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Interview   

Graveyard ne regarde pas que dans le rétro


Joakim Nilsson - Graveyard 2015Graveyard, à l’image des Rival Sons et autre Blues Pills, fait partie de cette vague de groupes rock rétro que l’on a vu déferler au cours de ces dernières années. Des musiciens qui font revivre le son analogique et authentique qui fait aujourd’hui la marque de fabrique des années soixante et soixante-dix, et pourtant, lorsque l’on interroge le chanteur Joakim Nilsson, il n’y a rien de prémédité dans cette démarche : « C’est juste de la batterie et des guitares [rires] ! Nous nous contentons de jouer. Il n’y a rien de plus, vraiment. C’est peut-être parce que nous n’utilisons pas trop d’effets, pas trop de distorsion, juste l’overdrive de l’ampli. Lorsque tu écoutes d’autres groupes, ils ont beaucoup de distorsion et de traitement dans le son. Notre son est peut-être plus organique, je ne sais pas. Nous n’avons jamais essayé de sonner comme dans les années soixante-dix ou soixante. Nous voulons juste jouer de la musique et nous n’utilisons que des guitares, une batterie et une basse, comme tous les groupes de rock. Pour une raison ou une autre, notre musique sonne davantage comme dans les années soixante-dix, et je ne sais pas pourquoi ! »

« Rétro rock » est d’ailleurs un terme qui semble mettre le groupe légèrement mal à l’aise et avoir été, en soi, un vrai sujet de débat entre eux. Ce qu’ils ne veulent pas, c’est être réduit à une étiquette et balancé, par facilité, dans le panier d’une mouvance qui serait à la mode. Le chanteur prend pour exemple la comparaison avec Rival Sons : « Je connais Rival Sons mais je ne dirais pas que je me sens proche d’eux parce que nous jouons un style de musique similaire. Je veux dire que je me sens proche d’autres groupes également et ça n’a pas forcément à voir avec la musique que nous jouons. Nous sommes juste un groupe de rock, tout comme eux. Nous faisons notre truc, ils font le leur. Je les apprécie en tant que personnes, c’est tout. » Et puis Nilsson insiste bien sur le fait qu’il se sent bien en 2015, minimisant – de manière assez surprenante – l’aura des années soixante-dix, une décennie pourtant perçue dans la conscience collective comme l’âge d’or du rock : « Je ne sais pas comment c’était de vivre dans les années soixante et soixante-dix. De ce que j’ai entendu, c’était une époque merdique ! Les gens n’étaient pas si heureux que ça dans les années soixante-dix. Certains de mes amis m’ont dit que ce n’était pas si bien. Je pense que c’est mieux de vivre en 2015 qu’en 75 ! Et puis c’est vraiment l’éclate de donner des concerts aujourd’hui ! »

Graveyard - Innocence & Decadence

« Je ne sais pas comment c’était de vivre dans les années soixante et soixante-dix. De ce que j’ai entendu, c’était une époque merdique ! »

Car si Graveyard ne renie pas une partie de ses influences qui provient bien de ces années-là, du rock psychédélique au blues, c’est en grande partie la recherche de diversité qui motive le combo, comme en atteste son nouvel opus Innocence & Decadence qui va même jusqu’à proposer… du blast beat sur la chanson « From A Hole In The Wall » ! « Nous écoutons énormément de musiques différentes » explique Nilsson. « Nous n’écoutons pas qu’un groupe. Tout ce que Graveyard fait est le résultat de tout ce que nous avons écouté dans notre vie, c’est comme ça que nous sommes. Nous voulons des albums qui soient vraiment variés et dynamiques, dans lesquels il se passe beaucoup de choses. Ça devient ennuyeux pour nous si tout sonne pareil. Le blast beat, c’est venu plus parce que nous nous amusions lorsque nous jammions sur la chanson, et nous avons fini par l’utiliser. » Il poursuit, évoquant le côté instinctif de leur musique : « La musique vient en s’amusant avec la guitare. Si en faisant ça on trouve quelque chose, alors on l’utilise pour une chanson. Ça ne va pas chercher plus loin, tu sais [petits rires]. Les paroles, elles, parlent de ce qui se passe dans la société, autour de nous ou ce qui nous arrive à nous. Donc je suppose que nous nous inspirons simplement de la vie en général. » En parlant de thématique, nous lui faisons remarquer qu’« Innocence » et « Decadence » sont deux mots qui peuvent paraître assez contradictoires. « Ouais mais, à la fois, les deux vont aussi parfois de pair » nous répond-t-il. « Je veux dire que, pour notre part, nous étions les plus décadents lorsque nous étions les plus innocents [rires]. Mais il n’y a pas une grande signification à chercher derrière ça. C’est juste une phrase prise dans la chanson ‘The Apple And The Tree’ et nous trouvions que ça sonnait bien. Nous faisons toujours un peu ça : nous recherchons dans l’album pour voir s’il y a quelque chose que nous pouvons utiliser comme titre pour tout l’album. »

Innocence & Decadence, encore une fois dans la tradition d’un rock authentique et, serait-on tenté de dire, « old school », a été enregistré live. « Je ne sais pas si le fait d’enregistrer live doit forcément donner un côté ‘old school’ » rétorque-t-il. « Mais pour nous, c’est important de pouvoir jouer les chansons live parce que nous avons le sentiment d’être un groupe de live, c’est dans ce contexte que nous sommes les plus à l’aise. Ce serait étrange si nous ne voulions pas essayer de jouer les chansons live. Et pour le son, c’était important sur cet album de procéder ainsi parce que nous voulions retranscrire notre son live et le son plus ouvert que nous permet d’obtenir le studio où nous avons enregistré. Donc ouais, c’est important parce que nous sommes un groupe de live et les gens apprécient ça en nous. Par le passé, des gens nous ont dit nous apprécier davantage pour nos concerts que nos albums ! Donc je suppose que c’est pour cette raison que nous voulions amener plus de notre son live sur album. »

Graveyard 2015

« Par le passé, des gens nous ont dit nous apprécier davantage pour nos concerts que nos albums ! Donc je suppose que nous voulions amener plus de notre son live sur album. »

Il s’agit par ailleurs du premier album composé sans le bassiste et membre fondateur Rikard Edlund. Nilsson nous parle de ce départ : « Evidemment, c’était un peu étrange [de faire l’album sans lui]. Mais ça faisait longtemps que nous étions ensemble et il ne se sentait pas bien vers la fin, avant qu’il ne quitte le groupe. C’était un peu dur, ce n’était plus amusant de jouer à ce moment-là. Et puis, lorsque tu accueilles un nouveau membre, c’est presque comme si tu avais un nouveau groupe [petits rires], c’est un peu un nouveau départ, et parfois ça peut être très bien aussi. Même si j’avais un peu peur au début, car ça faisait longtemps que nous jouions ensemble – même avant Graveyard -, c’était pour le bien du groupe. » Et c’est Truls Mörck qui a hérité de la place de bassiste. Un « nouveau membre » qui n’en est en fait pas vraiment un, puisque Mörck fait partie des membres qui ont fondé Graveyard, en 2006 à Göteborg, en Suède, avec qui il avait enregistré un premier album en 2007 en tant que guitariste-chanteur avant de quitter le groupe. Nilsson explique ce retour : « Lorsque nous avons commencé à composer les nouvelles chansons pour l’album, nous n’avions personne pour jouer la basse, donc nous lui avons demandé de venir, car il a été dans le groupe auparavant et c’est resté un très bon ami. Tout a très bien fonctionné et nous lui avons demandé s’il voulait continuer en tant que membre permanent, et il a accepté parce qu’il s’éclatait autant que nous ! »

Il poursuit : « Tout le monde a contribué au processus de composition, y compris lui. Il était avec nous presque toute l’année que nous avons passé à écrire les nouvelles chansons du nouvel album. Et puis il chante aussi sur la chanson ‘From A Hole In The Wall’ qu’il a lui-même écrite. Il a donc beaucoup pris part à cet album. » Mörck n’est d’ailleurs pas seul à emprunter le micro de Nilsson, le guitariste Jonatan Larocca-Ramm pousse lui-même la chansonnette sur la ballade « Far Too Close ». « Ça faisait un moment que nous essayions de motiver Jonatan à chanter » nous explique Nilsson. « C’est un bon chanteur et il chantait dans son précédent groupe, donc nous savions qu’il en était capable. Mais il était un peu réticent. Peut-être qu’il avait le sentiment que ce n’était pas nécessaire qu’il chante dans Graveyard parce qu’il pense que je suis suffisamment bon et que c’est mon rôle. Mais ce n’est pas comme ça que je vois les choses. Moi, Axel et tout le monde dans le groupe veut simplement faire un album qui soit aussi bon et varié que possible. Je veux dire que le fait d’avoir plus d’un chanteur sur un album apporte assurément de la diversité. Et puis ça me soulage un peu, tu sais ! »

Et au guitariste de conclure sur ce nouveau chapitre de la carrière de Graveyard : « On dirait le même vieux groupe mais avec plein de nouvelle énergie ! C’est aujourd’hui bien plus marrant de jouer ensemble ! Nous nous amusons encore plus qu’avant. Il y a une bonne alchimie. Je pense que nous allons continuer à jouer pendant encore quelques années maintenant ! Tout va bien ! »

Interview réalisée par téléphone le 10 septembre 2015 par Philippe Sliwa.
Retranscription, traduction et texte : Nicolas Gricourt.
Photos promo : Mick Rock.

Page Facebook officielle de Graveyard : www.facebook.com/graveyardofficial.



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