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Interview   

Graham Bonnet : retour à Alcatrazz


Graham Bonnet est un nom qui devrait parler à de nombreux adeptes de classic rock. Il fait partie de ces chanteurs emblématiques du rock qui ont posé leur voix sur les riffs de nombreux guitaristes prestigieux et légendaires : Ritchie Blackmore, Michael Schenker, Yngwie Malmsteen, Steve Vai, Chris Impellitteri… Mais c’est aussi un nom indissociable d’un groupe qui aura été un véritable révélateur de talent, et dont la courte carrière a durablement marqué le hard et le metal : Alcatrazz.

Depuis la fin d’Alcatrazz en 1987, après un troisième album, Dangerous Games, Graham Bonnet a passé une carrière à butiner à droite, à gauche, effectuant dans les années 2000 plusieurs tentatives infructueuses de faire revivre Alcatrazz… jusqu’à aujourd’hui. Born Innocent est l’album qu’on n’espérait plus, revenant en grande partie au style de No Parole from Rock ‘n’ Roll (1983). Non, Yngwie Malmsteen n’est pas de retour (il n’a même pas voulu proposer de contribution, contrairement à Steve Vai et pléthore d’invités), mais Born Innocent met en lumière l’un de ses disciples les plus remarquables, à la carrière déjà longue de quasiment trente ans en solo : Joe Stump.

C’est un Graham Bonnet jovial mais dévoilant de temps en temps quelques pointes d’amertume – ou de réalisme – que nous avons eu au téléphone pour nous parler de cette seconde vie d’Alcatrazz mais aussi de sa carrière et de son innocence perdue…

« Alcatrazz était utilisé comme un tremplin vers une possible carrière de guitariste. En partant d’Alcatrazz, deux gars se sont fait de belles carrières, Yngwie et Steve. Je ne peux pas les blâmer : tant mieux pour eux. »

Radio Metal : Tu reviens avec Born Innocent, le premier album d’Alcatrazz en trente-quatre ans. Le groupe n’a jamais été aussi proche de sa formation originale, en étant constitué des trois cinquièmes de cette dernière. Comment a eu lieu cette résurrection ?

Graham Bonnet (chant) : A un moment donné, je me produisais en tant que The Graham Bonnet band et en constatant qu’il y avait beaucoup de musique d’Alcatrazz lors de mes concerts, car c’était mon groupe évidemment, nous nous sommes dit de manière très pratique que nous toucherions un public plus large si nous utilisions le nom Alcatrazz, car les gens connaissent mieux Alcatrazz que mon nom, possiblement. Ça a effectivement un petit peu aidé. Donc maintenant, nous avons Gary Shea qui rejoue de la basse avec nous, c’est presque Alcatrazz à l’exception d’Yngwie Malmsteen et de Jan Uvena – deux personnes manquantes, mais les trois autres viennent du groupe original.

Comme tu l’as dit, cette nouvelle incarnation d’Alcatrazz est née du Graham Bonnet Band. Est-ce une source de frustration pour toi que les gens connaissent le nom d’Alcatrazz mieux que ton nom, Graham Bonnet ?

Oui, un petit peu [rires]. J’existe depuis longtemps maintenant, j’ai dans les trois cents ans ! Non, je fais ce métier depuis 1968 environ, j’ai fait des albums solos et j’ai été dans plein de groupes différents, mais parfois les gens ne connaissent pas mon nom. Ceci dit, je pense que les choses ont un petit peu changé l’année dernière car les gens me demandent : « Quand vas-tu faire un album solo ? » et ce genre de chose. Donc peut-être qu’après toutes ces années mon nom va enfin être aussi connu que le groupe Alcatrazz. Mais le groupe Alcatrazz n’a jamais eu le succès qu’il aurait dû avoir. Nous avons connu tant de changements dans le groupe que personne ne savait qui y officiait. D’abord il y a eu Yngwie Malmsteen à la guitare, puis c’était Steve Vai et il est lui aussi parti… Tout le monde est parti pour un meilleur boulot ! Et n’importe qui aurait fait ça, je le comprends bien. Alcatrazz était utilisé comme un tremplin vers une possible carrière de guitariste. En partant d’Alcatrazz – pas la prison mais le groupe – deux gars se sont fait de belles carrières, Yngwie et Steve. Je ne peux pas les blâmer : tant mieux pour eux. Les temps changent et on verra ce qui va se passer à partir de maintenant, car je pense que les gens aimeraient nous voir tous réunis, mais ça n’arrivera pas ; je ne vois pas Yngwie revenir dans le groupe ou Jan jouer de la batterie, car il a complètement laissé tomber, il en a eu marre de l’industrie musicale, je crois. Il joue encore de la batterie, mais pas de manière professionnelle.

Peux-tu nous parler du contexte de la séparation d’Alcatraz en 1987 ? Qu’est-ce qui a provoqué l’arrêt de ce groupe ?

Tout ! [Rires] Des disputes au sein du groupe… C’était quand Yngwie… Non, Steve Vai était dans le groupe, n’est-ce pas ? Non, attends, c’était Danny Johnson. Ce qui s’est passé, c’est que nous avons enregistré notre seul et unique dernier album, encore une fois [rires], et c’était le troisième album que nous avons fait en tant qu’Alcatrazz. Danny Johnson était notre guitariste et on lui a offert un meilleur boulot – encore une fois – mais ça ne s’est pas réalisé. Il allait rejoindre un groupe avec son beau-frère, un bassiste, et Eddie Van Halen voulait produire l’album avec lui, son beau-frère et une chanteuse qu’il appréciait – je parle d’Eddie – et ils ont commencé à mettre en place des choses, mais ça n’a mené nulle part ; ils n’ont pas eu l’argent pour le projet ou je ne sais pas, ça n’intéressait personne. Danny a donc rejoint Steppenwolf et a commencé jouer avec eux, et c’est encore ce qu’il fait aujourd’hui, de ce que j’en sais. Mais c’était la fin du groupe, je ne savais tout simplement pas quoi faire. J’avais un garage rempli de matériel, d’amplis entre autres, et donc tous les gars sont venus récupérer leurs affaires – ceux qui restaient – et c’était tout. C’était genre : « Ok, c’est fini. » Je suis parti en Australie pour y travailler un peu, mais bref, je suis revenu ici maintenant, mais il fallait que je fasse quelque chose parce que je ne gagnais pas un rond. C’était dommage que ça se soit terminé, mais Danny a eu un meilleur boulot, mieux payé et, comme tout le monde, il est parti faire de meilleures choses. Alcatrazz était, encore une fois, un peu un tremplin pour Danny.

Après ça, tu n’as jamais vraiment eu de groupe pérenne…

Ce n’est pas du tout un choix de ma part. Ça s’est passé comme ça. Les gens dans le groupe en ont marre les uns des autres, et ils se disent : « Bon sang, je dois vraiment voir ta tête un jour de plus ? » Je me souviens quand j’étais dans Rainbow, nous ne nous voyions jamais avant le moment du concert. Mais les années d’après, tout le monde traînait ensemble parce qu’au fil du temps, nous ne gagnions plus beaucoup d’argent, et nous nous retrouvions dans les mêmes hôtels, alors que par le passé, nous logions dans des hôtels différents parce que nous nous faisions plus d’argent – enfin, c’est ce que nous croyions. Evidemment, on nous escroquait notre argent. Mais oui, c’est un petit peu différent maintenant.

Ça fait depuis 2006 que tu as essayé de raviver Alcatrazz avec un line-up live très fluctuant – à un moment donné il y avait même deux Alcatrazz actifs en parallèle. Pourquoi est-ce que ça a pris autant de temps pour stabiliser ça et revenir pour de bon avec Alcatrazz ?

Eh bien… Personne ne voulait le faire ! [Rires] Il a fallu que je passe beaucoup de temps à essayer de convaincre les gens. Nous avons ce nouvel album et je suis encore un peu inquiet de savoir si ça va mener quelque part, s’il y a encore des gens qui sont intéressés par Alcatrazz – le nom, la marque Alcatrazz – parce que c’est un vieux groupe. Nous existons depuis longtemps et tout le monde évolue et plus personne ne va aux concerts, surtout maintenant avec ce virus, il n’y a plus de concert, personne ne sort. Et la tranche d’âge des personnes qui nous suivent encore tourne autour des soixante-dix ans ou cinquante, soixante, peu importe. Ils amènent avec eux leurs enfants, mais j’étais inquiet que… Je suis toujours inquiet, à chaque fois que je fais un album, de savoir s’il est aussi bon que le précédent, et j’espère que c’est le cas de celui-ci, mais je n’en suis pas sûr. Et pour le précédent, je n’étais pas sûr non plus. Je pense qu’arrivera le moment où tout ira mieux dans le monde sur le plan sanitaire et j’espère que le virus sera parti l’an prochain… Car sans ça, rien ne se passera : la seule chance pour que les gens écoutent un groupe, quel qu’il soit, c’est qu’il joue en live, et personne ne le fait.

« Nous avons ce nouvel album et je suis encore un peu inquiet de savoir si ça va mener quelque part, s’il y a encore des gens qui sont intéressés par Alcatrazz – le nom, la marque Alcatrazz. »

Alcatrazz est le groupe qui a fait connaître Steve Vai et Yngwie Malmsteen auprès des fans de hard rock et metal. Maintenant, tu mets en lumière Joe Stump, même s’il a déjà eu une longue carrière. Poursuis-tu une sorte de tradition de découvreur de talent pour les guitaristes ?

Les gars, c’est pour ça que nous sommes là ! [Rires] Pour permettre à quelqu’un de trouver un meilleur job ! Ça fait un bail que Joe a sa carrière. J’ai joué avec lui il y a longtemps à une convention musicale avec un paquet d’autres gens de The Doors, Toto, Uli Roth, etc. Ça devait être il y a douze ans, et nous avons fait quelques chansons ensemble parce qu’il voulait jouer avec moi, donc j’y suis allé et nous avons fait « Since You’ve Been Gone » ou « Lost In Hollywood », quelque chose comme ça. Donc je savais comment il joue. Il est arrivé, et je sais que les gens adorent son jeu, et il est super divertissant sur scène. Il jouerait éternellement si on le laissait faire ! C’est un guitariste chevronné avec énormément d’expérience. Si tu lui demandes de jouer du The Ventures ou Van Halen ou autre, il a toutes ces parties de guitares programmées dans sa tête, il sait très bien imiter les gens, mais il a son propre style qui est vraiment excellent. C’est tout simplement un musicien incroyable, un grand technicien.

Joe a toujours été comparé à Yngwie Malmsteen. Ferais-tu toi-même la comparaison ?

Je ne sais pas trop. Je pense qu’il a un peu de tout le monde ! [Rires] Quand Yngwie est arrivé dans le groupe, en l’occurrence, quand il a rejoint Alcatrazz, il était exactement comme Ritchie Blackmore, mais son style a changé à mesure que nous avons fait nos propres chansons. Je pense que c’est ce qui va arriver avec Joe. Joe n’a pas été dans un groupe pendant un million d’années, de ce que je sais, donc il va développer son propre style, que de toute façon il a déjà, mais je veux dire qu’il va probablement se transformer et surprendre tout le monde – au lieu d’être une imitation, ce sera un innovateur.

Est-ce que ce que tu recherches chez un guitariste partenaire est différent aujourd’hui par rapport à il y a trente-cinq ans ?

Probablement. Je vais être parfaitement honnête avec toi : les guitaristes avec qui j’ai le plus apprécié de jouer, ce sont deux personnes qui ont par la suite été faire d’autres choses, et ce serait Steve Vai et Danny Johnson. Danny est un grand musicien de R&B et de blues. Steve Vai est très, très différent. Quand il a rejoint le groupe, il était dans le groupe de Frank Zappa, et il était complètement différent, très avant-gardiste, et j’aime les musiciens comme lui. Le second album que nous avons fait avec Alcatrazz est mon préféré. J’ai beaucoup apprécié d’écrire des chansons avec Steve, parce qu’il a un peu le même esprit que moi : il part un peu dans tous les sens. Il emmène une chanson là où on ne s’y attend pas. Ensuite, Danny Johnson était très porté sur R&B – comme je le suis ou l’ai été, il y a des années – donc j’ai beaucoup apprécié d’écrire avec lui. Ecrire avec Yngwie, c’était très semblable à Ritchie Blackmore, mais Yngwie a changé plus tard aussi, ce qui est super. Mais maintenant, il y a tellement de milliers de guitaristes… Des gamins de neuf ans jouent comme Yngwie Malmsteen et c’est extraordinaire ! C’est quoi la suite ? Qu’est-ce qu’un guitariste peut faire maintenant pour être différent ? C’est très dur de trouver quelqu’un comme Gary Moore, Jeff Beck, Michael Schenker… Des mecs avec des styles très distincts. Donc d’où va venir le prochain grand guitariste ? Car grosso modo, aujourd’hui tout le monde émule le style de quelqu’un d’autre – ce qu’évidemment Joe est capable de faire, comme je l’ai dit, mais il fait aussi d’autres choses, il écrit également des chansons.

Sur les setlists récentes d’Alcatrazz, vous vous êtes principalement concentrés sur les chansons du premier album, No Parole From Rock ‘n’ Roll, et Born Innocent est clairement fait pour les fans de cet album. Etait-ce une décision conscience de ré-établir le groupe avec ce style et cette approche originels ?

Oui, évidemment, quand Joe est arrivé, il a tout changé parce que nous avions joué avec deux ou trois autres guitaristes avant et ça n’était pas tout à fait ça. En live, ça ne sonnait pas super. Probablement que nous tous, nous ne sonnions pas super. Nous avions besoin de répéter comme il se doit, et c’est ce que nous avons fait avec Joe. Quand il est arrivé dans le groupe, il a à cent pour cent amélioré le groupe, je pense. Il a tout simplement ramené Alcatrazz à… Ça nous a replongés dans nos souvenirs, pour ainsi dire, parce que ça sonnait énormément comme nous sonnions quand nous avons fondé le groupe en 1981 ou 1982.

La liste des participants sur Born Innocent est très impressionnante. Il y a des contributions de composition et de jeu de la part de Chris Impellitteri, Bob Kulick, Steve Vai, Dario Mollo, Jeff Waters, etc. Quelle était ton idée en impliquant autant de monde ?

C’est un argument de vente ! [Rires] Si je peux amener les gens à s’intéresser à cet album grâce à un guitariste avec qui j’ai joué, ou quelqu’un avec qui le groupe a travaillé, je pense que c’est un bon atout, si tu veux. Je n’ai pas réussi à motiver Yngwie à composer quoi que ce soit ; je l’ai contacté et ça ne l’intéressait pas du tout. Steve Vai m’a envoyé soixante chansons. Soixante chansons ! Et nous avons choisi celle-ci dans le tas. Puis bien sûr, Bob en a fait deux. Nous en avons donc choisi une de Steve et deux de Bob Kulick, que l’on vient tout juste de perdre… Je n’arrive pas à croire qu’il soit mort il y a à peine quelques semaines. Je n’en reviens pas, c’est incroyable. J’ai donc écrit deux chansons avec Bob et une avec Steve Vai. J’ai fait jouer Bob sur les deux morceaux qu’il a écrits pour l’album ; Steve n’a pas joué mais Joe a joué dans le style de Steve Vai sur ce morceau. Ce sont des amis à moi, et donc je me suis dit que ce sera un bonus pour les gens d’entendre les gars avec qui j’ai joué ou de retrouver ce vieux feeling d’Alcatrazz.

« Joe n’a pas été dans un groupe pendant un million d’années, de ce que je sais, donc il va développer son propre style, que de toute façon il a déjà, mais je veux dire qu’il va probablement se transformer et surprendre tout le monde – au lieu d’être une imitation, ce sera un innovateur. »

Ces deux morceaux que Bob Kulick a écrits sont probablement les toutes dernières chansons qu’il a écrites et jouées…

Oui. Elles sont très bonnes. J’aime ces deux morceaux. Il manque beaucoup aux musiciens que je connais, car tout le monde le connaissait à Los Angeles. Ça faisait un moment qu’il jouait, il a été dans dix millions de groupes et a joué avec tout le monde. C’était un de ces gars qui n’ont jamais eu la reconnaissance qu’ils auraient dû avoir. C’était très difficile de travailler avec lui, je dirais juste ça. Son frère, Bruce Kulick, a dit : « Bon sang, comment as-tu travaillé avec mon frère ? Il est tellement peu commode et veut que tout soit fait à sa manière ! » J’ai dit : « Oui, c’est un perfectionniste et il me rend dingue, mais c’est Bob ! Et c’est un sacrément bon guitariste et un grand arrangeur. » La dernière conversation que j’ai eue avec lui n’était pas très… ce n’était pas un moment joyeux, je vais être honnête avec toi. Je ne le déteste pas ou quoi, mais nous avons fini notre relation sur une note amère… mais je n’ai pas vraiment envie de rentrer là-dedans.

L’album s’appelle Born Innocent. Un titre assez évocateur…

Le titre Born Innocent peut vouloir dire plein de choses. Tu es né innocent et, tout d’un coup, tu te retrouves en prison – bordel, qu’est-ce qu’il s’est passé ? Le message de la chanson est que quand on grandit, parfois on prend de l’amertume et on devient un être humain. Quand on est bébé, tout est nouveau et frais, mais quand on atteint la vingtaine ou la trentaine, on se dit : « Ah, j’aurais aimé qu’il se soit passé autre chose » et on devient très en colère contre le monde ou contre tous les gens autour de nous, mais c’est aussi là qu’on développe notre propre personnalité. Quand on naît, on est propres, comme une page vierge. Puis tous les problèmes surviennent, tous les impôts, tout l’argent qu’on doit payer, et on se dit : « Merde ! C’est quoi ce monde ? Je pensais qu’il s’agissait juste de se lever tous les jours, de respirer, de se balader et de s’amuser. » Mais non ! On va te mettre un fardeau sur les épaules et si tu n’es pas sage, on t’envoie en prison, on te met à l’écart. On est donc comme une page vierge qui se salit avec le temps.

Quand on commence la musique notamment, on est tout innocent mais l’industrie a tendance à vite avoir raison de cette innocence. Tes débuts et l’innocence que tu avais à cette époque te manquent-ils ?

Oui, beaucoup. Je pense à l’époque où j’avais onze ans et où je jouais dans un orchestre de bal dans ma ville en Angleterre. Je le faisais parce que j’adorais jouer et chanter. C’était pour danser, donc je jouais probablement trois ou quatre heures par soir. Nous avions des centaines et des centaines de chansons, et je m’asseyais devant et je jouais la musique. A l’époque, la musique n’était qu’un passe-temps pour moi. Je ne réalisais pas que je pouvais rentrer dans l’industrie musicale ; je n’y pensais jamais. Mais mon cousin Trevor Gordon, qui vivait en Australie, est venu en Angleterre et il a dit : « Graham, pourquoi ne te mets-tu pas dans l’industrie musicale ? Mais pour ça, on doit partir de là et aller à Londres. » C’est ce que nous avons tous les deux fait. Trevor était dans les Bee Gees quand il était gamin, il jouait de la guitare pour eux et ils ont fait trois albums ensemble. Quand j’ai rencontré les Bee Gees, c’est là que les choses ont changé pour moi, et pour lui encore une fois, parce que nous nous sommes soudainement retrouvés dans les charts en Angleterre et partout ailleurs, avec une chanson qui s’appelait « Only One Woman ». Nous avons tout d’un coup découvert : « Oh mon Dieu, il faut faire ci, il faut faire ça. » C’est constamment du travail ! Alors qu’avant que quelqu’un sache qui lui ou moi étions, je m’amusais juste et c’était un genre de hobby… ce que la musique est redevenue, car il n’y a plus d’industrie musicale : tout est préfabriqué… Le rap et je ne sais quoi d’autre, l’espèce de dance music est de retour à fond, comme le disco merdique, ce genre de chose. Plus personne n’écoute vraiment de la véritable musique, je ne pense pas. Du coup voilà où en est l’industrie musicale et nous sommes de retour à la case départ. Les groupes rejouent dans des pubs ; quand nous jouons, c’est dans des clubs, nous ne jouons pas dans des stades ! Nous sommes donc de retour là où nous étions quand nous avons démarré, nous sommes de nouveau des bébés.

Qu’est-ce qui a eu le plus raison de ton innocence dans cette carrière de quarante ans ?

Je pense que ce serait le manque de confiance qu’on peut avoir envers les gens qui s’occupent du business pour toi, c’est le principal. Tout le monde, peu importe qui tu es, combien tu gagnes, tu te feras escroquer royalement : l’industrie musicale attire toutes les sangsues et les serpents. Elle te prendra jusqu’au dernier centime que tu possèdes ; ils te diront que tu gagnes moins que tu ne gagnes réellement [petits rires]. Si j’avais de nouveau le temps, je deviendrais à la fois manageur et musicien. Si j’avais de nouveau dix-huit ans, je gérerais mon propre groupe, car l’industrie musicale est plein de voleurs et tout le monde le sait [rires]. Aujourd’hui, nous prenons mieux conscience de la trajectoire que nous aurions dû prendre. C’est quelque chose qui m’a pris du temps à comprendre. Je suis né innocent, mais maintenant je suis coupable de m’être laissé utiliser par d’autres gens du business, parce que la moitié du temps, tu ne sais pas ce qui se passe. On naît innocents, on naît propres, mais on découvre plus tard qu’il y a plein de mauvaises personnes autour de nous, y compris des gens dans le groupe ! Parfois les choses ne sont pas exactement comme on veut qu’elles soient, parce que tu vis cette belle journée ensoleillée, en te disant : « Tout va être super ! » Et puis tout d’un coup, tu te retrouves sans un rond parce que tu n’es pas récompensé pour le travail que tu fais.

« Le second album que nous avons fait avec Alcatrazz est mon préféré. J’ai beaucoup apprécié d’écrire des chansons avec Steve, parce qu’il a un peu le même esprit que moi : il part un peu dans tous les sens. »

Que dirais-tu au jeune Graham Bonnet aujourd’hui ?

Je lui dirais exactement ce que je viens de dire ! Avant de signer le moindre morceau de papier, assure-toi de savoir exactement ce que tu gagnes, aie conscience que cette grosse voiture qu’on a mise sur la pas de ta porte, tu la payes, aie conscience que le gars qui s’occupe de tes impôts, tu le payes, aie conscience que ton manageur, qui s’accapare le moindre centime que tu gagnes, tu le payes… Ton manager personnel, le manageur de ton groupe, tout ça, c’est une grosse arnaque, et c’est un business très, très dangereux. Je sais que si je n’avais pas fait ce que j’ai fait ou que d’autres gens ont fait, je serais dans la rue aujourd’hui. Je serais pauvre. J’ai eu la chance d’entrer dans ce business quand il était encore relativement honnête, en 1968. Mais maintenant, oublie ça : autant rester chez soi et enregistrer soi-même sur un enregistreur ou quelque chose comme ça. Aujourd’hui, tout le monde est sur Facebook pour gérer ses propres affaires : « Regardez-moi, je chante et je joue de la guitare. » On n’a plus besoin de toutes ces conneries mais on a encore besoin d’un manageur en qui on peut avoir confiance ou en qui les gens qui travaillent autour de nous peuvent avoir confiance, et c’est extrêmement dur à trouver. J’ai l’air d’être amer, je le sais, parce que je suis dans cette industrie depuis longtemps, et je vois ce qui se passe parmi les jeunes groupes. Ils se demandent : « Eh bien, où est notre argent ? » Oui, posez-vous bien cette question encore une fois, vous trouverez la réponse.

Malgré tout, penses-tu que tout au fond de toi, le jeune et innocent Graham Bonnet est toujours là quelque part ?

Oui ! [Rires] C’est pour ça que je continue à me faire escroquer ! Oui, il est toujours là. J’ai rencontré notre [ancienne] bassiste, Beth-Ami [Heavenstone], il y a quelques années et elle a dit : « Tu sais, tu as pris la mauvaise trajectoire là » et elle m’a remotivé à faire des concerts, parce que j’avais perdu la foi dans l’industrie musicale, au sujet de laquelle je continue de m’interroger, mais elle m’a relancé et nous avons formé le groupe ensemble et nous avons trouvé le moyen de redevenir Alcatrazz. Beth-Ami Heavenstone et moi avons fondé le groupe qui est finalement devenu The Graham Bonnet Band, et maintenant, nous sommes de nouveau Alcatrazz. Je suis encore très jeune et innocent dès qu’il s’agit de composer et tout le reste, et je continue d’apprendre tous les jours, mais je sais vraiment que ce business n’est plus un super boulot.

Les albums précédents d’Alcatrazz avaient des noms qui exprimaient un côté « dangereux », alors que Born Innocent paraît être un titre plus songeur. Est-ce que ça traduit un changement d’état d’esprit de ta part en tant qu’artiste ?

Oui, parce que maintenant, nous savons de quoi il en retourne. C’est un album paisible. Nous allons nous poser et nous détendre maintenant. Je ne vais pas me tuer à écrire des chansons pendant un million d’années. Il est temps pour Alcatrazz de se détendre et de devenir le groupe qu’il était censé être. Nous n’avons jamais tellement été reconnus en tant que groupe par le passé, mais comme je l’ai dit, les guitaristes sont partis faire de meilleures carrières, et le groupe a coulé. Maintenant, c’est le moment pour le groupe de revenir.

Quelle est la place d’Alcatrazz en 2020, d’après toi ? Penses-tu qu’il a sa place parmi la nouvelle génération de rockeurs ?

Oui, depuis que nous jouons, c’est extraordinaire la variété de personnes qui viennent à nos concerts, suivant le type de concerts que nous faisons. Nous jouons devant pas grand monde, seulement quelques centaines de personnes, et parfois nous faisons un festival, mais la tranche d’âge a changé : il y a maintenant des gens plus jeunes qui viennent et ils écoutent ce que leurs mères et pères, ou grands-mères et grands-pères écoutent. Nous jouons de la musique de vieillards, en gros ! [Rires] C’est assez sympa de voir des jeunes venir. Je me souviens d’un gamin qui est venu me voir un jour et qui a dit : « Mon Dieu, c’est ça le vrai rock ‘n’ roll, n’est-ce pas ? » J’ai dit : « Oui ! Tu vois tout le sang qui jaillit de mes oreilles ?! » [Rires] Il y a donc un nouveau public, ce qui est très, très bien.

Comment perçois-tu la scène rock, hard rock et metal actuelle ? Y a-t-il le moindre groupe ou artiste qui a attiré ton attention dernièrement ?

Personne ! [Rires] Je n’ai personne en tête qui me vient pour lequel je peux dire : « Ouah ! C’est extraordinaire ! » J’attends que débarque un autre groupe de la trempe de, disons, ELO, Queen, les Beatles ou les Stones évidemment… Quand ces groupes ont commencé à faire de la musique, ils étaient tellement différents du reste du monde, ils ont lancé une nouvelle mode, et je n’ai pas encore entendu ça aujourd’hui. J’attends ! [Petits rires] Mais tu veux savoir quelque chose ? Je n’écoute jamais de rock. C’est une chose que j’ai faite au fil des années : je n’ai jamais écouté quoi que ce soit qui se rapproche de près ou de loin du style de musique que je joue ou que j’essaye de jouer, parce qu’alors, je me retrouve influencé par d’autres gens. Je pense que c’est le cas de plein de groupes : ils n’ont pas leur propre style. J’ai toujours pensé qu’Alcatrazz avait son propre style. Donc si j’écoute du soi-disant hard rock aujourd’hui, il se pourrait que je me dise : « Oh, il faut que je change, parce que c’est ça que les jeunes font. » Je ne peux pas faire ça. Je pense qu’il faut changer dans son propre esprit et dire : « Voilà ce que je veux que les gens écoutent ; je veux que les jeunes écoutent ça, ainsi que leurs parents. » C’est ce que nous avions pour nous : je pense que nous avions un son qui n’était pas particulièrement heavy metal, ni pop, mais qui était quelque part entre les deux, et les gens ne savaient pas où nous caser. Aujourd’hui, je pense que nous parvenons assez bien à sonner moderne tout en acquérant un public plus large, avec un peu de chance. Mais je ne peux pas écouter d’autres gens, autrement ça m’influencera. Plein de gars que je connais, Steve Vai en l’occurrence, n’écoutent jamais le genre de musique qu’ils font, pour ne pas être influencés. Si j’écoute de la musique, c’est quelque chose de complètement différent, si tant est que j’écoute de la musique [rires].

« Tout le monde, peu importe qui tu es, combien tu gagnes, tu te feras escroquer royalement : l’industrie musicale attire toutes les sangsues et les serpents. […] Je suis né innocent, mais maintenant je suis coupable de m’être laissé utiliser par d’autres gens du business. »

Depuis 2015, tu as été plus actif que jamais avec le Graham Bonnet Band, Michael Schenker Fest et Alcatrazz. As-tu le sentiment d’être entré dans une nouvelle époque de ta vie ?

Totalement. D’abord, je suis plus vieux et mes cheveux sont gris maintenant ! [Rires] Oui, je suis assurément dans une période où j’ai soudainement réalisé que je suis encore un gosse, malheureusement, et j’en suis content car je n’ai pas envie de vieillir dans ma tête. Je pense avoir encore énormément de musique dans ma tête, je ne sais pas où donner de la tête ou quel style de musique je devrais jouer. J’ai tellement d’influences différentes issues de mon passé, quand j’étais tout petit, quand j’étais adolescent, que je me rends compte maintenant de toute cette musique qui s’est incrustée dans mon cerveau depuis, disons, mes sept ans. J’ai pris des influences de tous ces types de musique au fil des années – le jazz, la pop, le reggae, tout ce que tu veux ! – et maintenant je peux utiliser les enseignements que m’ont donnés tous ces styles de musique différents, maintenant je peux utiliser ces influences presque de manière inconsciente. Je pense constamment à de nouvelles idées et les gens autour de moi me disent parfois : « Bon sang, qu’est-ce que ça a à voir avec le rock ? » Je leur dis : « Attends que ce soit fini, je vais te montrer. » Donc je joue des trucs sur ma guitare acoustique et ensuite je dis : « D’accord, maintenant, mettons ça en place et faisons en sorte que ça sonne actuel. » C’est ainsi que je travaille avec un guitariste et lui sait de quoi je parle quand je dis que nous allons moderniser ça. C’est donc effectivement une nouvelle ère et c’est une aventure.

Tu as évidemment travaillé avec plein de grands guitaristes : Ritchie Blackmore, Yngwie Malmsteen, Steve Vai, Michael Schenker, Chris Impellitteri, Joe Stump… Qu’est-ce qu’il y a dans la nature de ta voix qui la rend si attirante pour les guitaristes, d’après toi ?

Je ne sais pas. Je n’en ai aucune idée. Une personne m’a dit : « Tu es comme un caméléon. Tu peux changer et passer d’une voix agressive à une voix très douce… » Il y a toutes ces zones de ma gorge que je peux utiliser, et ça sonne parfois presque comme une personne différente, mais on peut quand même identifier mon timbre, celui de ma gorge. Je vais toujours sonner comme je sonne mais il y a certains styles auxquels je peux m’adapter et que les guitaristes aiment, parce qu’ils aiment changer et passer de trucs bluesy à de la pop, du R&B ou des trucs semi-classiques… C’est ce que Ritchie m’a dit : « Tu es vocalement très interchangeable. » Mais c’est à peu près tout, je pense.

Quel genre d’impact est-ce que ces relations artistiques privilégiées ont eu sur toi en tant que chanteur et compositeur ?

J’ai toujours chanté avec cette… peu importe quel genre de voix c’est. Depuis mon enfance, j’ai toujours eu une voix très forte, pour je ne sais quelle raison. J’ai de gros poumons, comme mon grand-père, je me souviens de ça. Je me souviens d’un gars qui m’a dit un jour : « Tu as le corps d’un lévrier ; une grande poitrine et une petite taille. » C’était comme mon grand-père : d’énormes poumons. Quand j’ai commencé à jouer avec Rainbow, je me suis rendu compte du volume auquel ils jouaient, et donc j’imagine que j’ai moi-même monté le volume, naturellement. J’ai trouvé une zone de ma gorge que je n’avais pas tellement utilisée au fil des années. Donc je remercie Rainbow pour m’avoir poussé à faire ça en ayant été aussi bruyants [petits rires]. J’ai aussi tout d’un coup réalisé à quel point leur manière de composer une chanson était complètement différente de la mienne. J’écris les chansons en ayant en tête la vision d’un couplet, puis un autre couplet, un passage central, un refrain là… alors que eux, évidemment, ils composent les chansons autour de progressions de guitare. Ce que Ritchie m’a appris en premier lieu était où placer le chant. Je n’en avais aucune idée parce que tout sonnait un peu classique. J’ai dit à Roger Glover, qui a produit l’album de Rainbow [Down To Earth] : « Bordel, mais où je chante ? » Et il a dit : « Je vais te montrer. » Et il m’a beaucoup aidé, il m’a appris la manière dont les groupes de rock écrivent leurs chansons, c’est-à-dire, en gros, autour de la guitare et du clavier, à la manière semi-classique. Rainbow m’a donc appris comment faire ça et c’est ce que j’ai continué à faire quand j’ai rejoint Michael Schenker et Alcatrazz : j’ai transformé ma façon de faire et j’ai compris comment ces chansons étaient écrites, car je transposais une chanson de l’acoustique à l’électrique, et c’était tout.

Tu n’es resté que deux ans dans Rainbow à compter de 1979, mais on dirait que c’était un moment charnière et décisif pour ta carrière dans le rock…

C’est Rainbow qui m’a transformé, parce qu’avant, je faisais du R&B avec mon cousin Trevor, de vieilles chansons écrites par les Bee Gees et d’autres trucs. Nous avons fait un album ensemble qui s’appelait The Marbles et lui et moi avons fait toutes sortes de musiques, puis Ritchie m’a contacté à cause d’une chanson qui s’appelait « Only One Woman ». Roger Glover m’a appelé et je suis allé auditionné pour eux, et j’ai eu le boulot, mais j’ai compris que je devais chanter légèrement différemment, avec un peu plus de tranchant. Donc à partir de là, j’ai découvert tout d’un coup que j’étais capable de faire du soi-disant hard rock. Mais le problème est que maintenant, je ne peux pas changer ! Les gens ne me permettent pas de faire autre chose que ça ! Quand t’es chanteur, tu veux chanter de tout, autrement ça devient très ennuyeux de faire constamment la même chose. Le hard rock c’est ma vie, je le sais, mais parfois j’ai envie de chanter du R&B, car j’adore ça : c’est là où j’ai commencé, en chantant du R&B et plein de chansons des Beatles quand j’étais gamin, et c’est ce que j’aimerais refaire, quelque chose de plus ouvert, et pas seulement en étant enfermé dans un unique style.

« J’ai découvert tout d’un coup que j’étais capable de faire du soi-disant hard rock. Mais le problème est que maintenant, je ne peux pas changer ! Les gens ne me permettent pas de faire autre chose que ça ! »

Tu as affirmé par le passé que tu étais autodidacte, sans avoir pris de cours de manière assidue. Du coup, comment à soixante-douze ans parviens-tu à maintenir ta voix en forme ?

Je ne sais pas ! [Rires] J’ai eu beaucoup de chance avec ça. J’essaye de faire attention à ma voix, je ne chante pas quand je suis à la maison, jamais, donc parfois, quand je repars sur la route, je suis un peu enroué parce que je ne chante pas mais à la fois, j’économise ma voix pour quand il faut vraiment que je chante. Donc je ne m’échauffe jamais avant un concert, probablement que parfois ça s’entend parce que la voix se fatigue, mais j’ai la chance d’avoir découvert qu’une de mes cordes vocales était abîmée, après des années et des années à beugler fort et de chant tapageur. Il y a environ cinq ans, j’ai eu une opération sur mes cordes vocales à droite ; c’était comme un ballon dégonflé… C’est un muscle, et c’était comme si le muscle n’était plus là, il était à plat. Le chirurgien a donc rembourré mes cordes vocales pour les ramener à leur rondeur d’origine. Du coup, maintenant, les deux cordes vocales sont identiques. Ça m’a beaucoup aidé, en fait, parce que je me demandais : « Bon sang, qu’est-ce qui se passe avec ma voix ? » « Eh bien, en gros, ta corde vocale droite est déchirée ! » J’ai donc fait corriger ça et tout va bien depuis. Mais ça requiert vraiment beaucoup de concentration mentale parfois pour moi de dire : « Tu dois atteindre cette note, tu dois avoir ce type de timbre sur cette note, tu dois pouvoir chanter grave, tu dois pouvoir chanter médium, tu dois pouvoir chanter aigu… » Ce genre de chose. Parfois je visualise la note dans ma tête, et je l’entends dans ma tête certains soirs, et d’autres soirs je n’y arrive pas, et je me dis : « Eh merde ! » [Rires]. Parfois c’est une question de chance si j’arrive à assurer tout au long du concert. Mais je me suis bien débrouillé ces dernières années. Ce n’est pas quelque chose que tu peux contrôler. On ne change pas une corde dans la voix comme on peut le faire sur une guitare ; on ne peut pas monter le son comme on peut le faire avec une guitare ; la voix est l’instrument le plus dur à jouer. Avec la batterie !

L’album Born Innocent se termine sur la chanson « For Tony ». Qui est Tony ?

C’est mon frère. Il n’y a aucun groupe qui joue sur cette chanson, il n’y a que moi qui chante. C’est pour mon frère qui est décédé il y a environ quatre ans ; il est mort d’Alzheimer ou de démence. Je lui ai écrit ça parce qu’il m’a aidé à grandir et m’a tenu par la main, comme le dit la chanson. Quand j’étais un petit garçon, il m’emmenait en ville, il me protégeait constamment des plus grands dans la rue et ce genre de chose. Et c’est lui qui m’a introduit au rock ‘n’ roll dans les années 50 : il me faisait écouter des disques de Little Richard, Fats Domino, Buddy Holly, toutes ces choses qui n’étaient pas si populaires dans les années 1950. A l’époque, c’était la musique de Frank Sinatra et des big bands qui cartonnait, mais Tony revenait à la maison avec des albums tous les weekends, lorsqu’il achetait des trucs avec la paye de son boulot et il me formait au rock ‘n’ roll, et j’adorais ça. J’ai emprunté son style, c’était un rock-and-roller : il peignait ses cheveux en arrière, il portait des costumes, tout ce qui faisait très années 50. C’est quelque chose qui m’a inspiré pour mon apparence scénique ; j’adore ce look ! J’adore le rock ‘n’ roll des années 50. Little Richard, qui vient de mourir, était l’un de mes héros. Je l’adorais. « For Tony », c’est un remerciement envers mon frère pour m’avoir donné la vie géniale que j’ai eue en tant que petit garçon qui avait un super grand frère.

Ces élégants costumes que tu portes sur scène sont vraiment devenus ta marque de fabrique pour te différencier de tes pairs dans le hard rock. Te souviens-tu de la première fois où tu as porté un tel costume sur scène ?

C’était bien avant Rainbow. C’était ce que je portais lorsque j’ai fait mes albums solos. C’est ce dont j’avais l’air, j’étais à fond dans les années 50 et à l’époque, je vivais à Londres et c’était l’époque du punk là-bas – il y avait Johnny Rotten, les Sex Pistols et tous ces trucs – qui était un peu rock ‘n’ roll, mais je me disais : « Je sais, je vais avoir une image complètement différente. » Je suis allé à Londres chez un tailleur qui avait eu l’habitude de faire des costumes pour des artistes américains quand ils venaient à Londres, des gens comme Bobby Darin et Little Richard, en l’occurrence. Il m’a sorti du tissu qui datait justement des années 50, à l’origine prévu pour un costume pour Bobby Darin mais qui n’avait jamais été réalisé parce qu’il est mort ! Je ne sais pas si vous savez qui était Bobby Darin, mais c’était un gars qui a sorti quelques disques dans les années 1950, et j’avais un costume créé à partir de tissu qui lui était destiné et c’était l’un des premiers costumes façon années 50 que j’ai faits. Simplement, j’adore la musique des années 50, ainsi que le look.

Interview réalisée par téléphone le 8 juin 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Foucauld Escaillet.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’Alcatrazz : www.alcatrazzofficial.com.

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