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Interview   

Grave Digger : 40 ans sur le champ de bataille


Qu’un groupe de heavy metal allemand soit aussi féru d’histoire écossaise peut paraître étrange au premier abord, mais quand on connaît l’attirance, presque inscrite dans son ADN, de ce style musical pour l’histoire, ce n’est pas si étonnant. D’autant que l’histoire écossaise est peut-être l’une des plus épiques qui soient. C’est donc naturellement vers celle-ci que Grave Digger s’est tourné pour la troisième fois afin de fêter ses quarante ans de bons et loyaux services et clore une trilogie dans la trilogie qui avait débuté avec Tunes Of War en 1996.

Qui dit quarante ans dit forcément un petit bilan et quelques retours sur le passé, mais on est quand même là surtout pour parler de Fields Of Blood, cette ultime épopée écossaise, certainement la plus aboutie des trois, entre intégration de la cornemuse et figures historiques inspirantes. Nous en discutons avec l’indéfectible frontman Chris Boltendahl, vieux briscard du heavy metal, s’il en est.

« A l’époque nous étions jeunes et nous nous fichions de tout. Notre ambition était d’être des rockstars. Rien d’autre [petits rires]. »

Radio Metal : Le nouvel album de Grave Digger Fields Of Blood coïncide avec le quarantième anniversaire du groupe. Comment te sens-tu après ces quarante années ?

Chris Boltendahl (chant) : Sûrement pas fatigué ! [Petits rires] Quand tu atteins notre âge, chaque année est une année de célébration. Ça fait tellement longtemps que nous faisons partie de la scène heavy metal, nous avons fait tellement de concerts, nous avons sorti vingt albums… Nous avons passé de super moments jusqu’à présent. C’est vraiment cool pour le groupe d’avoir construit une carrière de quarante ans par ces temps difficiles. Quand je regarde en arrière, je n’en tire que du bon, car j’ai eu beaucoup d’expériences positives, tout comme des mauvaises, mais au final ce sont ces expériences qui ont fait de moi qui je suis aujourd’hui. Je suis un type chanceux, je suis en accord avec moi-même, et je suis comblé par tout ce que nous avons accompli. Que je puisse écrire comme je le fais, c’est le plus beau cadeau qu’un musicien puisse avoir.

Quels ont été les hauts et les bas ?

Fin 2000, Uwe Lulis, notre guitariste, a quitté le groupe et a commencé à se battre pour conserver le nom du groupe. Comme tu peux l’imaginer, ce n’était pas drôle ; c’était complètement merdique. Mais j’ai aussi tellement de bons souvenirs dans ma carrière : le trentième anniversaire lorsque nous avons joué au Waken Open Air, et puis il y a le vingt-cinquième anniversaire quand nous avons donné un énorme concert au Brésil. Il y a tellement de bons souvenirs… Et aussi au début des années 80, nous nous amusions pas mal à boire, à fumer et à sortir avec un tas de nanas. C’était génial. Aujourd’hui nous sommes devenus de vieux grabataires et nous nous focalisons davantage sur la musique.

Quels sont tes souvenirs des tout débuts du groupe, jusqu’à la sortie de votre premier album, Heavy Metal Breakdown, sorti en 1984 ?

C’était drôle parce que lorsque nous avons eu le contrat avec Noise Records, ils nous avaient réservé un studio à Berlin pendant deux semaines. Nous avons roulé jusque là-bas et nous avons vécu ensemble dans une seule chambre d’hôtel, comme dans une auberge de jeunesse. Nous picolions un tas de trucs tous les soirs, du whisky, de la bière… [Petits rires] Tout ce que nous faisions toute la journée, c’était nos enregistrements et boire. C’était vraiment amusant. Je ne pense pas que j’en serais capable aujourd’hui parce que j’en mourrais sur le coup ! Mais à l’époque nous étions jeunes et nous nous fichions de tout. Notre ambition était d’être des rockstars. Rien d’autre [petits rires]. A l’époque, nous nous sentions comme des rockstars parce que nous avions enregistré un album, nous étions diffusés à la radio, nous avions de bonnes critiques dans les magazines et finalement, nous faisions de bons concerts : c’était suffisant pour nous donner l’impression d’être des rockstars – pas comme Rob Halford ou Ronnie James Dio, mais plutôt des rockstars locales. C’était une bonne raison pour nous saouler et draguer les nanas.

Tu avais dix-huit ans quand tu as créé Grave Digger, qui était ton premier groupe à proprement parler. Comment est-ce que le jeune Chris Boltendahl est tombé dans le bain du heavy metal ?

Quand j’avais douze ans, à mon école, j’avais assisté à la représentation d’un groupe qui faisait des reprises de Deep Purple. A partir de ce moment je suis devenu accro au rock, au heavy metal, au hard rock. Ça m’a pris aux tripes et ça a changé ma vie. La seule chose que j’ai voulu faire ensuite, c’était de jouer dans un groupe et d’être une rockstar. Ça a donc commencé à douze ans.

Parlons maintenant du nouvel album Fields Of Blood. Comment avez-vous eu l’idée de replonger pour la troisième fois dans l’histoire écossaise ?

L’idée a plus ou moins germé il y a deux ans quand je me suis rendu en Ecosse avec ma famille. Mon fils avait douze ans à ce moment-là. Je lui ai fait découvrir les champs de bataille, les célèbres châteaux et tout. Au final, je me suis dit qu’il y avait encore tellement d’histoires à raconter avec Grave Digger sur l’histoire écossaise, notamment sous un autre point de vue, que j’ai décidé avec Axel [Ritt] que nous devions faire une autre partie. Nous avons désormais une trilogie, ce qui n’était pas du tout prévu au départ, et là c’est la fin de la trilogie. Je ne pense pas qu’il y aura un autre album sur l’histoire écossaise avant au moins quinze ans [petits rires].

Etant allemand, qu’est-ce qui te fascine tant dans l’histoire écossaise ?

Nous pouvons aussi chanter au sujet de l’histoire allemande… Il y a un groupe en Suède qui aime l’histoire allemande. Nous écrivons sur l’histoire écossaise et le groupe suédois écrit sur l’histoire allemande, pas de problème [rires]. Si tu n’as jamais été en Ecosse, il faut absolument que tu y ailles, car alors tu comprendras pourquoi c’est si fascinant d’être là-bas. Les paysages sont magnifiques, les gens très sympas, on y respire l’histoire partout… Quand tu t’intéresses à l’histoire, le fait de se balader dans les Highlands, visiter les célèbres châteaux ou par exemple se rendre à Culloden, c’est comme ouvrir un grand livre d’histoire. Quand nous avons commencé avec Tunes Of War, nous n’avions jamais été en Ecosse avant. Tomi Göttlich, l’ancien bassiste, était vraiment passionné par l’Ecosse et il amené tout le groupe à s’y intéresser. Au départ, je ne comprenais pas pourquoi il était si excité par ce pays, mais quand nous sommes allés en Ecosse pour faire de la promotion, nous nous sommes promenés avec des médias et des journalistes, et j’ai été totalement infecté. C’est vraiment génial là-bas ! Toutes ces batailles de rébellion sont incroyables, ils n’abandonnaient jamais ; quand ils perdaient une bataille, ils reformaient une armée et repartaient au combat. C’était logique pour nous de faire ensuite un autre album [The Clans Will Rise Again] au sujet de l’histoire écossaise.

« Tu ne peux pas imaginer à quel point les cornemuses sont bruyantes ! Quand tu entends ça, tu comprends pourquoi les Ecossais l’utilisaient comme un instrument de guerre face à leurs guerriers, ça sonne infernal ! »

L’influence écossaise est incrustée dans l’ADN de ces chansons. A quel point la dimension écossaise change ou impacte le processus de composition ?

Quand nous avons commencé à écrire le concept, nous lui avons donné des chapitres, c’est-à-dire les titres des chansons, et nous nous sommes demandé : « A quel genre de chanson correspond ce titre ? » Et nous avons procédé étape par étape, comme une grande mosaïque. Au final, ça marche ou pas. Parfois, nous avions des chansons dans lesquelles rien n’allait ensemble, nous les jetions à la poubelle et nous en écrivions une autre. La principale différence avec les deux premiers albums écossais est que pour ceux-ci nous avions d’abord écrit des chansons de metal et ajouté de la cornemuse après coup, alors que cette fois-ci, nous avons d’abord écrit des mélodies pour la cornemuse et ensuite nous leur avons ajouté des riffs metal. La cornemuse est mieux intégrée maintenant, elle est davantage présente dans la musique que pour les deux précédents albums sur l’Ecosse. Ça apporte une petite touche folk. C’était l’objectif principal : avoir plus de cornemuse que sur les deux précédents albums réunis [petits rires]. A l’époque où nous avions fait ces albums, nous n’avions aucune expérience avec ça. Quand nous avons fait Tunes Of War, l’utilisation de la cornemuse était totalement nouvelle pour nous. Nous en avons utilisé un peu plus sur le second album, mais pas énormément non plus. Cette fois, avec le nouvel album, nous voulions montrer aux gens le côté folk des Highlands et davantage intégrer les grandes cornemuses des Highlands. Nous avons également utilisé une petite cornemuse, une cornemuse irlandaise.

Vous avez aussi de grosses percussions sur « The Heart Of Scottland », ce qui rend l’introduction de la chanson d’autant plus immersive…

Oui, ce qui est amusant, c’est que nous avons fait appel à un groupe français pour jouer ces percussions supplémentaires, il s’agit des Tambours Du Bronx. Ils jouent sur « The Clansman’s Journey », au début, et sur « The Heart Of Scotland ». Nous avons le même manageur, il s’appelle Cyril Jack. Nous avons fait appel à Cyril lors de notre dernière tournée, en janvier dernier, et l’année dernière, il nous a demandé : « Ça vous intéresserait de faire quelque chose avec les Tambours Du Bronx ? » J’ai donc été voir quelques vidéos et j’ai pensé : « Ouah, c’est vraiment sympa, j’aime bien ces mecs ! » Voilà comment nous avons eu l’idée de les intégrer dans deux morceaux.

Pour revenir sur la cornemuse : qu’est-ce que cet instrument t’inspire, émotionnellement parlant ?

Tu ne peux pas imaginer à quel point les cornemuses sont bruyantes ! Quand tu entends ça, tu comprends pourquoi les Ecossais l’utilisaient comme un instrument de guerre face à leurs guerriers, ça sonne infernal ! C’est incroyable. Je n’ai jamais entendu un instrument aussi agressif et bruyant. C’est aussi très amusant d’enregistrer des cornemuses, mais ce n’est pas facile en studio si tu cherches à le faire de manière authentique. C’est pourquoi nous avons pris deux jours pour enregistrer toutes les parties de cornemuse de l’album. La différence principale avec une guitare metal est que la cornemuse a un accordage totalement différent, et il faut accorder la guitare en fonction de la cornemuse. En live, c’est très difficile parce qu’il faut travailler à fond sur l’accordage. Si les guitares ne sont pas en phase avec les cornemuses, ça sonnera horrible. Nous avons prévu d’intégrer la cornemuse en concert, mais pour ce faire, nous séparons d’un côté les chansons de heavy metal et les chansons avec cornemuse. Et pour les chansons dans l’album qui ont de la cornemuse, nous avons accordé les guitares sur les cornemuses, c’est plus facile de faire ça.

Est-ce que le fait d’écrire sur des événements historiques qui sont bien documentés et donc dans lesquels on peut s’immerger te permet d’établir un lien émotionnel plus fort avec ce que tu chantes ?

C’est sûr ! Le concept derrière cet album… Quand j’étais en Ecosse avec ma famille, nous avons visité plein de musées. Dans l’un des musées, il y avait un gars assis dans un coin. Il dormait. Il travaillait là. Je me suis dit : « Ce mec est un vieux membre d’un clan ! » Je lui ai donné le nom d’Edward Mclean et j’ai pensé : « Ce mec rêve dans son sommeil, il revit dans ses rêves sa propre histoire au sein de son clan, à se battre aux côtés de Malcolm II ou William Wallace, sur le champ de bataille… » Ensuite, je me suis mis dans sa peau, j’étais dans son histoire. J’ai commencé à penser aux paroles un peu plus sur le plan émotionnel de l’histoire écossaise, sous le regard personnel d’Edward Mclean, avec les événements particuliers et les batailles auxquels il a pris part et les gens qu’il a rencontrés. Ensuite, chanter ces textes n’est pas difficile pour moi : je suis Chris Boltendahl de Grave Digger, j’ai ma voix, ça fait des années que je sais ce que j’ai à faire. La seule chose que j’ai à faire, c’est trouver la bonne mélodie, les bons phrasés, et si je fais un album conceptuel, je veux créer un film dans la tête des gens, leur raconter quelque chose avec mes histoires. Si j’ai moi-même un film dans la tête, c’est un bon signe, car alors il y a des chances que les gens verront dans leur tête le même film que moi.

Apparemment, certaines parties de l’album ont même été enregistrées dans les Highlands…

C’est un malentendu de la part de la maison de disques [rires]. Ça sonne probablement mieux en termes de promotion pour la maison de disques, mais au final, nous n’avons rien enregistré dans les Highlands. La majorité – les cornemuses, la batterie et la basse – a été enregistrée dans le studio principal ici en Allemagne. Les guitares ont été enregistrées au studio d’Axel et le chant additionnel dans mon studio. Mais les joueurs de cornemuse viennent des Highlands, ce sont les mêmes qui ont joué sur l’album The Clans Will Rise Again et le DVD live The Clans Are Still Marching.

L’avant-dernière chanson est le morceau éponyme de dix minutes. C’est évidemment prévu pour être le grand final de non seulement l’album mais aussi de la trilogie. Est-ce qu’il y avait une pression à composer un morceau aussi important ?

Non. Nous pouvons travailler sans pression. Nous avons une si longue carrière que nous ne ressentons pas la moindre pression. On ne peut pas écrire de la bonne musique sous pression. Nous sommes libres, nous pouvons faire ce que nous voulons. Au final, il faut que ça sonne comme Grave Digger, mais nous sommes des libres-penseurs. Avec « Fields Of Blood », le morceau éponyme, nous avons conclu l’histoire, et pour la dernière chanson écrite pour cet album, nous nous sommes dit qu’il nous fallait qu’elle soit épique et plus longue, car nous voulions donner aux gens en une seule chanson une vue d’ensemble des trois albums. Je pense que nous avons atteint cet objectif ! Si quelqu’un veut savoir ce que nous avons fait sur les trois albums basés sur l’histoire écossaise, il peut d’abord écouter la chanson « Fields Of Blood » et alors il aura un bon point d’entrée vers les autres albums.

« Le metal n’a plus rien d’underground. Quand tu as quatre-vingt mille personnes qui bougent ensemble dans un festival, comme en Allemagne avec le Wacken Open Air, on ne peut pas parler d’un groupe underground ou de résistants. Je pense qu’il y a bien trop d’argent dans cette industrie désormais pour ça. »

Juste après ce grand final, l’auditeur passe à « Requiem For The Fallen », une conclusion instrumentale calme. Est-ce le moment du repos pour l’auditeur, un peu comme le calme après la tempête ?

Oui, c’est un peu le moment de se détendre et de repenser à l’album. C’est un peu comme de la méditation. L’auditeur peut recharger ses batteries en écoutant « Requiem For The Fallen » pour repartir ensuite depuis le début avec « The Clansman’s Journey ».

Tout comme « The Ballad Of Mary » sur Tunes Of War, la chanson « Thousand Tears » rend hommage à Mary Stuart, la reine d’Ecosse qui a été exécutée en 1587. C’est l’une des personnalités politiques et religieuses les plus populaires d’Ecosse. Qu’est-ce que son histoire tragique signifie pour toi ?

Cette chanson est la suite de « The Ballad Of Mary », c’est sûr. Je pense que la reine Mary est une personne qui représente la rébellion silencieuse de l’histoire écossaise. C’était une reine combattante mais ce n’était pas une guerrière. Plein d’Ecossais adorent la reine Mary pour son histoire. Nous ne suivons pas un plan avec ça, mais donner de l’espoir est une bonne chose à l’heure actuelle et je pense que Mary Stuart a toujours donné de l’espoir aux Ecossais. J’espère que nous parvenons à transférer un peu de ce sentiment à travers cette chanson, en lui ayant conféré plus d’espoir que de tristesse. Ensuite, nous avons réfléchi à qui pourrait être la reine Mary sur cet album. Initialement, nous avons pensé à Alissa White-Gluz d’Arch Enemy, parce que c’est une amie d’Axel, mais elle n’avait pas le temps de le faire. Nous avons donc réfléchi aux groupes que nous aimions en ce moment, avec lesquels nous avons joué et qui avaient une bonne chanteuse. Nous avons donc pensé à ce groupe finlandais qui s’appelle Battle Beast, auteur de la chanson « Black Ninja ». Nous avons contacté Noora [Louhimo]. Ça n’a posé aucune difficulté. Nous l’avons rencontrée lors d’un festival et nous avons discuté de ça. En novembre de l’année dernière, nous avons été la chercher, nous l’avons amenée au studio d’Axel et nous avons enregistré toutes les parties. J’ai raconté l’histoire à Noora et elle a parfaitement endossé son rôle de reine Mary, elle a eu le bon feeling. C’est pareil pour moi : je me suis mis dans mon rôle en tant que chanteur, c’est comme un acteur qui joue un rôle, la différence étant que nous, nous chantons notre rôle.

Est-ce que le personnage de Mary Stuart t’inspire à un niveau personnel également ?

Pas vraiment. Ces personnages m’inspirent pour la musique et les textes, c’est sûr, mais sur le plan personnel… William Wallace et son combat pour regagner la liberté de l’Ecosse m’inspire un peu plus. Il n’est pas aimé dans tout le pays parce que c’était aussi un voleur et un hors-la-loi, mais au final, il a beaucoup fait pour la mentalité des Ecossais et l’histoire écossaise.

Battle Beast fait partie de la nouvelle génération de heavy metal qui a un amour et un respect profonds pour le heavy metal traditionnel. En tant que vétéran du heavy metal, quel est ton point de vue sur cette nouvelle génération ?

Battle Beast est un groupe sympa, tout comme Beast In Black, mais ce genre de musique n’est pas ce que j’assimile à du heavy metal. Ils ont des parties de heavy metal, mais d’un autre côté, ça sonne comme du disco metal. Je suis un vieux type et je préfère le vieux metal. J’ai grandi avec les groupes classiques de metal, que j’adore. Les groupes plus récents ont le droit d’exister, c’est sûr, ils ont toujours de bonnes idées et ils ont créé leur propre style, mais pour mes oreilles, cette musique est un petit peu trop « drôle » [petits rires]. Je préfère les vieux trucs. C’est ma tasse de thé d’écouter les vieux groupes. Les vieux gars écoutent des vieux groupes !

Et quelle est ta vision du public heavy metal et la manière dont il a évolué ?

Ils vont de six à quatre-vingts ans maintenant ! Nous sommes un vieux groupe et d’album en album, nous avons eu de nouveaux fans, des fans plus jeunes, et maintenant nous avons plusieurs générations qui se rendent à nos concerts. C’est vraiment drôle de voir des parents venir avec leurs enfants de douze, treize ou quatorze ans. Même mon fils qui a quatorze ans est une sorte de fan du groupe, il aime ce que son père fait. Il joue aussi de la guitare, parfois je l’écoute et il est en train de jouer « Rebellion » ou « Heavy Metal Breakdown » dans sa chambre [petits rires]. Ça me rend fier ! Ça me rend fier en tant que père et en tant que musicien d’avoir aussi des jeunes gens dans mon public maintenant, en plus des anciens fans qui nous suivent depuis le début. Nous sommes un groupe multigénérationnel.

« All For the Kingdom » est une chanson d’unité et de résistance, et c’est un sujet très souvent abordé dans le heavy metal. Vois-tu la scène heavy metal traditionnelle comme une fraternité en résistance ?

Je pense que c’était davantage le cas dans les années 80. Aujourd’hui, je pense que c’est devenu très commercial. Je pense que le metal n’a plus rien d’underground. Quand tu as quatre-vingt mille personnes qui bougent ensemble dans un festival, comme en Allemagne avec le Wacken Open Air, on ne peut pas parler d’un groupe underground ou de résistants. Je pense qu’il y a bien trop d’argent dans cette industrie désormais pour ça. Mais ce n’est pas une mauvaise chose, car là où il y a de l’argent, il y a Grave Digger [rires]. Non, mais nous vivons de ce type de musique et si nous pouvons gagner un peu d’argent avec notre musique, c’est super. C’est aussi la raison pour laquelle, d’un côté, nous faisons ce type de musique. Nous ne faisons pas ça juste pour l’argent, mais nous le faisons aussi pour l’argent, parce qu’il faut vivre et nourrir nos familles. S’il n’y a pas d’argent et si t’es obligé de faire ça entièrement comme un passe-temps… Nous y investissons trop de temps. C’est notre vie ! Nous ne pouvons pas la changer, et si nous pouvons gagner de l’argent avec, c’est parfait.

Crois-tu en l’idée de fraternité dans le metal ?

Je pense qu’il y a trop de gens intolérants. Il y a plein de fans de death metal et plein de fans de true metal, mais parfois les deux se détestent. Je suis un gars ouvert parce que j’ai grandi avec cette musique, et je suis tolérant. Je ne suis pas obligé d’écouter tel type de musique si je ne l’aime pas. Mais parfois je trouve ça un petit peu étrange dans le metal que la musique extrême n’aime pas le heavy metal ou, si tu gagnes de l’argent avec ta musique, si tu n’es pas underground, que différents magazines écrivent de la merde sur toi, en disant que t’es un groupe commercial, etc. mais eh, comme je l’ai dit, si tu peux gagner de l’agent avec ta musique, c’est le plus grand cadeau qu’on puisse te faire !

« Si nous ne pouvons pas faire le moindre concert cette année ou l’année prochaine, je ne sais pas, alors il est clair que nous allons enregistrer un nouvel album et le sortir d’ici l’été prochain. »

« All For The Kingdom » contient un extrait de la Toccata et Fugue en ré mineur de Bach à la fin du solo. C’est très allemand de faire ça, si on repense à toutes les fois où Accept l’a fait…

C’était l’idée d’Axel. Au départ, je n’aimais pas trop ce côté classique dans ce solo, mais plus je l’écoutais, plus je l’aimais. Au final, nous avons décidé de l’inclure dans l’album. Musicalement ce côté classique va très bien avec le refrain grandiloquent et épique de « All For The Kingdom », même si ça n’a rien à voir avec le concept. Ce n’est pas de la cornemuse [rires]. Mais parfois, il faut savoir aller chercher plus loin.

Le 25 juin 2018, le batteur de longue date Stefan Arnold a quitté le groupe et a été remplacé par le claviériste Marcus Kniep, ce qui n’est pas banal. Pourquoi avoir décidé de ne pas prendre de nouveau batteur et de revenir à un quartet, pour la première fois depuis 1996 ?

Parce que Marcus est un batteur, ce n’est pas un claviériste. Il a commencé dans le groupe en tant que technicien batterie, et ensuite quand H.P. Katzenburg a quitté le groupe, il nous a rejoints en tant que claviériste, parce qu’il jouait aussi très bien du clavier, mais à l’origine, c’est un batteur. C’était très facile, parce que c’est un excellent batteur. Quand Stefan a quitté le groupe, nous avons réfléchi à qui pourrait le remplacer, et Axel a dit : « Eh mec, on a déjà un bon batteur dans le groupe ! Essayons-le. » C’était une décision qui a été prise très rapidement. Marcus est super et il a fait du super boulot sur le nouvel album. Maintenant que nous sommes de nouveau quatre, plein de choses sont plus faciles. Avec quatre personnes, c’est un peu plus fluide qu’avec cinq personnes.

Grave Digger fait partie de ces groupes qui sont restés très cohérents et qui ont à peine changé en quarante ans. Malgré tout, comment décrirais-tu là où Grave Digger a changé ou évolué ?

Je pense qu’on peut diviser la carrière du groupe en décennies. Les dix premières années, avec Peter Masson à la guitare, étaient des années de folie. Puis nous avons fait cette pause après l’album de Digger et les années 90 sont venues, avec Uwe Lulis, où nous avons fait certains de nos plus grands succès, avec la trilogie – Tunes Of War, Knights of The Cross et Excalibur. Puis l’année 2000 a marqué le début de la troisième décennie, quand nous avions Manni Schmidt à la guitare. Nous avons également fait d’excellents albums, l’album Grave Digger et Rheingold, mais aussi Ballads Of A Hangman. Puis il y a les dix dernières années, avec Axel Ritt dans le groupe, où nous avons aussi écrit des trucs sympas, avec Return Of The Reaper, Healed By Metal et le nouvel album. Je pense que toutes ces décennies sont différentes : le guitariste a toujours apporté de nouveaux aspects au groupe. Nous sonnons un petit peu différents avec chaque guitariste, mais au final, ça sonne toujours comme Grave Digger, plus ou moins. Avec ma voix, tout sonne comme Grave Digger. Si je faisais un album d’Avantasia, ça sonnerait comme Grave Digger.

Grave Digger a un rythme de sorties d’album impressionnant : vous avez sorti un album tous les ans ou tous les deux ans depuis quasiment le début. Comment parvenez-vous à maintenir un tel rythme tout en restant inspirés pour écrire de la musique ?

C’est la raison pour laquelle nous adorons la musique : nous aimons jouer du heavy metal, et de cet amour de la musique découle une passion pour la composition. C’est de là que nous tirons notre énergie. Si tu fais quelque chose avec amour, tu ne peux pas t’arrêter ! Nous ne manquons jamais d’inspiration. En ce moment, nous sommes déjà en train de penser au prochain album et à travailler dessus, et j’ai déjà plein d’idées dans ma tête pour ça, l’illustration est en cours de réalisation… Nous ne pouvons pas arrêter d’écrire des chansons de heavy metal ! Si nous ne pouvons pas faire le moindre concert cette année ou l’année prochaine, je ne sais pas, alors il est clair que nous allons enregistrer un nouvel album et le sortir d’ici l’été prochain. Personne ne s’attendait à ce qu’un virus tue plus ou moins toute une industrie évènementielle. En ce moment, nous faisons la promotion de notre nouvel album et nous sommes contents que tout le monde soit en sécurité et en bonne santé, mais il faut que nous fassions quelque chose, car Axel et moi, nous ne sommes pas du genre à nous tourner les pouces. Nous avons énormément d’idées que nous voulons concrétiser. Nous voulons donner aux gens de la musique de Grave Digger ! Et si nous ne pouvons pas le faire en concert, nous le feront sur un CD ou un LP.

Maintenant que tu as passé l’anniversaire des quarante ans, es-tu prêt pour encore quarante années de heavy metal ?

[Rires] Je pense que nous avons encore dix années devant nous, c’est sûr. Mais j’espère que tout le monde restera en bonne santé dans le groupe, c’est très important, et que nous continuerons pendant encore au moins dix ans. Nous aurons encore quelques albums dans les années à venir. J’espère que les gens aimeront ce que nous faisons, qu’ils aiment Fields Of Blood, et qu’ils attendent avec impatience le prochain !

Interview réalisée par téléphone le 11 juin 2020 par Nicolas Gricourt.
Fiche de questions : Philippe Sliwa & Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt avec la contribution de Lynn Smith.

Site officiel de Grave Digger : www.grave-digger-clan.de

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