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Chronique   

Greg Puciato – Mirrorcell


Greg Puciato n’a pas attendu la fin de The Dillinger Escape Plan pour s’impliquer dans d’autres projets, mais la séparation du groupe qui l’a quasiment accaparé pendant plus de quinze ans lui a permis d’ouvrir en grand la vanne de son expression artistique, à la fois en quantité et par la diversité des styles qu’il se plaît à explorer comme autant de facettes de lui-même. En ce sens, Mirrorcell s’inscrit dans la même veine que son premier album solo et offre un panel d’humeurs et de styles qui s’étend de la new wave et de l’électronique sombre des années 80 au metalcore des années 2000 en passant par le grunge et le rock industriel des années 90.

Cependant, cet album est le fruit d’une dynamique différente de celle de son prédécesseur. Pour un musicien qui a passé pendant presque deux décennies une grande partie de ses soirées en concert, le confinement entraîné par la pandémie a eu forcément des répercussions importantes. Greg Puciato a trouvé ainsi l’occasion d’une solitude en accord avec son tempérament introverti et, immédiatement après la sortie de son premier album solo, Child Soldier: Creator Of God, s’est lancé dans la création du deuxième. Le titre de l’album, Mirrorcell (« cellule miroir »), traduit cette situation d’introspection forcée. A nouveau, Greg Puciato a quasiment tout réalisé sur ce disque, à l’exception des parties de batterie, cette fois encore prises en charge par Chris Hornbrook.

En plaçant en ouverture une minute et demie de dissonance bruitiste au titre éloquent, « In This Hell You Find Yourself », le musicien, faisant de l’émotion le seul critère déterminant de son processus créatif, avertit que l’aspect pop qu’il ne refuse par ailleurs pas d’explorer n’a rien d’une concession à une hypothétique facilité commerciale. Elle est seulement le reflet d’une des facettes de sa sensibilité, au même titre que les effusions d’agressivité qui caractérisent d’autres moments de l’album, les uns et les autres se côtoyant aussi naturellement qu’en son for intérieur. Le temps passé par Greg Puciato ces dernières années avec Jerry Cantrell a eu sur sa musique un effet qui se vérifie à plusieurs reprises. Le mordant et direct « No More Lives To Go » dénote l’influence d’Alice In Chains à travers les multiples détails qui se cachent sous l’apparente simplicité de son heavy metal aux accents sabbathiens s’enflammant jusqu’à un chaos maîtrisé. Le crépusculaire « Never Wanted That » renoue quant à lui directement avec les ambiances grunge du groupe de Seattle. « Lowered », opportunément placé au centre de l’album, en constitue un des points culminants. Après la répétition d’un thème de guitare évoquant Killing Joke, le morceau plonge dans un sombre et séduisant développement musical qui croise le shoegaze et le rock alternatif des années 90. Faute d’inspiration pour son texte, il a failli ne pas figurer au tracklisting et a été sauvé par l’apport de Reba Meyers, chanteuse et guitariste du groupe de hardcore Code Orange. On découvre chez cette dernière une voix non criée profonde et grave et son chant plein d’émotion contenue se tient sur le fil d’une cassure, dans laquelle elle s’engouffre parfois en pointes rageuses. Son dialogue vocal avec Greg Puciato habite intensément cette poignante composition à la fois très maîtrisée dans sa construction et parsemée d’échardes.

Mirrorcell ne comporte pas de tube synthpop à la « A Pair Of Questions » mais le soyeux « We » rappelle l’héritage des années 80 porté par Greg Puciato à travers son élégante synthèse douce-amère de guitares à la The Cure et de rythmique électronique autour d’un chant sensible et mélodique. On retrouve dans cet album les mêmes influences dominantes que dans son prédécesseur, en particulier celles de Chino Moreno et du Trent Reznor des années 1990, une double influence qui infuse largement le très réussi « I, Eclipse ». Aussi bouleversant qu’accrocheur, l’impeccable « Rainbows Underground » offre quant à lui un metal grungy et écorché dont Chris Cornell n’aurait pas renié les accents lyriques. L’album se referme sur le geste magistral du long « All Waves To Nothing », impressionnant condensé de ses multiples facettes. La masse d’agressivité et de lourdeur qui constitue sa première partie, dans laquelle Greg Puciato retrouve la fureur vocale et les ambiances psychotiques de The Dillinger Escape Plan, s’ouvre sur une clairière sonore faite de lents accords arpégés et d’une plaintive ligne de chant murmurée, avant que la puissance émotionnelle larvée s’embrase, entraînée par la répétition hypnotique d’un riff de guitare, en une haletante montée uptempo.

Plus concis que Child Soldier: Creator Of God, Mirrorcell offre comme lui un ensemble de morceaux dans lequel chacun recèle suffisamment de qualités propres pour s’affirmer individuellement tout en composant avec les autres un voyage musical et sensible fascinant. L’univers musical de Greg Puciato est celui d’un homme toujours porté vers les extrêmes mais s’acheminant vers une certaine stabilité et qui parvient à faire de sa sensibilité exacerbée le moteur d’une créativité aussi artistiquement exigeante qu’apte à faire écho chez l’auditeur.

Clip vidéo de la chanson « Lowered » :

Album Mirrorcell, sortie le 17 juin 2022 via Federal Prisoner. Disponible à l’achat ici

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