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Chronique   

Grave Digger – Fields Of Blood


Grave Digger parcourt les routes depuis plus de quarante ans, toujours fier de proposer son heavy metal sans concessions. Fields Of Blood n’est autre que le vingtième album studio des Allemands, censé célébrer leur quarantième anniversaire. Fields Of Blood termine un cycle sur les Highlands amorcé en 1996 par Tunes Of War. L’affect de Grave Digger pour l’histoire écossaise est connu de tous, le groupe se nourrit de l’histoire, des légendes et du folklore qui entourent les prouesses guerrières des clans écossais et de figures telles que William Wallace. Du Braveheart-metal en somme. Fields Of Blood démontre en outre le rythme de travail effréné de Grave Digger, survenant seulement deux ans après The Living Dead (2018). Si l’arsenal de la formation commence à prendre la poussière, le concept écossais lui donne un véritable second souffle.

La nouveauté de Fields Of Blood réside dans sa conception : les mélodies de cornemuse ont été composées en priorité, tout l’apparat metal survient ensuite. Une formule qui facilite l’intégration de la cornemuse – expliquant sans doute aussi sa présence accrue dans cet album – et qui a le mérite d’apporter de l’authenticité plutôt qu’un simple ajout a posteriori de l’instrument comme c’était le cas de Tunes Of War et The Clans Will Rise Again (2010). Évidemment, Grave Digger honore les poncifs du folklore écossais en introduisant son album par ladite cornemuse et les percussions (œuvre des Tambours du Bronx) de « The Clansman’s Journey ». Peinture bleue, kilt et tourbières : le dépaysement fonctionne. L’entrain guerrier ne tarde pas à s’exprimer à travers les guitares rentre-dedans de l’ode à l’unité et à la résistance qu’est « All For The Kingdom ». Chris Boltendahl est fidèle à lui-même dans son interprétation, son timbre rauque se conjugue à merveille avec les chœurs déployés. Axel Ritt se paie même le luxe d’un lead néoclassique, empruntant à la Toccata et Fugue en ré mineur de Bach. « Lions Of The Sea » est quant à lui davantage centré sur la mélodie et délaisse les accents thrash qui le précèdent. Grave Digger embrasse la Deutsche Qualität du power metal qui se traduit par un refrain fédérateur à la grandiloquence assumée. Fields Of Blood fourmille d’ailleurs de petites trouvailles mélodiques qui interpellent constamment l’auditeur. La ballade « Thousand Tears », suite directe de « The Ballad Of Mary », inspirée de la figure historique de Mary Stuart (1542-1587), accueille la participation de Noora Louhimo de Battle Beast. Le duo fonctionne grâce à leurs timbres complémentaires et en fait légitimement des tonnes, créant une émotion épique, presque cinématographique, clairement appuyé par les interventions de la cornemuse et un final de blockbuster où s’entremêlent chœurs et vocalises.

Sur le plan de l’immersion, Fields Of Blood est presque une réussite. Le chant guerrier de « Freedom » parvient à galvaniser sans peine, le riffing lourd de « The Heart Of Scotland », une nouvelle fois assisté des percussions tribales des Tambours du Bronx et d’une cornemuse intégrée comme un quasi-cinquième membre, prend là encore une dimension épique dans laquelle Grave Digger décidément excelle dans Fields Of Blood. Les Allemands se permettent en outre quelques escapades, à l’instar de « My Final Fight » et son air enjoué, quasi festif, qui n’a rien à envier à certains classiques du folk-metal. Même lorsqu’il se montre extrêmement traditionnel avec un « Barbarian » lorgnant du côté d’Accept, Grave Digger ne manque pas de nous faire taper du pied. Les dix minutes de « Fields Of Blood » reflètent parfaitement l’ambition de Grave Digger sur Fields Of Blood : le groupe se montre audacieux en alternant approches frontales et plages plus chiadées où la mélodie et l’émotion priment (la sensibilité de Chris Boltendahl pourra même surprendre lors d’une accalmie).

Pourquoi nuancer alors ce qui s’apparente à une réussite ? Parce que Grave Digger en fait des tonnes sans en faire jamais assez. Les premières secondes de « The Clansman’s Journey » sonnent comme une promesse qui n’est pas totalement respectée. Fields Of Blood a besoin de cette cornemuse pour exister et ne pas stagner au sein d’un power metal qui a déjà livré toutes ses surprises. C’est le cas de « Gathering Of The Clans » dont le pont est la seule caution écossaise au milieu de son riffing acéré et ses refrains hachés chantés à l’unisson ; privilège dont ne profite en revanche pas un « Union Of The Crown » dont le lien au concept ne tient à peu près qu’aux paroles. Le groupe s’en est donné à cœur joie concernant les refrains grandeur nature et le storytelling, mais lorsqu’il s’agit d’évoquer une image et une histoire fantasmée de l’Ecosse, la cornemuse est le narrateur le plus puissant ; bien davantage que certaines nappes de clavier qui sonnent parfois hors propos, à l’instar de l’outro instrumentale – et dispensable – « Requiem For The Fallen » qui a des airs d’heroic fantasy des années 80.

Fields Of Blood renoue avec une puissance que Grave Digger avait peut-être perdue sur ses opus les plus récents. Lorsqu’il joue la carte du fantasme au chardon à fond, la musique de Grave Digger prend tout son sens. Après, tout dépend où l’auditeur met le curseur : quand certains loueront un meilleur équilibre et une meilleure immersion que les deux précédentes réalisations sur le même thème, d’autres estimeront que Grave Digger leur fait miroiter les Highlands sans les leur faire vivre pleinement au terme de l’expérience. Grave Digger a construit un univers certes engageant, mieux exploité que par le passé, mais qui aurait mérité d’être encore davantage poussé. Fields Of Blood n’en est pas moins une digne conclusion à l’épopée écossaise des Allemands.

Lyric vidéo de la nouvelle chanson « Barbarian » :

Clip vidéo de la nouvelle chanson « Lions Of The Sea » :

Chanson « Thousand Tears » feat. Noora Louhimo :

Lyric vidéo de la chanson « All For The Kingdom » :

Album Fields Of Blood, sortie le 29 mai 2020 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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  • Le meilleur disque depuis Clash of the Gods. Grave Digger n’est jamais aussi bon que lorsqu’il puisse son inspiration dans des ambiances bien précises et marquées comme l’Ecosse, la mythologie grecque ou encore les légendes arthuriennes.

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