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Chronique   

Grand Magus – Wolf God


Depuis 2008 et l’album Iron Will, Grand Magus s’est progressivement imposé comme une référence majeure du heavy, gravissant une à une – lentement mais sûrement – les marches qui les mèneront, on l’espère pour eux, au panthéon du genre. La carrière de Grand Magus a été quelque peu difficile à cerner au premier abord : ayant débuté dans le doom, signé aux côtés d’Electric Wizards ou encore de Cathedral sur le label Rise Above Records, le power-trio a finalement muté pour assumer son amour pour le heavy metal, empiétant parfois sur le hard rock, avec un soupçon de stoner en guise de restes de son passé doom. Quoi qu’il en soit, les Suédois ont toujours été dévoués au culte du riff et des hymnes fédérateurs, et leur dernier opus Wolf God ne fera pas d’eux des apostats.

La principale innovation de Wolf God réside dans la manière d’aborder l’enregistrement. Plutôt que le traditionnel processus consistant à enregistrer les instruments séparément, les uns après les autres, batterie, basse, guitare, etc., Grand Magus a privilégié le jam et des sessions live, assisté du producteur Staffan Karlsson. En résultent des compositions à l’aspect brut de décoffrage, ce qui convient parfaitement à l’écriture de Grand Magus. L’introduction de l’album est à ce titre trompeuse, « Gold And Glory » prend des allures de montée hollywoodienne avec quelques arpèges de cordes et une progression mélodique qui prend de l’ampleur avant d’atteindre une grandiloquence qui n’est pas sans rappeler le célèbre générique de Game Of Thrones. Grand Magus vient tout de suite briser le florilège de notes avec le riff de « Wolf God », titre qui synthétise d’emblée le savoir-faire de la formation : guitares massives aux gimmick bien sentis, soli de hard rock tranchants, batterie aux roulements explosifs telle la frappe du marteau de Thor et basse appuyée, le tout porté par la voix chaude de Janne « JB » Christoffersson. Il suffit d’ajouter quelques arrangements au second degré, tels qu’un cri de loup, et « Wolf God » convainc en moins de quatre minutes. Cet équilibre entre un riffing haché et des mélodies entêtantes doit beaucoup au travail vocal de JB : le cavalier « A Hall Clad In Gold » prend une dimension épique lors du refrain, l’un des mieux exécutés de l’opus et suivi d’un solo à l’ancienne à l’inspiration trop rare aujourd’hui. Lorsqu’on sait que Grand Magus a enregistré la plupart de ses titres en une seule prise, il y a de quoi frémir et se réjouir de leur spontanéité.

Le plus curieux dans la musique de Grand Magus, c’est qu’en utilisant des ingrédients en apparence simples et classiques, le groupe parvient tout de même à démontrer une palette de registres sans transiger sur son identité sonore. Le groovy « Brother Of The Storm », aux lignes vocales exaltantes et dont le riffing n’aurait pas dépareillé sur un disque de Corrosion Of Conformity, va côtoyer sans peine « Dawn Of Fire » et ses accents heavy guerrier, ainsi que le plus enlevé « Spear Thrower » qui doit beaucoup à Judas Priest. En réalité peu importe la manière, Grand Magus retombe toujours sur ses pattes et met en valeur des refrains taillés pour susciter l’engouement. « Glory To The Brave » (qui laisse apprécier le jeu distingué du batteur Ludwig Witt) pourra être repris avec ferveur à l’unisson. Grand Magus a sa propre conception de l’hyperbole et c’est lorsqu’il s’y adonne qu’il est le plus convaincant : « Untamed » clôt les débats sur une envolée mélodique à la fois mélancolique et galvanisante. En réalité, Wolf God doit son intensité et sa pertinence à une forme de concision. L’approche « live » de Grand Magus a le mérite d’amputer le superflu, entachée tout de même par quelques inégalités, à l’instar du rock binaire et répétitif de « He Sent Them All To Hel » qui n’a pas le cachet des compositions qui l’entourent.

Grand Magus fait ce qu’il sait faire, du heavy classique, exécuté à la perfection, sans artifice, et sans surprise non plus. La méthode d’enregistrement live sied parfaitement aux Suédois et ne ternit pas leur inspiration : Grand Magus est aussi prenant lorsqu’il est massif ou enlevé. Wolf God est une divinité aux allures de vieux loup dont l’apparence est connue de tous, mais qui n’a rien perdu de sa férocité.

Lyric vidéo de la chanson « Brother Of The Storm » :

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Lyric vidéo de la chanson « Wolf God » :

Album Wolf God, sortie le 19 avril 2019 via Nuclear Blast Records. Disponible à l’achat ici



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    Dana Fuchs @ Massy
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