans rythmés à la sauce jazz-boogie qui ne sont pas sans rappeler les compatriotes de Trepalium.

Gorod pousse toutefois l’auditeur à l’effort et on ne peut pas vraiment lui en vouloir. On peut vite se trouver décontenancé lorsqu’on ne connaît pas le groupe et que l’on n’est pas un minimum initié à un mélange des genres d’une technicité rare. Seulement, cet effort est loin d’être une entrave. Ce A Maze Of Recycled Creeds est un paradoxe à lui seul : intriqué et pourtant limpide. L’oeuvre de Karol Diers est à ce titre remarquable, les parties de batterie ont suffisamment de cachet pour se distinguer, tout en restant d’une humilité propice pour transcender les riffs ou soli : le pont de « Syncretic Delirium » peut en témoigner. Surtout, bien que la démonstration technique puisse en de rares endroits scinder l’auditeur et la musique, Gorod arrive à construire une atmosphère qui lie les compositions entre elles, par le song-writing et les arrangements. A Maze Of Recycled Creeds a une réelle profondeur émotionnelle, il suffit d’apprécier l’enchaînement d’un solo à la Paul Masvidal (Death, Portal, Cynic) et d’un riff cathartique à l’instar de « Celestial Nature ».

Au jeu des comparaisons, Gorod a des forces qui appartiennent à Cynic, Intronaut, Shining, Behemoth pour ne citer qu’eux. Pourtant, le groupe ne fait pas de sa musique un agrégat d’influences. Il y a une finalité et une identité très forte qui émane de ce A Maze Of Recycled Creeds. Gorod s’illustre avant tout comme un groupe particulièrement intelligent. Clinique, on vous dit.

Ecouter l’album en intégralité :

Album A Maze Of Recycled Creeds, sorti le 16 octobre 2015 via Listenable Records.



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  • Ah non moi j’ai trouvé que c’était une très bonne chronique! Franchement pas si difficile à lire que ça…

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  • Genre je mets des mots compliqués partout – et surtout aux endroits où ils ne veulent rien dire – pour bien montrer que c’est pas un album de bouseux…

    D’habitude, RM évite l’écueil, mais là on est en plein dans ce qui fait que la plupart des chroniques de métal sont illisibles : la pédanterie.

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