ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Greta Van Fleet – Anthem Of The Peaceful Army


From The Fires est à peine ancré dans les têtes que Greta Van Fleet veut entériner son statut, celui de figure montante de la scène rock, (très) fidèle héritière de la musique des années 60-70. Le quatuor qui comprend les trois frères Kiszka, originaires du Michigan, avait déjà livré l’EP Black Smoke Rising (2017), couplé à de nouvelles chansons pour former From The Fires sorti cette année. Le véritable premier album du groupe se faisait encore attendre, il s’agit désormais d’Anthem Of The Peaceful Army. Le groupe a eu l’attention des auditeurs en étant qualifié d’une sorte de revival de Led Zeppelin. Reste à savoir s’il parvient à exister de lui-même, si Greta Van Fleet présente un intérêt singulier.

Il faut commencer par nuancer certaines choses. Greta Van Fleet a des prétentions certes, il n’est pas pour autant présomptueux. Le succès du groupe, avant-même d’avoir sorti son premier album, inspire une forme de respect. Greta Van Fleet est formé de membres qui ont depuis peu la vingtaine et ce dernier est déjà plébiscité par Elton John, Nikki Sixx et Robert Plant, entre autres. Le quatuor ne veut rien inventer, ni même réinventer. Il veut s’ancrer dans une niche et jouer ce qui lui vient spontanément. Là-dessus, difficile de les blâmer. Quant à l’« intérêt » du groupe, si tant est que la pratique de la musique relève de cet impératif, c’est une question de posture. Soit on devient las des multiples copies inégales de Led Zeppelin, soit on apprécie une forme de qualité et on ne tergiverse pas. Les deux positions ne sont pas incompatibles, elles dépendent de l’humeur de l’auditeur. Anthem Of The Peaceful Army ne permettra pas au groupe de s’extirper du débat. L’ouverture « Age Of Man », presque mystique et portée par la voix sensuelle de Josh Kiszka, laisse apprécier un traitement différent de ce que le groupe proposait sur From The Fires, avec une touche plus « progressive » et un chant plus personnel, où l’ombre du Zeppelin tend à s’estomper, faisant espérer un album de l’émancipation. « The Cold Wind » en revanche nous rappelle à l’ordre. Josh Kiszka est la réincarnation vocale de Robert Plant, la ligne de basse ronde, le solo et les arrangements de guitare : rien ne permet vraiment d’établir des différences avec le monstre anglais des seventies, là où un groupe comme Blues Pills parvient à nuancer les comparaisons par ses parentés soul et psychédéliques. « Lover Leaver (Taker Believer) » et les prouesses vocales de Josh Kiszka s’avèrent même trop proches d’un « Whole Lotta Love ». Seul le jeu de batterie de Danny Wagner ne parvient pas à réveiller le fantôme de John Bonham (ce n’est pas ce qu’on lui demande, ce serait insensé). Si l’assise rythmique de Greta Van Fleet est empreinte d’une maîtrise bluffante pour le jeune âge des musiciens, elle reste générique et manque de la sauvagerie et de la fougue propres au genre dont ils se font les porte-paroles. Ce problème s’étend en outre aux arrangements folks que l’on trouve sur un titre comme « You’re The One » : c’est joli, et rien de plus. Il n’y a pas d’émotion si ce n’est celle de constater un exercice de style réussi.

C’est là le véritable problème de ce premier album. On peut louer à nouveau la maîtrise de Greta Van Fleet, cette pointe de nostalgie à se remémorer une époque légendaire du rock, mais c’était déjà le cas lors des précédents EP. Revers d’une notoriété précoce, Anthem Of The Peaceful Army ne peut pas bénéficier de l’effet « neuf », à l’inverse des efforts antérieurs. Il y a pourtant des bribes dans la musique de Greta Van Fleet qui vont au-delà de l’écho constant qu’elle forme. Les lignes mélodiques enchevêtrées et le groove de fin de « Watching Over » parviennent à transporter, à l’instar de l’atmosphère mystérieuse créée notamment par des vocalises éthérées sur « Brave New World ». L’album se termine néanmoins en queue de poisson par un « Anthem » qui prend des airs bénins de folk enfantin avec des chœurs mielleux.

Greta Van Fleet a tout du groupe précoce, celui de jeunes génies qui savent jouer ensemble. Encore une fois, Anthem Of The Peaceful Army est une bonne entrée dans l’univers des années 70 pour ceux qui ne sont pas encore tombés amoureux de Led Zeppelin, et une piqûre de rappel heureuse pour ceux qui en sont nostalgiques. Il y a toutefois un petit malaise : Greta Van Fleet semble se contenir et livre – quand bien même ses membres s’en défendraient une énième fois – du Led Zeppelin bis « bridé », qui n’en a ni la hauteur ni l’émotion, constat que l’on peut faire sans sombrer dans le préjugé d’ancienneté. Avoir une production typée et un look choisi à dessein ne permet pas la réincarnation ou la résurrection. Greta Van Fleet est pris entre deux feux : susciter l’intérêt par sa parenté et son positionnement, et rester dans l’ombre d’un titan de la musique qui ne peut être égalé sur son terrain.

Chanson « Lover Leaver (Taker Believer) » :

Chanson « Watching Over » en écoute :

Album Anthem Of The Peaceful Army, sortie le 19 octobre 2018 via Lava/Republic Records. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Sons Of Apollo @ Lyon
    Slider
  • 1/3