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Interview   

Gotthard : la ruée vers l’or


Gotthard fête ses noces d’argent ce mois-ci, avec la sortie d’un album au titre sans équivoque : Silver. Vingt-cinq ans déjà que le groupe helvète trace son chemin, malgré les épreuves, et notamment la plus grande épreuve qu’un groupe puisse avoir à affronter, avec le décès du chanteur Steve Lee en 2010. Malgré cela, Gotthard revient, toujours plus fort, toujours plus déterminé.

Cet anniversaire est donc bien sûr l’occasion de se pencher sur le passé, les débuts dès les années 90, la carrière formidable du groupe, tout ce qui a forgé ces années de vie et de musique ; mais aussi de regarder vers l’avenir, avec cet album de Gotthard pur jus, façonné par les riffs électrisants et les mélodies entêtantes, et avec la tournée qui se profile pour cette année.

Nous avons rencontré le guitariste Leo Leoni pour aborder tous ces sujets, et d’autres plus personnels, dans un entretien authentique avec celui qui a désormais deux fois l’âge de son groupe.

« C’est plus difficile qu’un mariage ! Dans un mariage, on est que deux ! [Rires] […] Là il y a cinq mecs, qui sont peut-être cinq primadonna, il y a cinq égos qui se battent. Donc là, des fois c’est plus difficile. »

Radio Metal : Avec Silver, vous célébrez les vingt-cinq ans de Gotthard…

Leo Leoni (guitare) : Ça veut dire que j’ai déjà vingt-cinq ans ! Je les porte mal je pense [rires].

Le titre est d’ailleurs une référence directe aux noces d’argent. Pourquoi cet anniversaire en particulier est-il si important ? Qu’est-ce qu’il représente ?

Ça représente surtout les vingt-cinq depuis la sortie du premier disque, c’était en janvier 1992. Donc quand nous avons fini d’enregistrer cet album-là, nous étions là à discuter comment nous allions l’appeler, et moi je voulais lui donner un nom comme… Enfin, je ne sais pas, et puis c’est vrai que nous avons commencé à réfléchir, nous disant qu’il allait sortir en janvier 2017, ça faisait vingt-cinq ans… Alors quand nous avons commencé à discuter sur cette question, cette idée de noces d’argent, nous nous sommes dit : « Ouais, Silver, c’est super ! Et ça fait vingt-cinq ans… » Plus que vingt-cinq ans, même, que nous sommes ensemble avec le groupe, sauf que Steve [Lee] n’est plus là. « Donc on va célébrer ces vingt-cinq ans de carrière musicale ! »

As-tu le sentiment que ce groupe, c’est un peu comme un mariage ?

C’est plus difficile qu’un mariage ! Dans un mariage, on est que deux ! [Rires] Et puis surtout, avec un mariage, tu as un homme et une femme, il y a déjà quelque chose qui équilibre, alors que là il y a cinq mecs, qui sont peut-être cinq primadonna, un petit peu, tu vois ce que je veux dire, il y a cinq égos qui se battent. Donc là, des fois c’est plus difficile. Mais comme un mariage, c’est clair qu’il y a des hauts et des bas mais il faut dialoguer pour que ça continue.

Par coïncidence, tu célèbres également cette année tes cinquante ans. Dirais-tu que ta propre existence et celle de Gotthard sont entremêlées ?

J’ai cinquante ans et j’ai fait vingt-cinq ans et plus de carrière musicale, donc je pense que oui, c’est la moitié de ma vie. Je peux dire que c’est pas mal ! En fait, c’est moi qui ai commencé cette histoire et donc c’est un peu comme mon petit bébé, si tu veux, qui a grandi. Maintenant il est grand [rires]. Un bébé adulte, c’est justement le moment où il commence à marcher tout seul [petits rires], mais je vais encore rester là pendant quelques années.

D’ailleurs, tu es toujours resté fidèle à Gotthard. C’est important ?

Je peux tourner la question autrement : tu as demandé si c’était comme un mariage, donc est-ce nécessaire de rester fidèle ? Si tu veux arriver à faire quelque chose, je pense que oui. Je pense que ce n’est pas exactement la même chose mais si tu dois travailler sur le même projet, et puis ça devient un groupe, et puis ça devient ce que nous sommes maintenant, à vingt-cinq ans de carrière… Je pense que si tu regardes les groupes qui ont au moins vingt-cinq ans de carrière, il y en a même qui ont cinquante ans, ils ont toujours été fidèles à leurs potes. Même si, comme artiste, tu as le droit de t’exprimer et faire autre chose mais c’est clair que si tu mets toute ton énergie et ton temps dans un autre projet, quelque part tu vas perdre quelque chose. Si tu vas à gauche, tu n’arrives pas à droite. La seule chance que tu as, c’est si tu continues d’un côté jusqu’à ce que tu arrives de l’autre côté.

Tu as déclaré que ce quart de siècle d’histoire de groupe a été moulé dans Silver. Comment exactement cet anniversaire a influencé musicalement le processus d’écriture de cet album ?

En fait, ces vingt-cinq ans de carrières, nous n’y avons pas pensé. Nous avons pensé que nous devions faire un album. Nous devions faire un album très important parce que c’est le troisième avec Nic [Maeder], et donc il est clair que vingt-cinq ans d’expérience, ça te donne un coup de main, tu sais ce que tu dois faire, tu sais ce qu’il est mieux de ne plus faire. Tu essaies de faire le mieux que tu peux avec la situation du moment. Donc ça veut dire que pour le troisième disque avec Nic, nous nous connaissons maintenant depuis cinq ans, maintenant on peut dire que Nic s’est complètement intégré à ce que nous faisons. Et nous aussi, nous le connaissons mieux, et lui aussi nous connait mieux. Donc ça veut dire, comme dans les couples, les mariages, tu connais les bons côtés et les moins bons côtés, et ceux qui sont encore mieux. Là c’est la même chose, donc musicalement, tu peux dire : « On peut essayer ci, on peut essayer ça. Ça c’est mieux. Ça on ne fait pas. » Avec l’expérience de toutes ces années, tu dis : « Bon, ça c’est Gotthard. On doit faire quelque chose qui soit Gotthard aujourd’hui, ça va être Gotthard 2017, 2018… » Ca, c’est notre direction. C’était la chose la plus importante et je pense que c’est ce que nous avons fait avec ce produit, ce Silver.

Le fait de célébrer un anniversaire est une expérience forcément nostalgique. Dirais-tu qu’il s’agit d’un album nostalgique ?

Je ne pense pas. Il y a plein de joie dans cet album, il y a plein d’énergie. Faire un anniversaire, je ne pense pas que ce soit vraiment nostalgique. C’est quelque chose d’important, c’est se souvenir de ce que tu as fait, c’est célébrer un moment de ta vie. C’est comme un anniversaire. Si c’est ton anniversaire, tu n’es pas triste. Je pense que tu es content si tu arrives chaque année à avoir un an de plus. Il y a des gens qui n’arrivent pas à célébrer ça. Donc il faut être joyeux, il faut le célébrer.

Nic a dit en interview il y a quelques mois qu’à l’époque, vous aviez déjà composé dix chansons mais que vous vouliez en composer davantage, de façon à ne choisir que les meilleures. Est-ce que ça a toujours été la façon de précéder ?

Oui. Normalement, oui. Ça veut dire que tous les mecs du groupe amènent leurs idées qu’ils ont rassemblées pendant l’année et puis nous commençons à regarder toutes ces idées, nous commençons à voir ce qu’il y a, ce que nous pouvons garder, ce sur quoi nous pouvons travailler, et ce qui va être mis de côté. Donc c’est clair que tu essaies de prendre ce que tu as de meilleur à ce moment-là. Ça ne veut pas dire que ce qui reste de côté n’est pas bien, mais peut-être que ça ne convient pas pour l’instant, pour le disque sur lequel tu es en train de travailler.

Au final, combien de chansons vous êtes-vous retrouvés à composer ?

A la base, il y a treize morceaux sur l’album, donc il y a quinze morceaux au total, et je pense que nous en avons enregistré seize, et il y en avait encore deux ou trois qui sont restés de côté. Je ne suis pas sûr mais je pense que c’est ça.

Nic a aussi dit que c’était toi, Freddie et lui qui aviez écrit la majorité des chansons. Peux-tu nous expliquer comment a fonctionné le processus d’écriture entre vous trois, et comment Hena Habegger et Marc Lynn y contribuent ?

Alors, Marc, le bassiste, a amené quelques idées et deux chansons sur lesquelles nous avons travaillé et qui sont sur l’album. Il s’agit de « Why » et de « Blame On Me ». Mais les autres, c’est vrai que c’est plus Freddie, Nic et moi qui les avons amenés. En tant que guitariste, c’est normal, tu as peut-être plus d’idées parce que tu joues la guitare et c’est plus simple, et nous avons toujours écrit comme ça. Avec Nic, c’est pareil, c’est le chanteur, les textes sont une partie très importante, et c’est son instrument, la voix. Donc oui, nous travaillons ensemble sur les textes, mais c’est vrai que les paroles, il sait mieux ce qu’il doit sortir avec ses paroles, avec sa voix, avec sa gorge, si tu veux, parce qu’il faut penser que c’est aussi un instrument. Donc c’était comme avant, au début avec Steve, chacun amène ses idées et puis nous travaillons ensemble. Sauf qu’il y a des idées, si quelqu’un a déjà une idée bien claire, alors nous travaillons seuls, mais dans la majorité des cas, normalement, nous travaillons ensemble.

« [Il ne faut] pas avoir peur de dire : ‘Ecoutez, peut-être que l’amour, c’est mieux que la guerre.’ Comme [John] Lennon a commencé à le dire et comme beaucoup d’autres artistes l’ont dit. Il ne faut pas oublier que c’est peut-être le message le plus important qui soit. Même si ça a déjà été chanté, discuté des millions de fois, ce n’est jamais assez. »

Comme tu l’as mentionné, il s’agit du troisième album pour Nic. Comment a évolué le groupe et sa dynamique avec lui à bord ?

Tu sais, comme je l’ai dit avant, il faut le temps pour se connaître. Ça veut dire se connaître soit du côté musical, soit du côté humain, soit du côté live, sur scène. Tu arrives à apprendre ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire, comme je le disais avant. Et lui aussi, il sait ce qu’il peut amener comme idée et ce qui peut-être ne va pas entrer dans le [moule] de l’album, parce que peut-être ce sera un peu trop différent de ce que nous faisons normalement. Puisqu’il est le plus jeune de nous tous, peut-être qu’il écoute des musiques un peu plus jeunes [petits rires], et des fois il y a des mélodies qui ne correspondent pas à ce que nous faisons normalement. Mais je pense que ça, il l’a compris.

La chanson « Tequila Symphony No.5 » est basée sur la Symphonie No.5 de Beethoven. Quelle est l’idée derrière cette chanson ? Comment est-ce que c’est venu ?

En fait, c’est un peu Freddie qui est arrivé avec le refrain de ce morceau, avec les mélodies, mais il n’y avait pas de texte, et il m’a dit : « Ouais, je cherche un riff de guitare pour ça. » Moi je lui ai dit : « Ecoute, j’ai toujours eu cette idée de faire quelque chose avec la symphonie N°5 de Beethoven, parce que c’est cool, tout le monde connait ça. Mais on peut carrément l’utiliser pour quelque chose d’autre, parce que c’est incroyable, avec tout le respect [que ça peut susciter]… » Donc j’ai joué ce riff et nous avons bien aimé le résultat, et puis nous avons commencé à discuter de quoi nous pouvions parler, si déjà on a ce motif très important de cette symphonie. Et là nous avons décidé que ce serait cool de mentionner Beethoven, parce que c’est ça, en fait, ce n’est pas que nous essayons de faire quelque chose du genre, « oh, on a fait ça par accident », non, ce n’est pas ça, nous avons vraiment voulu le faire. Tu sais, en tant que musicien tu essaies toujours de faire quelque chose de majestueux, de faire le riff du siècle, et je pense que le seul guitariste qui soit arrivé tout près de cette symphonie, c’est Ritchie Blackmore avec « Smoke On The Water », parce que c’est monstrueux, c’est génial. Aussi on dit que Beethoven a trouvé de l’inspiration avec de l’alcool, je ne sais s’il buvait de la tequila, je ne pense pas, mais la Tequila N°5, c’est la tequila qui te donne cette [créativité] [rires]. Tu essaies d’avoir une sorte d’inspiration pour faire quelque chose et j’aimerais bien aussi faire quelque chose d’aussi grandiose que Beethoven, mais à la fin ce qu’il me faut, c’est au moins quelqu’un qui croie en moi, et c’est pour ça que nous avons mentionné Beethoven ; c’est un titre un peu rigolo, en fait [petits rires]. Et puis ensuite, il y a tous ces emprunts dans le solo [il chante un passage du solo], donc c’est amusant, mais avec du respect pour ce que ce grand génie de la musique a fait.

Avez-vous été d’une façon ou d’une autre influencé par Walter Murphy et sa fameuse version disco de cette symphonie, même inconsciemment ?

[Réfléchit] Ouais, il y avait une version disco… Mais je pense que c’est vieux ça, dans les années 80, toi tu n’étais pas encore là ! [Rires] Ouais, ils avaient ça, je pense que c’était l’époque où il y avait « Staying Alive », les Bee Gees, etc. Peut-être, oui, pourquoi pas. Je pense qu’eux ont eu la même idée. Je pense que nous ne sommes pas les premiers, donc nous ne serons pas les derniers à utiliser ce petit morceau de génialité [petits rires] qui a été fait par Beethoven.

Quel est ton rapport à la musique classique de façon générale ?

Tu sais, la musique classique, c’est ce qu’on appelle la grande musique, donc si tu es musicien ou tu essaies d’être musicien comme nous nous essayions de l’être, c’est bien d’écouter un peu ce qui s’est passé dans le passé. Automatiquement tu l’écoutes, et une il y a surement une raison parce que la grande musique est encore là, n’est-ce pas ? Moi, j’ai toujours aimé le côté grandiose que tu as avec un orchestre. Nous avons eu souvent des arrangements pour orchestre, nous avons travaillé avec un orchestre aussi, nous avons fait des concerts avec. J’adore ça ! C’est impressionnant tous ces musiciens, tous ces instruments qui jouent ensemble, c’est quelque chose de puissant, c’est comme un concert de rock, c’est fantastique. Ouais, j’adore ça ! Et c’est sûr que nous allons encore faire quelque chose avec ce monde classique.

Par le passé, ça t’es déjà arrivé de t’inspirer de musique classique pour des chansons de Gotthard ?

Si tu regardes ce que nous avons fait dans le passé jusqu’à maintenant, il y a toujours quelque chose de classique, je pense. Sur Bang! il y a les arrangements de « Thank You », dans « Anytime Anywhere » c’est une inspiration évidente, si tu regardes sur le dernier album, il y a évidemment « Tequila Symphony No.5 » mais aussi sur « Only Love Is Real », il y a un crescendo avec l’orchestre. Donc absolument, oui. Et puis des fois, ce n’est peut-être pas avec un vrai orchestre mais aujourd’hui, tu peux programmer, et de toutes façon il faut écrire toutes les partitions pour l’orchestre et tu as l’aide des ordinateurs, les bibliothèques de sons, mais c’est vrai que comme nous travaillons, il y a un mec qui arrange et qui fait les partitions pour plusieurs instruments. Ça veut dire que si demain nous voulons travailler avec un orchestre, il suffit de donner les partitions au chef d’orchestre et ça marchera. C’est vraiment construit comme si c’était un vrai orchestre. Et dans « Only Love Is Real », il y a carrément un vrai violon qui fait le solo.

Justement, on retrouve ces orchestrations sur « Only Love Is Real », est-ce que c’est une sorte de retombée de la chanson « Thank You » sur l’album précédent ?

Peut-être que c’est une continuation de ça, oui. C’est aussi une idée de souligner ce message, peut-être un petit peu banal et cliché, que « seul l’amour est réel », mais nous avons voulu le faire parce que si tu regardes ce qu’il se passe dans le monde entier aujourd’hui, c’est vraiment injuste, toute cette violence, donc peut-être que c’est mieux de le souligner, le répéter et ne pas avoir peur de dire : « Ecoutez, peut-être que l’amour, c’est mieux que la guerre. » Comme [John] Lennon a commencé à le dire et comme beaucoup d’autres artistes l’ont dit. Il ne faut pas oublier que c’est peut-être le message le plus important qui soit. Même si ça a déjà été chanté, discuté des millions de fois, ce n’est jamais assez. Donc c’est pour ça que nous avons voulu le souligner avec tout ce grand crescendo et tout. Nous répétons le même refrain mais c’est voulu comme ça.

La musique sur cet album a un côté très positif, surtout avec une chanson comme « Beautiful ». Est-ce que c’est votre mission : mettre les gens dans un état d’esprit positif ?

[Petits rires] Je ne sais pas si c’est une mission mais je pense que nous n’avons jamais voulu donner de moments négatifs. Il y a des moments très négatifs qui sont arrivés, comme lorsque Steve est parti, mais je voulais dire que nous n’avons pas fait en sorte que la musique soit influencée par ça, nous avons toujours essayé de donner cette énergie positive aux gens. Et puis c’est clair qu’il y a des morceaux qui sont peut-être un petit peu triste, ça arrive, mais ça fait partie de la vie, et même dans ces moments-là, nous avons toujours essayé de transformer cette énergie de tristesse pour donner de la force ; si quelqu’un d’autre tombait dans la même situation, il va trouver la force pour réagir et continuer. Je pense à des morceaux comme « Where Are You ? » que j’ai écrit quand Steve est mort et « Thank You », qui est une chanson que j’ai écrite pour ma mère. Je voulais déjà l’écrire des années en arrière, mais le temps passe si vite que je n’ai jamais trouvé le temps de le faire. Et puis j’avais aussi le morceau « Spread Your Wings », ça c’est quand tu es sur le lit de mort, il n’y a plus rien à faire, tu attends seulement le moment où tout se finit, et donc, même si c’est triste et que c’est le moment le plus difficile, il faut savoir que quand ce moment arrive, ça fait du bien, quelque part, et donc c’est bien de le dire et partager cette expérience avec les gens, le monde entier, les fans, et dire : « Ecoutez, si ça arrive, c’est grave, mais ce n’est pas si grave. » Et ça c’était important. Donc dans cet album, ouais, nous essayions de faire la même chose. Il y a un morceau qui s’appelle « Why », c’est aussi un peu triste, ça a été écrit pour… « Why », c’est « pourquoi est-ce que ça arrive ? » Au départ, c’était l’idée de faire plusieurs choses et puis, c’est Nic qui a dit : « J’aimerais parler de suicide. » Et donc nous avons pensé que c’était une bonne idée parce que il y a une saison, l’automne, où on voit plusieurs situations comme ça, et peut-être que c’est mieux que les gens parlent ou peut-être est-ce que nous qui devons apprendre à écouter un petit peu plus pour voir s’il y a quelque chose qui ne va pas. Voilà pourquoi nous avons pensé que c’était une bonne idée de faire passer ce message. Ce n’est pas vraiment de la joie mais ça fait réfléchir.

« Il y a des moments très négatifs qui sont arrivés, comme lorsque Steve est parti, mais nous n’avons pas fait en sorte que la musique soit influencée par ça, nous avons toujours essayé de donner cette énergie positive aux gens. »

Avec Firebirth vous étiez revenus aux sources de votre hard rock, plus bluesy. Et avec Silver on sent que ces sources sont toujours très présentes, avec des intonations seventies, de l’orgue Hammond, etc. Est-ce que c’est fini pour vous les albums hard plus modernes comme avaient pu l’être Domino Effect et Need To Believe ?

Je ne sais pas si Domino Effect était un album moderne. Domino Effect, c’était Domino Effect ! Need To Believe, ouais, il y avait quelque chose peut-être de moderne, c’était un petit peu du rock moderne, mais je pense que nous avons toujours suivi ce qu’étaient nos racines, c’est-à-dire ce qui vient du rock, des années 70, du blues, il y a toujours eu ça. Mais c’est peut-être aussi vrai que Silver… En fait, c’est plus moderne que les autres parce que c’est davantage orienté pour le futur, mais c’est clair que c’est toujours Gotthard. Chaque année c’est Gotthard nouveau [cru] [petits rires], donc je ne sais pas lequel est le plus moderne. Je laisse les fans décider ou vous qui êtes plus jeune [petits rires].

Charlie Bauerfeind a une fois de plus coproduit l’album. Tu as déclaré que vous étiez content du travail et du résultat sur la production du précédent album…

Oui, c’est vrai ! Sinon, nous n’aurions pas continué à travailler ensemble.

Vois-tu une continuité entre ces deux albums ?

Oui, il y a surement une continuité. La première fois que nous avons produit ensemble un album, c’était Bang!, la seule chose que nous aurions voulu… Parce qu’il s’est passé un peu trop de temps et donc j’avais d’autres choses à faire, c’est pour ça que nous avions mixé avec Ronald Prent au Wisseloord Studios, mais nous avions bien travaillé, la collaboration était super. Donc nous avons pensé que c’était une super idée d’essayer à nouveau mais de compléter l’opéra, pour ainsi dire. J’ai fait tout ce qui était pré-production et puis nous avons discuté de ce que nous voulions faire, nous nous sommes retrouvés, nous avons commencé à travailler sur la production, et ainsi nous sommes arrivés au mix. Je pense que nous avons fait un super travail, c’était une super équipe. Tout le monde est content, nous trouvons le résultat super, le groupe est content, la maison de disque est contente. Maintenant, nous espérons que les fans aussi seront contents, et les médias [petits rires].

Peut-on s’attendre à quelque chose de spécial pour la tournée anniversaire qui arrive ?

Bien sûr ça va être particulier parce que, ouais, depuis que nous avons réalisé qu’il y avait cet anniversaire, nous avons pensé à faire un peu un pot-pourri de ce que nous avons fait au cours de ces vingt-cinq dernières années. Donc ça c’est une chose, la première partie du Silver Tour, il y aura plusieurs morceaux de Silver, et puis ensuite nous jouerons d’autres choses que nous avons fait dans notre carrière, nous avons demandé aussi aux fans via Facebook, via internet, quels sont les morceaux qu’ils aimeraient bien entendre en live. Nous sommes en train d’évaluer ce que nous pouvons, ce que nous devons et ce que nous ne devons pas jouer. Ça c’est la première partie et ensuite il aura les festivals qui seront encore quelque chose de différent, et là nous allons faire une vraie tournée anniversaire, donc ce sera moins Silver et peut-être plus un best-of, ou peut-être des autres surprises, nous verrons [petits rires]. Mais je n’ose pas dire ce que nous allons faire parce que nous sommes vraiment en train de regarder ce que nous allons faire, et ce serait trop tôt de dire quelque chose et je n’aime pas dire des choses qui peut-être ne se réaliseront pas, je ne veux pas que les fans soient déçus. Je pense que c’est mieux de mettre en place quelque chose avant et montrer ce que c’est ensuite.

Qu’est-ce que tu retiens de ces 25 ans ?

Je pense que c’était très bien tout ce que nous avons fait. Nous sommes contents de tout ce boulot. La seule chose dont nous ne sommes pas content, mais nous ne pouvons rien y changer, c’est ce qui s’est passé avec Steve, malheureusement c’est comme ça, on ne peut pas le changer, c’est arrivé, c’est l’univers qui a voulu ça. Je pense que c’est vraiment la seule chose négative qui se soit passée dans notre carrière. Mais je pense aussi que face à cette situation, nous avons bien réagi, nous avons fait ce qu’il fallait pour retourner sur les scènes et rester où nous étions. C’est clair que nous sommes tombés, il faut se relever et se remettre en jeu, et je pense que ça, c’était bien. J’espère que nous allons encore faire quelques années. Je ne sais pas si ce sera encore vingt-cinq ans [petits rires] parce que je serais un peu plus vieux, je pense.

Il y a vingt-cinq ans, lorsque tu as commencé Gotthard, est-ce que tu aurais imaginé en arriver là ?

En fait, la réalité, c’est que j’ai commencé avec Gotthard un peu avant ça et non, je n’ai jamais pensé que nous allions arriver à faire ça, mais je croyais que nous pouvions faire quelque chose. La chose que j’ai toujours pensée, c’est de procéder étape par étape, il faut toujours mettre la barre du bout un petit peu plus haut. Et grâce à ça nous arrivions toujours à nos fins. C’était comme ça avant et c’est comme ça maintenant. J’y croyais, j’espérais, et maintenant nous sommes là [petits rires]. Et c’est vrai que la chose la plus importante c’est que je ne me suis presque jamais arrêté pour regarder ce que j’ai fait, ce que nous avons fait, donc ça veut dire que tu arrives là, et quand nous avons discuté de ces noces d’argent, tu te dis : « Wow, merde ! Ça fait vraiment vingt-cinq ans qui sont passés ? » Vingt-six, vingt-sept, même, en fait, car nous avons attendu presque deux années avant que le premier disque sorte. Steve et moi, nous avons commencé en 88, et puis en 89, nous avons continué, en 90 nous sommes partis en Amérique pour enregistrer le disque et le disque est sorti en 92, donc ça fait quelques années en plus. Mais c’est comme ça, nous y croyions et maintenant, nous sommes là.

Quels sont tes meilleurs souvenirs ?

Tu sais, il y en a vraiment beaucoup et c’est vraiment difficile d’en choisir un. Il y en a plein, il y a le premier disque, le premier contrat que nous avons signé au début, et puis à chaque fois qu’il y avait quelque chose, c’était un succès. Surement le retour que nous avons fait après Steve, ça aussi c’était grandiose, parce que nous avons trouvé la force de continuer à travailler et croire que nous allions y arriver. C’est vraiment difficile de choisir un moment. Il y en a vraiment plein.

Dans une interview, tu parlais du fait que la mort t’entoure depuis des années et que tu croyais au destin, que ton heure est déjà fixée, mais que l’âme ne meurt pas. Tu as dit que tu avais peur de la maladie, pas de la mort. As-tu toujours eu cette croyance ou vision des choses, ou bien est-ce le fait d’avoir perdu beaucoup de proches qui a alimenté ça ?

J’ai toujours eu un rapport avec la mort depuis que j’étais petit. Je n’ai jamais eu peur de la mort. Je crois que la première fois que j’ai vu quelqu’un de mort, c’était mon oncle, j’étais tout petit, j’ai vu quand ils fermaient le cercueil. Je n’ai jamais cette peur. Donc oui, c’est la mort, mais l’amour continue. Je n’ai jamais vraiment cru en l’enfer et au paradis, quoi qu’il y a peut-être quelque chose, peut-être qu’il y a des anges, peut-être que nous sommes des anges… Je pense que nous revenons parce que j’ai vécu beaucoup de moments où j’ai eu cette impression d’avoir déjà vu cette ville ou cette place ou ce moment-là, et puis, il y a beaucoup de théories. Je n’ai jamais vraiment cherché à savoir ce que c’était mais j’aime croire ça. Mais c’est aussi vrai que la maladie fait davantage peur, s’il y a quelqu’un qui souffre et qu’il n’y a plus rien à faire, qu’est-ce que tu fais à rester là ? Ça, ça me fait mal. Ça, ça me fait peur, quand tu ne peux être aidé par personne et il n’y a personne qui peut faire quelque chose pour toi. Je trouve que c’est bien qu’il y ait des choses comme Exit (association suisse d’assistance médicale au suicide, NDLR) qui te donnent le droit de dire : « Ecoutez, en arrêtant cette vie, peut-être que je vais revenir en papillon ou bien un autre être humain, » ou je ne sais pas, un être vivant, tu vois ce que je veux dire. C’est clair que plus tu deviens vieux, plus tu as de copains qui partent, c’est une roue qui tourne constamment, et c’est comme ça pour tout le monde ; ceux qui ne vivent pas ça, ça veut dire qu’ils sont partis trop tôt. Comme je l’ai dit, c’est comme ça, je n’ai pas peur de la mort. Je pense que notre âme sort de notre corps mais on est toujours là, donc c’est pour ça que je n’ai pas peur.

Interview réalisée en face à face le 16 décembre 2016 par Aline Meyer.
Fiche de questions : Philippe Sliwa & Nicolas Gricourt.
Retranscription : Nicolas Gricourt.
Photos : Martin Hausler.

Site officiel de Gotthard : www.gotthard.com

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