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Live Report   

Le grand voyage dans le temps de Nightwish


En ce 10 novembre, la machine à remonter le temps est en marche, l’évasion promet d’être mémorable et le retour à la réalité difficile. Pour célébrer leurs vingt ans de carrière, les Finlandais les plus reconnus de la scène metal sortent le grand jeu. En plus de la sortie de l’album Decades compilant les titres emblématiques du groupe tirés de leurs huit albums, la tournée Decades World Tour de Nightwish revisite des morceaux jamais joués en live que les fans savoureront sans aucun doute. Le groupe nous propose donc de retracer son histoire avec l’enjeu de faire revivre des titres anciens sur lesquels l’ombre de Tarja Turunen règne toujours, malgré tout.

Pour insuffler un peu d’énergie à la foule qui s’assemble dans l’arène de l’AccorHotels en cette soirée grise et pluvieuse, Beast In Black, jeune groupe finlandais fondé par Anton Kabanen (ex-Battle Beast – ce qui expliquerait la paronomase « the beast is back » qui sert de slogan au groupe), fait une entrée fracassante. Sans crier gare, Atte Palokangas fait résonner avec fougue sa batterie. Si la salle n’est alors pas remplie, elle se montre vite réceptive à la musique proposée par la formation venue défendre son premier album Berserker.

Artistes : Nightwish – Beast In Black
Date : 10 novembre 2018
Salle : AccorHotels Arena
Ville : Paris [75]

Le titre d’ouverture, « Beast In Black », est de bon augure. Très rythmé, il fait frémir la fosse, tandis que Yannis Papadopoulos impressionne d’emblée par son chant maîtrisé, très power, mais aussi par son incroyable énergie et sa présence scénique. Sautant, courant, criant, il mobilise la foule et lui promet une bonne dose de « heavy metal ». A mesure que les titres s’enchaînent, le talent du groupe semble évident, bien que les compositions et la mise en scène paraissent parfois « clichées », à la limite du parodique voire franchement étranges. Les morceaux, pour la plupart, sont très rythmés et entêtants, la basse de Mate Molnar lourde, les riffs des guitaristes Anton Kabanen et Kasperi Heikkinen de qualité. Au cœur de cette tornade, quelques minutes d’accalmie avec la chanson « Ghost In The Rain » et son rythme apaisé. Une belle atmosphère règne alors dans l’arène constellée des lumières brandies par la foule. La voix de Yannis Papadopoulos est alors une révélation.

Le chant plus doux révèle un timbre remarquable, le chanteur monte dans les aigus avec beaucoup de justesse, de maîtrise et de beauté, et parvient ainsi à transmettre une vraie émotion à l’assistance. Après cet intermède, la folie reprend ses droits avec « Crazy, Mad, Insane » introduite par un rire de grand méchant affreusement stéréotypé. Les guitaristes, parfaitement synchronisés, donnent le rythme comme des métronomes en s’agitant d’avant en arrière, tandis que résonnent des notes électro que l’on dirait tout droit sorties des années 80, sans qu’il soit possible de feindre les ignorer. En conclusion, c’est un groupe talentueux, drolatique – pas à ses dépens nous l’espérons –, un peu fou et certainement mémorable qui ouvre cette soirée, bénéficiant d’une incroyable visibilité en leur début de carrière. Souhaitons pour eux que Beast In Black trouve sa voie et écrive à l’avenir les pages d’une belle histoire.

Setlist :

Beast In Black
Eternal Fire
Blood Of A Lion
The Fifth Angel
Born Again
Ghost In The Rain
Crazy, Mad, Insane
Blind And Frozen
End Of The World

C’est, en tout cas, une belle histoire qu’il nous faut maintenant retracer.

Et tout commence avec une formidable initiative qui mérite d’être saluée. C’est par le biais de la métaphore du voyage dans le temps que le guide de notre Time Machine nous invite à ranger soigneusement les portables car, fut un temps, ceux-ci n’avaient pas la place qu’ils ont maintenant dans les salles de concert, fut un temps, l’expérience live ne se vivait pas par écran interposé. Oubliez donc selfies, tweets ou tout autre post et concentrez-vous sur l’instant, la musique, l’expérience artistique et humaine qui s’offrent à vous.

La salle qui s’est alors remplie et qui, plongée dans la pénombre, luisait déjà de la fameuse lueur bleue que nous connaissons, voit certaines de ces lumières s’éteindre. Mais les irréductibles n’en démordent pas. Ceci fait, les choses sérieuses commencent, et il faut dire que Nightwish a l’art et la manière de ménager ses effets et d’enfiévrer ses fans d’une excitation et d’une ferveur à peine contenues. Un compte à rebours sur grand écran vient égrener les secondes avant le grand commencement. Trépignements, exclamations et pâmoisons marquent ce décompte qui semble n’en plus finir tandis que les pouls s’accélèrent.

Une seconde encore… à quoi s’attendre sinon à une explosion monumentale ? Et non ! De l’art de bouleverser les attentes. C’est à Troy Donockley que revient l’honneur d’ouvrir le show sur le thème doux de « Swanheart », accompagné de sa flûte et de sa cornemuse. Le ton est donné, pour revisiter ses morceaux, Nightwish donnera à Troy une place de choix. Néanmoins, l’explosion tant attendue ne tarde pas à venir et, dès les premières notes de « Dark Chest Of Wonders », avec grand renfort de pyrotechnie, le public est entraîné dans une nuée avec pour seul guide la fameuse chouette blanche chère à Nightwish. D’emblée, l’intérêt du grand écran au fond de la scène paraît indéniable puisqu’il permet de rendre l’expérience plus immersive encore, tout en retraçant toute la discographie via l’artwork propre au groupe au fil des années. Ainsi, le voyage se poursuit parmi les titres tirés de l’album Once, représenté par son Ange du chagrin perdu au milieu des tombes, tandis que Marco Hietala et Floor Jansen entonnent « Wish I Had An Angel » sous les applaudissements du public.

Vient ensuite la belle et sombre « 10th Man Down », critique ouverte de la guerre, tandis que défilent à l’écran les tombes infinies d’un cimetière militaire et qu’apparaissent par saccades charognes, masques à gaz, douilles et mains jointes en une vaine prière. Là-dessus, la voix lyrique de Floor éclate par sa beauté. Celle de Marco, aux accents inquiétants, porte l’obscurité de la chanson déjà marquée par les riffs lourds d’Emppu et les flammes menaçantes des effets pyrotechniques.

Nous poursuivons notre « road trip » et régressons encore dans le temps avec « Come Cover Me » magnifiée par la flûte de Troy, puis « Gethsemane » et sa forêt lumineuse, à l’ambiance mystique, d’une beauté renversante portée par la voix de Floor. Les titres s’enchaînent, les décors et atmosphères aussi, de sorte que le spectateur est emporté dans des montagnes russes, comme l’illustre parfaitement « Last Ride Of The Day », et redécouvre les multiples facettes de la musique de Nightwish. Si les enjouées « Elan » et « I Want My Tears Back » animent la fosse et l’entraînent dans une danse enthousiaste, la sensible et délicate « Dead Boy’s Poem » la fait vibrer d’émotion. Avec un ciel aux couleurs d’incendie en arrière-plan, Floor illumine la scène. Sa voix, particulièrement mise en valeur, oscille entre délicatesse infinie et puissance maîtrisée, tandis que s’écrivent et disparaissent les mots d’enfants scandés, comme des spectres. Comme sur « Sacrament Of Wilderness », quel plaisir de retrouver les claviers de Tuomas, comme jadis. Dans un esprit traditionnel, un interlude instrumental sur les rives d’un lac au couchant, dans un esprit feutré, introduit « Elvenpath ». Après un retour aux sources avec « The Carpenter », très justement réactualisée, le show prend un tournant plus incisif et développe le thème du livre et du feu.

La puissante « The Kinslayer » enflamme littéralement la salle et propose une traversée parmi des bougies aux lueurs vacillantes, de façon à créer, avec le chant saccadé et intense de Floor, une atmosphère mystique, saturée de signes et de formules incantatoires. Alors que la chanson s’achève, une à une s’éteignent les bougies, et la fumée envahit la scène. Ce réalisme conféré à la prestation scénique est terriblement efficace et ne rend que trop vive l’évasion. « Devil And The Deep Dark Ocean » et « Slaying The Dreamer », qui n’ont pas pris une ride, mettent en valeur tout le talent d’Emppu à la guitare. Le chant inquiétant de Marco, ses cris saccadés, les éclats de voix spectaculaires de Floor et le feu brûlant à l’écran projetant virtuellement cendres et étincelles, nous font demeurer dans une ambiance très sombre, énergique et bouillonnante, véritablement jouissive. Seul album n’étant pas représenté lors de ce set, l’artwork de Dark Passion Play est néanmoins convié sur l’incandescente « Slaying The Dreamer ».

Vient alors le moment des incontournables propres à déchaîner les foules, à commencer par « Nemo » qui suscitent des cris hystériques dès les premières notes, reconnaissables entre toutes. Réactualisée pour l’occasion, la déambulation s’effectue sous les flocons certes, mais parmi buildings et gratte-ciels, tandis que Troy magnifie la chanson par quelques notes de flûte. Le show se conclue enfin en beauté par la magistrale et bien nommée « The Greatest Show On Earth » précédant la tant attendue et presque sacrée « Ghost Love Score ». C’est la fin du voyage, Floor impose sa majesté une ultime fois à tous, sous une nuée de confettis vermeils, cendres des pages brûlées à l’écran. Après un tel concert, si intense et vibrant, l’esprit flotte, peine à accepter le retour au réel, ne veut pas mettre un terme définitif à cette évasion/immersion. Si besoin était, Nightwish prouve une nouvelle fois sa grandeur avec ce set magistral qui réconcilie nostalgiques de l’ancienne ère et amoureux de la nouvelle.

Setlist :

Intro – Swanheart
Dark Chest Of Wonders
Wish I Had An Angel
10th Man Down
Come Cover Me
Gethsemane
Élan
Sacrament Of Wilderness
Dead Boy’s Poem
Elvenjig
Elvenpath
I Want My Tears Back
Last Ride Of The Day
The Carpenter
The Kinslayer
Devil & The Deep Dark Ocean
Nemo
Slaying The Dreamer
The Greatest Show on Earth (Chapter I-II-III)
Ghost Love Score
Outro – The Greatest Show On Earth (Chapter IV-V)

Report : Elena Delahaye.
Photo Beast In Black : Joel Ricard (Toulouse – Metronum, mars 2018)
Photos Nightwish : Nicolas Gricourt (Hellfest – juin 2018)



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