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Metalanalyse   

Gotthard a choisi la vie


Un groupe qui perd tragiquement l’un de ses musiciens-clef n’a que deux chemins possibles : la mort subite (Led Zeppelin, Nirvana, Type O Negative) ou la renaissance (AC/DC, Alice In Chains, Metallica). Tout ceci est bien naturel : certains sont abattus par le destin et tentent d’oublier la douleur en passant à autre chose, d’autres, au contraire, affrontent le destin pour exorciser la peine. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise façon de réagir face à la mort d’un proche.

Toujours est-il que c’est vers la seconde option que Gotthard s’est porté suite au décès de son talentueux chanteur Steve Lee, happé le 5 octobre 2010 par un camion dérapant par temps de pluie sur une autoroute américaine. Comme nous l’expliquait le guitariste Freddy Scherer en septembre dernier, en plein dans les auditions de chanteurs : « Premièrement, chacun de nous voulait continuer à faire de la musique, deuxièmement, nous voulions continuer ensemble » et, surtout, Gotthard avait la bénédiction de la famille de Lee. Au final, les quatre survivants ont choisi d’écouter leur cœur car, après tout, il est encore le meilleur conseiller lorsqu’il s’agit de faire un choix difficile.

Sur les 450 candidatures reçues par le groupe, c’est un inconnu nommé Nic Maeder qui a été retenu. Gotthard est prêt pour un nouveau départ. Il est évident qu’après une telle rupture, il ne faut pas espérer voir le groupe reprendre sur la même route : les repères sont chamboulés et les hommes sont marqués par l’épreuve qu’ils ont vécue. Mais comme bien souvent face à la mort, c’est la vie qui ressurgit : ce sont les souvenirs, les bons moments, les plaisirs simples et tout ce qui importe réellement qui vient subitement frapper l’esprit. Assurément, la mort fait vivre les vivants.

Preuve en est avec ce Firebirth au titre et au visuel plus qu’évocateur : le phénix fait renaître sa flamme. Il y a de la joie de vivre dans cet album. Il y a une énergie, celle qui investit l’homme prenant soudainement conscience de la grandeur de la vie. Ce nouvel album, c’est un nouveau départ pour Gotthard. Un départ recentré sur l’essentiel. On parlait de souvenirs qui ressurgissent (ne dit-on pas qu’on voit défiler notre vie lorsque l’on approche ou frôle la mort ?) et c’est précisément dans ses origines que le groupe puise aujourd’hui sa vitalité. La cassure, elle est là : Gotthard met aujourd’hui de côté l’évolution qui l’a progressivement mené vers le rock moderne et léché de Domino Effect et Need To Believe. Les Suisses ressortent les gammes blues et la production, plus brute et naturelle, fait la part belle au crunch des guitares. Même le métronome a été laissé de côté pour l’enregistrement de la batterie, comme nous l’a précisé Maeder. Firebirth c’est l’album pour les amoureux d’un hard bluesy et incisif. Il suffit d’écouter les « Starlight », « Give Me Real », « Fight », « I Can » pour percevoir l’illusion de cette jeunesse retrouvée. Plus encore, « Right On », avec son riff efficace et sa talk-box rappelant, en plus nerveux, le classique « Mountain Mama », semble tout droit sorti des sessions de Dial Hard. « Yippie Aye Yay », quant à lui, joue la carte du hard festif avec un refrain à chanter à tue-tête, summum de l’enthousiasme. Même la power-ballad « Remember It’s Me » se voit gratifiée de manière inattendue d’un pont hard.

L’illusion de retrouver le Gotthard des premiers albums est, en sus, entretenue par le timbre vocal de Nic Maeder, proche de celui de son prédécesseur. Si ce n’est que ce que Maeder perd en incision par rapport à Lee, il le gagne en sensualité avec des phrasés évoquant – même s’il avoue, dans les faits, ne pas en être familier – un David Coverdale. Comment ne pas penser au célèbre chanteur de Whitesnake et son timbre de tombeur à l’écoute de « Remember It’s Me » ? Certains rétorqueront, à juste titre, qu’il y avait aussi du Coverdale chez Lee. De toutes manières, Scherer avait été clair sur le sujet : « D’un côté, on ne cherche pas une copie de Steve, mais de l’autre il faut un chanteur qui soit plus ou moins dans son style pour pouvoir continuer à jouer les vieux morceaux, tout en ayant, bien évidement, son propre caractère. » Plus que moins, c’est ce que Maeder apporte aujourd’hui à Gotthard.

Que l’on ne s’y trompe pas en revanche. Musicalement, le Gotthard d’aujourd’hui, n’est pas le Gotthard de 1994-1996 pour autant. Firebirth est avant tout l’album de musiciens qui mordent la vie à pleines dents, certes, mais aussi et surtout de musiciens matures et expérimentés. En aucun cas Gotthard ne cherche à redevenir ce qu’il n’est plus. Il ne fait que ressortir ce qu’il est au fond de lui-même. Et c’est bien pour cette raison que l’album fonctionne. D’autant plus que le matériel apporté par Maeder, déjà très actif sur le processus de composition, se fond remarquablement dans la griffe de Gotthard.

Scherer l’avait annoncé : Firebirth devait contenir une chanson dédiée à Steve Lee. Une chanson ouverte en forme de question plus que de déclaration, demandant des nouvelles de leur défunt collègue et ami. C’est naturellement en clôture d’album que cette ballade, émouvante ne serait-ce que par ce qu’elle représente, intitulée « Where Are You » a été placée. On y entend le groupe, par le biais de sa nouvelle voix, s’adresser directement à Lee : « Où es-tu ? Es-tu où les cieux sont bleus ? Joues-tu avec le soleil ou parles-tu à la lune ? […] Comment est la vie là bas ? […] Est-ce vrai que tes amis t’ont accueilli ? Est-ce que la route de nulle part mène désormais quelque part ? Est-ce vrai ? Vas-tu m’aider à comprendre ? » Une ballade à la fois dramatique et pleine d’espoir que Maeder chante comme, on imagine, Lee aurait pu la chanter. Ce qui habilement – même si cela s’avère probablement involontaire – a pour conséquence d’entretenir la confusion et les interrogations.

Ce qu’il faut retenir en définitive, c’est que face à la mort, Gotthard a choisi de répondre par la vie. A ce titre, Steve Lee, où qu’il soit, peut être fier car Firebirth démontre que même par sa disparition, il est parvenu à inspirer ses anciens camarades de jeu. Un album qui assurément gardera une aura très particulière dans la discographie de Gotthard.

Firebirth : sortie le 1er juin 2012 via Nuclear Blast.



Laisser un commentaire

  • Salut,
    Cet album est une merveille de remise en question par l’émotion qu’il dégage et, que oui la VIE doit être la vrai solution. J’ai assisté au concert à Locarno (CH) Moon&stars, un concert comme j’en ai rarement, sinon jamais vécu,il y avait tout ce que Gotthard pouvait faire, cornemuses,violons,choeur d’enfants, un son d’enfer et la touche que des artistes restés humain ont offert,un hommage tout en douceur à Steve de la part de Leo Leoni et la bande…que c’était beau.

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  • Ce dernier album c’est juste que du bonheur, comme tout les autres…

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  • Impatient d’écouter cette album et de les voir à Rock Oz’ 😀

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